8 ans plus tard

"Vous n'aurez pas à travailler le week-end" a promis son supérieur lorsque Percy a été nommé chef du département du Sport et de la Culture du Ministère de la Magie, et pourtant il est là, au milieu du plus grand terrain de Quidditch de Grande-Bretagne, un magnifique samedi d'avril. Audrey lui a proposé de venir avec les filles et Anna, sa compagne, au pique-nique qu'elle organise pour les quatre ans de Lucy mais non, il se retrouve à devoir jouer les représentants du Ministère parce que les matchs ont été mal calés dans son emploi du temps.

À l'intérieur, Percy bouillonne de rage. Il sait que s'il veut obtenir un poste plus important dans quelques années, il doit faire des concessions, mais louper l'anniversaire de sa plus jeune fille… Surtout que Molly et Lucy commencent à peine à se faire à la séparation de leurs parents ! La grande surtout a eu un peu de mal, ces deux dernières années. La situation a changé trop vite, pour elle. Audrey et lui ont été trop brusques, ils s'attendaient à ce qu'elle s'habitue beaucoup trop rapidement pour une si petite enfant. À présent, Molly a saisi ce qui se passe et comprend pourquoi elle va chez sa mère seulement les week-end et le mercredi, et ses crises de colère et de larmes se sont calmées. Mais Percy sait qu'elle adore les moments qu'ils partagent encore tous les cinq, avec Anna en plus, et il s'en veut de ne pas pouvoir être avec elles ce week-end.

Le match est d'un inintérêt affligeant, qui plus est ! C'est un match amical en prévision de la Coupe du Monde qui doit avoir lieu à la fin de l'été, mais l'équipe de Grande-Bretagne domine celle du Pays de Galles presque sans effort, et les batteurs en profitent pour parader et flirter avec les spectatrices dans les gradins, ce qui a le don d'agacer encore plus Percy. Quitte à louper le pique-nique, il aurait pu assister à du beau sport, mais non. Le seul spectacle, c'est cette bande de coqs qui paradent et font des loopings sur leurs balais. Ridicule. Lorsque le poursuiveur de Grande-Bretagne finit par attraper le Vif d'Or vingt minutes plus tard, Percy ne peut retenir un soupir de soulagement. Il sait qu'il ne lui reste qu'à passer dans les vestiaires saluer la victoire au nom du Ministère, serrer quelques mains et qu'il sera libre de rentrer chez lui s'affaler dans son fauteuil et, avec un peu de chance, dormir jusqu'au lundi matin.

Lorsqu'il pousse la porte des vestiaires une dizaine de minutes plus tard, il a encore plus hâte d'en finir que lorsque le match s'est terminé. Les joueurs lèvent la tête, surpris, et il leur adresse un sourire de circonstance avant de prendre la parole.

"Bonjour à toutes et à tous ! Ah, sacré match ! Au nom du département des Sports et de la Culture que j'ai l'honneur de représenter aujourd'hui, je tenais à vous adresser mes félicitations pour cette victoire bien méritée, et…

-Percy ? Percy Weasley ?"

Une des sept personnes assises sur le banc qui lui fait face se lève et s'approche de lui. Percy le regarde et se souvient immédiatement. Il n'a pas le loisir d'oublier les gens, pas dans son métier, mais il se serait de toute façon rappelé d'Olivier Dubois n'importe où, n'importe quand. Ils ont partagé un dortoir pendant sept ans, après tout !

"Ça alors, s'exclame-t-il alors que le joueur s'approche de lui, Olivier ?

-Mais qu'est-ce tu fais là ?

-Je ne savais pas que tu étais dans l'équipe de Grande-Bretagne, continue Percy sans répondre, c'est incroyable ! Tu as finalement réussi !

-Représentant du Ministère hein ?

-Seulement pour le département des Sports et de la Culture, corrige Percy.

-N'empêche, pas mal…

-Dubois, désolée de t'interrompre mais on peut terminer de se changer ?"

Derrière Olivier, Percy voit une jeune femme qu'il identifie comme une des poursuiveuses de l'équipe. Sa robe aux couleurs de la Grande-Bretagne est à moitié détachée et les plaques de bois qui protègent ses genoux traînent au sol, mal accrochée. Quel idiot ! Si préoccupé qu'il était à l'idée de rentrer chez lui, il n'a même pas laissé aux joueurs le temps de se changer avant de venir les féliciter ! Il rougit et regagne la porte pour sortir.

"Je suis désolé, bafouille-t-il, je voulais juste vous féliciter pour cette belle victoire ! Le Ministère vous encourage dans les sélections, bonne chance pour la suite !
-Percy attends !"

Olivier le rattrape alors qu'il va s'extirper de cette situation affreusement gênante et tenter de s'enterrer vivant dans le premier trou qui aura la bonne idée de croiser son chemin.

"Tu peux m'attendre ? J'en ai pour dix minutes, maximum !

-Mais, euh…

-S'il te plaît ! On va boire un verre, hein, en souvenir de Poudlard.

-Hum…

-Et puis, je viens de remporter ce match hautement important, et il paraît que le Ministère est très fier de nous, ajoute Olivier en souriant.

-Ok, souffle Percy, mais pas longtemps.

-Super ! À tout de suite !"

Si un jour Percy Weasley avait pris le temps dans sa vie bien remplie de se demander ce qu'est devenu Olivier Dubois - ce qu'il n'a jamais fait - il aurait sans doute imaginé quelqu'un de très similaire à la personne qui lui fait face dans ce pub du Chemin de Traverse. Un homme d'une trentaine d'années, qui le dépasse d'une bonne dizaine de centimètres et qui semble incroyablement en forme alors que lui peine à monter les trois escaliers qui mènent à son appartement. Olivier est un sportif qui ressemble à tous les sportifs : il respire la santé et bien qu'il passe la main dans ses cheveux environ trois fois par minute, ceux-ci paraissent toujours coiffés. "Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne", pense Percy en frottant sous la table une tache blanchâtre sur sa robe de sorcier, un petit cadeau de Lucy qui a trouvé très drôle de renverser ses céréales par terre ce matin.

"J'ai toujours su que tu finirais par devenir quelqu'un, lance Olivier en reposant son verre de bière devant lui.

-Quoi, mon job au Ministère ? Ce n'est qu'une étape, balaye Percy d'un revers de main."

Olivier sourit et il lui lance un regard suspicieux.

"Tu te moques de moi ?

-Non, au contraire. Je trouve que tu n'as pas changé. Tu es toujours aussi ambitieux. Qu'est-ce que tu vises, cette fois, Percy Weasley ? Après le poste de Préfet-en-chef de Poudlard, après celui du plus jeune assistant au Ministère, le siège du Ministre de la Magie ?

-C'est une idée, répond Percy en souriant.

-Tu en es capable, en tout cas.

-Et toi, Olivier Dubois, qu'est-ce que tu prévois ?

-On va essayer de gagner cette Coupe du Monde, déjà. J'ai hâte de voir à quoi ressemble Tokyo. Ensuite, je m'arrête.

-Comment ça, tu t'arrêtes ?

-Eh, rigole Olivier, j'ai fêté mes trente ans, cette année ! Pour un sportif, c'est vieux !

-Mais tu as l'air en pleine forme !

-Merci, tu n'es pas mal non-plus."

C'est plus une pique amicale qu'un flirt assumé, mais Percy rougit tout de même et bafouille en reprenant.

"Non mais, je veux dire… Tu n'as que trente ans ! C'est très jeune !

-J'ai du mal à tenir la distance, pourtant. Les deux batteurs là, ils ont à peine vingt-et-un ans et je sens que je ne suis pas au niveau. Je ne suis plus aussi rapide, et j'ai laissé passer deux ou trois souaffles aujourd'hui. Il est temps de raccrocher, conclut-il avec un sourire triste.

-C'est injuste, s'indigne Percy.

-C'est la vie, répond Olivier en lui adressant un sourire. Mais c'est drôle que ça t'énerve, je le prends comme un compliment.

-Et tu vas faire quoi, ensuite ?

-Je ne sais pas trop… Le Quidditch, c'est un milieu exigeant. Je n'ai pas beaucoup vu mes parents ces derniers temps et à part mon équipe, je n'ai pas des masses d'amis. Essayer de fonder une famille, ça pourrait être pas mal, j'imagine… Tu es marié, toi ?

-Divorcé, répond Percy. Depuis deux ans. Et j'ai deux filles."

Olivier redresse la tête et lui lance un regard étonné en sifflant.

"Deux filles ? Et tu es à la tête d'un département du Ministère ? Mais comment tu fais ?

-Je déteste dormir, répond Percy en rigolant. Molly, la plus grande, va avoir six ans et Lucy a quatre ans aujourd'hui. Elles sont, bien évidemment, les deux êtres les plus adorables que cette terre ai porté.

-Bien évidemment, sourit Olivier. Mais c'est fou… Pendant que je m'échinais en presque quinze ans à atterrir enfin dans l'équipe de Grande-Bretagne, tu as eu le temps de te construire une carrière, de te marier, de faire deux mômes, de divorcer… Tu as aussi trouvé un remède aux morsures de loups-garous ou tu te gardes un petit quelque chose pour tes vieux jours ?

-Fous-toi de moi…

-Je n'oserais jamais, se moque Olivier. Et elles sont où, tes filles ? Je ne t'ai pas privé de ta soirée avec elles au moins ?

-Elles sont avec leur mère, c'est elle qui les garde le week-end. Ça fait deux ans que c'est comme ça, ça fonctionne plutôt bien.

-Et le divorce ? C'était compliqué, ou… ?

-Non, on s'est séparés d'un commun accord. On avait des… inclinations différentes, choisit-il de dire.
-Hum. Je vois."

Percy scrute son visage. Il n'arrive pas à déterminer si c'est un "je vois" qui signifie "je ne comprends pas mais je vais faire comme si" ou si c'est un "je vois" qui veut dire qu'il comprend très bien ce que Percy sous-entend. Olivier semble réfléchir et il n'arrive pas à déchiffrer son expression. Soudain, il redresse la tête et croise son regard.

"Et tes inclinations, Percy Weasley, reprend Olivier après un silence, elles seraient partantes pour aller boire un verre chez moi, par exemple ?

-Elles pourraient, Olivier Dubois, répond Percy en souriant. Par exemple.

-Par exemple."