8 ans, 3 mois et 3 jours plus tard

"Tu me sauves la vie, lance Percy en ouvrant la porte.
-À ce point ? Si j'avais su, j'aurais négocié mes horaires et ma prime de risque ! rigole Olivier en entrant dans l'appartement."

Le salon est toujours impeccablement rangé lorsqu'il vient, d'habitude. Aujourd'hui, des crayons de couleur traînent à même le plancher, des jouets en bois s'amocellent sur la table basse et le tapis est à moitié rabattu sur lui-même. Mais Olivier y prête à peine attention. Il est trop absorbé par les deux petites filles qui ont levé la tête lorsqu'il a passé la porte et qui le dévisagent, la plus jeune d'un air curieux et l'autre avec un regard méfiant. Lucy et Molly Weasley.

"Je suis vraiment, vraiment désolé, marmonne Percy. D'habitude c'est Audrey qui les a, le mercredi, mais elle est en vacances… Je sais que je ne devais pas travailler avant la semaine prochaine mais ils ont un soucis avec les retours de Tokyo, on a un représentant qui s'est perdu dans le réseau de Portoloin et ça fait trois jours qu'on est rentré, il n'a toujours pas refait surface, il faut absolument que je le retrouve..."

Il déplace plus qu'il ne range les jouets qui traînent dans une tentative vaine de donner un semblant d'ordre au bazar qui règne sur le salon. D'un geste vif, il arrache une pièce de puzzle des mains de sa fille de quatre ans juste avant qu'elle ne la porte à sa bouche et la lance sur le fauteuil avoisinant. Lucy y prête à peine attention, occupée à se lever pour s'approcher d'Olivier. Molly reste en retrait, figée dans son dessin et l'air toujours suspicieux.

"Les filles, appelle Percy en extirpant un morceau de papier enfoncé dans un fauteuil, soyez polies et dites bonjour, s'il vous plaît.
-Papa c'est qui ? demande Molly en désignant Olivier du bout de son crayon.

-Je te l'ai déjà dit, ma puce. C'est Olivier. C'est lui qui va vous garder pendant que je travaille.

-Mais on le connaît pas, gémit Molly.

-C'est l'ami de Papa, d'accord ? Si moi je lui fais confiance, tu lui fais confiance aussi, d'accord ?"

Molly ne répond pas mais l'explication de son père ne semble pas lui convenir. Elle fixe sa feuille sans rien ajouter. Deux petites mains attrapent un pan de sa veste et Olivier baisse les yeux. Lucy s'est glissée jusqu'à lui en trottinant et s'arqueboute contre sa jambe, un sourire immense plaquée aux lèvres.

"Bonjour, gazouille-t-elle avec un léger zozotement.

-Salut toi, répond Olivier en s'accroupissant pour être à sa hauteur. Tu es Lucy, c'est ça ?

-J'ai quatre ans, déclare l'enfant en ignorant sa question. Ça veut dire que je suis grande, mais moins grande que Molly, parce que Molly elle a six ans, et ça c'est grand !

-Ah oui, c'est vrai que c'est plus grand, dit Olivier avec un sourire.

-Oui, mais après, plus tard, j'aurai six ans et là eh ben je serai très grande. T'aimes bien faire du coloriage ?

-Euh, oui ?

-Parce que moi j'ai fait un coloriage avant, mais Molly elle dit que je dépasse de partout mais aussi, c'est pas grave Papa il a dit, parce que mon dessin il était trop beau et même que Papa il dit qu'il va le mettre dans son bureau !

-Moi aussi il va mettre mon dessin dans son bureau, lance Molly depuis le tapis où elle est toujours assise. Et mon coloriage il dépasse même pas !
-Tu veux... Tu veux jouer avec les chevaux ? demande Lucy à sa sœur en trottinant vers elle.

-Percy Weasley, murmure Olivier en cherchant le regard de son copain, je les adore."

Percy se retourne, sa sacoche dans une main, l'autre farfouillant dans une pile de vêtements propres posés sur le canapé. Il semble surpris mais lui adresse un sourire attendri.

"Attends quelques heures, Olivier Dubois, on verra si tu restes de cet avis. Molly, Lucy, adresse-t-il à ses filles en s'asseyant sur le tapis, je dois y aller. Vous ne faites pas de bêtises, hein ? Et si Olivier vous demande de l'écouter, vous l'écoutez, d'accord ? Je rentre vite, je dois juste régler une affaire urgente. Lucy, tu ne jettes pas la toupie sur le mur comme la dernière fois, hein ? demande-t-il à la petite fille qui s'agrippe à son cou.

-Olivier il aime bien faire du coloriage, il a dit, répond l'enfant.
-C'est vrai ? Comme ça tu pourras faire du coloriage avec lui !

-Non, moi je veux jouer avec les chevaux, rechigne la petite. Papa tu peux me porter ?"

Percy se penche vers sa plus grande fille, toujours assise sur le tapis avec un crayon dans une main et sa feuille dans l'autre, et l'embrasse sur la joue avant de se lever et de prendre Lucy dans ses bras. D'un geste souple, il récupère sa mallette et s'approche d'Olivier, toujours dans l'entrée.

"Elles ont mangé il y a deux heures et fait leur sieste, lui dit-il, donc elles n'auront pas faim avant 16h et il y a de la tarte à la citrouille qu'on a fait hier pour le goûter. Si jamais je ne suis pas rentré avant, il faut leur donner un bain à 18h et elles se couchent à 20h. Il doit y avoir des pommes de terre ou des restes dans le frigo pour ce soir mais j'espère que je serai là avant…

-Ne t'inquiète pas, répond Olivier d'un ton rassurant, ça va aller. J'ai gagné une Coupe du Monde de Quidditch, alors une après-midi avec des enfants…

-Je t'assure, rigole Percy, que les enfants sont autrement plus compliqués à gérer qu'un match de Quidditch contre une équipe de dragons. Lucy, tu vas dans les bras d'Olivier ?"

La fillette ne répond pas mais ouvre grand les bras en direction d'Olivier, qui l'attrape sans effort et la cale contre sa hanche, une jambe ballante de chaque côté de sa taille. Lucy ne paraît absolument pas gênée par la situation et gigote pour s'asseoir plus confortablement sur son bras. Olivier lui sourit. Il tourne la tête et surprend le regard songeur de Percy sur lui.

"Quoi ?

-Rien. C'est mignon. Je n'imaginais pas… Il y a trois jours, reprend Percy après un silence, on était à Tokyo et je ne savais même pas si tu voudrais me voir le jeudi suivant, et maintenant…

-Et tu préfères quoi ? le coupe Olivier, certain de la réponse.

-À ton avis ? sourit Percy. Il faut vraiment que je file, soupire-t-il. À ce soir, les filles ! Si vous dormez déjà, je passerai vous faire un bisou.
-Promis Papa ? demande Molly d'un ton angoissé.

-Promis. À ce soir, dit-il à Olivier en l'embrassant sur la joue. Tu restes dormir ici ?

-À ton avis ? répond Olivier en levant les yeux au ciel."

La porte de l'appartement claque et Olivier se tourne vers la petite fille restée au milieu du salon. Lucy toujours confortablement assise contre sa hanche, il s'approche de Molly.

"Qu'est-ce que vous voulez faire, les filles ? Est-ce que tu veux continuer à dessiner ou tu veux faire un jeu ? demande-t-il à Molly.

-Pourquoi Papa il te fait des bisous ?"

Olivier hausse les sourcils. Il ne s'attendait pas à ce qu'une si petite enfant, qui plus est visiblement angoissée par son arrivée, soit aussi directe dans ses questions. Mais là, elle n'a pas l'air inquiète. Elle semble plutôt curieuse et le fixe en attendant sa réponse.

"Euh… Ta maman, commence-t-il en hésitant, elle a une, euh, amoureuse ?

-Anna c'est l'amoureuse de Maman, confirme la petite fille en hochant le menton.

-C'est toi l'amoureux de Papa ? demande Lucy en levant les yeux vers lui.

-Voilà. C'est moi l'amoureux de votre papa, lâche Olivier, soulagé qu'elles comprennent aussi vite.

-Anna, elle a un chat et quand on va chez Maman, on a le droit de jouer avec le chat. Toi t'as un chat ?

-Non, j'ai pas de chat.

-Eh bah Anna, elle a un chat, répond Molly d'un air entendu."

Et elle s'allonge sur le sol et pose son dessin devant elle avant de saisir un crayon bleu et remplir une grande partie de la feuille avec de grands gestes appliqués. Dans ses bras, Lucy gigote et Olivier la pose à côté de sa sœur. La facilité avec laquelle les deux petites ont accepté ses explications le déconcerte. Pendant quelques longues minutes, il se contente de les regarder jouer, soulagé et content.

Plus tard dans la nuit, lorsqu'elles dorment à poing fermés et que l'appartement est silencieux, il se tourne vers Percy allongé à côté de lui dans la pénombre et sourit.

"Tu avais tort, Percy Weasley.

-Ça m'arrive rarement, pourtant, baille Percy. À propos de quoi ?

-Pour tes filles. J'ai passé sept heures, quarante-trois minutes et vingt-cinq secondes avec elles, et je les adore toujours.

-Oh. Eh bien, souffle Percy en souriant, ça tombe bien, Olivier Dubois, parce que j'avais justement besoin d'un baby-sitter à temps complet, et j'ai entendu dire que tu as pris ta retraite il y a trois jours. Intéressé ?

-Pourquoi pas ? Dis, Percy, demande-t-il après un silence, tu n'as jamais pensé à prendre un chat ?"