Chapitre 15 : Bal de match
Hermione semblait sur le point de tomber dans les pommes et, bien que Severus s'était douté qu'elle ne prendrait pas très bien la nouvelle, il n'avait pas envisagé cela. Entamant un mouvement pour la rejoindre, il sentit son bras compressé par Maggie, ce qui le rappela à l'ordre avant même un premier pas. Cette dernière dit alors, d'une voix semblant plus amusée qu'inquiète :
- Miss Granger, vous allez bien ?
- Je… commença-t-elle en pointant son regard alternativement sur elle et Severus. Je vais bien, je crois juste que j'ai besoin de boire quelque chose !
Drago semblait sur le point de la lâcher pour aller lui chercher un verre, mais Maggie fut plus réactive, une fois encore. Elle se sépara ainsi du sombre sorcier et pris sur le plateau de l'un des serveurs un verre de jus de citrouille :
- Tenez miss Granger, je suppose que l'alcool est à éviter si vous souhaitez vous réhydrater convenablement.
- Merci, marmonna la lionne en prenant le verre qu'elle sirota doucement.
Elle était terriblement pâle et sous son masque d'indifférence, Severus se sentait responsable. Il l'était d'ailleurs, il n'était pas dupe au point d'imaginer qu'elle était seulement assoiffée. Hermione réussit cependant à arborer un nouveau sourire, très léger, en direction de Drago qu'elle remercia pour le soutien.
Préférant ne pas la voir ainsi, Severus tourna un peu la tête. Ce furent alors les yeux surpris de Mme Griffacier qu'il trouva :
- Hum, ainsi donc vous avez trouvé une compagne ? Je suppose que les félicitations sont de rigueur, dit-elle avec suspicion.
- Ce n'était pas gagné pourtant, répliqua Severus avec un air amusé. Qui aurait pu croire que je trouve un jour une femme capable de supporter mon caractère et qui, tout en connaissant mes défauts par cœur, accepte de me garder près d'elle ?
- Ah, chaque homme a une femme pour lui qui se terre quelque part ! intervint Lord Griffacier en riant. Regarde-moi par exemple ! Tu n'aurais jamais pensé que je puisse avoir une femme si adorable quand tu m'as vu pour la première fois à la fac, n'est-ce pas ?
- À n'en point douter, répondit-il alors que Maggie reprenait sa place à ses côtés.
- Alors ainsi donc, vous étiez le fameux maître de stage de Severus ? interrogea-t-elle avec intérêt.
- J'ai d'abord été l'un de ses professeurs à la fac mais cette tête de mule ici présente a beaucoup insisté pour que je l'accepte comme apprenti. Et Merlin sait qu'il s'est montré très persévérant pour ça.
- Vraiment ? demanda cette fois Hermione qui semblait avoir retrouvé l'usage de sa langue. J'ai pourtant énormément de mal à imaginer le professeur Rogue quémander quoi que ce soit.
Redevenir le « professeur Rogue » dans la bouche de sa lionne avait quelque chose de très désagréable à ses oreilles. Pourtant Severus ne lui porta même pas un regard, se concentrant sur son ancien enseignant qui répondit avec sa joie de vivre habituelle :
- Quand il s'agit des potions, il semble prêt à tout.
- Vous devez être le meilleur maître dans ce domaine alors, dit Maggie en souriant.
- Oh, je l'étais à l'époque ! s'enorgueillit-il avant d'ajouter en redonnant une tape amicale sur l'épaule de Severus. Mais mon élève m'a largement dépassé hein ?
- En maîtrise des potions oui, mais sûrement pas dans le professorat, répondit d'un coup Hermione avec mordant.
Cette fois Severus tourna la tête vers elle et constata qu'elle le fusillait du regard tout en restant dans les bras de Drago. Rubis se mit à rire franchement tout en caressant le bras de son cavalier :
- Et c'est la meilleure élève de Poudlard qui dit ça en plus ! Prends ça dans la figure mon cœur !
- C'est surtout la plus insupportable des élèves qu'il m'ait été donné de voir durant ma carrière ! siffla-t-il alors, sa mâchoire serrée. Je m'attendais à ce qu'elle se déboîte l'épaule à force de lever la main comme une dératée !
Ce fut au tour de Lord Griffacier de rire avant de répliquer :
- Et c'est toi qui dit ça Severus ? J'ai pourtant souvenir d'un étudiant qui, non seulement, interagissait régulièrement en cours mais qui, en plus, faisait pleurer les intervenants à force de leur prouver qu'ils avaient tort. Tu étais un véritable 'monsieur-je-sais-tout' !
- Ce surnom lui va à merveille, se moqua Maggie.
Drago avait un sourire en coin en faisant lui-même le rapprochement avec sa cavalière du jour. Il eut au moins l'amabilité de ne rien dire, tout comme celle-ci d'ailleurs.
Se pinçant l'arête du nez, le Lord Prince soupira. Il vivait un enfer ! Être si proche d'Hermione sans pouvoir la toucher et l'entendre le critiquer devant des témoins était déjà une torture en soit. Mais se faire en plus rabrouer par son ancien maître, le tout devant sa compagne, son amie maffieuse et une femme qu'il soupçonnait d'être de mèche avec Lestrange… le tout en kilt… poussait franchement l'humiliation à son paroxysme.
Rubis posa sa main sur l'épaule de Severus et trouva préférable de faire diversion, merci à elle :
- Je pense qu'il va bientôt être temps de passer à table mon cœur. Avant cela, j'aimerai profiter que Miss Granger soit notre invitée pour discuter avec elle… tu n'y vois pas d'inconvénients je suppose ? Serais-tu d'accord pour nous ouvrir ton bureau, nous y serons plus… tranquilles. Enfin, si vous êtes vous-même d'accord ! ajouta-t-elle en regardant la lionne dans les yeux avec insistance.
Hermione semblait perplexe mais elle finit par acquiescer du chef. Qui aurait pu dire non à 'Mme Fine' et son regard perçant ? Elle avait beaucoup appris de son prédécesseur, c'était indéniable. Severus ne savait pas ce que Maggie voulait dire à Hermione exactement, mais lui faisant confiance, il se contenta de s'excuser auprès des Griffacier et de Drago :
- Ne pouvant rien refuser à ma chère et tendre, sous peine de représailles bien entendu, plaisanta-t-il de façon convaincante, je vous laisse profiter des petits fours restants avant que nous ne passions au repas lui-même. Je vous invite aussi à regarder le plan de table. Nous aurons le plaisir de nous revoir rapidement lors du dîner.
Les Griffacier remercièrent leur hôte, lui avec plus d'entrain que sa femme, alors que Drago se tournait vers sa cavalière :
- Ça va aller Hermione ? demanda-t-il, semblant s'inquiéter pour la jeune femme.
- Oui, ne t'en fais pas, merci encore Drago, je reviens rapidement.
Bien que trouvant son protégé un tantinet trop prévenant, Severus garda le silence et se rendit avec les deux femmes à l'étage où se trouvait son bureau. Hermione semblait prête à rugir d'énervement mais elle se contenait, alors que Rubis arborait son air sérieux, quasi assassin. S'il ne la connaissait pas si bien, il aurait pu réellement la croire prête à attaquer une « rivale », mais elle avait dans le regard les étincelles malicieuses qui prouvaient qu'elle avait une idée en tête. Idée qu'elle n'avait pas trouvé judicieuse de partager avec lui hélas :
- Nous y voilà, dit-il en passant son poignet sur la serrure qui réagit instantanément à sa gourmette.
Une fois la porte ouverte, il sentit Maggie l'inviter à entrer en le poussant légèrement. Soupirant, il se dirigea vers son bureau en bois massif, digne de celui du directeur de Poudlard, passant sur le tapis tartan qui trônait au centre de la pièce et où se trouvait deux canapés, une cheminée proéminente leur faisant face. En somme, si ce n'était la qualité de l'ameublement, il était facile de comparer ce bureau à sa pièce de vie de Poudlard, ce qui n'était pas une simple coïncidence d'ailleurs. Maggie referma la porte derrière elle et s'étira d'un coup, changeant sa posture et son attitude comme si elle venait de retirer un fardeau de ses épaules :
- Putain mais quelle torture les corsets ! Je vais finir par mourir étouffée.
- Qu'est-ce que vous me voulez ?, s'étonna la lionne qui regarda Rubis qui était redevenue un peu plus elle-même.
- Oh moi, pas grand-chose, avoua-t-elle. Enfin, si, j'aimerais quand-même vous féliciter et m'excuser de devoir vous voler Severus pendant un temps. Mais c'est surtout lui qui va avoir besoin de vous parler, donc je vais me contenter de m'éclipser aussi discrètement qu'une souris et vous laisser comme ça un petit temps avant de revenir, comme si de rien n'était.
Ainsi donc c'était son plan ! Sans savoir s'il devait lui en vouloir ou la remercier d'avoir pensé à ce stratagème qui ne lui avait pas effleuré l'esprit, le maître des lieux se contenta de dire :
- Ne touche à rien dans mon labo !
- Crois bien que jamais je ne m'approcherai de tes bocaux étranges là-bas dedans ! grimaça-t-elle en se dirigeant vers un tableau représentant une nature morte.
Là, elle caressa le bas du cadre de gauche à droite et de droite à gauche jusqu'à ce que la peinture s'ouvre pour laisser place à un escalier en colimaçon qui grimpait. Sans rien ajouter, elle monta et le tableau se referma, laissant seuls le serpent et la lionne :
- Hermione tu… commença-t-il avant de se faire couper la parole.
- Je déteste ton plan, je te le confirme Severus ! C'est stupide et ridicule et… abject !
- Je veux simplement te protéger Hermione. Plus j'y réfléchis et plus je me dis que Lestrange t'a prise pour cible pour me faire du mal à moi ! Tu te rappelles ce qu'elle a dit ? Elle laissait sous-entendre qu'elle voulait que je te voie mourir parce qu'elle se doutait que je tenais à toi !
- Nous ne sortions même pas ensemble lors de son attaque.
- Et tu penses vraiment que ça m'empêchait d'être attaché à toi ? Crois-tu une seule seconde que je me suis mis à avoir envie de t'avoir rien qu'à moi d'une seconde à l'autre dans la bibliothèque de Black ?
- Eh bien… je ne sais pas… mais même ! Je ne serai pas à l'abri de cette folle sous prétexte que tu joues aux amoureux transis avec l'autre prostituée !
- Hey, Rubis était danseuse, ce n'était pas une pute, protesta Severus. Et maintenant, c'est une directrice respectable et…
- Une mafieuse, termina Hermione en croisant ses bras devant elle.
- Et c'est une femme d'affaires influente qui s'avère aussi être une amie à moi.
- Tu ne l'avais pas revue depuis des années et d'un coup c'est ta meilleure amie ?
- Je l'ai délaissée pendant des années oui, mais nous avons grandi ensemble dans un sens, au même titre que Christian. Et nous sommes suffisamment adultes elle et moi pour avoir mis à plat nos histoires afin de nous pardonner mutuellement. Maggie est une amie et une alliée de poids face à la menace qui plane au-dessus de nos têtes.
- Justement, l'épée de Damoclès est au-dessus de NOS têtes, et ensemble nous…
- Tu es enceinte Hermione, tu ne dois plus agir comme si tu étais encore là jeune héroïne de la seconde guerre.
- Pour quelqu'un qui ne voulait pas d'enfant, je te trouve bien protecteur ! ironisa la jeune femme.
Severus s'approcha d'elle face à cette accusation lancée telle une pique douloureuse. Il posa sa main sur la joue de la lionne et la força à le regarder dans les yeux :
- Je t'aime Hermione. Et je me dois de te protéger tout autant que ceux que tu aimes toi, dont cet enfant que je n'ai jamais voulu mais que j'accepte aujourd'hui, POUR toi. Et si tu veux que j'aie un jour une chance d'apprendre à l'aimer moi aussi, tu ne dois pas vous mettre en danger.
Soupirant, Hermione sembla enfin se détendre malgré son agacement toujours présent :
- Ce n'est pas juste…
- Que je sois obligé de me battre pour trois ?
- Non… que tu me dises que tu m'aimes dans ce genre de moment. C'est injuste car je n'arrive plus à t'en vouloir…
- Alors je vais devoir te le dire plus souvent ! conclu-t-il en se penchant vers elle avant de murmurer. Je t'aime Hermione Granger.
- Moi aussi je t'aime Severus…
- Alors laisse-moi te protéger comme je le peux. Je sais que tu n'es pas une princesse fragile qui nécessite la présence d'un chevalier pour la sauver, mais laisse-moi jouer ce rôle tout de même, cette fois seulement, pour nous.
Hermione garda le silence un court instant, le temps de réfléchir probablement. Puis, avec résignation, elle dit enfin :
- Je suppose que je peux bien te laisser être « Zelda » comme dans ton jeux vidéo de la dernière fois…
Severus soupira, exaspéré, et se redressa alors qu'Hermione haussa un sourcil circonspect :
- Quoi ? demanda-t-elle. Ce n'est pas le titre du jeu où le personnage est un petit Serpentard tout vert avec une épée ?
- Zelda, c'est la princesse dans ces jeux ! grogna Severus.
Hermione ne put retenir un léger rire. Elle n'avait pas à lui dire qu'elle l'aimait pour l'empêcher de lui en vouloir, non, de son côté elle n'avait qu'à rire pour que son agacement s'envole :
- Alors j'accepte d'être Zelda, mais uniquement cette fois-ci ! Concéda-t-elle en souriant. Et toi tu seras le héros tout de vert vêtu. Tu as déjà l'épée en plus !
En disant cela, la jeune femme s'était rapprochée et toucha le pommeau de l'arme blanche accrochée à sa taille. Il avait presque réussi à oublier la tenue dans laquelle il était jusque-là mais maintenant, il se sentit ridicule :
- Ne te…
- Est-ce que tu as respecté la tradition jusqu'au bout ? minauda-t-elle d'un coup en le coupant une fois de plus.
- Hein ? Heu, oui, tu te doutes bien que je ne m'habillerais jamais de façon si ridicule sinon !
Hermione s'approcha encore et le regarda dans les yeux, d'un coup bien plus ronronnante qu'effrayante. Elle posa ses mains sur son torse et Severus sentit son cœur s'accélérer en même temps qu'il perçut le parfum délicat des cheveux de sa lionne :
- Je ne te trouve pas ridicule moi… je te trouve sexy !
- Tu as besoin de lunettes alors ! ne put s'empêcher de répondre sarcastiquement le 'Lord' qu'il avait tant de mal à être.
- Je vois très bien sans lunettes, dit-elle en passant doucement une main sur sa barbe. Je te vois même dans mes rêves et aujourd'hui, je perçois même chaque petit poil blanc qui se cache derrière ce noir profond.
- Tu me traites de vieux ? demanda-t-il en posant ses mains sur les reins de sa compagne.
- Non, je dis seulement que tu es irrésistible.
Severus l'embrassa d'un coup avec fougue, ne pouvant que constater l'humeur d'un coup bien joueuse d'Hermione. Elle répondit à ce baiser avec avidité et il sentit les mains de la jeune femme descendre jusqu'à son kilt. Il grogna quand elle atteint son entre jambe par-dessus sa tenue et comprit enfin où elle voulait en venir quand elle parlait de tradition :
- Tu risques d'être déçue Granger, dit-il alors en souriant entre deux baisers.
- J'espère que tu as honte de toi ! Que diraient tes ancêtres ?
- Ils ne regarderaient pas à cet endroit précis, donc ils ne diraient rien. Il n'y a que les petites dévergondées dans ton genre qui veulent vérifier si… Par Salazar Hermione !
La jeune femme venait de resserrer sa prise sur la bosse qui s'était formée sous son vêtement. Se délectant de cette sensation grisante, Severus se pencha pour embrasser le cou de la jeune intrépide. Avec envie, il déposa plusieurs baisers et glissa sa langue le long de la carotide de sa compagne, atteignant lentement sa clavicule. Il fit tomber doucement le tissu décoratif de sa robe le long du bras d'Hermione pour dégager un peu plus sa poitrine et se délecta des petits couinements qu'elle fit quand il se rapprocha de son sein droit.
Elle n'avait pas pris la peine de mettre de soutien-gorge et du bout des doigts, il tira un peu plus sur ce qui recouvrait encore le téton qu'il sentait déjà durci sous la pulpe de son index. Hermione lâcha sa prise mais Severus ne s'en formalisa pas, profitant de la peau si fraîche qui s'offrait à lui.
Découvrant enfin le bout rosé qui l'intéressait, il déposa ses lèvres dessus avant de le lécher et de l'aspirer lentement. La jeune femme poussa un soupir exquis tout en passant sa main derrière sa nuque, ce qui l'approcha avec plus de force de la poitrine qu'il vénérait à l'instant même. Il voulait la prendre, là, à même le sol s'il le fallait, mais un toussotement le fit sursauter et lâcher sa prise.
Rouge comme une pivoine, Hermione remonta sa robe et la remit convenablement en place alors que Severus passa son pouce sur ses lèvres pour se les sécher :
- Je suis désolée d'interrompre vos… préliminaires, mais il est temps d'y aller si on ne veut pas trop attirer l'attention. Si je puis me permettre, vous devriez profiter de votre rougeur aux joues pour feindre de l'énervement Hermione ! conseilla Maggie qui était revenue bien trop discrètement au goût de Severus.
- Oh heu… je… oui… d'accord… bafouilla-t-elle sans savoir où se mettre.
- Ne soyez pas gênée voyons, vos petits cris étaient forts divertissants !
- Rubis ! gronda Severus en lui lançant un regard noir.
- Quoi ? Vous n'êtes pas les seuls à aimer vous amuser ! ricana-t-elle doucement.
- Tes mœurs laissent vraiment à désirer, soupira-t-il exaspéré.
- J'ai, pendant longtemps, été une péripatéticienne après tout, ironisa-t-elle avec malice.
Encore plus rouge, Hermione tourna légèrement la tête ailleurs et Severus se racla la gorge :
- Bref, allons-y ! Ma princesse, je compte sur toi pour être forte… dit-il en caressant la joue d'Hermione.
- Je le serai… promis…
Puis tous trois sortirent du bureau, la lionne faussement furibonde, Rubis clairement amusée et Severus stoïque. À les voir ainsi, cela passait clairement pour une scène pseudo dramatique où deux femmes s'étaient chamaillées pour un homme, et nul doute que la femme d'affaires était la grande gagnante de cette bataille aux yeux de tous.
Après cela, l'heure du dîner fut sonnée. Severus s'installa aux côtés de Maggie et de Lord Griffacier, à la même table que sa sœur, Black et d'Hermione et Drago bien entendu.
La salle avait été séparée en plusieurs tables rondes et sous couvert de mettre avec lui les personnes les plus concernée par l'ouverture de la nouvelle aile ministérielle, le sombre sorcier s'était entouré des personnes qui le mettaient le moins mal à l'aise, tout en pouvant discrètement interroger la patronne de sa lionne. Il se méfait toujours autant d'elle depuis l'attaque de Lestrange le soir de la migration des trows.
Hélas, avant de pouvoir commencer le repas et son enquête sur Griffacier, il restait encore une chose à faire pour Severus. Maggie posa sa main sur son épaule et lui sourit pour lui donner du courage, sous l'œil attristé d'Hermione. Inspirant profondément, il se leva et observa la salle à manger où tous les invités guindés étaient assis en l'observant avec intérêt. Sans même sortir sa baguette, il fit un geste de la main et un verre d'un liquide ambré apparut devant chaque Lord, dont un directement dans sa main.
Observant un instant son verre tulipe dont l'odeur du whisky s'échappait déjà jusqu'à son nez, le Lord Prince eut l'impression de redevenir un enfant l'espace d'un instant. Heureusement, Maggie l'avait aidé pour gérer ses craintes face à ce liquide qu'il avait en horreur. Reprenant très rapidement contenance, n'ayant rien laissé paraître - sauf peut-être aux yeux des femmes de sa tablé qui le connaissaient le mieux – il leva son regard dans une posture fière et vaillante :
- Compagnons Lords, merci infiniment pour votre présence en cette soirée spéciale, commença-t-il en se remémorant les lignes du discours qu'il avait dû préparer. Bien que la raison officielle de notre regroupement ne fasse pas l'unanimité, il semble indéniable que notre société évolue. Qu'elle doit évoluer. La guerre est aujourd'hui terminée et la jeune génération, dit-il en observant avec un regard faussement agacé Hermione avant de le reporter sur la salle, commence à faire ses propres choix qui marqueront sans nul doute l'histoire. Que ce soit en tant que héros de guerre ou en tant que sauveteurs des plus faibles, nos cadets, nos enfants, nos petits enfants vont faire leur propre révolution. En commençant visiblement aujourd'hui par l'initiative de Miss Hermione Granger ici présente, qui n'a de cesse de se battre pour… ses idées ! Félicitations à sa réussite.
Severus marqua un temps de pause, des applaudissements plus ou moins forts s'adressant à la lionne qui ne savait pas où se mettre. Il semblait, étrangement, que la protection et l'amélioration des conditions de travail des elfes touchaient plus de monde qu'il ne l'aurait pensé de prime abord, et le Lord Prince en était intérieurement ravi et fier. Pourtant, gardant son masque d'indifférence, il reprit :
- Enfin, en attendant que le monde soit entièrement remanié, n'oublions pas nos bonnes vieilles traditions ! fit-il en levant bien haut son verre. Levons nos verres messieurs, à l'avenir mais surtout à la Lorderie : Slainte mhath !
Tous les Lords, dont Sirius et Edward, levèrent leur verre en criant un « Slainte mhath » plus ou moins approximatif selon les origines des Lords. Puis prenant son courage à deux mains, enfin à une seule dans ce contexte, Severus but son verre d'une seule lampée avant de le jeter en l'air.
Une fois à l'apogée de sa hauteur, juste avant de commencer sa redescente, le maître des lieux claqua des doigts et le contenant de cristal se transforma en un majestueux Pygargue à queue blanche qui voltigea au-dessus des tables, sous les exclamations surprises et ébahies des invités. Pour finir, sous de nouveaux applaudissements, le rapace retourna jusqu'au Lord Prince pour se déposer sur le bras qu'il lui tendait. Caressant alors le poitrail de l'oiseau, Severus ne put retenir un sourire pour cette créature a qui il murmura :
- Désolé d'avoir été si long à te rendre ta forme Sheeta. Tu peux retourner te reposer.
Laissant repartir le volatile, Severus se rassit non sans se satisfaire silencieusement de la tête hébétée de Black et de celles impressionnées de sa sœur et de sa lionne. Une fois installé, des assiettes bien présentées apparurent devant chaque convive. Maggie attrapa sa main, jouant à merveille la petite amie transie d'amour :
- Tu as été formidable mon cœur.
- Pensais-tu donc que j'allais me rater ? demanda-t-il avec un sourire narquois.
- Jamais je n'aurais osé douter de toi, répondit-elle d'un air entendu.
Severus conserva son sourire avant de reporter son attention sur ses invités, comme si de rien n'était. Pourtant, intérieurement, il se sentait mal et ce n'était pas uniquement dû aux brûlures qui lui traversaient encore l'œsophage et l'estomac.
Devoir se montrer attentif et attentionné envers une autre femme qu'Hermione était difficile, encore plus face à cette dernière. Il voulait la regarder elle, lui parler à elle, lui sourire à elle, lui tenir la main à elle… mais en digne espion qu'il avait appris à être avec les années, il ne laissa paraître aucun doute sur le fait qu'il n'adulait personne d'autre que Maggie.
Hermione avait visiblement expliqué à Cléo ce qu'il en était, car sa sœur ne tiqua à aucun moment durant le dîner. Ni lorsque sa cavalière l'appelait par des surnoms mielleux, ni quand elle lui frôlait ou attrapait la main pendant ses temps de parole. Le repas se déroula ainsi dans une bonne ambiance, ou du moins une atmosphère adéquate pour les personnes si guindées et coincées qui étaient présentes au manoir.
Contrairement aux discussions qui avaient beaucoup tournées autour des affaires et des richesses de chacun en début de soirée, lorsqu'il avait dû faire un bain de foule tout en évitant au mieux Hermione, celles à sa table furent plus génériques. Bien que Mme Griffacier semblât moins menaçante que jamais en parlant flaireurs avec Hermione et Cléo, Severus savait que Maggie continuait de l'observer tout en participant à leurs échanges. Pendant ce temps, les hommes de la tablée discutaient d'autres sujets plus… masculins somme toute :
- … contrairement aux « canons de Chudley » qui se sont montrés moins agressifs depuis le début du tournoi ! disait Edward en faisant de grands gestes.
- Mais tout de même, ils sont toujours en course contrairement aux « pies de Montrose » ! intervint Sirius.
- Vous n'êtes quand-même pas de ceux qui défendent les « Canons » jeune homme ! s'indigna Edward.
- Voyons messieurs, ce sont de toutes les façons les « Harpies » qui vont remporter la coupe de Grande-Bretagne, les autres ne sont là que pour figurer, s'amusa Drago.
Severus aurait bien voulu se taper violemment la tête contre la table. Même le blondinet s'y mettait. Lui qui avait en horreur le quidditch se trouvait bien mal entouré. Faisant pourtant mine d'écouter, il se mit à réfléchir à cette soirée qui avait déjà bien commencé.
Parmi tous les invités présents, à qui il avait donc déjà parlé comme si de rien n'était avant le repas, et ce pendant des heures hélas, seuls trois avaient pour initiales 'MT' mais seulement un Lord semblait être assez peu commode envers sa personne.
En discutant avec Marc Turner et sa compagne, Severus avait, en effet, vite constaté une certaine animosité dans le ton de ce dernier. D'autant que Turner, prétextant devoir aller parler affaire avec un autre invité, avait hâtivement mis fin à la conversation en tirant le bras de sa cavalière. C'était en tout cas une piste à suivre, à n'en point douter, mais une autre semblait tout aussi intéressante à vérifier.
En effet, Severus avait aussi croisé plusieurs Lords qui auraient pu être tout simplement 'Monsieur T', comme Target, Tiguins ou même Texas, mais c'était sans compter sur un certain Lord Timberton qui semblait aussi sombre qu'il ne l'était lui-même à l'époque de sa fugue. Il était clair que cet individu était un adepte de la magie noire et des choses de l'ordre de l'occulte et de l'étrange. Se sentant rapidement mal à l'aise face à cet individu, l'espion se promis d'investiguer un peu plus sur lui.
Oui, il avait donc deux personnes en particulier en ligne de mire. Et pour cause… en plus de s'être montrés plutôt louches, le point commun entre ces deux hommes était flagrant : Severus les avait déjà croisés à l'opale noire, à l'époque où il y travaillait encore. C'était un bon début, suffisamment prometteur pour la suite de la soirée qui se passerait pendant le fameux bal post-diner.
Toujours dans ses pensées tout en faisant mine d'écouter les autres Lords de sa table, Severus sentit quelque chose de gênant. Il avait l'impression que sa prothèse vibrait légèrement sous la table. Sortant de son état réflexif, comme si de rien n'était, il s'apprêtait à trouver une excuse pour se lever quand il croisa pendant un dixième de seconde le regard d'Hermione alors qu'elle tournait la tête vers Cléo. Elle avait un air sérieux au visage mais l'espion fut persuadé d'avoir aperçu dans ses yeux un certain agacement.
Elle n'était pas totalement en face de lui mais assez pour que le doute ne persiste pas. Elle lui donnait des coups de pied ! Puis il constata que pendant son absence temporaire, il avait attrapé lui-même la main de Maggie et la lui caressait machinalement avec le pouce. Relâchant cette dernière pour attraper à la place son verre d'eau, Severus constata vaguement que la conversation entre hommes avait changée. Mais il vit surtout sa lionne se pencher vers Drago pour lui dire quelque chose à l'oreille. Ce dernier sourit à Hermione sans rien répondre et reporta son attention sur Sirius.
Agacé, ou plutôt jaloux, Severus tendit sa jambe valide pour asséner un coup dans le tibia de la Gryffondor. Il avait bien visé, contrairement à elle, car elle ne put réprimer un léger sursaut qu'elle fit passer pour un éternuement. Elle s'était montrée habile et Severus aurait presque pu la féliciter s'ils n'étaient pas censés tous deux se détester cordialement. Puis sans même le regarder, pendant que lui-même portait son attention sur Edward qui parlait sans savoir de quoi, elle tendit de nouveau sa jambe.
Elle le loupa cependant et n'atteignit pas son tibia, ni celui en os, ni celui en métal. Elle était plus douée en diversion qu'en ciblage ! Tout du moins, ce fut ce que Severus pensa jusqu'à ressentir un léger frôlement sur son mollet valide. Elle n'avait clairement pas voulu lui donner un nouveau coup de pied, non, elle voulait simplement le toucher. Laissant sa jambe se « dégourdir » de nouveau discrètement sous la table, Severus profita de ce contact en priant silencieusement pour que personne d'autre n'ait l'idée de déplier ses jambes sous la table.
C'était si peu et tellement à la fois. Il sentait monter et descendre délicatement le pied d'Hermione sur sa jambe, dans une caresse interdite. Puis il fut une nouvelle fois sorti de ses pensées, de toute façon bien malvenues, cette fois par la voix d'Edward qui s'adressait directement à lui :
- … dis-tu Severus ?
- Oh euh je suis d'accord avec vous Ed, répondit-il au hasard.
Il fallait toujours donner raison aux gens que l'on n'écoutait pas, cela permettait souvent de mettre fin à la discussion. D'autant plus qu'il n'aurait pas été en mesure d'argumenter le fait de ne pas être d'accord. Pourtant, au vu de l'étonnement présent sur le visage de son ancien maître de stage, de l'étouffement léger de Maggie qui recracha de l'eau dans son verre, sans compter tous les visages qui se tournèrent vers lui, Severus comprit qu'il aurait peut-être dû dire « non »…
- Palsambleu ! s'exclama Edward avant de lui donner plusieurs tapes amicales sur le bras. Jamais je n'aurais imaginé que tu acceptes si facilement ! Je suis bien content en tout cas. Est-ce l'amour qui t'a rendu si compliant ? ajouta-t-il en riant.
- J'en ai bien peur, maugréa Severus en ramenant sa jambe vers lui, sous sa chaise.
- Eh bien je suis très content que Maggie soit entrée dans l'équation alors ! Vous vous rendez compte Mlle Fine, que cela fait bientôt 20 ans que je lui écris chaque année et qu'il refuse ?
- Cela ne m'étonne pas, répondit-elle en attrapant le bras de Severus tout en le regardant avec un air extrêmement moqueur. Mais je suis persuadée que mon cœur sera un intervenant de qualité dans votre université et, encore plus, un maître de stage qui saura prendre soin de l'apprenti qu'il aura avec lui l'année prochaine.
Severus ne relâcha pas le regard de sa cavalière, l'air probablement bien plus suppliant qu'il ne le voulait. Hélas, elle lui confirma sa crainte d'un simple clin d'œil malicieux : il avait accepté de donner des cours à l'université et pire encore… il avait accepté de prendre un apprenti à la prochaine rentrée scolaire !
Le repas se termina enfin. Toujours sous le choc d'avoir accepté ce qu'il refusait à Maître Griffacier depuis l'obtention de son propre Master, Severus n'avait pas touché à son dessert. Gardant tout de même la tête sur les épaules en tant que Lord invitant, il lança la suite des festivités en demandant à tous de rejoindre la salle de réception.
Mahdi avait, avec l'aide des trois autres, fait un excellent travail en rangeant et réorganisant la pièce pour y mettre une scène d'où un groupe jouait déjà des airs classiques du monde sorcier. Puis, accompagné par Maggie, il s'avança au centre de la salle :
- Sourit mon cœur, nous allons ouvrir le bal, lui murmura-t-elle alors qu'elle se mettait face à lui.
Posant une main sur sa taille et attrapant une des siennes de l'autre, Severus la rapprocha de lui et entama une valse au rythme d'un titre typiquement sorcier du doux nom de « la forêt de Brocéliande ». Tournant et retournant en rond avec sa cavalière, Severus lui accorda l'un de ses sourires qu'il voulait le plus naturel possible tout en lui murmurant à l'oreille :
- Pourquoi tu ne m'as pas empêché de lui dire oui ?
- Parce que tu as répondu trop vite mon cœur, répondit-elle tout aussi souriante.
- Et ça t'amuse hein ? lui reprocha-t-il, de la même manière que s'il lui glissait des mots d'amour discrets à l'oreille.
- Ça m'a probablement autant divertie que ton petit jeu de jambe sous la table tout à l'heure, répondit-elle en ricanant.
- Comment tu…
- Vous étiez assez discrets pour que je ne remarque rien mais… franchement, mis à part ça, je ne vois pas ce qui aurait pu te distraire au point que tu acceptes un apprenti. L'amour te fait commettre des erreurs mon cœur ! dit-elle toujours aussi amusée. Cependant, je suis contente que tu découvres enfin ce qui se cachait derrière les volutes de fumée de tes chaudrons.
Puis, dans un dernier tournoiement artistique, Severus pencha sa cavalière en arrière à la fin du morceau. Là, alors qu'il la maintenait sous lui, elle sourit tendrement et lui souffla à l'oreille :
- L'amour te va à merveille Severus.
