Chapitre 11 : Rude vérité.

Il faisait beau et le temps était plutôt doux pour un samedi de mai en Écosse. Severus regarda l'heure et soupira, le temps passait trop vite :

- Severus, tu as pensé à la liste ? demanda Minerva qui arriva vers lui avec un air sérieux.

- Ta confiance en moi semble infinie Minerva, je me demande pourquoi tu ne t'en es pas chargée toi-même, répliqua-t-il avec cynisme.

- Je constate que les sorties à Pré-Au-Lard te mettent toujours en joie, se moqua la directrice des lions.

Il était en effet de notoriété publique qu'être accompagnateur était une corvée plus qu'un plaisir pour le sombre sorcier, qui avait en horreur de devoir flâner au dehors. Sans rien répondre, le maître des Serpentard tendit à sa collègue et amie la fameuse liste, mise à jour, des élèves autorisés à sortir.

Il était tellement mieux dans ses quartiers à lire ou dans son bureau à noter des copies plutôt qu'à l'extérieur… Néanmoins, il n'avait pas le choix, Albus voulait que son protégé soit de la partie afin qu'il « prenne l'air, pour une fois » :

- Bien, dit Minerva qui avait fini de relire la liste. Je vais la remettre à Rusard, c'est lui qui va vérifier les sorties au niveau du portail aujourd'hui. Il risque d'y avoir pas mal d'élèves cette fois-ci, j'espère qu'ils se tiendront tous convenablement.

- Vu les punitions qui ont fusé lors de leur dernière sortie, je doute sincèrement qu'ils fassent les cornichons aujourd'hui, fit remarquer Severus.

- Oui, surtout que tu seras là ! se moqua cette fois Remus qui venait d'arriver à son tour dans la cour de l'école.

Le but lors des accompagnements à Pré-Au-Lard n'était pas de surveiller chaque élève du début à la fin, mais d'être sur place en cas de débordement. Et comme le lycanthrope venait de le dire avec perspicacité et délicatesse, dès que le terrible professeur Rogue était parmi l'équipe des encadrants, les sorties étaient bien moins mouvementées :

- Tu préfères peut-être quand tu dois intervenir auprès d'élèves qui se lancent des Frisbees à dents de serpent ? interrogea Severus en faisant allusion aux trois blessés légers de la dernière fois.

- Tu marques un point, j'avoue, et puis il serait préférable que tout se passe vraiment bien cette fois. Après tout, nous allons avoir des invités après cette sortie.

- Comment ça des invités ? répéta Severus en voyant Minerva lancer un regard réprobateur à Remus.

- Oh, les élèves arrivent, je vais aller ouvrir ! dit vivement Lupin en prenant la fuite tout en souriant amusé.

- Bien, je vais donner la liste à Rusard, à plus tard Severus ! dit la sous-directrice en partant hâtivement à son tour.

Il détestait ça, ne pas connaître les évènements à venir. C'était frustrant tout autant qu'inquiétant, après tout, qui pouvait bien être ces invités ? Severus soupira, espérant au fond de lui qu'il ne s'agissait pas de Potter et Weasley. Les deux nouveaux Aurors engendreraient beaucoup trop d'agitation au sein de l'établissement. Hélas, vu le sourire si joyeux de ses deux collègues, il y avait une forte probabilité pour que cela soit le cas.

Soupirant une fois encore, il se motiva difficilement mais se rendit quand-même jusqu'au portail. Les élèves étaient déjà tous amoncelés devant et se bousculaient presque pour sortir, du moins jusqu'à ce qu'ils remarquassent leur professeur de potion. Là, le calme revint instantanément. Bien qu'étant devenu cette année beaucoup plus apprécié par les étudiants, ces derniers craignaient toujours les retenues qu'il donnait : le nettoyage de chaudrons à mains nues, les rangements et tris interminables d'ingrédients et surtout, les devoirs supplémentaires faramineux.

Passant devant tous les cornichons, il les toisa de haut pour leur faire comprendre qu'il attendait d'eux un comportement irréprochable, et il était certain qu'ils avaient tous compris. Rusard veillait aussi au grain et Severus ne souhaitant pas rester vers ce brouhaha incessant, il se dirigea directement vers le village. Le seul point positif, c'était qu'il pourrait racheter des fournitures pour sa réserve personnelle ainsi que de quoi écrire. Il avait eu tant d'invitations à envoyer qu'il n'avait quasiment plus d'encre.

Il se rendit d'ailleurs directement à la papeterie avant qu'elle ne se fasse assaillir. Les élèves commençaient progressivement à affluer et ils allaient probablement plus avoir besoin de parchemin que d'ingrédients à potions.

Il salua le vendeur en entrant et se dirigea vers le rayon des encres. Il en existait des centaines de sortes différentes et en prit un gros pot noir, un vert et se dirigea ensuite vers le rayon de la cire à enveloppe. Pendant qu'il cherchait, la cloche du magasin sonna et Severus pesta intérieurement :

« Et voilà, les cornichons arrivent déjà. Ils auraient bien pu aller chez Zonko avant, mais non ! »

Le vendeur salua les clients à l'autre bout et il l'entendit bafouiller de façon peu claire. Il semblait avoir perdu ses moyens mais le maître des potions n'en avait cure. Il choisit la cire dont il avait besoin et se dirigea vers la caisse. Là, il trouva l'homme de la boutique, qui avait l'air ailleurs. Définitivement, ce type était étrange :

- J'aimerais savoir combien je vous dois ! grogna Severus en voyant que le vendeur n'était pas mentalement avec lui.

- Désolé… ça fait 1 gallion et 10 noises…

Sortant la monnaie de sa poche de veste, Severus se retint de s'agacer en constatant que la personne face à lui cherchait quelqu'un d'autre du regard. Peut-être avait-il peur que certains élèves ne fussent mal intentionnés, mais tout de même. Fatigué, le sombre sorcier récupéra simplement ses emplettes, se dirigea vers la sortie mais se figea soudainement, avant même que sa main n'atteigne la poignée de la porte :

- Excusez-moi monsieur, vous n'auriez pas des parche… Severus ?

Se tournant avant même qu'il ne soit interpellé, il fronça un sourcil de stupéfaction :

- Hermione, qu'est-ce que tu fais ici ?

- Cléo m'a demandé de l'accompagner pour visiter le village, et toi ?

- Je suis accompagnateur de la sortie…

Il se souvenait très bien en avoir parlé à sa sœur dans sa dernière lettre, quand elle lui avait demandé s'il ne sortait vraiment jamais du château… Il se sentit ainsi quelque peu piégé. Certes, il s'agissait d'un traquenard agréable pour le coup, mais tout de même. Il toussota et allait répondre quand il remarqua enfin sa sœur qui arrivait avec un carnet à la main :

- Oh, Severus, tu es là dis donc !

- Ne fais pas l'étonnée, tu savais pertinemment que je serais là.

- Alors oui et non, je ne pouvais pas savoir que tu serais dans cette boutique, répliqua-t-elle en ricanant.

Malgré le fait qu'il aurait aimé la rabrouer, il tourna la tête vers le vendeur et soupira :

- Et si vous effectuiez votre travail au lieu de reluquer ces dames comme s'il s'agissait de morceaux de viande !

Sursautant, le travailleur sembla remettre les pieds sur terre avec brutalité. Hermione sourit amusée et posa ainsi sa question de base, avant que le magasinier n'aille lui chercher ce qu'elle avait demandé. En attendant, Severus s'était rapproché :

- Tu exagères un peu non ? s'amusa Cléo.

- Quoi donc ?

- Pourquoi tu l'as effrayé comme ça le pauvre ?

- Tu as bien vu comment il vous regardait, surtout Hermione !

- Oh, tu étais donc jaloux ? se moqua gentiment sa sœur.

- Oui !

- Mais oui, tu pourrais assum… attends, tu as dit oui ?

Severus regarda sa lionne qui, bien que silencieuse, avait bien entendu et rougissait légèrement. Il l'observa un instant et ne put retenir un sourire face à cette mignonnerie :

- Tu es…

- Voilà mademoiselle, les parchemins à gros grains que vous vouliez.

- Merci beaucoup, répondit-elle en les attrapant vivement comme si elle venait d'être prise sur le fait.

Finalement, elle paya ses achats, Cléo aussi et tous trois sortirent ensemble. La lionne regarda Severus un instant puis reporta son attention sur son amie :

- Alors comme ça, tu savais qu'il y aurait une sortie à Pré-Au-Lard hein ?

- Ça correspondait à mon jour de repos, je n'y peux rien ! mentit-elle très mal au vu de son sourire narquois.

- Visiblement toi, tu n'étais pas au courant, dit-il alors en regardant Hermione.

- Non, je ne pensais pas te voir ici.

- Ici ? s'étonna-t-il avant de comprendre. Oh, par Salazar, c'est donc vous deux les visiteurs qu'on va recevoir ce soir ?

- Eh oui Sevy, c'est nous ! Hermione va me faire visiter Poudlard comme ça, vu que je n'ai pas pu y faire mes études, ajouta Cléo sur un ton de reproche mais toujours avec un sourire malicieux. Et, avant que tu ne t'énerves, sache qu'il est déjà prévu de ne pas donner mon nom aux élèves. Officiellement, je ne suis qu'une historienne inconnue au bataillon et curieuse de connaître l'école qui a su se défendre face à Voldemort.

- C'est ton idée Hermione ? questionna Severus en regardant sa compagne qui se contenta d'acquiescer. Bon… je suppose que je n'ai pas le choix donc. Est-ce que vous voulez boire un verre ?

- Je rêve d'une bièraubeurre, avoua Cléo.

- Nous n'avons qu'à aller aux trois balais, proposa-t-il en levant les yeux au ciel.

Les jeunes femmes le suivirent alors sans protestations. Il mourrait d'envie de prendre sa lionne dans ses bras et de l'embrasser, mais il se contenta de marcher à ses côtés, le plus proche d'elle que la décence le lui permettait sans attirer l'attention. Elle semblait contente de le voir, pourtant, comme régulièrement depuis plusieurs jours, elle semblait fatiguée… voir même triste. C'était déstabilisant, et le sombre sorcier qui n'avait pas l'habitude de s'inquiéter pour autrui se retrouva assez embêté.

Une fois aux trois balais, Mme Rosmerta salua Severus mais le délaissa bien vite pour presque sauter sur Hermione. Elle n'avait pas revu l'héroïne de guerre depuis la réouverture de son établissement et lui posa plusieurs questions pour prendre de ses nouvelles. C'était agaçant, tout le monde semblait vouloir accaparer la jeune femme. Le pire fut le regard des élèves déjà présents dans le bar restaurant :

- Pourriez-vous nous ouvrir un de vos salons privés ? demanda finalement l'espion désabusé.

- Oh oui, bien sûr, venez je vais ouvrir l'étage.

La salle était de taille moyenne mais pratique et cosy. Tout était fait pour que les clients s'y sentent à l'aise loin de l'agitation du rez-de-chaussée. Cléo commanda enfin la boisson qu'elle rêvait de tester et Hermione préféra un thé. Severus commanda la même chose, la bièraubeurre étant légèrement alcoolisée, quand bien même cela correspondait à l'équivalent d'un simple panaché moldu.

Il s'assit sur l'un des canapés et fut bien vite rejoint par Hermione tandis que Cléo se rendit avant tout dans la salle d'eau. Une fois seul avec elle, Severus se tourna vers sa compagne :

- Tu vas bien ?

- Oui, oui bien sûr ! Pourquoi ?

- Tu sembles… attristée… tenta-t-il avec incertitude.

- Non, ne t'en fais pas ! Je vais bien, je suis juste fatiguée je crois, répondit-elle en souriant pour le rassurer.

Posant sa main sur la joue de sa lionne, Severus se pencha et l'embrassa tendrement :

- Tu me le dirais si quelque chose n'allait pas ?

- Oui, je te le dirais…

Hermione posa sa tête sur l'épaule du sombre sorcier :

- Je pensais te faire une surprise ce soir et finalement c'est Cléo qui m'en a fait une, ajouta-t-elle en souriant.

- Tu avais demandé que je ne sois pas mis au courant ?

- Oui, j'ai prétexté que tu ne serais pas content que j'amène ta sœur à Poudlard sinon.

- Ce n'est pas entièrement faux.

- Il faut toujours insérer une vérité dans un mensonge pour qu'il soit crédible, répondit-elle machinalement.

- Qui t'as appris cela au juste ? s'étonna Severus en se tournant vers elle.

- Je ne suis pas aussi parfaite que tu sembles le croire, marmonna-t-elle en évitant son regard.

- Her…

Cléo revint à ce moment-là et s'assit dans le canapé en face d'eux :

- Alors, vous n'avez pas dit du mal de moi au moins ? plaisanta la française.

- J'en ai pensé beaucoup mais je n'ai rien dit, répliqua Severus qui était inquiet pour sa lionne tout en concevant un air neutre.

Bientôt, Rosmerta leur apporta leurs consommations et les trois sorciers profitèrent du moment pour discuter de divers sujets. Le temps passa vite, sans qu'aucun débordement causé par les élèves n'ait lieu. Ainsi, tout le monde prit la direction du château, où Hermione et même Cléo furent accueillies par les membres de l'ordre avec joie et bonne humeur.

Les quelques professeurs qui ne connaissaient pas encore Cléo avaient été mis au courant de l'identité de la française, après qu'ils aient tous promis de ne rien divulguer bien entendu. Passé la surprise, ils posèrent quelques questions mais les sujets changèrent vite quand Severus lança un regard noir pour signifier le caractère trop personnel des questions posées.

Les deux jeunes femmes passèrent ainsi un bon après-midi, Hermione semblant reprendre des couleurs et son sourire redevenant de nouveau plus étincelant, d'autant plus quand elle parlait à Minerva. Cléo quant à elle discutait avec Albus qui, pour une fois, était dans la salle des professeurs pour profiter des invitées de son établissement.

Elles furent par la suite invitées à manger à la table des enseignants, sous le regard curieux et admiratifs des cornichons qui semblaient obnubilés par le fait de voir ou revoir la grande Hermione Granger.

Cette dernière était installée aux côtés de Severus et de Minerva, Cléo était quant à elle entre son frère et Remus. Tournant la tête vers sa compagne, qui riait à une blague de la sous-directrice, il l'observa une fois de plus en cette journée si surprenante. Elle était si belle quand elle riait. Alors pourquoi semblait-elle se renfermer avec lui depuis quelques temps ?

Il réfléchit alors : depuis quand, à peu près, avait-il cette impression étrange ? Reportant son attention sur son assiette, il recommença à manger en entendant Cléo papoter avec le lycanthrope :

- Ta femme ne va pas nous en vouloir au moins si tu restes manger ici à cause de nous ?

- Non, je l'ai prévenue avant et elle m'a donné son accord, s'amusa Remus. Celui qui risque de m'en vouloir, c'est Teddy ! Il a l'habitude que son papa lui…

Mais Severus n'entendit pas la suite, s'étouffant presque en buvant. Comment avait-il pu passer à côté de ce détail ? Elle lui en voulait depuis leur discussion sur le mariage et les enfants !

- Severus ça va ? s'inquiéta Hermione qui posa sa main dans le dos de Severus qui toussait encore.

- Oui, oui ça va… enfin je crois !

- Va falloir que tu passes à l'eau gazeuse ou l'eau gélifiée ! se moqua gentiment Cléo qui eut droit à un regard assassin.

Avaler de travers était douloureux, mais cela l'était moins que de se faire traiter de personne âgée par sa petite sœur, surtout devant sa compagne. Enfin, ce n'était peut-être pas le problème principal de sa soirée… il rassura donc tout le monde, décevant certainement certaines personnes au passage.

À la fin du repas, les jeunes femmes se virent proposer de visiter le château maintenant que ce dernier était loin de l'agitation de la fin d'après-midi, à la suite du retour de la balade à Pré-Au-Lard. Cléo accepta directement et bien qu'Hermione raccompagnait cette dernière avec Minerva et Albus, Severus toussota :

- Tu t'étouffes de nouveau mon garçon ? demanda le directeur avec un sourire entendu.

Peut-être que se faire traiter de gamin était finalement pire pour Severus qui hésita à répliquer quelque chose. Néanmoins, gardant son calme, il se contenta de dire avec austérité :

- Granger connaît déjà le château, et j'aurais des choses plus importantes à voir avec elle concernant une soirée pour l'ouverture prochaine de son service de protection des elfes.

- Oh, je vois, c'est en effet important, accorda Albus avec malice, comme à son habitude. Qu'en pensez-vous miss Granger ?

- Je suppose qu'il est important de parler de cette soirée, dit-elle en souriant légèrement. Ça ne t'ennuie pas Cléo ?

- Oh tu sais, je suis dans l'un des plus grandioses monuments historiques du Royaume-Uni, alors bon… prenez votre temps ! ajouta-t-elle en se contenant clairement de sauter de joie à l'idée de visiter Poudlard.

Rapidement, Hermione se retrouva dans les quartiers du maître des potions. Il allait se tourner vers elle une fois qu'il eut fermé la porte, mais il sentit deux bras l'encercler par derrière. La jeune femme avait posé sa tête entre ses omoplates et ne bougeait plus :

- Hermione, ça va ? redemanda-t-il en restant immobile lui aussi.

- Tu m'as juste terriblement manqué.

Se contentant de poser ses mains contre celles, minuscules, d'Hermione qui étaient posées sur son ventre, il baissa la tête :

- Chaque jour… oui, chaque jour loin de toi est terrible à mes yeux, dit-il quasiment tel un souffle, si doucement qu'il s'entendit à peine le prononcer lui-même.

Se tournant finalement, il prit à son tour sa compagne dans ses bras. Il pensa un instant qu'elle ne l'avait pas entendu, mais elle releva la tête et le regarda dans les yeux :

- Tu te rends compte que ce que tu dis est beau ?

- Je suppose… marmonna-t-il en posant son menton sur le dessus de la tête de la lionne, gêné.

Il avait tellement peur de la perdre, peur qu'elle ne l'abandonne, peur qu'elle se rende finalement simplement compte qu'elle méritait mieux que lui. Se sentant accablé et complètement perdu, il ajouta avant qu'elle ne reprenne la parole :

- Je suppose que cela fait partie de toutes ces choses importantes à dire à la femme que… à la femme que je…

- Severus tu n'es pas obligé, commença-t-elle à protester gentiment.

- J'aime… la femme que j'aime Hermione… c'est toi…

Cela avait été compliqué à dire, presque douloureux. Il avait l'impression de s'être lui-même arraché le cœur et que son torse était maintenant à vif. Il avait mal et peur à la fois car en avouant ses sentiments, aussi bien à lui-même qu'à sa compagne, il venait tout simplement de lui donner les cartes capables de le détruire.

Il venait de lui offrir ce qui lui restait de son cœur…

La jeune femme se recula légèrement et releva la tête pour le regarder de nouveau dans les yeux, sous le choc, avant de se contenter de l'embrasser avec amour et tendresse. Ainsi, le poids qu'il avait sur les épaules s'envola presque aussitôt et Severus se sentit bien mieux, presque sûr de lui, certain d'avoir fait le bon choix :

- Severus, dit-elle alors en passant sa main sur sa joue, je t'aime moi aussi, plus que tout au monde.

- Je ne sais pas si j'arriverai à te le dire avec autant de facilité que toi Hermione, avoua-t-il néanmoins.

- Je m'en moque, tu me l'as dit et c'est tout ce qui importe…

- Alors… pourquoi est-ce que tu sembles encore perturbée de la sorte ?

Il n'avait pas pu faire autrement que de lui demander en constatant une lueur si sombre dans le regard habituellement pétillant et joyeux de sa compagne. Elle détourna les yeux un instant et toussota, fuyante. Peut-être avait-il un peu trop déteint sur elle :

- Severus… est-ce que… enfin… tu es maître des potions.

- Oh, tu as remarqué ? ironisa-t-il malgré son inquiétude face à la mine affreuse d'Hermione.

- À ton avis, une potion contraceptive est efficace à combien de pourcent ?

- 100% si elle est bien faite, répondit-il en fonçant les sourcils, perplexe. Bien faite et bien prise aussi : en somme, tous les 28 jours, à un créneau horaire plus ou moins équivalent à chaque fois.

- C'est quoi plus ou moins équivalent d'après toi ?

- Eh bien, d'après une des dernières études en date, chaque heure de retard entraîne une diminution d'efficacité de plus ou moins 1%. Ce n'est pas grand-chose en somme. Mais pourquoi tu me demandes ça au juste ? Tu n'es plus satisfaite de celle que tu te prends ? Je peux les faire moi-même si tu préfères.

Il était vrai que les potions de ce type étaient peu ragoutantes et peut-être voulait elle qu'il trouve une solution. À moins que ce soit le fait de devoir en prendre si souvent qui l'embêtait. Severus réfléchissait déjà à une solution possible pour rallonger l'effet du philtre quand la jeune femme inspira profondément :

- J'aurais dû la prendre le 20 décembre à 7 h… Mais je l'ai prise à 6h.

- Oh tu sais, la prendre en avance ne…

- Le 21 décembre… je l'ai prise le 21 à 6h…

- Oh… et bien, tu as décalé les autres prises après je suppose, dit Severus qui avait peur de comprendre autre chose.

Hermione prit une grande inspiration, avant de dire :

- Severus, je n'ai pas eu mes règles depuis janvier.

- Et nous sommes… en mars… c'est ça ? Ça passe vite…

Sans rien ajouter de plus, Severus se dirigea vers son canapé. Il avait l'impression que tout autour de lui était devenu étrangement flou et la pièce se mit à trembler, légèrement. Hermione vint se placer devant lui, sentant qu'il perdait de nouveau le contrôle sur sa magie :

- Severus, ça va ?

- Bien sûr que je vais bien… je vais super bien… pourquoi j'irais mal ? Parce que tu m'annonces que tu es enceinte ? demanda-t-il avec une voix qu'il trouva lui-même légèrement trop aiguë.

- Eh bien… oui, enfin, je pense que je le suis.

- En même temps si tu n'as plus tes règles, il y a peu de chance que cela soit lié à une production soudaine de testostérone de la part de ton organisme !

Après un léger silence durant lequel Severus resta stoïque sur le canapé, Hermione reprit doucement la parole :

- Tu… tu le prends finalement mieux que je le pensais…

- Tu croyais quoi ? Que j'allais m'énerver ? Que j'allais faire exploser les cachots ?

- Oui…

- Je ne vois pas pourquoi, soupira Severus qui s'avachit cette fois dans son assise, comme trop lourd pour rester droit. Et puis, tu t'en es rendu compte à temps, dieu merci !

- À temps ? répéta Hermione qui semblait ne pas comprendre.

Severus la regarda, perplexe du fait qu'il ait à expliquer :

- Eh bien oui, tu peux encore avorter. Ça doit être un peu juste, mais le délai des trois mois n'est clairement pas passé.

La jeune femme ne répondit rien et sembla littéralement choquée. Trouvant ce silence surprenant, Severus se redressa dans son canapé, sa magie s'échappant encore un peu plus de lui sans qu'il n'y puisse rien et ce malgré son effort pour se contrôler :

- Hermione ?

- Je ne veux pas…

- Tu ne veux pas quoi ?

- Je ne veux pas avorter ! Severus tu te rends compte de ce que tu dis ?

- Je te demande pardon ?

- Tu parles de notre bébé là ! s'indigna-t-elle.

- Mais je n'en veux pas, je te l'ai déjà dit, à quoi tu joues là ? demanda-t-il alors, presque avec sévérité, et maintenant presque hors de contrôle.

- Tu me l'as dit, oui, alors que j'étais déjà enceinte pour le coup ! fit-elle remarquer sans se préoccuper des oscillations de lumière autour d'eux.

- Et alors ? Tu crois qu'il y a prescription pour ça ? Je t'ai dit que je ne veux pas d'enfant et tu n'as pas à me forcer à en avoir, que je sache !

- Je te rappelle qu'il faut être deux pour faire un bébé, il ne sort pas de nulle part !

- Et JE te rappelle que tu étais censée prendre un contraceptif !

- Ce ne sont pas que les femmes qui sont responsables de ça !

- Donc ça va être de ma faute du coup ? demanda Severus en se relevant finalement face à Hermione qui était toujours debout. J'aurais dû avoir des préservatifs sur moi c'est ça ?

La jeune femme dut relever la tête pour le regarder dans les yeux, étrangement silencieuse et calme d'un coup. Agacé par la situation et ce silence, Severus ne lâcha rien :

- Je te l'ai dit et te le répète Hermione, je ne veux pas d'enfant et je ne compte pas changer d'avis. Je ne peux pas devenir père, c'est comme ça.

- Tu peux, la preuve est sous tes yeux ! dit-elle en montrant son ventre encore plat, Mais tu ne veux pas, appuya la lionne en conservant un calme bien trop olympien.

- Ne joue pas avec les mots avec moi.

- Alors si je comprends bien, tu me demandes de choisir ?

Choqué à son tour par cette interrogation, le sombre sorcier ne répondit rien. Tandis qu'il prenait lentement conscience de ce que la question impliquait, les murs tremblèrent de nouveau dangereusement sans qu'ils ne réagissent pour autant :

- Severus, je t'ai posé une question : est-ce que tu me demandes de choisir entre le bébé et toi ?

- Par Salazar Hermione, ne me dis pas que tu te poses toi-même cette question ! D'autant plus qu'il ne s'agit pas d'un 'bébé' là, on parle d'un amas de cellules difformes à l'heure actuelle ! Tu ne vas quand-même pas tout gâcher pour ça !

- Pour « ça » ? s'offusqua la lionne, la voix trop aïgue. Non mais tu entends ce que tu dis ?

- Mieux que toi vraisemblablement ! s'offusqua-t-il en serrant son poing dans l'espoir de calmer sa magie. Sérieusement, pourquoi quand je parle et que je demande quelque chose, vous faites tous l'inverse avant de me faire passer pour le méchant de l'histoire ? Il faudrait que je parle français ou allemand pour qu'on m'écoute, c'est ça ?

- De quoi tu…

- Je dis à Tobias que je ne peux pas contrôler mes pouvoirs mais il passe son temps à m'engueuler. Je dis à Lily de ne pas prendre ma défense et elle le fait avant de me faire la gueule. Je te dis que je ne veux pas d'enfant et tu es manifestement enceinte ! Mais putain, c'est quoi votre problème ? Votre sang vous rend dégénérés à ce point peut-être ?

À peine eut-il terminé sa phrase qu'il se rendit compte qu'il s'était mal exprimé. Pourtant, il était si énervé qu'il n'arriva pas à s'excuser. La jeune femme, elle, ne sourcilla même pas mais Severus sentit, au fond, qu'elle était tel un volcan proche de l'explosion, tout comme lui. Et il avait raison de s'en inquiéter car l'éruption eut lieu quelques secondes plus tard, sans fumée ni feu, sans magie ni tremblements de la part de la lionne, mais tout de même destructrice et brûlante :

- Tu as raison de ne pas vouloir d'enfant Severus, tu serais un père lamentable. Tu serais même bien pire que le tien… Tobias, lui, n'était un connard que lorsqu'il buvait ! Ce bébé, je l'assumerais avec ou plus probablement sans toi, et tu n'auras pas ton mot à dire !

Son sang se figea instantanément dans ses veines et s'il n'avait pas été face à Hermione, il aurait probablement pu la frapper. Néanmoins, au lieu de ça, il se contenta de marmonner, la mâchoire encore plus serrée que ses doigts contres ses paumes :

- Sors d'ici…, menaça-t-il, sentant qu'il ne se contiendrait plus très longtemps, quand bien même c'était elle devant lui.

- J'y compte bien !

Sans rien ajouter de plus, Hermione se dirigea vers la sortie. Elle ne pleurait pas, elle ne criait pas, elle était seulement sûre d'elle et de son choix. Sans la moindre crainte visible, sans le moindre regret perceptible, elle quitta la zone dangereuse en même temps que l'homme qui l'habitait.

Quand il se retrouva seul dans ses quartiers, Severus repensa directement à ce qu'elle venait de lui dire, de l'insulte jusqu'à son choix. Car oui, elle avait choisi, et ce n'était pas lui.

Il était seul, dans ses appartements certes, mais pas uniquement. À ce moment-là, se rendant pleinement compte de sa solitude et de ce qui l'attendait pour son avenir, Severus laissa sa rage sortir. Sa magie pris le dessus sur lui, et bien que conscient de ce que cela signifiait, il ne put empêcher la déflagration qu'il entendit plus qu'il ne la vit.

- SEVERUS ROGUE, PAR TOUS LES SAINTS, VOUS NE POUVEZ PAS FAIRE EXPLOSER LE CHÂTEAU À LA MOINDRE CONTRARIÉTÉ !, entendit-il hurler Minerva McGonagall sans savoir d'où sa voix venait et ce, juste avant de sombrer dans l'inconscience.

Tard dans la soirée…

- Tu étais donc ici.

Il n'avait même pas entendu Albus arriver derrière lui, d'ailleurs le maître des lieux se demanda comment ce dernier avait bien pu le retrouver. Assis à même le toit de l'une des plus hautes tours de Poudlard, Severus observait le parc dans le silence et le calme de la nuit, ici même où il avait espéré pouvoir fuir l'infirmière et tous ses sbires, dont le directeur :

- Comment es-tu monté jusque-là ? soupira Rogue sans même tourner la tête vers lui.

- De la même façon que toi mon garçon, en volant, répondit Albus en venant se poster juste à côté du malade en fuite. En revanche, tu comprendras sans mal, j'en suis certain, que je préfère rester debout.

Il était vrai qu'être assis sur la pente d'un toit n'était pas forcément le plus agréable, ni le plus stable :

- Tu vieillis Al, siffla presque Severus qui regardait toujours le lac noir.

- Vieillir est inéluctable, c'est le propre de l'être humain mon garçon. Tout comme le fait de s'emporter quand deux points de vue divergent l'un de l'autre.

- Je ne sais pas ce que tu sais de la situation, mais je ne tiens pas à en parler, grogna le professeur de potion.

- La seule chose que je sais, c'est que Miss Granger est partie précipitamment et que peu de temps après, un séisme a remué l'école, débutant visiblement des cachots ! Étrangement, lorsque je suis venu te voir j'ai trouvé Minerva, aussi furibonde que paniquée, te sortant des décombres de tes quartiers prenant en charge dans tes quartiers quelque peu… en désordre.

Sur ce mot clairement en deçà de la vérité, Albus nota une pause avant de reprendre d'un ton peut-être légèrement plus accusateur, ou tout du moins plus paternel que jamais. Pour Severus, cela ne fit pas grande différence, il se sentait réprimandé et se savait coupable :

- Néanmoins ma véritable surprise fut de constater que tu n'étais plus dans ton lit à l'infirmerie quand je suis venu quérir des nouvelles de ton état. J'aurais néanmoins dû te trouver plus rapidement, je le déplore mon garçon. Il me semble maintenant terriblement évident que tu ne pouvais pas être ailleurs qu'ici ! Au moins suis-je rassuré de constater que tu t'es rétabli beaucoup plus rapidement que la dernière fois qu'un tel incident s'est produit… malgré les dégâts occasionnés aujourd'hui.

Le sombre sorcier ne sut que répondre à cette liste de faits tous plus vrais les uns que les autres, ou presque. Oui, il était physiquement rétabli c'était un fait, et Albus le connaissait en effet par cœur, mais cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas été aussi mal intérieurement, au point de venir se poster de la sorte en hauteur.

La dernière fois remontait au moment où son mentor lui avait conseillé de le tuer de ses mains. C'était en regardant dans le vide qu'il avait eu l'idée de faire tomber le directeur par la balustrade, pour lui permettre d'avoir une chance de survivre. Mais ce soir, quand il regardait vers le sol, il ne voyait pas de solution à son problème, seulement une chute longue et potentiellement mortelle pour quiconque ne savait pas voler sans balai :

- Un jour, j'ai voulu sauter d'un pont en me disant que la mort serait le meilleur moyen de fuir mes démons… chuchota-t-il plus pour lui-même qu'à l'intention de son interlocuteur forcé.

- Mais tu as finalement trouvé une autre solution, dit Albus avec douceur. Tu as continué à avancer et tu as accompli beaucoup de belles choses.

- C'est vrai, accorda l'espion avant d'ajouter avec sarcasme, on m'avait d'ailleurs dit un jour que j'allais faire de grandes choses.

- Sans toi, la guerre aurait pris une autre tournure. Elle aurait été bien plus longue, voir même perdue.

- Et quel prix cela m'a coûté ? demanda Rogue avant de ricaner jaune. Regarde-moi Al, je suis moi-même devenu le démon que je fuyais à l'époque.

Au fond de lui résonnait encore les mots d'Hermione. Il ne valait pas mieux que son géniteur, elle avait raison… il était égoïste, menteur, rageur, méchant si ce n'était même cruel parfois. Il ne pensait pas aux sentiments des autres et réagissait comme un connard en imposant ses choix sans entendre ce qu'on pouvait lui dire.

Au moins, cela lui confirma qu'il n'était pas fait pour être père, mais même plus que ça, il n'était pas fait pour aimer. Il aurait simplement préféré s'en rendre compte avant, seulement quelques heures plus tôt aurait été suffisant.

- Nous avons tous nos démons Severus, et nous avons souvent tendance à voir en nous les similitudes que nous avons avec ces derniers. Mais ce qui importe, ce sont les différences…

- Dans mon cas, la différence réside dans le fait que je n'ai pas d'excuses… je suis naturellement mauvais et clairement faible. Oh, je sais ce que tu vas me dire Al : je ne suis pas si mauvais que ça, sinon je n'aurais jamais fait partie de l'ordre et je ne serais pas devenu espion et cetera, et cetera. Mais c'est Hermione qui a raison, je ne suis pas quelqu'un de bien.

- Tu es bien placé pour savoir que les mots peuvent souvent dépasser le fond de la pensée mon garçon. Il ne faut jamais tenir compte des reproches faits avec colère, il faut toujours attendre de voir si le discours reste le même une fois le calme revenu.

Severus soupira. Peut-être qu'Albus avait raison, il était vrai que ses mots avaient souvent été terribles dans les moments où il était énervé. Et cela lui avait souvent coûté cher d'ailleurs, encore aujourd'hui. Mais dans le cas présent, il n'en voulait pas à Hermione pour ce qu'elle lui avait dit, il s'en voulait à lui car il trouvait justement qu'elle avait raison :

- Al… commença Severus avec hésitation avant d'enfin tourner la tête vers le vieillard. Pourquoi me fais-tu confiance de la sorte ?

- Parce que, contrairement à toi, je te vois tel que tu es réellement mon garçon. Derrière ton caractère de chauve-souris et ton armure de dragon se cache un homme foncièrement bon qui ne demande qu'à vivre comme tout à chacun.

Se sentant plus comme un enfant que comme le chevalier ténébreux que lui décrivait le directeur, il sentit la main de ce dernier sur son épaule. Une poigne qui se voulait rassurante et paternelle mais qui ne soulagea pas Severus. Reportant de nouveau son regard sur l'horizon, il constata que son mentor avait mis plus de temps à le retrouver qu'il ne l'avait pensé de prime abord. L'aube arrivait déjà, si l'on en croyait les couleurs changeantes du ciel. Les étoiles laissaient place à une lueur violacée, signe que la journée serait de nouveau ensoleillée et sans nuage.

Le monde continuait de tourner, indépendamment des problèmes qu'un seul homme pouvait rencontrer dans son existence. C'était horriblement agaçant et frustrant. Ne pouvant rien faire de plus à part ruminer, il prit congé.

Une fois de retour dans ses quartiers, Severus répara les nombreux dégâts de son dérapage de la veille au soir, tout du moins ceux qui n'avaient pas déjà été pris en charge par ses collègues. Il n'y était pas allé de main morte et bien que ses quartiers fussent les plus touchés, il avait ouï dire que la puissance des vibrations magiques avait causé des dégâts dans l'ensemble des sous-sols du château…

Sans savoir quelles explications avaient été données aux élèves, il se rassura néanmoins en sachant que personne n'avait été blessé.

Il était fatigué, mais la tristesse et le désespoir tendaient tout de même à laisser place à une honte oppressante face à ce qui c'était passé. Ne sachant que faire pour aller mieux une fois la majorité de la casse réparée, il alla se doucher. Dormir n'était même pas envisageable malgré sa nuit blanche, il le déplorait.

Après s'être changé, il constata en allant dans son salon qu'une lettre à son attention venait d'être déposée sur son bureau. C'était vraisemblablement un elfe de l'école qui l'avait apporté à son destinataire pendant qu'il était sous l'eau. Ce dernier eut l'espoir qu'il s'agissait d'une lettre d'Hermione mais il reconnut l'écriture de sa sœur sur l'enveloppe qu'il ouvrit alors avec dépit :

« Severus,

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé hier entre Hermione et toi, mais j'espère que tu pourras éclairer mes lanternes.

Elle semblait ailleurs, si bien qu'elle est partie sans même dire au revoir à tes collègues et je l'ai suivie rapidement… Tu t'excuseras auprès d'eux de notre part d'ailleurs !

En tout cas, Hermione semble très énervée et triste à la fois, elle pleure beaucoup et refuse catégoriquement de manger. Elle refuse de me parler. Je ne sais pas si j'ai fait ou dit quelque chose, ou si c'est vous deux qui vous êtes disputés, mais je m'inquiète vraiment. Réponds-moi quand tu pourras…

Avec tendresse, Cléo. »

Attrapant une plume et un parchemin, il rassura sa sœur concernant son implication dans l'humeur de la lionne. Il ne lui expliqua pas les circonstances exactes de la dispute, mais il prit le temps de demander à sa sœur de veiller sur son amie. Vu ce que Cléo disait dans sa lettre, elle était toujours énervée probablement à raison, mais surtout malheureuse, ce que Severus ne se pardonnait pas. Cependant, ni l'une ni l'autre n'avait apparemment connaissance de l'incident qui s'en était suivi. Peut-être étaient-elles parties vraiment rapidement, à moins qu'il n'eut s'agit d'une énième absence de sa part. Le temps semblait parfois se distordre devant lui sans qu'il ne le remarque.

S'installant dans son canapé sans trouver de réponse logique, Severus ne fit rien. Il se sentait incapable de travailler, incapable de lire, incapable de sortir. Il aurait aimé en revanche être incapable de penser, mais la dispute de la veille lui revint en tête telle une gifle violente et douloureuse.

« Severus Tobias Rogue… Je ne vaux pas mieux que celui qui m'a donné ce second prénom », se dit-il après un instant à ruminer. « Lui au moins avait une excuse… il buvait hein ? En plus, s'il le faisait, c'était à cause de moi… même mon géniteur avait peur de moi… en fait, c'est moi le problème depuis le début… moi… c'est toujours moi… ».

Sentant qu'il était en train de sombrer dans un état dépressif, Severus se leva de son canapé et se mit à faire les cent pas. Il ne devait pas laisser ce genre d'idées refaire surface en lui, il en avait fini depuis bien trop longtemps avec ça pour recommencer aujourd'hui à cause d'une simple dispute. Il ne pouvait pas laisser s'insinuer en lui des réflexions aussi noires, il le savait, c'était bien trop destructeur et cela lui avait coûté déjà bien trop cher par le passé.

Ne plus avoir de sentiments, les gérer, les enfermer quelque part au fond de lui, oui, c'était impératif. Mais contrairement à plusieurs mois auparavant, le faire n'était plus aussi aisé. Plus il se concentrait pour réussir son occlumencie totale, plus il se sentait nauséeux. Pire encore, quand il ouvrit les yeux après un énième essai, il se figea… sa main tremblait comme jamais.

C'en était trop pour l'espion qui se dirigea hâtivement vers son bureau pour récupérer son miroir. Il avait la sensation d'avoir fait des milliers de pas en arrière et il lui semblait redevenir aussi faible qu'à ses 16 ans. Clairement, il devait parler à Hermione. Il devait la voir immédiatement. Il ne savait pas vraiment ce qu'il lui dirait, il ne réussissait même pas s'imaginer comment elle-même lui répondrait, mais il sentait au fond de lui qu'il avait besoin d'elle pour se calmer.

Il pourrait déjà commencer par lui présenter ses excuses, ce serait un bon début. Peut-être que, contrairement à Lily, elle les accepterait. Il ne pouvait pas le savoir, mais il fallait qu'il se calme pour ne pas sombrer et il avait la sensation que pour se faire, il devait passer par elle :

- Putain, mais où il est ce miroir à la con ! pesta Severus qui ne le trouvait pas.

Injuriant tous les objets autour de lui, il regarda sous le bureau et trouva enfin ce qu'il cherchait. Lors de sa crise de la veille, il avait apparemment fracassé l'objet qui maintenant, ne pouvait plus être utilisé. Essayant à plusieurs reprises divers sortilèges de réparation, rien n'y fit et Severus, pour la première fois en une vingtaine d'années, sentit des larmes lui monter aux yeux. Se retenant du mieux qu'il pouvait, il se laissa tomber sur son siège devant son office où il reposa le miroir brisé, à sa place habituelle. Comment pouvait-il être tombé aussi bas en moins de 24h ?

Une larme solitaire dévala sa joue droite alors qu'il vit son reflet morcelé dans la glace détruite. Il se sentait exactement comme ce dernier, tant et si bien que d'autres larmes suivirent. Sans rien pouvoir y faire, il sentit une vague magique en lui qu'il n'arriva pas à retenir. Contrairement à la colère explosive de la dernière fois, il sentit un courant d'air glacial se former tout autour de lui et l'englober. Plusieurs objets légers s'envolèrent dans la pièce, mais Severus s'en moquait. Il pleurait.

Après qu'une nouvelle bourrasque de vent froid balaya la pièce, son regard fut attiré par un autre objet qui s'était retrouvé sous un tas de parchemin. Il ne se rappelait pas l'avoir reposé ici, mais vu l'état dans lequel il avait été lorsqu'il avait rangé son capharnaüm...

Attrapant machinalement le flacon de couleur jaune, le sombre sorcier l'observa. Sa main trembla légèrement moins et les larmes cessèrent de couler alors qu'il se souvint de la femme qui mettait ce parfum à l'époque. Elle lui manquait elle aussi. Approchant l'ensorcelle n°5 de son poignet gauche il pulvérisa dessus deux sprays :

- Le parfum de l'âme, c'est le souvenir… marmonna-t-il en rapprochant sa manche de chemise vers son nez.

Il n'avait plus senti cette odeur depuis longtemps et Severus ferma les yeux. L'espace d'un instant, il eut l'impression que Line était à ses côtés. En se concentrant assez, le sorcier put même se souvenir de la voix de cette dernière, douce mais toujours intransigeante :

« Relève la tête mon Prince. Souviens-toi de ce que je t'ai dit, tu as l'étoffe pour devenir roi. Tu n'as besoin de personne pour ça, pas même de moi… tu vas faire de grandes choses »

Severus aurait peut-être pu rire de cette phrase qu'il s'imaginait entendre de nouveau de sa part à elle, mais il se figea à la place. Sur son épaule, il sentit comme une main réconfortante et ferme. Incapable de bouger, il jeta un œil dans le miroir cassé et vit la forme d'une femme vêtue de rouge derrière lui.

Retrouvant une certaine contenance, il se tourna vivement et soupira, mi détendu, mi déçu. Il n'y avait personne, bien entendu.

La fatigue et la détresse le rendait fou. Pourtant, au fond, il aurait presque aimé que cela soit vrai. Maintenant étrangement plus calme, Severus regarda une nouvelle fois la bouteille de parfum dont la fragrance sur sa chemise caressa de nouveau son odorat :

- L'affection d'un absent n'est plus qu'un parfum… souffla-t-il alors en se levant, bien décidé à enfin aller se coucher.

« Mais qu'il est doux »