La (Première) Grande Colère de Maman
"Quelle…. Quelle…
-Idiote ? proposa Papa.
-Petite femme ! Oui, c'est une toute petite femme, stupide, effrayée et incapable de la moindre empathie pour ses enfants !
-Ginny, chérie, c'est ta mère…"
Cachés plus loin dans le couloir menant à la chambre parentale, James et Albus écoutaient leurs parents, se partageant la tige de l'Oreille à Rallonge qu'ils avaient glissés sous la porte. Albus n'avait jamais vu Maman dans une telle rage.
"Et donc, Harry, et donc ?! C'est ma mère, et quoi ? Je lui dois quelque chose ?
-Eh, ne t'en prends pas à moi ! Je suis de ton côté !
-Pardon, souffla Maman. Je suis en colère.
-Je n'avais pas remarqué, se moqua Papa.
-Déjà, quand on était petits, j'avais du mal à comprendre ses soit-disants principes, mais maintenant que je suis mère… Comment quelqu'un peut agir de la sorte avec ses enfants ? Tu te vois, toi, interdire à James ou Albus de venir à Noël ?
-Bien sûr que non, ma chérie.
-Son fils est homo, pas meurtrier ! Oh, je suis tellement énervée !"
James lança un regard à son frère. C'était donc ça !
"D'abord elle l'exclut de la maison parce qu'il a l'audace de divorcer, et maintenant, après des années, tu m'entends Harry, des années à lui refuser l'accès au Terrier, elle l'empêche de venir avec Olivier ?! Je n'arrive même pas à y croire !
-Elle est chez elle, tenta Papa."
Énorme erreur. Leur mère hurla si fort que James et Albus sursautèrent et éloignèrent vivement la tige de l'Oreille à Rallonge de leurs têtes, sonnés.
"Mais lui aussi, il est chez lui ! "Le Terrier sera toujours votre maison", déclara Ginny en imitant sa mère sur un ton de fausset, "vous êtes ici chez vous". Ah, je pense que Percy se sent particulièrement chez lui, en ce moment !
-Ginny, moins fort, tu vas réveiller Lily.
-Tu as raison, reprit Maman après un court silence. James et Al dorment aussi ?
-Ils sont dans leurs chambres, à savoir s'ils dorment… James va avoir seize ans, mon amour, je ne suis pas certain qu'on puisse encore le border, sourit Papa.
-Il ne nous laisserait pas faire, de toute façon, admit Maman."
Elle avait l'air de se calmer. Albus l'entendait toujours marcher de long en large, ses pas résonnant dans le long conduit de fausse chair.
"Honnêtement, reprit Papa après un silence, entre les jumeaux, Charlie et ses dragons ou Ron et moi qui avons fait les quatre cent coups chaque année, je n'aurai jamais imaginé à onze ans que ce soit Percy qui devienne l'enfant à problème de la famille Weasley."
Maman eut un petit rire enroué, qui se bloqua dans sa gorge. Est-ce qu'elle pleurait ?
"Ce n'est pas un enfant à problème… Il n'a rien fait de mal !
-Je sais, ma chérie, je plaisantais. Je suis désolé, souffla Papa.
-D'accord, il s'est comporté n'importe comment quand Voldemort est revenu mais… Il s'en est tellement voulu, Harry ! Tellement ! Il a passé des heures à m'en parler, à s'excuser auprès de tout le monde et maintenant… Maintenant… "
Un son étouffé provint de l'Oreille à Rallonge, qu'Albus prit pour le bruit d'un de ses parents s'asseyant sur le lit. Pendant un moment, James et lui n'entendirent que les reniflements de leur mère.
"Quand je pense, dit Maman entre deux sanglots, à toutes les grandes déclarations de Maman après la guerre ! "J'ai déjà perdu un fils, cita-t-elle, et Percy m'a tellement manqué. Tout est oublié !" C'est elle qui a bien vite oublié ses jolies résolutions, oui ! Et Papa qui ne dit rien…
-Ton père a toujours été effacé, répondit Papa doucement.
-Effacé ? À ce stade, il pourrait aussi bien faire partie des meubles ! Et les autres… Tu crois que Georges, ou Ron, ou même Bill, dirait quoi que ce soit ? Quand je les revois, tous assis autour de la table… Tous occupés à bien faire semblant que tout est parfaitement normal…
-Ron n'a jamais su répondre à ta mère, tu le sais.
-Mais aucun d'entre eux, Harry ! Aucun. Ils sont là, à attendre bien sagement que leur mère leur dise quoi faire… Ron a quarante ans, Merlin, pas quinze ! Se battre contre Voldemort à dix-sept ans ne lui posait aucun souci, mais s'opposer à sa mère à quarante, c'est un problème ?!
-C'est un peu dur, comme comparaison, non ?
-Pour ma mère ?
-Pour Voldemort, répondit malicieusement Papa."
Maman laissa échapper un ricanement sincère. Albus se détendit, heureux qu'elle ait arrêté de pleurer.
"Promets-moi, reprit Maman en reniflant bruyamment, que jamais on ne fera subir quelque chose comme ça aux enfants. Jamais.
-Ginny, tu sais très bien que non.
-Promets-moi.
-Je le jure, assura Papa. Je ne crois pas, de toute façon, que la situation se présentera.
-Harry, répondit Maman d'un ton grave, tu n'en sais absolument rien. Albus…
-Maman, tu pleures ?"
La voix de leur petite sœur, dans le conduit de l'Oreille à Rallonge, surpris James et Albus. Trop préoccupés par la discussion de leurs parents, ils ne l'avaient pas entendue approcher. Albus se sentit soulagé : sans vraiment savoir pourquoi, il n'avait pas envie que James entende la suite de la conversation, qui visiblement le concernait.
"C'est rien, ma chérie, dit Papa d'une voix douce, Maman est un peu triste, c'est tout.
-C'est parce qu'on est partis très vite de chez Grandma et Grandpa ?
-Oh, Lily… souffla Maman. Harry, tu veux bien aller voir si James et Albus dorment ? Il faut qu'on leur explique."
James replia en vitesse l'Oreille à Rallonge tandis qu'Albus se précipitait vers sa chambre. Leurs parents ne devaient pas savoir qu'ils avaient espionné leur conversation.
