8 ans et 3 mois plus tard

"Percy Weasley, tu ne dors donc jamais ?

-Je te l'ai dit, Olivier Dubois, je déteste dormir.

-Il est quatre heures du matin…

-Et pourtant, tout est allumé, dit Percy en jetant un œil par la fenêtre de l'hôtel. Eux non-plus, ils ne dorment jamais.

-Qui ?

-Les japonais."

Tokyo s'étend à perte de vue sous les vitres de l'hôtel. Ils ne sont revenus à la capitale qu'hier soir, après avoir laissé derrière eux l'immense stade construit en pleine forêt à l'occasion de la Coupe du Monde de Quidditch et qui doit déjà avoir été détruit pour conserver le secret. Percy aurait aimé passer plus de temps dans cette ville qui rayonne tout autour de lui. Les néons, les lampadaires et les guirlandes donnent l'impression d'y voir presque comme en plein jour et il sent qu'au-delà de ses fenêtres, Tokyo bouillonne de gens, d'agitation et de vie. Quelque part dans le quartier magique où ils résident, la délégation britannique et l'équipe de Grande-Bretagne doivent encore fêter leur victoire.

"Ils ont été bien inspirés de prendre le même hôtel pour les représentants et les membres de l'équipe, soupire Olivier en passant une main sur son visage. Mes nuits auraient été trop calmes si tu n'avais pas pu débarquer n'importe quand.

-Alors déjà, ils ont été bien inspirés ou quelqu'un du département des Sports et de la Culture a eu son mot à dire, réplique Percy en lui souriant, et ensuite je ne t'ai pas dérangé, les autres nuits ! C'est toi qui m'a invité, ce soir !

-Je voulais fêter la victoire avec toi, répond Olivier en baillant."

Percy ne répond pas. Il a beau savoir qu'Olivier travaille, que c'est son métier et que son sommeil est essentiel pour ses performances sur le terrain, il a eu du mal à accepter que le jeune homme ne décide pas de partager sa chambre tous les soirs avec lui. Il ne peut s'empêcher de se dire que c'est parce qu'ils ne sont pas vraiment ensemble, et que les choses se seraient passées différemment, si c'était le cas. Tokyo lui laisse un goût doux-amer dans la bouche, comme toutes leurs rencontres avec Olivier depuis qu'ils se sont retrouvés en avril dernier. Des rendez-vous brefs entre deux entraînements, des restos avalés en une heure avant ses réunions professionnelles, des nuits écourtées pour éviter que ses filles ne croisent Olivier… Une demi-mesure agaçante qui rend chaque moment passé ensemble plus frustrant que le précédent. Mais aussi terriblement addictif, et c'est pour ça que Percy est incapable d'en parler à Olivier, de peur qu'il ne décide qu'il est temps d'arrêter de se voir.

"Percy, tu as vraiment demandé à la commission d'organisation de nous mettre dans le même hôtel ? Mais ils n'avaient pas fait les réservations il y a genre un milliard d'années ?

-Hum ? Oui, répond-t-il en pensant à autre chose, mais une réservation, ça se change, hein. Quelle heure il est, à Londres ?

-Environ 20h, je crois. Pourquoi ?

-Je me demandais si mes filles étaient déjà couchées."

Il n'est parti qu'une semaine, pourtant Molly et Lucy lui manquent déjà. Il se rend compte à quel point sa vie tourne autour d'elles, maintenant, plus encore que de son travail. Il savait qu'il voulait des enfants, mais il ne s'attendait pas à ce qu'elles le bouleversent si profondément.

"J'aimerai bien les rencontrer, un jour, tes filles, déclare Olivier à mi-voix."

Percy, les yeux perdus dans les lumières de Tokyo qui s'étalent sous la fenêtre, fait volte-face. Surpris, Olivier se redresse aussi.

"Quoi, j'ai dit une bêtise ?

-Non, non, s'exclame Percy, je… Enfin, peut-être. Je ne sais pas. Pourquoi ?

-Pourquoi quoi ?

-Pourquoi tu voudrais rencontrer mes filles ?

-Percy, on ne va pas se cacher toute notre vie, quand même ! Et Audrey a une copine, il me semble, non ? Molly et Lucy doivent pouvoir comprendre que…
-Pause, le coupe Percy. Comment ça, "toute notre vie" ?"

Olivier le fixe, interloqué. Percy prend soudain conscience qu'il est quatre heures du matin, qu'il est dans un pays qu'il ne connaît pas, complètement nu dans le lit d'un hôtel dont il a oublié le nom, avec un homme qui le dévisage à ses côtés et il se sent soudain très vulnérable. Puis Olivier fait quelque chose d'inattendu. Il explose de rire, un grand rire clair et fort qui résonne sur les murs de la chambre.

"Tu vas réveiller tout l'hôtel ! s'alarme Percy à voix basse.

-Percy, reprend Olivier sans répondre, rassure-moi, tu sais qu'on est ensemble ?

-Quoi ?! Mais depuis quand ?

-Oh merde, tu n'avais vraiment pas compris."

Olivier passe sa main sur son visage et retrouve son sérieux d'un coup. Il s'assoit sur le lit en tailleurs et fixe Percy un moment. Ce dernier ajuste le drap sur ses jambes, gêné.

"Percy Weasley, déclare Olivier après quelque secondes de silence, pour quelqu'un d'aussi intelligent que toi, tu es brillamment stupide.

-Je te remercie ! renifle Percy, vexé.

-À ton avis, continue Olivier sans s'interrompre, pour combien de gars je me démène pour trouver de la place dans mon planning, en pleine Coupe du Monde de Quidditch ?

-Je ne sais pas, bafouille Percy, on n'a jamais parlé de…
-À combien de personne j'ai dit au premier rendez-vous que je cherchais à fonder une famille ? Non, mieux, s'exclame-t-il, combien de personne j'ai supplié d'aller prendre un verre avec moi ces cinq derniers mois ?

-Mais qu'est-ce que tu veux que j'en sache, moi ! répond Percy, agacé et jaloux.

-Si tu m'avais juste posé la question, espèce de gnome borné, tu saurais que la réponse c'est un ! Toi, il n'y a que toi !

-Mais comment je suis censé…

-Parce que moi, je sais ! le coupe une nouvelle fois Olivier. Je sais que tu es débordé en permanence et que tu trouves quand même le temps de déjeuner avec moi tous les jeudis ! Je sais que tu transplanes à deux pas du terrain d'entraînement pour me voir ! Je sais que tu fais des magouilles avec la commission d'organisation pour te retrouver dans le même hôtel que moi ! Et je sais, conclut-il, qu'avec l'emploi du temps de ministre que tu as, tu as à peine le temps pour moi, alors quelqu'un d'autre ? Mais laisse-moi rire ! Et si tu avais juste posé la question, au lieu de partir du principe que j'allais te demander de sortir avec moi comme un collégien, tu saurais aussi ! "

Percy le fixe, interloqué. Olivier soupire et baisse les yeux un instant, avant de le fixer très intensément. Ses pupilles sombres ont l'air noires dans la pénombre qui règne sur la chambre.

"Avec combien de personnes tu es sorti dans ta vie, Percy ?

-Qu'est-ce que ça a à voir avec…
-Réponds juste à la question.

-Eh bien… Pénélope, à Poudlard…

-Donc avant tes dix-sept ans, marmonne Olivier.
-Et puis Audrey.

-Donc une relation fabriquée de toutes pièces et quasi-contractuelle pour que vos mères respectives vous fichent la paix.
-Mais j'ai fréquenté quelques gars, aussi, hein ! ajoute Percy d'un ton présomptueux.

-Hum. Et tes "gars", ils t'invitaient à déjeuner ?

-Non, répond Percy en hésitant.
-Tu sais pourquoi ? Parce que personne n'invite son plan cul au resto ! Une fois, pourquoi pas, mais de façon répétée tous les jeudis, non. Personne ne fait ça. Est-ce que les gens qui "se fréquentent", comme tu dis, ils vont se balader tous les week-end à la campagne ? Est-ce qu'ils vont acheter leur robes de sorcier ensemble, comme les vieux couples mariés depuis trente ans ? Non ! Personne ne fait ça !

-Mais pourquoi tu pars toujours avant que Molly et Lucy se lèvent, alors ?! s'énerve Percy. J'ai cru que tu ne voulais rien avoir à faire avec elles, que ça te saoulait que j'ai des enfants !

-Parce que mes entraînements commencent à 7h du matin, tête de mule ! J'en rêve, de rencontrer tes filles, moi !

-Pourquoi tu ne m'as proposé de dormir dans ta chambre que ce soir ? demande-t-il, suspicieux.

-Par Merlin, Percy, ce que tu peux être borné ! Je travaille, j'ai besoin de dormir, c'est tout ! Ça fait une semaine que je me retiens de te demander de venir toutes les nuits, espèce d'abruti, parce que j'avais cette stupide Coupe du Monde de Quidditch à gagner !"

La surprise les stoppe tous les deux et Olivier plaque ses mains sur sa bouche, comme choqué et effrayé par ses propres paroles. Percy lui adresse un rictus moqueur et s'approche de lui.

"Tu viens de dire "stupide Coupe du Monde de Quidditch" ou je rêve ?

-Je ne le pensais pas, souffle Olivier, c'est un accident.

-Merlin, s'exclame Percy, j'ai fait dire à Olivier Dubois que le Quidditch est stupide !

-Je ne voulais pas !

-Mais tu l'as dit ! Ah ah ! s'exclame Percy.

-C'est de ta faute, réplique Olivier, c'est toi qui m'a poussé à bout !
-Ouais… Moi, ce que j'ai entendu, c'est que tu me préfères au Quidditch !

-Évidemment, grand cornichon, que je te préfères au Quidditch ! Ça fait vingt minutes que j'essaye de te faire comprendre que je suis fou amoureux de toi et que je veux faire partie de ta vie !"

Le visage de Percy devient blanc et ses yeux s'écarquillent. Stoppé net, il retombe sur le lit dans un tumulte de draps qui volent et de matelas qui s'enfonce dans le sommier. Il ne prête même plus attention à la couverture qui a glissé à terre et découvre ses jambes.

"Tu es amoureux de moi ? demande-t-il d'une voix blanche.

-Sérieux, Percy ?! s'exclame Olivier en se laissant tomber sur le côté, dépité. J'abandonne, reprend-t-il à moitié sous la couette, fin de cette conversation. Je capitule, tu as gagné. Il est trop tard, je suis trop claqué pour ça et toi tu es beaucoup trop bête. Viens là, Percy Weasley."

D'un geste ample, il ouvre les bras et Percy se pose là, sur son torse, dans la chaleur de la fin de l'été qui envahit la chambre. Le calme revient, les lumières rassurantes de la ville en dessous vont et viennent sur le mur et il se sent bien. La respiration d'Olivier se fait plus lente et Percy est bercé par le souffle qui anime sa poitrine.

"Mais tu m'aimes vraiment ? demande-t-il après une dizaine de minutes de silence.

-Je dors, répond Olivier dans un demi-sommeil.

-Mais vraiment ?

-Oui, je t'aime vraiment. Je suis amoureux de toi depuis la fois où tu es venu au milieu de l'après-midi pour "vérifier si notre très chère équipe de Grande-Bretagne n'avait besoin de rien" au club.

-C'était pas très subtil… s'excuse Percy.

-Pas très, non. Maintenant, dors.

-Eh, Olivier Dubois ? reprend Percy après quelques secondes de silence, le sang battant à ses oreilles.

-Hum ?

-Moi aussi, je t'aime.

-Oh, ça je sais ! Percy Weasley, crois-moi, j'en ai eu plus de cent preuves en cinq mois ! Je ne crois pas que ton prédécesseur aurait demandé à revoir une organisation mise en place depuis plus de trois ans pour que la délégation du Ministère et les joueurs se retrouvent dans le même hôtel !

-Ça ne veut rien dire, répond Percy avec mauvaise fois. On a eu un excellent tarif de groupe, par exemple.

-Par exemple."