Chapitre 17 : une étude en vert

La soirée avait été éprouvante, mais Severus savait que cela n'avait pas été vain. Il avait dorénavant un nom tout en haut de sa liste de suspect et il semblait clair que ce dernier laisserait Hermione tranquille. C'était le plus important à ses yeux :

- Monsieur, voulez-vous que je vous prépare un thé avant que vous n'alliez vous coucher ?

- Il n'y a plus d'invités, cessez donc vos manières tous les quatre !

- Je n'ai jamais fait de manière moi, dit Jack, le regard tourné sur le côté.

- Oui, toi au moins tu es fidèle à toi-même, comme toujours ! accorda Severus.

Jack était le cuisinier de la demeure, l'un des meilleurs chefs que son employeur n'avait jamais connus. Il était de taille moyenne, très fin pour un cuistot, avec des cheveux noirs coupés courts sur les côtés et un peu plus long sur le dessus. Bien que trentenaire, il donnait l'impression d'être à peine majeur.

C'était un type bien qui n'avait finalement qu'un seul défaut : sa schizophrénie. Oh, c'était un mot bien long, bien complexe et si méconnu. Ce fut d'ailleurs la raison principale de la stigmatisation de Jack par la société, alors qu'au fond, il n'était pas bien différent des autres. Il entendait seulement des voix qu'il parvenait à critiquer et parfois même à oublier grâce à son traitement :

- Il me semble important de pouvoir rire de tout, ne penses-tu pas Severus ? intervint Mahdi en souriant. Trouver le détail amusant ou au moins insolite qui permet de dédramatiser une situation est un bon moyen pour avancer avec optimisme.

- Franchement Mahdi, depuis le temps que tu travailles ici, tu as déjà vu Severus optimiste ? s'amusa Raphaël qui finissait de nettoyer la salle de réception avec sa femme. Moi, perso, jamais !

- Je crois pouvoir assurer que oui, répondit le majordome. Même si je n'ai pas d'exemple précis à donner.

- C'est probablement signe qu'il est pessimiste du coup ! en déduisit Ann qui venait de finir de faire disparaître les tables et les chaises.

- Vous savez que je suis là et que je vous entends ? soupira Severus.

Il aurait pu s'énerver, s'offusquer ou même les renvoyer. Mais ses employés étaient indispensables au bon fonctionnement de ce manoir, et il savait qu'il ne pourrait pas trouver mieux que ces branquignols. Et puis, ils étaient tous à son service depuis si longtemps maintenant.

Mahdi avait été le premier, dès lors que Severus eut été nommé Lord. Puis Ann était arrivée environ 3 ans plus tard, peu de temps avant Jack. Raphaël était le dernier arrivé au manoir, mais cela faisait tout de même presque 10 ans qu'il travaillait pour lui :

- Ils le savent tous, j'en ai peur mon cœur ! rit alors Maggie qui avait raccompagné les musiciens jusqu'à la sortie. Mais tu ne sais pas te faire respecter ici, tout simplement. Tu leur as laissé trop de lest et voilà que maintenant, tes employés se croient tout permis. N'est-ce pas Mahdi ?

- Eh bien, je pense pour voir affirmer que vous avez raison Maggie, répondit-il avec un sourire amusé.

- Moi, je respecte Severus ! dit Jack qui regardait toujours un point fixe sur le côté. D'ailleurs, même mes voix le respectent quand elles sont là.

- Et qu'est-ce qu'elles disent aujourd'hui ? demanda gentiment Ann.

- Aujourd'hui elles affirment que Severus est un employeur ronchon mais compétent et juste.

- Ronchon est un compliment d'après toi ? questionna le susnommé.

- Oh, tu sais, la dernière fois elles disaient du ministre qu'il était barbant et casse couilles… alors je suppose que le terme de ronchon est à prendre avec des pincettes.

Cette fois Jack redressa la tête et regarda Severus avec un léger sourire. Ses voix devaient avoir terminé de le parasiter, il allait pouvoir être tranquille un moment. C'était le plus souvent après une journée fatigante qu'il était le plus dérangé, même s'il arrivait toujours à faire la part des choses entre le vrai et le faux :

- Bref, répondit simplement Severus, je vais vous laisser finir. J'ai aussi à faire de mon côté, je vous souhaite à tous une bonne nuit.

- Tu vas écrire à Albus ? interrogea Maggie.

- Non, ce serait risquer de voir ma lettre se faire intercepter. Je vais plutôt me renseigner un peu plus en détail sur ce Lord Turner, afin d'avoir de quoi dire à Al quand je le verrai demain.

- As-tu besoin d'aide ?

- Si tu ne m'appelles plus « mon cœur », oui, j'accepterai volontiers ton aide Rubis.

Se dirigeant alors tous deux jusqu'au bureau du propriétaire des lieux, ils s'installèrent chacun dans un fauteuil, des dossiers sur les différentes familles de la Lorderie sorcière entre les mains. Cela pouvait être long et rébarbatif, mais ils n'étaient pas à l'abri de trouver des informations utiles cachées parmi tous les articles de journaux anciens ou récents et toutes les lignes de textes, parfois écrites à la va vite, par les ancêtres Prince eux-mêmes ou leur majordome.

Cette paperasse impressionnante était une sorte de glossaire familial qui permettait au Lord en cours d'exercice de savoir à qui il pouvait faire confiance ou non dans les affaires ou dans les relations. C'était important, surtout à l'époque, quand il fallait marier les futurs Lords avant leur trentième anniversaire.

Après des heures de recherches infructueuses, durant lesquelles Severus et Maggie n'apprirent rien de sensationnel, ils décidèrent d'aller se reposer. Les deux seules choses qu'ils ne savaient pas déjà de lui, grâce aux discussions avec les divers invités, c'était son veuvage plus ou moins récent, sa femme étant décédée un an auparavant environ, et le fait que sa relation avec sa nouvelle compagne ne datait que de quelques mois.

Une fois dans sa chambre, Severus se déshabilla enfin et enfila son pyjama. Posant une dernière fois son regard sur son Kilt, posé sur son valet de chambre, il sourit en repensant à Hermione. Au moins quelqu'un avait, semble-t-il, apprécié sa tenue.

La nuit avait été courte, mais plutôt reposante malgré tout. Quand il ouvrit les yeux, le presque quarantenaire qu'il était, tenait contre lui sa peluche ornithorynque, sans pour autant s'en sentir stupide. À l'inverse, il se mit à sourire en pensant à celle qui lui avait offerte. Celle qui était, finalement, sa première et sa dernière pensée quotidienne depuis quelque temps déjà :

- Severus, tu es réveillé ? demanda la voix de Maggie derrière la porte.

S'étirant pour soulager ses articulations, il bailla avant de répondre :

- Ton timing est parfait Maggie, je viens de me réveiller.

- Je peux entrer ou, vu que tu viens de te réveiller, tu as un problème matinal à régler ?

- Tu es vraiment ridicule quand tu t'y mets ! souffla-t-il exaspéré avant de tout de même baisser la tête pour vérifier. C'est bon tu peux entrer au lieu de me prendre pour un adolescent.

La porte s'ouvrit et Rubis entra. Elle était déjà habillée et bien apprêtée, comme toujours. Souriante, elle s'approcha du lit et s'assit sur le rebord tandis que Severus se redressa pour appuyer son dos contre la tête de lit :

- Pourquoi es-tu de si bonne humeur dès le matin ?

- Oh tu sais, à 13h du matin, je suis souvent en forme personnellement ! se moqua-t-elle.

- Pardon ? Il est 13 h ? Déjà ?

- À moins que ma montre ne soit en avance, ainsi que ton horloge dans la cuisine et celle dans le salon… oui, c'est bien ça.

- Tu aurais dû me réveiller bien avant, se plaignit-il.

- Tu avais besoin de te reposer, dit-elle avec un sourire bienveillant. Et puis, cela m'a permis de te préparer une surprise pour ton réveil.

Avant qu'il n'ait le temps de demander de quoi elle parlait, la mafieuse lui donna un présent emballé dans un joli papier vert et argent. La regardant avec un sourcil relevé de façon interrogative, elle ricana :

- J'ai vu le paquet que tu as offert à Hermione quand il était encore dans ta chambre. Tu sais, quand j'ai dû t'attendre ici pendant que toi tu t'enjaillais !

- Oui oh, passe-toi de tous commentaires je te prie. Où veux-tu plutôt en venir ?

- Tu n'es vraiment pas drôle quand tu t'y mets, le rabroua-t-elle en faisant une moue faussement déçue. Quoi qu'il en soit, j'ai fait ma curieuse et j'ai eu une idée. Alors je t'offre ça dans un paquet qui te correspond. J'ai failli utiliser du rouge et de l'or, mais j'ai eu peur de ta réaction !

Levant les yeux au ciel sans rien répondre, il prit le cadeau. Il n'aimait vraiment pas en recevoir, ne sachant jamais comment il devait réagir face à cette marque d'affection flagrante. Se basant sur le fait que Rubis le connaissait de toute façon, Severus se contenta donc de l'ouvrir silencieusement avant de se figer.

Il n'en croyait pas ses yeux… un miroir, son miroir ! Il était réparé. Relevant la tête vers Maggie qui s'était relevée, il lui demanda, ébahi :

- Mais comment tu…

- Voyons Severus, tu devrais le savoir depuis le temps : je n'explique jamais rien !

- C'était le précepte de Missy ça, pas le tien.

- J'ai récupéré son royaume, ses sujets, et même ses contacts. Alors, pourquoi ne pourrais-je pas aussi hériter de ses percepts ? Enfin bref, Jack va te préparer un plateau repas.

Amusée, elle lui fit un clin d'œil et ajouta avant de partir :

- Oh, et mon petit doigt me dit qu'elle ne travaille pas aujourd'hui, alors à plus tard !

Puis elle referma la porte sans attendre. Severus aurait bien aimé pester ou se plaindre, mais il n'en avait pas le temps. Mettant son miroir nouvellement réparé devant son visage, il appela :

- Hermione ?

Il adorait dire ce prénom qui résonnait dans son esprit à chaque instant. Mais il adorait encore plus entre le sien prononcé par sa voix à elle :

- Severus ? Tu… tu es où ?

- Cherche donc ton miroir et tu me trouveras.

Moins de 5 secondes plus tard, le visage de la lionne apparu, signe que la connexion magique entre les deux glaces était effective :

- Mais… mais comment c'est possible ? Je l'ai bien vu, il était cassé et…

- Je l'avais gardé sans imaginer une seule seconde qu'il puisse être réparé ! Mais je me trompais et Maggie avait apparemment dans son carnet d'adresse le nom de quelqu'un de capable de le faire.

- Par Merlin… je ne sais plus si je dois la détester ou l'aduler !

- Je préférerai que tu n'adules que moi si cela ne t'ennuie pas ! s'amusa Severus en la regardant.

Elle était en tee-shirt, ses cheveux attachés en queue de cheval et son visage entièrement au naturel. Il avait dû la déranger en pleine lecture car ses yeux semblaient fatigués :

- Tu es en pyjama ? questionna-t-elle d'un coup.

- Oh heu… oui, je viens de me réveiller pour tout te dire.

- Tu as fait une sacrée nuit…

- En même temps, je ne saurais dire pourquoi mais j'étais vraiment épuisé ! Peut-être ai-je trop joué aux cartes hier, plaisanta-t-il en mettant sa main sur son menton, faussement pensif, montrant ainsi la marque de dents légère qu'il avait toujours.

Voir sa lionne rougir n'avait pas de prix. Il allait devoir penser à remercier Rubis pour ce cadeau qu'elle lui faisait :

- Je suis désolée Severus, dit-elle alors que ses joues étaient maintenant écarlates.

- Ne t'excuse pas, je n'ai pas à me plaindre de la situation. Je serais bien mal placé de me morfondre à l'idée que la plus belle femme au monde me saute dessus de la sorte.

- N'importe quoi…

- Quoi, tu oses nier m'avoir sauté dessus ?

- Non, bien sûr que non… je ne sais pas ce que j'ai en ce moment mais je… j'ai beaucoup envie de toi, avoua-t-elle en détournant le regard. Sans arrêt même…

- Alors tu nies le fait d'être la plus belle femme au monde mais pas d'être une nymphomane ? ironisa-t-il en ricanant.

- Je ne suis pas plus belle que Maggie franch… attends, tu me traites de quoi là ? s'indigna-t-elle d'un coup.

Severus ne put que rire face à la tête de sa compagne. Ça lui faisait tant de bien de pouvoir lui reparler et l'embêter sans avoir à se soucier des autres… et sans disputes, au moins pour le moment :

- En une seule soirée, tu m'as sauté dessus deux fois, comment appelles-tu ça ?

- Je te rappelle que tu as réagi les deux fois en question !

- Je ne dis pas le contraire, je t'ai même avoué en avoir profité que je sache.

- Mais je ne suis pas…

Hermione ne finit pas sa phrase et tourna la tête. Apparemment, quelqu'un toquait à sa porte :

- J'arrive dans cinq minutes Cléo… oui d'accord… à tout de suite.

N'ayant rien entendu de ce que sa sœur avait dit, l'espion regarda sa lionne en attendant qu'elle lui explique :

- Cléo doit m'aider pour un truc, expliqua la jeune femme en voyant l'air interrogatif de son sorcier.

- Oh… serais-tu sur le point de tricher ?

Et c'était réparti pour un rougissement de l'extrême. Severus sourit amusé :

- Je me vois dans l'obligation de retirer 10 points à Gryffondor !

- C'est injuste professeur ! Il n'y avait noté nulle part sur votre cadeau que je n'avais pas le droit à de l'aide, se défendit-elle. D'ailleurs… merci beaucoup !

- Attendez d'avoir traduit les insultes contenues dans la chanson avant de me remercier Granger, ironisa-t-il.

- Je doute sincèrement que Joe Dassin ait écrit un titre contenant des ignominies linguistiques professeur ! Où alors mon maître de l'époque nous aurait bien caché cette facette là de ce chanteur.

- Maître est un titre un peu exagéré non ?

- Vous savez aussi bien que moi que c'est le titre que portent les enseignants en école primaire Professeur, s'amusa la jeune femme. Mais, il est vrai que c'est beaucoup moins prestigieux que votre titre à vous !

- Alors pourquoi ne m'appelez vous pas ainsi ?

- Pour ne pas faire enfler votre égo déjà bien assez sur dimensionné, professeur Rogue.

Hermione lui envoya un bisous d'un geste de la main avant de ricaner :

- Bon, je dois te laisser, je reviendrai plus tard.

- À plus tard Hermione.

- Je t'aime Severus !

- Je sais.

Non sans lever les yeux au ciel avec un air joyeux, la jeune femme partit et le miroir dans ses mains ne lui renvoya plus que son propre reflet. Severus s'observa alors… que pouvait-elle lui trouver ? Elle avait eu l'air d'apprécier son apparence de la veille, mais cela lui échappait totalement. Elle devait avoir des problèmes de vue.

Enfin, au moins n'était-elle pas attirée par sa fortune, vu qu'elle avait été assez folle pour tomber amoureuse en le pensant uniquement payé par Poudlard. Soufflant du nez à son propre trait d'humour, Severus entendit frapper à sa porte. Ann entra avec dans les mains un plateau fort bien garni de choses à manger. Jack avait opté pour un vrai breakfast Écossais visiblement.

Après avoir mangé, peut-être un peu trop, Severus se dirigea dans sa salle de bain pour se doucher. Il défit sa tresse qui avait étonnamment bien tenu malgré la nuit mais qui, une fois défaite, lui laissa une masse de cheveux ondulés qui le fit tiquer. Il avait vraiment besoin de les laver pour les rendre de nouveau raides.

Une fois fait, il regarda sa prothèse et plus particulièrement la partie métallique qui englobait en partie son genou et qui camouflait ainsi le point d'entrée de cette dernière jusqu'à la rotule. Il avait encore légèrement mal, et ce depuis qu'il avait repris la course à pied. Certes, cela lui avait fait du bien pour oublier les dernières disputes avec sa lionne ainsi que ses problèmes en général mais il était encore loin de pouvoir finir un marathon. Soupirant il s'installa devant son miroir et coiffa ses cheveux qui étaient peut-être un peu trop longs maintenant, mais surtout terriblement emmêlés ce jour-là. Après cette épreuve désagréable de démêlage, il hésita à raser sa barbe avant de souffler :

- Par Salazar lui-même, heureusement que mes cheveux n'ont pas autant blanchi que ça…

Se sentant bien trop vieux en voyant les couleurs poivre et sel de sa pilosité faciale, il se décida à la retirer. Il ne manquait plus qu'on ne le prenne pour le père d'Hermione. Puis il retourna dans sa chambre, se sentant de nouveau lui-même.

Bien qu'il eût prévu de faire ses valises pour rentrer à Poudlard rapidement, il entendit la voix de sa lionne qui chantonnait doucement. Il attrapa son miroir et la vit, assise à son bureau avec un air rêveur alors qu'elle marmonnait doucement les paroles de 'à toi' dans un français plutôt correct malgré l'accent :

- J'espère que tu n'as pas eu beaucoup de princes charmants dans ta vie.

- Ça dépend, est-ce que les princes Disney comptent ? demanda-t-elle sans même avoir sursauté.

- Ça dépend, les as-tu déjà vu et embrassé ?

- Dans un rêve, j'ai déjà embrassé le prince Philippe, s'amusa Hermione.

- C'est lequel celui-là ?

- Celui dans la belle au bois dormant.

- Hum… dorénavant je t'interdis donc de regarder ce film.

Hermione eut de nouveau l'un de ses rires cristallins qu'il aimait tant entendre. Elle posa ses coudes sur son bureau et sa tête sur ses mains qu'elle croisa sous son menton :

- Tu t'es déjà rasé ?

- Quel sens de l'observation ma princesse ! s'exclama-t-il avec sarcasme.

- Dommage, je l'aimais bien moi, ta barbe.

- Elle me vieillit beaucoup trop, avoua Severus.

- Mais tu es vieux mon chéri, se moqua la jeune femme qui le regardait néanmoins avec tendresse.

Levant les yeux au ciel, le vieillard qu'il avait l'impression d'être s'assit sur son lit en gardant le silence. Avec un peu plus de sérieux, Hermione reprit la parole :

- Alors, est-ce que tu t'es renseigné sur Lord Turner ?

- Oui, mais malgré des heures de recherches, je n'ai rien trouvé qui pourrait nous aider à le relier avec Lestrange. Il faut croire qu'il est parfait en tout point, rien ne semble le desservir. Sérieusement, seules des choses inutiles sont ressorties des divers journaux sorciers que je reçois.

- Tu parles de la gazette du sorcier et de sorcière hebdo ?

- Fichtre non, je parle des revues spécialisées dans les affaires et la politique, répliqua-t-il en prenant un air suffisant et hautain. On y retrouve des informations diverses qui peuvent être utiles pour de potentiels investissements… et sur certaines péripéties vécues par des Lords ou des politiciens.

- C'est de la presse people pour vous les riches en somme. Et qu'est-ce que ça disait ? questionna la lionne qui s'était contentée de se moquer en secouant la tête sans la retirer de ses mains.

- Eh bien, entre plusieurs dons à des associations et des actions humanitaires, il semblerait que le malheur l'ait frappé il y a environ un an. Sa femme est décédée dans un accident à la noix. Mais il aurait retrouvé l'amour depuis 4 mois environ, tu sais, avec celle que tu as vue hier.

Étrangement, la mine espiègle de sa compagne disparut de son visage et elle parut plus sérieuse que jamais :

- Comment est-elle morte exactement ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, ce n'était pas expliqué clairement.

- Et tu connaissais sa femme ?

- De nom uniquement, mais c'était simplement parce que j'avais déjà croisé son mari de visu. Pourquoi ?

- Comme il m'a dit que tu avais trahi plein de monde, je me demandais s'il ne te pensait pas responsable de la mort de sa femme pour une raison obscure…

- Oh, tu sais, c'était un simple mariage de convenance à tous les coups, alors je doute qu'il eut été terriblement triste à la mort de cette dernière. Regarde la vitesse à laquelle il l'a remplacée !

- Vraiment ?

- Élémentaire ma chère Watson ! dit-il en haussant les épaules. Il est Lord et il l'était déjà à l'époque où les mariages avant l'âge de trente ans étaient, certes non obligatoires, mais encore fortement conseillés. Sa femme était l'une de ses cousines visiblement et vu que je l'ai déjà vu plusieurs fois à l'opale noir quand j'y travaillais, je suppose qu'ils s'ennuyaient ensemble.

- Ont-ils eu des enfants ?

- Pas à ma connaissance, et peut-être bien que c'est mieux ainsi. Après tout, cette famille est connue pour ne jamais s'être beaucoup… mélangée aux autres.

- J'ai l'impression que tu me parles du moyen âge parfois…

- Les sorciers vivent plus longtemps que les moldus mais nous n'en restons pas moins des êtres humains et nous ne sommes pas de grands adeptes du changement. Et puis, je suppose que les changements s'opèrent plus lentement pour nous que chez les moldus, vu qu'il faut attendre presque deux fois plus longtemps avant l'extinction d'une génération entière.

- En somme, les sorciers sont encore moyenâgeux ?

- Ma princesse, sais-tu depuis quand les sorciers ont des toilettes chez eux ?

Hermione eut une moue dégoutée. Elle connaissait donc la réponse à cette question et savait que les sorciers ont longtemps préféré faire leur besoin… eh bien, n'importe où, avant de lancer un sort de nettoyage :

- Sans parler de nos moyens de communications ! ajouta-t-il. Là où les moldus peuvent maintenant s'appeler de n'importe où, nous avons encore des hiboux et des cheminées… et je doute que nous ayons des 'cheminées portables' un jour dans les poches de nos robes. Enfin, nous nous éloignons du sujet non ?

- Tout à fait Sherlock, accorda Hermione. Mais tu as raison, nous ne sommes pas beaucoup avancés. Pourtant, j'ai l'impression que nous passons à côté de quelque chose d'important, qui pourrait nous aider à le lier à Lestrange. Certes, nous savons qu'il ne t'apprécie pas et aussi qu'il à parfois fréquenté l'opale noire, mais quel serait son mobile pour vouloir à ce point ta mort et éventuellement la mienne… où celle de Fine maintenant.

- Je suppose qu'il va falloir que j'apprenne d'une façon ou d'une autre ce que je lui ai fait pour qu'il m'en veuille…

- Sachant à quel point tu arrives à te montrer détestable, je suis certaine que tu vas finir par trouver.

- Merci… grommela-t-il, vexé.

- Je voulais parler de ta façon de jouer la comédie, sinon je sais pertinemment que tu es adorable.

- Tu t'enfonces là...

Vu le sourire charmeur qu'elle lui lança, elle le savait très bien et s'en amusait. Pouvait-il seulement lui en vouloir vraiment ? Elle était insupportable, oui, mais l'était-il moins ? Peut-être étaient-ils sincèrement et entièrement fait l'un pour l'autre. Cela expliquait, aux yeux du sombre sorcier, pourquoi il trouvait la vie bien plus intéressante à vivre à ses côtés.

La discussion continua par la suite sur un ton plus léger et sur des sujets plus neutres. Elle parla de ses inquiétudes concernant l'ouverture de son service et de ses futures fonctions, avant de discuter de ses lectures et de ses projets pour les jours à venir :

- Oh d'ailleurs, tu savais que tes… les parents de Cléo allaient bientôt arriver à Londres ? Ils ont repris des vacances et Sirius les a invités à dormir au square.

- Je ne savais pas non…

- C'est tout nouveau en même temps, ta sœur l'a appris hier. Je suppose qu'elle va bientôt t'en parler. C'est mieux que tu sois au courant.

- En effet, accorda-t-il avant de lâcher dans un murmure, peut-être que… je passerai au square.

Il ne fut pas surpris de voir sa lionne arborer une tête d'ahurie finie. Lui-même se sentait étrange d'avoir osé dire une chose pareille. Mais il le pensait et comptait vraiment le faire. Pas pour lui, pas pour Cléo, mais après avoir revu le portrait de sa grand-mère, suite à une absence de prêt de deux années, une idée lui était apparue… sa mère voudrait peut-être revenir faire un tour dans le manoir où elle avait grandi.

Sans plus s'attarder sur le sujet, il trouva l'excuse de l'heure avancée pour mettre fin à leur 'visio'. Il devait encore rentrer à Poudlard et travailler un peu avant les cours du lendemain. Après tout, ce n'était pas les vacances.

Retrouvant ses modestes quartiers de directeur de Serpentard, Severus s'affala dans son fauteuil préféré :

- Home sweet home ! dit-il en souriant légèrement.

Content d'être enfin là où il se sentait le plus chez lui, étrangement, il donna un coup de baguette et alluma un feu de cheminée. Vivre sous le lac noir n'avait pas pour effet de réchauffer les lieux, et c'était tant mieux. Avec un autre sort, il envoya ses affaires se ranger seules. Oui, c'était gaspiller son énergie magique, mais il n'en avait cure, se sentant suffisamment bien et en sécurité pour se permettre de se la couler douce. Il le méritait bien après son week-end en tant que Lord.

Et, il avait bien fait de profiter de cette accalmie, car le lundi fut terrible. Les élèves paniquaient déjà pour les examens et la plupart commettaient des erreurs durant les cours de potions. Cela n'avait pas changé après la fin de la guerre… les élèves étaient toujours aussi mauvais dans leur gestion du stress.

Pire encore pour Severus, ce fut d'apprendre qu'il allait être de corvée d'accompagnement pour Pré-au-lard le samedi approchant. Et cette fois, impossible de faire venir sa lionne… Il la détestait après tout. Il allait devoir se contenter de la présence de Minerva, Aurora et Renée. Enfin, cela aurait pu être pire après tout.

Et à vrai dire, ce le fut. Dès le mardi, ses collègues et en particulier la sous-directrice, semblaient lui en vouloir. Il n'apprit la raison que le mercredi : un article de la gazette du sorcier qu'il n'avait pas vu dans la rubrique People. Le gros titre faisait allusion à la soirée et surtout à sa nouvelle compagne. Là où ses collègues étaient furibonds d'apprendre que Severus était en fait un Lord, Minerva qui s'était douté des sentiments d'Hermione lui en voulait beaucoup plus pour Maggie.

Les élèves aussi avaient lu l'article et à son passage, Severus sentait toujours leurs regards sur lui. Oui, c'était vraiment une semaine compliquée. Si bien qu'une fois le samedi arrivé, il marcha plus vite que jamais pour atteindre Pré-Au-Lard en premier et ne pas avoir à supporter les réflexions et les yeux inquisiteurs de Minerva. L'après-midi allait être longue.

Avant de suivre son plan et d'aller s'enfermer aux trois balais dans un recoin loin de tout le monde, il se dirigea par curiosité vers la nouvelle librairie du village. Se faufilant dans les allées de cette nouvelle boutique, dont la gazette du sorcier avait fait beaucoup d'éloge, l'espion fut surpris de voir autant de choix. Voir tant de bouquins le rendait nostalgique de sa lionne, mais au moins pourrait-il se faire le plaisir de s'offrir des livres d'Histoire. Il fallait vraiment que sa maison d'édition se mette à en imprimer :

- Bonjour, puis-je vous… Lord Prince ?

Severus se tourna en fronçant un sourcil surpris face à la façon dont on venait de l'appeler. Puis ce fut avec sidération qu'il reconnut la vendeuse :

- Mme Turner !

- Oh heu, je ne suis pas mariée à Marc… dit-elle en souriant légèrement. Il est vrai que nous n'avons pas pu nous présenter officiellement lors de la soirée, mon compagnon étant si… pressé de parler affaires avec des collègues à lui. Je suis Merly Borage, la propriétaire de cette petite librairie.

La partenaire du suspect principal de Severus se tenait donc devant lui, plus libre de parler que lors de la soirée. Néanmoins, l'espion resta sur sa réserve, la coïncidence lui paraissant un peu trop grosse. Pourtant, faisant mine que tout allait bien, il répondit au sourire de la libraire :

- Eh bien, je suis enchanté. Vous avez là une belle une petite librairie, je trouve votre boutique plutôt bien fournie et… le maître des potions coupa sa phrase, tiltant sur un détail. Attendez, vous vous appelez Borage ! Mais, Borage, comme…

- Libatius était mon grand-père, finit-elle à la place du sorcier.

Se rendant compte qu'il était en train de la fixer au moment où elle ricana, Severus se reprit :

- Oh heu, je suis désolé ! Veillez me pardonner c'est juste que, Libatius était probablement le plus grand potioniste de tous les temps après Merlin lui-même !

- Oh, ne vous en faites pas Lord Prince… ou plutôt Maître Rogue ! dit-elle toujours amusée. Je ne doute pas qu'un homme comme vous connaisse les travaux de mon grand-père, mais ne vous sentez pas obligé de le surestimé. Vous êtes d'un niveau supérieur, la preuve en est vos travaux et vos écrits qui ont permis l'amélioration de la plupart de ses recettes.

- Jamais je ne serais devenue maître en potion sans le travail de votre grand-père ! Et je n'aurais pas non plus pu améliorer ses recettes s'il ne les avait pas inventées lui-même plus d'un siècle avant ma naissance.

Cette fois, comprenant qu'il était en train de faire le fan-boy en oubliant toute bienséance, il toussota :

- Encore une fois désolé, je suppose que vous devez en avoir assez que des personnes comme moi parle de Libatius.

- Mon ancêtre a fait bien plus de choses que je n'en ferais jamais ! À 52 ans, il était déjà reconnu par ses pairs, là où je me contente d'avoir une petite boutique. Et puis, au moins cette fois, c'est quelqu'un qui s'intéresse vraiment aux travaux de mon grand-père et pas seulement à sa célébrité qui me parle de lui. C'était un grand homme vous savez.

- Je n'en doute pas une seule seconde ! accorda Severus qui connaissait l'histoire de ce sorcier Brésilien qui a fait sa fortune grâce à son talent en potion, jusqu'à devenir une référence mondiale dans son domaine. Mais vous êtes une personne toute aussi importante que lui vous savez, car ce n'est pas la notoriété qui définit ce que nous sommes.

La brune, dont les cheveux étaient parsemés de blanc à certain endroit, semblait d'une humeur bien joyeuse et surtout bien plus détendue qu'en présence de Turner. D'ailleurs, cela rappela à Severus qu'il devait se méfier… était-elle de mèche avec son compagnon ? Ou n'était-il intéressé par elle que pour son nom de famille ? Ou peut-être par une fortune familiale potentielle ? Quoi que, serait-elle libraire si elle était riche ?

- Vous ne ressemblez pas vraiment aux descriptions que Marc fait de vous Maître Rogue, fit-elle alors avant de se refermer quelque peu, comme effrayée. Pardon, je ne sais pas pourquoi je dis ça.

- Ne vous en faites pas, j'ai pu constater que votre conjoint ne m'apprécie guère, même si je dois avouer que je ne sais pas trop pourquoi.

- Je ne saurais le dire… marmonna-t-elle en détournant le regard, son air joyeux ayant entièrement disparu.

C'était assez surprenant, mais l'espion eut l'espace d'un instant la sensation désagréable de voir Eileen face à lui… à l'époque où il n'était qu'un gamin qui sentait sa mère malheureuse. Il détestait ça, mais son cœur le pinça et il dut se faire violence pour ne pas laisser ses mauvais souvenirs revenir. C'était le passé après tout, et cela n'avait plus rien à voir avec le présent ! La cloche de l'entrée du magasin sonna, indiquant l'arrivée de nouveaux clients :

- Oh je manque à mes devoirs, dit-elle en redressant la tête, comme réveillée par le bruit. Puis-je vous aider Maître Rogue ? Où préférez-vous regarder par vous-même ?

- Je vais regarder, merci beaucoup Mlle Borage. Vous pouvez aller voir les autres clients, ne vous inquiétez pas. Merci encore.

- Non, merci à vous.

Lui faisant un signe de tête aimable avant de partir, Severus la regarda. Il n'avait pas eu besoin de cette discussion pour savoir que Turner le détestait, mais il eut l'impression d'avoir appris une chose de plus : ce type était un connard. Il allait devoir trouver un moyen de le confronter, et vite.