P.O.V STEVE*

Pour tout vous dire, "exposé" est un terme très grossier... Après, c'est Hébé qui a choisi le titre, alors...

Pour ceux qui se demandent comment ça se passe, il aurait peut-être mieux valu que Camille s'occupe de la narration, car ni Séby, ni moi n'avons retenu ma forme.

Au début, Camille a fait une petite présentation pendant que deux volontaires, un garçon et une fille illustraient derrière lui.

Hébé nous avait raconté avoir déjà eu à faire ça pendant ses études.

Les messages paraissaient assez logiques et évidents pour une personne comme moi. L'animation ne comprenait que peu de messages concernant la promotion pour le festival qui allait avoir lieu demain.

Ce que je regrette, en revanche, c'est d'avoir accepter de jouer un couple avec Séby. Il joue déjà suffisamment les petits amis collants en "temps normal", alors quand il doit ajouter une couche, je dois me retenir de sortir les crocs. Souvent, j'avais plus l'impression d'être un chaton prisonnier d'un enfant possessif plus que de devoir jouer mon rôle de petit ami de Séby... Je préfère me dire que cette humiliation infligée par son jeu d'acteur volontairement mauvais n'est pas grave, c'est juste un mauvais moment à passer, nous en rirons plus tard...

En parlant de ça, Hébé et Camille réalisaient la même animation dans un autre collège, entendre tout ça par l'oreillette était une source de fous rires, ça m'aura au moins permis de travailler ma maîtrise de moi-même...

*FIN DE P.O.V STEVE*

*P.O.V ÉOS*

J'avais pu rencontrer Léa Diabol, une personne très sympathique et enjouée, plus que Camille qui se force clairement à l'être pour perdre une personnalité trop pessimiste, elle a cependant la même habitude que Steve que d'aucuns trouvent dérangeante, mais pas moi. En effet, elle fredonne souvent des airs, mais je n'osais pas la comparer à Steve, j'ai l'habitude de sa voix.

Steve, j'ai eu à subir ce petites notes à l'oreillette toute la matinée. Il fredonnait pendant qu'il s'occupait de l'élimination de La Viuda et des Grindylows, quand il a confié la pièce mécanique de cette dernière aux agents de l'Ordre, quand il révisait le texte pour la saynète...

Honnêtement, je pense qu'une personne qui fredonne dans ces circonstances officielles montre une bonne image du travail, puisqu'il montre une attitude motivée et optimiste... Malheureusement tout le monde n'a pas la même opinion...

- Et heureusement parce que sinon, ce serait l'horreur, fit une voix que je connaissais bien.

- Bonjour, mon cher Ashtar, pensé-je! Pourquoi tu me contactes?

- Eh bien, vois-tu, patronne, entendis-je dans ma tête, comme tu dois le savoir, nous, tes familiers, ignorons ce qui nous arriverait si tu venais à mourir...

Je grognai intérieurement :

- Se poser cette question serait une formalité si vous vous décidiez à m'aider de votre pleine gré ! Je suis toujours obligée de vous invoquer, moi-même, ce qui me coûte de l'énergie ! Et du temps!

Il se racla ce qui lui sert de gorge dans le cas de cette communication télépathique et reprit:

- Notre fainéantise et la rancune que nous éprouvons face à toi, même, la logique voudrait qu'elle soit dirigée vers Damballah Wédo, semblent être plus forte que notre instinct de préservation...

- Sytry et le Golem de Prague répondent toujours présents quand ils doivent le faire pour Furfur!

J'eus l'impression d'essuyer son regard, celui qui veut dire «Sérieux!» :

- Tu veux vraiment que toi et moi partagions la même relation qui Unit Sytry et Furfur.

- Je préférerai sortir avec Perchta plutôt qu'avec toi ! Et tu veux quoi?

- Euh... Ah oui, c'est vrai! J'ai détecté de la magie dans le coin... Et elle n'est pas d'origine humaine... Donc, je voulais te dire que j'accepte de monter la garde et que je te tiendrai au courant en cas d'évolution problématique...

Hébé : T'en tires, une tronche !

Éos : Disons que mon père possède un étalon tellement bien dressé qu'il arrive à comprendre n'importe quel ordre, moi, je possède une centaine de demeurés paradoxaux...

Nous étions dans la ville 1, dans la salle qui allait servir pour l'animation, elle se passa plutôt normalement. Mes familiers se montrant très médisants, mais n'étant littéralement que des cartes, je les fis taire... Ah, c'est vrai que vous, vous ne risquez pas d'êtres amenés à le faire...

Disons que mes créatures peuvent me parler, plus précisément, j'entends leurs voix dans ma tête, et ceux même si elles sont en cartes, mais j'ai au moins la capacité à les faire taire si je veux, c'est comme si je coupais le son d'une télé.

Pendant l'animation, j'eus à jouer le rôle de la raciste, ma performance provoqua l'hilarité chez les élèves, c'est un peu le but : utiliser l'humour pour dédramatiser un sujet grave et en parler franchement.

L'animation se déroula sur deux heures et fut très instructive, j'ignorais que les élèves pouvaient être aussi réactifs.

Mes moments préférés restent pendant les pauses qui séparent chacun des sketchs, puisque les collégiens ont le droit de participer à une improvisation en remplaçant un des personnages.

Je vais vous donner un exemple : Pendant le passage sur les monstres, je jouais la fille soupçonnée d'être un monstre. Une des élèves a remplacé Léa pour jouer le rôle d'une fille qui laisse aussi planer le doute sur elle. L'approche de Léa était qu'elle fait en sorte de ne pas se faire remarquer en renforçant le doute qui plane sur moi, l'élève, elle, a choisi l'inverse, essayer de montrer que c'est elle qui a le plus de chance d'être un monstre et pas moi.

C'était un peu mon domaine d'expertise, alors sans préciser comment j'ai fait pour rencontrer autant de monstres, j'ai juste dit que j'ai déjà déjeuné avec le Premier Ministre des Enfers, Lucifuge Rofocale, une personne dont l'hospitalité ne saura être remise en question, et un véritable cordon bleu, même si je me demande comment il fait pour tenir son couteau et sa fourchette avec ses longues griffes affûtées.

D'après les chiffres de l'Ordre, une personne sur un milliard est susceptible d'avoir déjà rencontré un monstre ou une autre créature paranormale... Mais du coup, mon père et moi ayant du sang de monstre, entrons-nous dans les facteurs de cette statistique ?

Après la saynète, je rangeais le matériel avec Léa, m'apprêtant à rapporter la caisse vers la voiture quand :

- Patronne, me fit la voix mielleuse d'Ashtar! Il va falloir vous changer, je sens un pouvoir... Un pouvoir assez puissant... Si je ne me trompe pas, ça a la forme et le gabarit d'un homme, mais c'est un des Soixante-douze Démons du Roi Salomon?

Je fus assez étonnée... Séby et Steve avaient senti la présence de la victime de Borda avant l'attaque. Et si c'était elle?

Cependant, même s'il était clair que c'était un Dökkalfár, ce que nous appelons vulgairement un "Démon", pourrait-il être un des soixante-douze membres de la noblesse infernale répertoriées dans l'Ars Goetia, le bestiaire du Lemegeton ?

Le détail qui me fait tiquer est que contrairement à la croyance populaire, les soixante-douze démons scellés par le Roi Salomon n'avaient pas de sexe prédéfini, mais la majeure partie s'identifiaient comme étant de genre féminin, c'était le cas de Furfur Quand elle en faisait partie. Les rares nobles à se considérer comme des personnes de genre masculin sont Baël, Marbas, Amon, Buer, Sytry, Astaroth, Asmodée, Balam et Bélial...

Je n'ai certes rencontré que le premier et les cinq derniers de cette énumération, mais Séby et Steve qui les ont presque tous connus, tous les démons, pas seulement ceux masculins, me confirment que ce sont les seuls à se considérer comme étant des "mâles".

Mais je passais sur mon inédite et inattendue pensée misandriste légitime pour présenter mes excuses à Léa et chuchoter un truc à Hébé pour qu'elle comprenne ce qui justifie que je doive m'absenter dans un moment pareil.

Comme Séby et Steve eurent à le faire, je courais vers les toilettes avec mon sac et m'enfermais dans une cabine (je suis presque sûre que je devrais employer le passé simple) et remplacer mon uniforme rouge par ma robe blanche, mon masque et mon chapeau... Étant plus humaine que monstre, je ne sais pas me rendre invisible sans avoir recours à un sortilège que je ne maîtrise même pas.

Je sortis de la cabine et fus rassurée en remarquant qu'il n'y avait toujours personne...

Je vis alors mon sac bouger tout seul, il commença à s'élever dans les airs, je me retournai et reconnus le responsable.

Ces yeux bleus, ces cheveux blonds, ce teint pâle, ces vêtements blancs. C'était Ashtar, dit "Vrillon".

Un effort herculéen me permit de ne pas entourer son cou tellement étranglable avec mes mains réclamant du sang. C'était quand même la première fois qu'un des abrutis revanchards qui me servent de familiers accepte spontanément de venir.

Je vous explique : Nous avons fait plusieurs expériences, mon père et moi, et avons découvert que mes pouvoirs consomment de l'énergie quand j'invoque une de mes bestioles et que je lui donne des ordres en dehors de sa forme de carte, nous avons aussi découvert, grâce à Furfur et au prince Sytry qu'un familier peut spontanément venir en aide à sa sorcière, sans piller ses ressources énergétiques, à elle, il utilise ses propres pouvoirs, mais aucun des chenapans qui me servent de gardes du corps n'a un jour eu l'intelligence de me venir en aide, tout en sachant pertinemment qu'on ignore ce qu'il adviendrait de mes animaux de compagnie de mauvais goût si je venais à décéder pour cause de meurtre...

La créature déguisée en humain responsable du pire chapitre de l'histoire de la parapsychologie m'aida à sortir par la fenêtre et à grimper sur le toit sans être vue.

Avec ses pouvoirs, il nous fit défier la gravité pour aller jusqu'à un immeuble en face du collège.

Sur le toit, quelqu'un nous attendait.

Cette personne toute de blanc vêtue ressemblait à un homme, même ses gants étaient blancs. Elle portait un masque ridicule que je connaissais bien : Le Badalisc !

Le Badalisc est une créature servant de mascotte pour une fête au centre-sud des Alpes. La créature est représentée avec une grande bouche et des yeux rouges, une tête en peau de chèvre et des petites cornes. Ce masque était marron et était la seule chose colorée du costume de l'étrange personnage qui était clairement la victime de Borda... Je remarquais qu'elle avait un col très pointu.

Le Badalisc : Bonjour.

Éos : Euh... Oui... Bonjour... Vous voulez me tuer, je suppose. Vous connaissez la procédure, vous me parlez un peu de vous et ensuite, nous nous tapons dessus comme de vulgaires barbares non-civilisés.

Le Badalisc : Soit. Je ne vous dirai pas qui je suis, mais disons que je suis une chercheuse. J'ai un long projet à mener et cette femme aux yeux bandés m'a proposé un accord quand je suis revenu à la vie, cette nuit. Vous savez comme les pactes sont sacrés pour mon peuple ! Je dois vous tuer et en échange, elle ne s'en prendra plus jamais à moi pendant mon séjour en Europe... Je pourrais ainsi mener mes recherches archéologiques à bien.

Éos : Vous lâchez beaucoup d'informations.

Le Badalisc : Je veux juste que vous compreniez que contrairement aux autres, je ne me bats pas pour ma simple survie, j'ai un objectif à accomplir... Ah... Je ne suis pas le premier ennemi à vous dire ça.

Éos *compte* : Jean Abdère. Sedna. Le Sací. L'inspecteur Cole. Le lieutenant Nakera. Marinette. Ai Apaec. Curupira. Le Maskilili... C'est un fait, quand deux parties sont contraintes de s'affronter, elles le feront.

Mon adversaire qui était donc bien une personne de genre féminin se faisant passer pour un homme fit craquer ses doigts, de la manière qui selon une croyance infondée augmenterait les risques d'arthrite. Il baissa les bras, ce qui fit tomber ce que contenaient les manches de son pull, il était armé. Il y avait des lames pendant au bout de chaînes et elles étaient clairement en train de chauffer.

Mon ennemie siffla.

Je reconnus ce bruit. Ce bourdonnement... Ces bruits de scies sauteuses. Ces saletés que ni moi, ni Steve, ni Séby, ni mon père ne sommes capables de voir quand elles sont invisibles... Cette aura!

Ce sont adorables ennemis impatients de m'assassiner que je vous présenterai à l'épisode suivant.

Je m'attendais à ce qu'Ashtar prenne la fuite, mais il n'en fit rien!

*FIN DE P.O.V ÉOS*

À suivre...