Chapitre 13 : 'Monsieur'
Severus entendit un cri perçant et des pas s'approcher de lui. Ouvrant les yeux hâtivement, il attrapa par réflexe son assaillant et le projeta de côté sur le lit pour l'immobiliser comme il le pouvait. Il lui maintint les poignets et mit tout son poids sur le bassin de ce dernier qui semblait bien plus petit que lui.
La personne se laissa étrangement faire et le maître des potions cligna des yeux à plusieurs reprises pour faire le focus, la lumière dans la pièce étant encore légèrement trop éblouissante pour lui qui venait de se faire tirer du lit brutalement :
- Severus…
Reconnaissant la voix plaintive juste avant de reconnaître enfin le visage de son agresseur, il fustigea :
- Par Salazar Hermione mais qu'est ce qui te prends de m'attaquer de la sorte ?
- Je ne t'attaquais pas, dit-elle alors en sanglotant d'un coup, j'ai cru que tu étais mort espèce d'imbécile !
- Quoi ? s'exclama-t-il, plus confus qu'énervé.
- J'ai cru que tu t'étais suicidé, j'ai eu la peur de ma vie ! répliqua la lionne en pleurant de plus belle.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Tu étais allongé sur le dos, tu ne bougeais pas, tu ne ronflais pas, tu as des fioles de potions sur ta table de nuit, sans parler de l'alcool en bas et de cette satanée histoire de testament et…
- Hey calme toi ! ordonna Severus en constatant la vitesse à laquelle la jeune femme déblatérait des inepties. Ouvre les yeux, les flacons de potions ne sont pas vides et ce ne sont que des antalgiques pour ma jambe. Je ne faisais que dormir ! En revanche tu as bien failli me faire avoir un arrêt cardiaque, à me réveiller aussi violemment.
Ne sachant plus s'il devait être énervé ou non, il se contenta de demander, totalement perdu par cette situation incongrue :
- Et pourquoi tu parles de ronflements et de testament ?
- Parce que tu ronfles d'habitude, et parce que Alice était au square hier, renifla Hermione en essayant de s'apaiser comme elle pouvait. Et aujourd'hui je suis venue te voir pour discuter et… et j'ai eu peur !
Severus resta interdit l'espace d'un instant avant de simplement fermer les yeux pour se calmer. Soupirant en pensant à sa filleule et son talent pour la blablaterie, il marmonna plus pour lui-même que pour la jeune femme dans son lit :
- Par Salazar, mais elle parle plus que son père celle-là ! Et je ne ronfle pas moi…
- Severus… tu m'écrases, finit par doucement répliquer la jeune femme qui ravalait lentement mais sûrement ses dernières larmes pendant qu'il tentait de se convaincre lui-même.
Se rendant compte qu'il n'avait pas bougé depuis tout à l'heure et qu'il la maintenait toujours fermement sur le lit, Severus se décala légèrement pour ne plus mettre tout son poids sur elle. Restant néanmoins toujours au-dessus d'elle et lui tenant encore les poignets au-dessus de sa tête, il l'observa. Elle semblait en forme même si ses yeux étaient rougis par les larmes qui venaient enfin de stopper leur course folle le long de son visage rosit par la peur. Sans trop réfléchir, mais clairement dans l'optique de ne pas continuer de la dévisager de la sorte, il posa son front contre celui de la jeune femme avant de soupirer :
- Tu crois vraiment que j'aurais pu me suicider alors que Lestrange représente toujours un danger pour toi ?
Sans attendre de réponse à cette question, Severus sentit un pincement au cœur :
« Tobias n'était un connard que quand il buvait » entendit-il de nouveau.
Il n'y avait pas une seule journée où il ne revoyait pas la lionne lui dire cette vérité qu'il détestait… mais c'était un fait et il savait au fond de lui qu'elle avait raison :
- Je ne pensais pas ce que je t'ai dit ce jour-là ! dit alors Hermione comme si elle avait lu dans ses pensées. Severus, j'étais seulement énervée et je m'en veux de t'avoir dit une chose aussi horrible…
- Tu t'es contentée de me dire la vérité.
- Non, je me suis contentée d'être énervée !
- Tu avais de quoi l'être.
Ne supportant pas d'entendre sa lionne s'excuser, il lui lâcha enfin les mains pour se redresser. Il savait pertinemment qu'il la maintenait de la sorte uniquement pour rester contre elle mais il savait aussi que ce n'était pas adéquat, qu'il devait prendre ses distances. Pourtant, il n'eut pas le temps de se décaler qu'il sentit les bras d'Hermione passer derrière son cou pour l'empêcher de se pousser :
- Severus je t'aime, dit-elle presque suppliante.
- M'aimer ne t'apportera rien.
Bien sûr, il le pensait, mais ce n'était pas pour autant que cela ne le blessait pas. Il n'était pas fait pour être aimé, tout l'univers faisait en sorte de le lui rappeler : il ne méritait pas de l'être. Il essaya de nouveau de se décaler mais cette fois encore elle l'en empêcha :
- Severus, je t'aime ! répéta-t-elle telle une litanie, ses yeux se remplissant de nouveau de larmes qu'elle tentait de maîtriser. Je t'aime tu m'entends.
- Hermione, marmonna-t-il alors sans savoir quoi répondre pour qu'elle se taise.
- Je suis prête à ne jamais me marier et même ne pas être mère, mais je ne peux pas vivre sans toi, je t'aime !
Figé face à cette supplication qui fissura légèrement ses certitudes, Severus plongea son regard dans les yeux ambrés de la jeune femme. Après un court instant silencieux, qui sembla néanmoins s'éterniser pour le sorcier, il se pencha de nouveau et murmura à la lionne :
- Ta vie serait bien meilleure sans moi.
- Ce ne serait pas une vie, répondit-elle simplement.
Profitant d'être penché sur elle de la sorte, Severus inspira légèrement afin de sentir l'odeur de la crinière de cette insupportable miss-j'ai-réponse-à-tout. Il descendit ensuite lentement jusqu'au cou de cette dernière tout en soufflant :
- Je ne te mérite pas.
- Bien sûr que si, insista-t-elle. J'étais énervée quand je t'ai insulté, et toi aussi. Nos mots ont juste…
- Dépassé le fond de nos pensées, termina-t-il en passant son nez sur le cou maintenant tendu vers lui.
La jeune femme se laissa faire et resserra son étreinte. Il aurait aimé embrasser cette peau si douce qui lui manquait chaque jour de plus en plus. Mais ce n'était pas raisonnable, il n'avait de cesse de se le répéter. Pourtant il en mourait d'envie.
Oui, Severus le savait, elle était en train de gagner et tous ces ressentiments étaient en train de s'envoler, quand bien même il ne le voulait absolument pas. À moins qu'il ne se soit menti à lui-même en tentant de se persuader de ça. Par tous les diables, qu'est-ce qu'il lui en voulait de le rendre si faible :
- J'ai cru t'avoir perdu à jamais et je ne veux plus que ça arrive, conjura-t-elle doucement.
- Ça arrivera forcément un jour, dit-il en redressant sa tête pour la regarder de nouveau alors qu'elle allait protester. J'ai 20 ans de plus que toi, je suis voué à partir bien avant que tu ne…
- Cela n'arrivera pas avant au moins le siècle prochain, se défendit elle en l'empêchant de terminer sa phrase, et ce jour-là… je partirai avec toi.
Entendre de telles inepties étaient insupportables pour le sorcier qui s'agaça :
- Ne dit pas des imbécillités pareils Hermione.
- Je le pense vraiment, dit-elle avec une bonne foi déconcertante.
- Et tu laisserais derrière toi tes amis et ta famille sans aucun scrupule ?
- Ma famille ne sera plus là depuis longtemps, et mes amis comprendront.
- D'ici un siècle tu auras encore de la famille, fit-il remarquer avec un air mitigé qu'il n'arriva pas à faire passer pour de l'indifférence.
- Mes parents sont moldus, je n'ai pas d'oncle ni de tante, je n'ai pas de frère ni de sœur à proprement parler et…
- Tu as Potter, qui même si cela m'agace profondément, agit envers toi comme un frère devrait normalement le faire. Mieux que moi avec Cléo, ajouta-t-il, pensif. Et d'ailleurs, tu as aussi Cléopâtre, qui n'est peut-être qu'une belle-sœur mais qui reste ta famille je suppose. Et puis, tu vas donner naissance à…
Le sorcier se tut un instant avant de continuer doucement, comme s'il était d'un coup nauséeux :
- Notre enfant…
En disant cela, Severus eut autant de mal que si on le forçait à dire à Black qu'il était heureux de l'avoir comme beau-frère. Néanmoins, même si cela lui avait semblé difficile, il l'avait dit. Puis, avec son cynisme habituel et avant que la jeune femme n'ait le temps de répondre quoi que ce fut, il ajouta :
- Et lui-même aura sûrement le temps de fabriquer d'autre mioches avec une tierce personne d'ici le siècle prochain. Alors tu en auras une de famille… même quand je partirai.
- Tu… tu veux dire que…
- Je ne veux pas dire que j'accepte la situation Hermione, la coupa-t-il avec désarroi. Je n'ai jamais voulu d'enfant et je ne serai jamais un bon père, je le sais. Néanmoins, tu ne me laisses pas le choix…
- Severus, je ne veux pas te forcer à avoir un enfant, même si je suis persuadée que tu serais un père génial.
- À moins que tu sois allée à sainte mangouste sans que ma sœur ne le sache, il est trop tard pour avorter. En tout cas si on se base sur ce que tu m'as dit.
La lionne sembla réfléchir un instant avant d'ouvrir et de fermer la bouche à plusieurs reprises sans ne rien dire. Elle semblait avoir oublié qu'il existait, chez les sorciers aussi, un délai maximal pour avorter :
- Si j'avais su qu'un jour je te verrais ne plus savoir quoi dire, se moqua Severus pour tenter de se détendre lui-même. Ferme la bouche, on dirait un strangulot hors de l'eau. Et ne te persuade pas que je serai un « bon père ». Je ne saurai jamais m'en occuper et je ne compte pas le faire.
- Je le ferai pour deux, répliqua-t-elle alors avec espoir.
- Tu es vraiment une insuppo…
Il ne termina pas sa phrase, Hermione ayant relevé la tête pour l'embrasser. Bien qu'il aurait préféré avoir le courage de la repousser, il répondit à ce baiser, tout du moins l'espace d'un instant, avant de dire sur un ton qui se voulait glacial :
- Hermione, que les choses soient claires, je suis toujours persuadé que tu devrais trouver quelqu'un d'autre. Je ne suis pas quelqu'un de bien, je suis même totalement exécrable. Menteur, têtu, désagréable, sans oublier que je suis jaloux… et que visiblement je ronfle.
- Ça dépend des jours apparemment, répondit-elle en souriant légèrement.
Elle était si belle quand elle était de bonne humeur, c'était indéniable. Il l'embrassa à son tour, jusqu'à se rendre compte que ce n'était clairement pas une bonne idée. Il avait la sensation désagréable d'être dans une montagne russe de bon matin.
Il la regarda alors de nouveau dans les yeux et demanda doucement, presque en murmurant :
- Tu peux me lâcher maintenant ?
- Je n'en ai pas envie, et toi non plus tu ne veux pas.
- Si je ne le voulais pas, je ne te le demanderais pas.
- Alors tu veux dire que c'est ta baguette que je sens ? ironisa-t-elle avec un sourire narquois.
Ne lui laissant pas le temps de répondre, la jeune femme bougea légèrement sous le sorcier qui retint de justesse un grognement de satisfaction quand son membre tendu frotta contre elle :
- J'ose espérer que ma baguette est plus fine que ça, railla-t-il en fermant les yeux un moment.
Il était prêt à la prendre là, sur le champ, pour l'entendre crier et gémir comme il aimait tant. Pourtant, il se contenta de soupirer une fois de plus. Non, ce n'était pas le moment de plaisanter ou de s'amuser de la sorte :
- Hermione lâche moi s'il te plaît. C'est vrai que j'ai envie de toi, mais…
Sans savoir comment formuler le fond de sa pensée, il se mit à réfléchir intensément. Bien qu'il n'eût de cesse de tenter de se convaincre qu'il était beaucoup mieux loin d'elle et inversement, il se sentait presque capable de tout encaisser pour cette lionne qu'il appréciait plus que de raison. Pourtant, il lui semblait totalement inapproprié de se laisser aller charnellement, là tout de suite :
- Tu m'en veux encore beaucoup c'est ça ? demanda-t-elle en détournant le regard.
- Eh bien… peut-être un peu, mais je pense que je m'en veux surtout à moi. En tout cas, j'ai clairement besoin d'un peu de temps, tu comprends ?
Le lâchant enfin, Hermione tourna la tête, gênée. Severus passa délicatement sa main sur la joue de celle qui aurait décidément sa perte :
- Attends-moi ici, je reviens d'accord ?
- Oui… je t'attends, accorda-t-elle sans le regarder.
Se redressant enfin, Severus grimaça. Il avait mal un peu partout, mais c'était surtout une partie de son corps en particulier qui le gênait. Sans rien ajouter pour autant, Severus prit des vêtements dans son armoire avant de se rendre dans sa salle de bain.
Faisant couler l'eau d'avance dans sa douche, il se déshabilla et observa avec dépit son membre tendu. Peut-être aurait-il pu tout de même profiter de la présence d'Hermione ce matin. Non, clairement il savait qu'il avait fait le bon choix, il ne pouvait pas coucher avec elle alors qu'il était encore plein de ressentiments au fond de lui.
Se glissant sous le jet après avoir soupiré probablement pour la millième fois de la matinée, Severus essaya de se concentrer sur quelque chose de moins excitant que la lionne dans sa chambre. Ce ne fut qu'après avoir repensé aux examens qu'il allait devoir bientôt préparer pour vérifier le niveau des cornichons de Poudlard qu'il réussit enfin à calmer ses ardeurs.
Après sa douche, il s'habilla, se coiffa et rejoignit la jeune femme dans sa chambre. Elle était assise sur le petit bureau d'appoint non loin de la fenêtre par laquelle elle observait le ciel. Elle ne se tourna même pas quand il arriva mais elle prit directement la parole :
- Tu as brisé le miroir que je t'avais offert… reprocha-t-elle à Severus qui remarqua son cadeau abîmé qu'il avait ramené avec lui.
- Je ne l'ai pas fait exprès, se défendit il vivement. Je me suis énervé et j'ai cassé tout ce qui était dans mon appartement en le mettant sens dessus dessous. C'était ridicule je sais, mais sur le coup j'ai trouvé ça défoulant.
- Presque tout…
- Pardon ?
- Tu n'as pas tout cassé visiblement.
Avant qu'il n'ait le temps de lui demander de quoi elle parlait, Hermione se tourna vers lui. Dans ses mains, elle tenait le flacon de parfum qu'il avait reçu lors de son anniversaire :
- Je constate que tu as le sens des priorités même quand tu es énervé !
- Tu ne vas quand-même pas faire une crise de jalousie pour un parfum ? D'autant plus qu'il s'agit, primo, de celui d'une morte, secundo d'un cadeau que m'a envoyé un psychopathe qui aide Lestrange !
- Justement Severus, si tu as gardé ce parfum malgré qui te l'a envoyé, si tu l'as ramené avec toi pendant tes vacances, c'est bien qu'il te fait penser à quelque chose d'agréable… où à quelqu'un plutôt.
Il l'avait en effet ramené dans ses affaires, plus comme un réflexe qu'autre chose. En même temps, cette odeur lui rappelait tellement de chose qu'il avoua sans complexe :
- C'est vrai que ce parfum me fait penser à Missy, je ne le nie pas ! J'ai senti ce truc tous les jours ou presque depuis mes 16 ans.
- C'est très rassurant… ironisa-t-elle, clairement vexée. Et dis-moi, vais-je bientôt retrouver un bouquet de Lys ou un insigne de Gryffondor quelque part ?
- Par Salazar, voilà que tu mêles Lily dans la conversation maintenant, soupira Severus, exaspéré.
- Au moins je n'ai pas à prononcer de nom pour que tu saches à qui je fais allusion.
La situation devenait tendue et, une fois de plus, elle s'apprêtait dangereusement à dérailler :
- Je suis peut-être un connard, mais je ne suis pas complètement con et stupide ! s'agaça-t-il pour de bon. Bon sang Hermione, mais qu'est-ce que tu as ?
- Ce que j'ai ? répéta-t-elle presque menaçante. Ce que j'ai, c'est un trouble hormonal lié à l'amas de cellules qui grandit dans mon utérus ! Mais même sans ça, comment devrais-je réagir quand je sais que je me bats contre des fantômes du passé pour gagner ton satané cœur de pierre ? demanda-t-elle, clairement sur le point de balancer la bouteille de parfum contre le sol.
- MAIS BORDEL TU L'AS DÉJÀ DANS TES MAINS CE PUTAIN DE CAILLOU ENCOMBRANT ET INUTILE ! cria-t-il alors.
Severus ne criait quasiment jamais, même quand il était excédé, mais il avait dépassé ce stade en cet instant précis. Il était de nouveau énervé comme la dernière fois, et il s'attendit d'ailleurs à voir quelque chose exploser dans la pièce, ce qui étrangement n'arriva pas.
Il regardait maintenant la lionne silencieuse face à lui, repensant à la souffrance que cela représentait pour lui d'avoir des sentiments. Il l'aimait elle, plus que quiconque, plus que lui-même, mais il aurait préféré une fois de plus n'être qu'un automate sans cœur :
- Je… je suis désolée Severus… marmonna-t-elle en se rendant compte qu'elle avait été trop loin.
Severus l'observait toujours sans savoir quoi dire ou faire de plus. Il avait été loin de se douter la veille qu'il verrait sa lionne et encore moins qu'il se disputerait de nouveau avec elle aujourd'hui. En même temps il s'était imaginé ne plus jamais la revoir du tout après la scène dans ses quartiers et visiblement, cela aurait été plus approprié pour leurs nerfs respectifs.
Étaient-ils condamnés à se disputer de la sorte sans arrêt ? Peut-être que le rêve était inéluctablement destiné à se terminer en cauchemar… en tout cas, cela en prenait le chemin.
Il était énervé, tendu face à cette femme qu'il aimait mais qui était si blessante. C'était la seule à pouvoir le détruire et il avait peur de ça, de ses sentiments contradictoires et de ce qui en découlaient :
« Tobias n'était un connard que lorsqu'il buvait »
Était-il réellement comme son géniteur ? Oui, clairement, il l'était. La peur le rendait faible et virulent alors qu'Hermione n'était en rien responsable des angoisses qui se jouaient en lui. Elle était jalouse, ce n'était pas comme si elle le rejetait, bien au contraire. Elle était, en outre, enceinte de lui et à l'entendre c'était la chose la plus merveilleuse qui aurait pu lui arriver. Alors pourquoi avait-il peur de la sorte ?
Il n'en savait rien…
C'était agaçant de ne pas savoir, pour lui qui avait en horreur les questions incessantes et l'illogisme. Pourtant, la situation était entièrement illogique : aimer quelqu'un au point d'avoir peur de la perdre, mais en même temps avoir la sensation qu'il serait préférable qu'elle soit loin. C'était stupide et ça, il le savait. Las de ce constat, il décida qu'il était temps de d'agir, il devait prendre une décision :
- Hermione, donne-moi ce flacon ! dit-il finalement en tendant simplement sa main.
- Severus, je suis vraiment désolée, je t'assure, je suis juste un peu sur les nerfs en ce…
- Donne-le-moi, répéta-t-il simplement sans la laisser terminer sa phrase.
L'air penaude, elle le regarda s'approcher d'elle. On aurait dit une élève sur le point de se prendre la plus grosse retenue de sa vie, voir même de se faire expulser. Elle posa finalement le flacon dans la main de Severus qui observa l'objet un court instant. Puis, décidant de ne pas devenir le connard qu'il semblait prédestiné à être en se basant sur ses angoisses liées au passé, il ouvrit la fenêtre de sa chambre et balança le parfum qui alla s'éclater au pied de ses arbustes, aspergeant au passage les bourgeons naissants de ses seringats et lui valant un regard choqué de la part d'une rouquine qui se baladait dans la rue.
Il aurait pu y avoir la police ou l'armée qu'il s'en fichait, il se retourna juste vers Hermione après son geste. Elle semblait elle aussi sous le choc, mais il n'en fit pas cas et continua sur sa lancée :
- Donne-moi le livre qui est dans le tiroir de mon bureau !
- Quoi ?
Severus soupira et se rapprocha d'elle. Il la fit se décaler doucement de deux pas sur le côté et ouvrit le tiroir de son bureau. Parmi pas mal de paperasse, il y avait un livre qu'il attrapa. Pour être plus précis, il s'agissait d'un album photo de petite taille.
Il se retourna ensuite tout en sortant sa baguette de sa manche et d'un simple mouvement de poignet, un feu de couleur bleu ciel s'alluma dans la corbeille à papier, brûlant uniquement les feuilles à l'intérieur mais épargnant l'oseille qui formait le contenant. Ces flammes ne dégageaient d'ailleurs même pas de chaleur, c'était l'un des sorts que Severus avait le plus utilisé au cours de sa carrière d'espion pour l'ordre. Il s'apprêtait à jeter l'album dedans quand la main d'Hermione l'en empêcha :
- Severus, attends… ne fais pas ça, je suis désolée, j'ai confiance en toi, je ne voulais pas m'énerver comme ça.
- Je ne veux plus que tu aies l'impression d'avoir à te battre contre mon passé Hermione. Je me moque de ces souvenirs à la noix, de Missy ou de Lily, je m'en ferais d'autres. Et je suis prêt à tout pour que les prochains soient à tes côtés !
La jeune femme attrapa l'album et le posa sur le bureau avant de prendre sa baguette pour éteindre le feu bleuté. Elle serra ensuite Severus contre elle, l'air rassurée mais embarrassée :
- Je ne sais pas ce qui m'a pris, excuse-moi…
- Écoute moi bien Hermione, tu ne seras jamais en compétition avec personne. Ni avec mon passé, ni avec je ne sais qui dans le futur. Tu es la seule à qui j'ai dit que… enfin tu es la seule. J'appréciais Lily, et ce que je pouvais prendre pour des sentiments inébranlables ne sont rien par rapport à ce que je ressens pour toi. Quant à Missy, elle était importante pour moi car elle m'a permis de ne pas sombrer au moment où je n'avais face à moi que des ténèbres abyssales. Mais elle était elle-même aussi noire que la pierre emblématique de son royaume de débauche, et même si c'est Albus qui m'a aidé à sortir de l'obscurité qui m'avait envahi, c'est toi qui as illuminé ma vie. Je suis peut-être un sombre connard, enfin non, je le suis totalement, mais je suis aussi certain que je peux m'améliorer grâce à toi… pour toi !
Severus prit une profonde inspiration, se rendant compte qu'il avait parlé d'une traite en oubliant presque de respirer. Il lui restait des choses à dire et reprit une fois son souffle retrouvé :
- Je ne suis pas parfait, je suis bourré de défauts que tu connais visiblement par cœur, mais je vais changer. J'ai simplement besoin de temps, un peu comme nos yeux en ont besoin pour voir clairement quand ils passent de l'obscurité de la nuit à la lumière du jour.
C'était officiel, le sombre sorcier se sentait ridicule et voulait disparaître dans un trou de souris. Pourtant, il ne bougea pas. En même temps, il en était incapable vu la force avec laquelle la mini-chose face à lui l'enserrait contre elle. Elle pleurait de nouveau, plus silencieusement que jamais. Ne sachant pas ce qu'il avait encore dit comme bêtise, l'espion ferma les yeux jusqu'à ce que la lionne reprenne la parole :
- Je te laisserai tout le temps qu'il te faudra Severus. Je t'aime et je suis prête à attendre des décennies pour toi…
- Ce ne sera pas aussi long, je peux te l'assurer, et je te ferai savoir quand je me sentirai mieux. J'ai juste besoin de tout digérer pour repartir sur de bonnes bases… pour réussir à te dire ce que je ressens avec facilité et, surtout, pour ne pas devenir un simple géniteur mais un… père.
- Tu seras un papa formidable, le meilleur de tous, affirma alors Hermione qui avait cessé de pleurer mais qui ne lâchait pas Severus pour autant.
- Je pensais que ton père était pourtant parfait, réussit-il à plaisanter.
Cette tentative d'humour fonctionna visiblement vue que la lionne sourit enfin, tout en se décalant pour voir son compagnon dans les yeux :
- Disons que tu auras la seconde place.
- Je suis prêt à accepter cette défaite face à John Granger ! dit-il simplement en posant sa main contre la joue d'Hermione pour effacer les sillons laissés par les énièmes larmes qu'elle avait versées par sa faute.
Après l'avoir encore pris dans ses bras un moment, les tensions disparurent et Hermione décida de rentrer. La discussion qu'elle avait souhaitée avoir n'avait, semble-t-il, pas été aussi garnie qu'elle l'avait voulue, mais ils savaient tous deux qu'ils la reprendraient plus tard, au calme.
Severus l'embrassa tout de même tendrement avant son départ et une fois seul, il retourna dans son lit sur lequel il se jeta lourdement. Il savait maintenant sans le moindre doute ce qu'il voulait faire et comptait y parvenir le plus vite possible. Pourtant, réussir à revenir entièrement du côté lumineux de l'instant présent tout en oubliant le côté obscur de son passé n'était pas chose aisée :
- Pourvu que je ne meure pas asthmatique et dans une foutue armure robotique noire en y arrivant enfin… souffla-t-il alors pour lui-même.
Les jours suivants, Severus fut surpris de ne pas recevoir de lettres de la part de sa lionne. Peut-être avait-elle pris au mot sa décision de prendre de la distance pour un temps. Vu qu'il s'agissait de sa propre démarche, il ne lui en tint pas rigueur et se contenta d'écrire de temps à autre à sa sœur. Rapidement les vacances prirent fin, le sombre sorcier ayant eu largement de quoi s'occuper pendant ces dernières.
Et que dire des journées de cours qui s'en suivirent ? Elles se ressemblaient dans leurs lots de cornichonnerie et de travaux parfois excellents, c'était un fait. Le professeur Rogue devait l'avouer, être plus équitable et juste dans ses notes et la prise en charge de ses élèves permettait à l'école entière d'avoir un meilleur niveau en potion. Mais ce n'étaient pas les notes de ses classes qui inondaient son esprit, c'était bel et bien Hermione et la soirée mondaine qui approchait :
- Es-tu prêt pour demain mon garçon ? demanda Albus tout en servant un thé à son protégé qui était assis face à lui, dans son bureau directorial.
- Tout est organisé au millimètre près, répondit Severus en attrapant sa tasse. Les sécurités sont déjà toutes en place au manoir Prince, la salle à manger et celle du bal sont déjà en place et…
- Tu ne réponds pas à ma question, s'amusa le directeur.
- Je suppose que je le suis, souffla-t-il. M'ma a été d'une grande aide en me redonnant quelques cours de rattrapages sur mes… obligations d'hôte de soirée.
- Et qu'en est-il de ta tenue ?
Severus soupira pour de bon. De toute la soirée, c'était ce qu'il redoutait probablement le plus et cela divertissait grandement son mentor :
- Je ne suis pas certain de survivre à ça.
- Pourtant j'ai entendu nombre de tes collègues et des élèves faire des éloges sur ta pilosité faciale.
- Cesse donc de te moquer, d'autant plus que tu sais pertinemment que ce n'est pas ce qui me dérange le plus.
Buvant son thé en regardant ailleurs, le sombre sorcier grommelait. Il y avait, en effet, de quoi l'exaspérer. En plus de devoir respecter des règles de bienséance moyenâgeuses, le Lord qu'il était par obligation était contraint de suivre un code vestimentaire strict, qui le forçait à porter une barbe et même à avoir une coupe de cheveux réglementaire. Chaque famille avait son propre règlement concernant les tenues, et celui des Prince était extrêmement précis, au grand damne du dernier héritier de cette famille. Jamais Severus n'avait pris la peine de le faire modifier, ce dernier n'ayant jamais pensé avoir à jouer son rôle de Lord de la sorte :
- Dès que cette histoire sera terminée, je ferai toutes les démarches pour changer ça, même si cela doit me prendre une année de ma vie ! grinça-t-il entre ses dents, blasé.
- Voyons, il faut rester positif. Au moins n'es-tu pas obligé de te faire chauve !
- J'aurais tout annulé s'il avait fallu pousser l'humiliation à ce niveau là…
- Aurais-tu réellement laissé passer une chance de connaître l'identité de la personne qui en a après miss Granger ?
Severus ne répondit rien, sachant que son interlocuteur connaissait déjà la réponse. Après tout, s'il n'avait été question que de sa propre sécurité à lui, il aurait déjà annulé la soirée en sachant ce qu'il avait à organiser, ce qu'il allait devoir faire et même ce qu'il allait devoir dire :
- Tu pars donc ce soir au manoir ?
- Tout de suite quand tu auras fini que par me dire ce qui me vaut le privilège d'un thé en ta compagnie, oui.
- Je voulais simplement m'assurer que tout ira bien pour toi mon garçon, dit-il avec plus de sérieux que jamais.
- Si je n'étais pas prêt, je te le dirais Al. Je ne te cache jamais mes réticences quand j'en ai avant une mission, quelles qu'elles soient.
- Il est vrai que tu as toujours eu cette honnêteté envers moi. Tout du moins quand il s'agit de tes divers travaux, pour ce qui est du reste, tu restes une énigme aux yeux de tous.
- De toute évidence, tu sais déjà tout ce qui touche à ma vie privée sans même que j'ai à t'en parler, fit remarque l'espion avec un sourire mi-amusé mi-agacé.
- Je te l'accorde, répondit Dumbledore avec un sourire presque triste aux yeux de son protégé. Mais j'aimerais parfois que tu oses aborder des sujets qui te tiennent à cœur Severus.
L'emploi de son prénom par son mentor était presque déroutant. Non pas que cela n'arrivait jamais, mais il ne l'utilisait que rarement dans les moments où ils étaient seuls. Reposant sa tasse qu'il avait terminée, la terreur des cachots hésita un instant avant de dire, sans tact, à la façon que l'on retire un pansement pour ne pas avoir mal :
- Hermione est enceinte…
Albus resta stoïque et, comme si de rien n'était, il remplit de nouveau la tasse de son invité :
- Félicitations à vous deux.
- Je ne suis pas certain de mériter des félicitations… soupira-t-il en se saisissant de son second thé.
- Es-tu toujours autant contre l'idée de devenir père ?
- Je ne crois pas, avoua le maître des potions en regardant ailleurs. En revanche, je doute toujours autant d'être capable de le devenir convenablement.
- Tu es pourtant un homme intelligent, respectable et gentil, du moins quand tu le souhaites.
- Moi qui pensais n'être encore qu'un simple garçon ! plaisanta-t-il en soufflant par le nez d'un air narquois.
Avec un sourire amusé, le vieux sorcier regarda Severus par-dessus ses lunettes en demi-lune :
- J'ai beau voir en toi l'homme que tu es devenu avec le temps, je crains bien que tu ne restes à jamais un garçon face au vieillard que je suis. Mais dis-moi plutôt, pourquoi crains-tu de ne pas être à la hauteur ?
- Sérieusement Al, je ne suis pas aussi bon que tu le penses. Même Hermione est plus au clair que toi sur mes défauts ! Sans compter que je suis bientôt quarantenaire alors qu'elle… elle n'a même pas encore la vingtaine.
- L'amour n'a pas d'âge, répondit l'aîné avec bienveillance. Et ne pas avoir un grand nombre d'années d'écart n'est pas gage d'une relation durable.
Severus savait ce à quoi pensait son mentor. Ce dernier n'avait réellement été amoureux que d'une seule personne, un seul homme qui avait pourtant fini par détruire le lien les unissant à cause de sa soif de pouvoir. Gellert avait pourtant un âge similaire à celui d'Albus, mais leurs divergences d'opinions avaient eu raison d'eux, le jeune Dumbledore choisissant de rester vers la lumière là où Grindelwald avait choisi le même chemin que Voldemort, bien des années avant la naissance même du seigneur des ténèbres :
- Je suppose que tu as raison… mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus au fond…
- Et qu'est-ce donc alors ?
- Comment pourrais-je être un bon père, moi qui n'en a jamais vraiment eu ?
- Hum, je suis presque vexé mon garçon, avoua Albus avec néanmoins un sourire malicieux aux lèvres.
- Tu n'as ce rôle que depuis mes 21 ans, rappela Severus qui s'en voulait légèrement sans rien laisser paraître. Ce que je veux dire, c'est que je n'ai pas eu de père pendant mon enfance ! Comment savoir si je saurai m'en sortir ?
- Je t'ai déjà vu t'occuper de plusieurs enfants, et tu as toujours su te débrouiller. Si on ne compte pas les étudiants que tu as traumatisés pendant tes années d'agent double, ajouta-t-il en ricanant.
- Je ne me suis pas occupé d'enfant… enfin quasiment pas ! Et regarde Alice maintenant, elle est cynique à cause de moi.
- Elle est aussi devenue une jeune fille intelligente, passionnée et douée !
- Et pour ça elle a eu Christian et Joe, quand bien même sa mère tient plus du dragon que de la maman humaine lambda.
- Tu as aussi su prendre soin de Harry pendant sa jeunesse que je sache.
- Il était gardé par les Dursley ! Il ne savait même pas que j'étais là.
- Mais tu l'étais.
- Il a déjà eu des ennuis à certains moment à cause de moi !
- Tu parles de la fois où tu as changé la couleur de cheveux d'un de ses enseignants ? Ou de la fois où tu as fait repousser ses cheveux à lui ?
- Les deux je suppose… mais je me souviens surtout que son oncle et sa tante avaient été plus que terribles la fameuse fois où j'ai fait en sorte de lui donner une potion de repousse capillaire… non mais sérieusement, Pétunia lui avait rasé le crâne en lui laissant une frange, personne, même lui, ne méritait une telle coupe !
En se rappelant de ça, Severus grimaça. La ressemblance de Harry avec son père l'avait poussé plus d'une fois à le haïr plus que de raison. Il en était d'ailleurs de même pour sa tante, il en était certain. Pétunia avait toujours eu en horreur le monde magique, c'était un fait, mais ce qu'elle avait toujours détesté le plus dans cet univers de sorcellerie, c'était James Potter.
Elle s'était pourtant habituée légèrement à la magie, elle avait même fini par devenir une amie du sombre apprenti sorcier que Severus était déjà à l'époque, avant sa disparition soudaine. Alors si elle avait été aussi dure avec Harry, c'était probablement à cause de sa ressemblance avec celui qui avait éloigné Lily des Evans pour de bon.
Oh, l'espion ne cherchait pas vraiment d'excuses aux comportements maltraitants de son ancienne amie, mais il le comprenait en partie au fond de lui, vu qu'il avait fait la même chose à certains égards. Oui, lui aussi s'était déjà montré méchant, odieux et virulent envers un pauvre gamin :
- Je suis parfois pire que mon géniteur Albus… je me montre souvent cruel, parfois même sans m'en rendre compte sur le coup.
- Cela peut arriver même au meilleur. Regarde-moi mon garçon, j'étais prêt à te forcer à me tuer de tes mains en sachant pourtant que cela serait traumatisant pour toi. Et j'ai aussi caché la vérité à Harry sur la prophétie le concernant, tu me l'as toi-même reproché. Nous faisons tous des erreurs Severus, mais l'important réside dans ce que nous mettons en place pour les corriger !
Reposant sa tasse à nouveau vide, l'espion regarda la figure paternelle face à lui. Il avait peut-être raison, comme souvent :
- Penses-tu sincèrement qu'une femme comme Hermione pourrait être heureuse avec moi ?
- À n'en point douter mon garçon, vous êtes bien trop semblables pour ne pas vous rendre mutuellement heureux. Même si je suis persuadé que vos disputes resteront indéniablement impressionnantes à chaque fois. Peut-être investirais-je d'ailleurs dans des meubles de meilleures qualités pour tes quartiers.
Severus ne put retenir un sourire franc et amusé face à cette réflexion qui fit rire son auteur. Au moins Albus avait-il réussi à détendre le sombre sorcier.
Après cette conversation qui avait soulagé le maître des potions, ce dernier sortit de l'enceinte du château pour transplaner jusqu'au manoir de sa famille. Enfin, jusqu'à son manoir, même s'il avait du mal à l'accepter comme tel, malgré les années :
- Monsieur Prince, je suis ravie de vous voir ! l'accueillit une voix fluette dès qu'il eut atteint le porche de la bâtisse.
- Ann, je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ! soupira-t-il en se tournant vers la femme qui ricanait maintenant. Et depuis quand tu me vouvoies ?
- Vous et moi n'avons pas vraiment le choix Monsieur, il faut bien s'y habituer pour la soirée de demain.
Ann était une blonde d'une trentaine d'année, de corpulence moyenne pour une taille somme toute petite, même pour une femme. Ses yeux bleu-vert étaient mis en valeur par ses lunettes qui grossissaient légèrement ces derniers, sans pour autant lui donner un air trop mimi-geignarde !
- Madame Slipper a raison, intervint une voix masculine derrière Severus. Bienvenu à la maison Monsieur !
- Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis Raphaël, grogna le susnommé en regardant le nouvel arrivé.
C'était le jardinier paysagiste du domaine. Il était grand et massif et semblait tout droit sorti d'un film d'horreur avec son ciré jaune trempé et boueux, sans oublier la machette qu'il tenait à la main. Malgré la brume légère qui tombait encore, il retira sa capuche en dévoilant ainsi ses cheveux châtain coupés courts, mais surtout son air joyeux qui semblait incrusté sur son visage jour après jour :
- Je suis désolé Monsieur, il me semblait simplement nécessaire de défendre Ann.
- Je crois savoir que ta femme est amplement capable de se défendre elle-même, répondit Severus qui eut néanmoins un sourire amusé qui sembla surprendre son employé. Bref, vu l'heure qu'il est, tu devrais déjà être au chaud à l'intérieur plutôt que dehors sous la pluie, va donc ranger ton arme et te changer.
- Vous avez peut-être oublié Monsieur, mais il pleut presque toute l'année sur cette île, aujourd'hui, il fait presque beau et chaud ! fit remarquer le paysagiste qui s'était remis de son étonnement.
Secouant la tête, Severus se dirigea vers la porte sans répondre. Ann la lui ouvrit avant même qu'il ne puisse le faire lui-même :
- Bienvenu à la maison Monsieur, dit-elle simplement avec bonne humeur avant de sourire à son époux derrière Severus.
- Parfois je me demande pourquoi je n'ai pas simplement des elfes de maison, soupira le propriétaire des lieux tout en pénétrant dans l'entrée. Où sont les deux autres ?
- Jack est en cuisine pour terminer la préparation du souper et Mahdi vérifie que tout est opérationnel pour demain.
- Il n'a toujours pas terminé de tout contrôler ? s'étonna Severus en haussant un sourcil.
- Il l'a déjà fait deux fois, il recommence juste. Nous ne vous attendions que dans une heure.
- Alors que faisais-tu dans l'entrée ?
- Je vous ai vu arriver juste après que je vous ai remis en place Monsieur !
- Par Salazar…
Relevant la tête hâtivement, le lord Prince maugréa dans sa barbe de trois jours. Face à lui, au fond de cette entrée qu'il trouvait bien trop spacieuse, trônait un escalier double menant à l'étage. Entre ces deux monticules de marches en marbre blanc, il y avait une porte donnant sur le bureau de Mahdi, le maître d'hôtel des lieux et responsable du manoir en l'absence de Severus. Mais ce fut le détail au-dessus de la fameuse porte qui exaspéra le sombre sorcier : un portrait.
Ce tableau, un buste pour être plus exacte, le représentant lui à ses 25 ans, le jour où il avait pris la succession de son grand-père à la suite du décès de ce dernier. Le jeune lord qu'il était devenu à l'époque était droit et se tenait de trois quart, la tête haute, les bras croisés sur son torse. Il était dans la tenue réglementaire, de laquelle on voyait la chemise blanche, la cravate verte, grise et bleu ainsi que la veste noire d'où un mouchoir au couleur de la cravate dépassait de la poche de poitrine. Il arborait un air pincé sur le visage, ses fines lèvres serrées et les yeux froncés comme s'il allait tuer quelqu'un du regard. Sa barbe de trois jours avait été travaillée avec soin - ce qui n'était pas encore le cas du vrai Prince ce soir là - et formait alors un motif droit et net alors que ses cheveux étaient tirés en arrière en une queue de cheval stricte. Le portrait était presque figé, pourtant, à bien y regarder, il se mouvait.
À l'instar des photographies sorcières, les portraits aussi n'étaient pas fixes. Pire encore, il était ensorcelé de manière à graver en eux les traits de caractère de la personne peinte, permettant au portrait d'être presque vivant, mais bloqué dans une période et dans un état d'esprit à jamais.
Bien entendu, il était possible de raconter ses journées et ses souvenirs au portrait, afin qu'il puisse évoluer un minima, mais sans pouvoir changer la nature profonde de ce dernier. Ainsi, même si le portrait devant lequel Severus venait de se poster était au clair avec les véritables allégeances de son propriétaire, même s'il était au courant de ce qu'il avait fait pour la guerre, il n'en restait pas moins plus exécrable que jamais :
- 2 ans ! siffla le portrait entre ses dents serrés.
- Je sais oui, répondit Severus.
- 2 fichues années à croupir par terre dans ce satané grenier !
- Si tu n'avais pas été si désagréable la dernière fois, je ne t'y aurais pas mis.
- Je n'ai fait que te rappeler que nous n'avions pas décidé de rentrer dans l'ordre pour presque tout gâcher au dernier moment pour tes états d'âme à la noix ! Et si Ann n'était pas venue me dire que nous avions gagné la guerre, je n'aurais jamais su ce qu'il était advenu ! J'ai failli croire que nous étions morts !
- Eh bien, tu sais que nous sommes victorieux maintenant.
Severus croisa les bras devant lui comme le buste le représentant. Le jour où son portrait avait été peint, son trait de caractère le plus poussé était son engagement sans failles dans la guerre et surtout, son allégeance totale à Albus. Ainsi, deux ans auparavant, lors de l'une de ses visites dans son domaine, il avait expliqué à son portrait qu'il était censé tuer son mentor. Le tableau n'avait alors pas compris les hésitations de son alter ego de chair et de sang et c'en était alors suivi une dispute entraînant le bannissement de la toile jusqu'au grenier.
Déjà que Severus ne se supportait pas en vrai, encore moins en photo, mais alors devoir supporter une sorte de mélange des deux… Observant la peinture regardant au loin et bien silencieuse pour une fois, le lord finit par dire :
- Je suis obligé de te sortir pour la soirée de demain, mais sache une chose, si tu te montres aussi chiant que la dernière fois, je te fous carrément au feu !
- Alors tuer Albus, ça, tu ne peux pas, mais te mettre toi-même au feu, ça ne te pose aucun problème ! s'offusqua le tableau.
- Bien, ça n'attendra pas demain finalement, grogna Severus en sortant sa baguette.
- Monsieur, intervint Ann doucement, je doute que cela soit une bonne idée… vous savez, le protocole et tout ça… il faut un portrait d'héritier, donc s'il n'y a pas le vôtre ce sera celui de votre grand-père. Et puis, rappelez-vous Monsieur, ce n'est qu'un jeune homme de 25 ans ! ajouta-t-elle en regardant la représentation du lord.
- Je ne crains pas la mort ! répliqua la toile en relevant le menton mais en regardant la baguette du sorcier avec une certaine crainte.
- Tu sais quoi, fit Severus en se regardant dans les yeux, tu as beaucoup de chance qu'Ann soit là. Et aussi que je ne tienne pas à faire descendre Julius ! Alors écoute moi bien mon garçon, tu vas te tenir à carreau et tu vas cesser de parler des ordres d'Albus.
- Hum, fut la seule réponse de ce dernier.
- Bien, maintenant, je vais aller voir Mahdi ! dit le maître des potions en se tournant vers sa gouvernante.
- Eh, et les souvenirs ? mendia presque le tableau qui n'avait pas été réellement mis à jour depuis plus de 2 ans.
- Nous verrons demain, en fonction de ton comportement !
Le tableau sembla prêt à pester mais ne dit rien. Il savait, déjà à 25 ans, qu'il ne fallait pas chercher des noises au terrible professeur Rogue si on ne voulait pas avoir de punitions. Ainsi ne fit-il pas plus le cornichon boudeur.
Fatigué mais heureux de sa victoire, le propriétaire des lieux se dirigea vers son maître d'hôtel. Il fallait revoir les détails de la fête du lendemain, aussi bien pour qu'elle soit réussie aux yeux des participants, qu'au niveau de la mission que cela représentait aux yeux de l'espion qui avait repris officiellement du service depuis quelques semaines.
