"Al, tu sais très bien que je peux pas me libérer avant vendredi, on en a déjà parlé !"
Albus serra le poing, agacé. Quatre jours qu'il essayait de joindre Teddy par tous les moyens possibles et maintenant qu'il daignait enfin lui parler, c'était pour l'envoyer bouler ? Teddy était tellement énervant, parfois !
"Je s'rai là vendredi matin si tu veux. J'peux essayer de venir plus tôt et on ira déjeuner ensemble, t'en penses quoi ?
-Teddy, c'est vraiment pas… C'est pas de ça que je voulais te parler, dit Albus en secouant la tête. Tu as vu La Gazette ?
-Oui j'ai vu, répondit Teddy après un silence."
Abus déglutit. Le ton absent et détaché de Teddy lui faisait peur. Depuis samedi, une sale idée s'était insinuée en lui, et avait fait son chemin dans son esprit, semant le doute et l'incompréhension sur son passage.
"Tu crois qu'il y avait quelqu'un dans le couloir quand on a… Quand j'ai fait tomber Scorpius ? Quelqu'un qui aurait vu ? demanda-t-il avec espoir, cherchant une échappatoire.
-Al… soupira Teddy. Je…
-Me force pas à te poser la question, s'il te plaît ! Ça fait quatre jours que tu m'évites, que tu refuses d'en discuter avec moi ! Si c'est ma faute… Ted, Maggie se fait insulter dans les couloirs ! Scorpius s'est fait tabasser dans la Salle Commune de Serpentard !
-Qui t'a dit ça ?
-C'est des rumeurs… C'est pas la question ! s'écria Albus. J'ai juste besoin de savoir que c'est pas toi, Ted !
-Écoute, Al. Tout ce que j'ai fait, j'l'ai fait pour nous, d'accord ? C'est pour la suite, pour être sûr que je reste à Londres, tu comprends ?"
La réponse lui fit l'effet d'une décharge électrique et il réalisa alors ce qu'il savait depuis samedi, mais refusait d'admettre : c'était bien Ted qui avait revendu cette photo à La Gazette. Albus maudit sa naïveté qui lui avait fait croire que ça aurait pu être quelqu'un d'autre. Parce qu'au fond, il savait très bien qu'il n'y avait qu'une seule explication.
Un bruit provenant du couloir le fit sursauter, et il se leva d'un bond pour refermer la porte entrouverte par le vent. La dernière chose qu'il voulait, c'était qu'on le surprenne là, en train de discuter avec Ted. Heureusement, ce dernier n'avait pas bougé lorsqu'il se rassit devant la cheminée.
"C'est toi qui a pris la photo, affirma Albus après un silence.
-Oui.
-Et qui l'a vendue à La Gazette.
-Al…
-Pourquoi ? le coupa Albus en regardant ses pieds.
-J'suis pas fier, si c'est la question que tu te poses… répondit Teddy en se mordant la lèvre.
-Pourquoi ? insista Albus en lui jetant un regard noir.
-Parce que si ton oncle perd ces élections, j'sais pas ce que je vais faire, d'accord ? J'ai pas d'autre boulot qui m'attend, j'vais devoir retourner habiter chez Molly et Arthur et c'est hors de question ! Albus, continua-t-il sur un ton plus grave, je me moque pas de toi quand je dis que je l'ai fait pour être avec toi, d'accord ?
-Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Pour te protéger ! Tu savais pas ce que tu faisais, tu peux pas être complice d'un truc que tu ne savais pas ! J'voulais pas te mêler à ça, je t'assure… Mais j'savais pas quoi faire…"
La voix de Teddy se brisa et Albus eut pitié de lui. Il pouvait comprendre la peur et la détresse qu'il avait dû ressentir à l'idée de perdre son boulot. C'était juste une décision stupide, mais il connaissait Teddy, il savait qu'il n'était pas méchant et qu'il n'avait sans doute voulu faire de mal à personne… Il le croyait quand il lui disait qu'il avait essayé de le protéger. C'était tout ce que faisait Ted en général, d'une façon maladroite et détournée : essayer de le protéger. Il le lui disait souvent.
"Ok, souffla-t-il finalement. Je te crois. Si seulement tu m'en avais parlé… On aurait pu essayer de trouver un autre moyen. Maintenant Maggie…
-J'pense que Maggie s'en remettra, répondit Teddy sans le laisser terminer. Tu la connais, elle est solide. J'm'en veux vraiment mais dans quelques jours, tout le monde aura oublié cette histoire.
-T'as sans doute raison, oui, glissa Albus d'un ton peu convaincu.
-Scorpius, tu l'as vu ?
-Croisé dans les couloirs ce matin.
-Il était mal en point ?
-Un peu pâle, mais à part ça…
-Ne t'en fais pas trop. S'il s'était pris une peignée, y aurait eu des marques de coups. J'doute que les Serpentards osent vraiment s'en prendre au fils de Drago Malefoy, tu sais, ajouta-t-il pour achever de le convaincre.
-C'est vrai, acquiesça Albus à mi-voix. Tu as raison, ce ne sont que des rumeurs stupides, après tout…
-N'y penses pas trop, d'accord ?
-Qu'est-ce que tu vas faire, toi ? demanda Albus en levant les yeux. Tu vas en parler à Percy ?
-J'sais pas… Ça serait sûrement mieux mais… J'ai peur qu'il me vire, si tu veux tout savoir.
-Oui, il vaut mieux ne rien dire. Moi, je ne dirai rien, en tout cas, ajouta-t-il avec beaucoup de fermeté dans sa voix.
-Merci, Al. Eh, je suis désolé que tu te sois retrouvé mêlé à tout ça, d'accord ? J'te promets que ça ne se reproduira pas, d'accord ?
-Tu déjeunes avec moi, vendredi ?
-J'vais essayer, répondit Teddy en souriant. Promis. Je dois filer, Al, j'ai encore une réunion après.
-D'accord. On se voit vendredi, alors ?
-On se voit vendredi, confirma Teddy avec un sourire. Eh Al ?
-Hum ? fit Al, baguette en l'air pour éteindre le feu.
-Merci. Je t'aime. À vendredi !"
Et il disparut de l'âtre avant qu'Albus ait le temps de répondre.
"Je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime". Une boucle incessante dans son crâne qui se répétait à l'infinie. Le son de la voix de Teddy qui sussurait sans s'arrêter. "Je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime". Tout le reste était un brouillard flou de mouvements et de bruits sans importance depuis.
Albus arpentait les couloirs sans voir le reste des élèves autour de lui. Il allait en cours sans les écouter. Il mangeait sans prêter attention au goût des aliments dans sa bouche. Le soir, il s'endormait au rythme de la ritournelle qui tournait dans son esprit et l'empêchait de sombrer dans le sommeil avant une heure avancée. Il ne savait pas si c'était ce qu'il attendait depuis le début ou si cette soudaine déclaration à laquelle il n'avait pas pu répondre l'angoissait.
Il n'y avait qu'une réponse possible, de toute façon. Il le savait depuis qu'il avait vu Teddy débarquer au Terrier à Noël. "Je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime". C'était déjà ça, à ce moment-là. Qu'est-ce que ça aurait pu être d'autre ? Un choc aussi brutal qu'un coup de poing, qui lui avait coupé la respiration et l'avait mis à terre à la minute où Ted était apparu. Ses yeux rieurs lorsqu'ils s'étaient posés sur lui, assénant un nouvel uppercut à son cœur et repoussant les limites de sa volonté. Son sourire comme une gifle qui l'avait achevé et conquit les derniers retranchements de ses résolutions.
Albus était perdu pour la cause, à ce moment-là déjà. Quoi que lui demande Teddy, il l'aurait fait. Jamais il n'avait ressenti ces élans passionnés avant, qui dévoraient tout sur leur passage et congédiaient sa raison qui soufflait, lointaine et presque éteinte : "Mauvaise idée". Même si ça n'était qu'un moment, il avait décidé que ça valait le coup. Il se battrait vent debout contre tout, si ça signifiait passer trois minutes dans les bras de Teddy.
Et maintenant Teddy l'aimait.
Albus sourit dans un demi-sommeil. Il l'aimait. Il avait espéré ça si fort ! Ça avait été tellement difficile, pour en arriver là, et il se jurait que plus rien ne viendrait troubler cet état de plénitude béate dans lequel il flottait. Son secret. C'était son secret, et il comptait le garder pour lui le plus longtemps possible, parce que les autres allaient entacher ce qu'il avait de plus précieux. Tout le monde voulait toujours lui dicter sa conduite et décider ce qui était le meilleur pour lui, mais il avait trouvé une oasis au milieu de la tempête, un endroit qui n'appartenait qu'à lui où personne ne pouvait pénétrer. Alors quelle importance que Teddy soit maladroit, qu'il surgisse toujours à l'improviste et qu'il l'entraîne loin du reste du monde ? Albus s'en fichait pas mal. La seule chose qui faisait sens, c'était ce qu'ils soient ensemble, toujours.
Lorsque l'aube pointa le vendredi matin, Albus sauta du lit et s'habilla à la hâte. Il avait attendu deux longues journées que ce moment arrive, et il était prêt. Il savait ce qu'il dirait, il l'avait tourné et retourné de longues heures durant dans sa tête, goûtant les mots sur sa langue pour vérifier leur sonorité. Le temps s'étiolait à la lenteur d'un escargot. Les cours étaient insipides, les conversations paraissaient superficielles. Quand enfin la sonnerie annonçant le déjeuner retentit dans le château, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Enfin !
Tremblant, il rejoignit le couloir du troisième étage à contre-courant de la foule d'élèves qui se dirigeaient vers la Grande Salle. Il attendit un peu au niveau de la statue borgne de Gunhilda de Gorsemoor, le temps que le calme retombe dans le corridor et qu'il n'y ait plus personne qui puisse le voir, et il s'échappa dans l'ouverture menant chez Honeydukes. Son cœur battait de plus en plus fort dans le boyau mal-défini, marquant chacun de ses pas désordonnés. Il pressa l'allure, impatient.
Lorsqu'enfin il arriva dans la cave du magasin, Albus oublia presque de camoufler sa présence tant son esprit était ailleurs. Il s'en souvint au moment de passer la porte menant à l'échoppe, et lança un sort de dissimulation d'un geste négligeant. Ses mains tremblaient et sa tête bourdonnait d'excitation. Teddy l'attendrait près d'un arbre à quelques pas du magasin, comme il avait l'habitude de le faire. Et alors, il lui dirait.
Il n'y avait personne adossé à l'arbre lorsqu'il sortit dans la lumière du jour. Albus attendit un instant avant de révoquer son sort de dissimulation, soucieux de ne pas attirer l'attention des quelques habitants qui arpentaient les rues. Il s'assit au pied de l'arbre, décidé à patienter le temps qu'il faudrait. Teddy était parfois en retard, ce n'était pas la première fois. Une pointe de déception enserra tout de même sa poitrine, parce qu'il avait attendu deux jours interminables de pouvoir le voir. Il se força à calmer les battements désordonnés de son cœur et respira, de profondes inspirations qui le firent un peu revenir à lui. Il allait arriver.
Mais l'heure s'avançait et Teddy n'était toujours pas là. Son ventre criait famine. Au bout d'une trentaine de minutes, Albus commença à se demander s'il allait vraiment venir. "C'est ta faute", souffla une voix mauvaise dans son esprit. "Tu n'as pas répondu et maintenant il te déteste". Horrifié, Albus tenta de chasser la pensée, mais elle revenait au galop. "Il ne t'aime pas. Tu es insignifiant, regarde. Comment pourrait-il t'aimer toi ?" Ses mains tremblaient de peur, à présent. Quarante minutes. "Il va venir", commença-t-il à répéter dans sa tête comme un mantra pour chasser la voix maline qui débitait des horreurs. "Il va venir".
Un craquement sonore le fit sursauter après presque une heure d'attente.
"Albus, j'suis désolé !"
Teddy se précipita vers lui, s'agenouillant sur le pavé.
"Désolé, pardon ! Y avait cette réunion, et ensuite Percy voulait déjeuner, et c'était l'horreur au Ministère…
-C'est pas grave, murmura Albus d'une voix piteuse. Mais je dois repartir dans dix minutes.
-Attends, j'ai un truc pour toi."
Teddy farfouilla quelques secondes dans la besace qu'il traînait partout avec lui et en tira un sandwich emballé dans du papier d'argent pour lui tendre. Albus le prit, un peu surpris. Ils devaient déjeuner ensemble. Teddy lui adressa un sourire contrit.
"En direct de chez les moldus ! J'ai dû mangé avec Percy, mais j'me suis dit que t'aurais rien avalé de la journée…"
Albus hocha la tête en souriant. Il avait pensé à lui. Il déchira le papier argenté et mordit dans le pain, reconnaissant. Teddy passa la main dans ses cheveux, les ébouriffant davantage si c'était possible. Le geste était affectueux et Albus se détendit un peu. Il n'avait pas l'air de lui en vouloir pour leur dernière conversation.
"J'suis vraiment le pire copain, hein ? finit par dire Teddy en soupirant.
-Non ! s'écria Albus, la bouche pleine. Non, il répéta après avoir avalé sa bouchée. T'as des choses à faire, c'est normal. T'es pas le pire copain, ajouta-t-il devant la mine songeuse de Teddy. Je suis content que tu sois là."
Son cœur battait à nouveau la chamade dans sa poitrine et il se sentit rougir jusqu'aux oreilles. C'était maintenant, décida-t-il.
"Teddy, dit-il d'une voix hésitante, tu sais, la dernière fois quand on a parlé, tu as dit, euh… Enfin, je…"
Sa voix se brisa. Pourquoi est-ce qu'il n'y arrivait pas ? Teddy avait l'air si sûr de lui, si détaché lorsqu'il l'avait dit, comme si c'était banal ! Pourquoi il bloquait ?
"Tu as dit, reprit-il en essayant de contenir le flot d'adrénaline qui lui battait les tempes, enfin je voulais dire que moi aussi.
-J'ai pas compris, répondit Teddy d'une voix perplexe. J'ai dit quoi ?
-Moi aussi, je t'aime, déclara Al en rassemblant le peu de courage qui lui restait.
-Oh ! s'exclama Teddy en souriant. Mais je sais, ça !"
Et il éclata de rire. Albus resta figé un instant, son sandwich à mi-chemin de sa bouche coulant un peu sur sa robe de sorcier. Est-ce qu'il se moquait de lui ? Pourtant, quand Teddy leva les yeux vers lui en souriant, il ne parvint pas à lui en vouloir et sourit à son tour.
"Pardon, répondit Teddy à sa question muette, c'est pas toi. T'avais juste l'air tellement sérieux ! J'le savais, reprit-il après un sourire."
Il se pencha pour l'embrasser, et la fin du sandwich d'Al termina sur le pavé.
"Albus, attends !"
Tout à ses pensées, il n'avait pas vu Rose lui foncer dessus alors qu'il pénétrait le Grand Hall. Elle paraissait soucieuse. Il hésita un instant à prétexter avoir cours mais elle lui avait à peine adressé la parole depuis la fuite d'Hugo, et il n'avait pas envie de jeter de l'huile sur le feu. Il aimait bien Rose, c'était peut-être la cousine dont il était le plus proche de toute sa nombreuse famille. Après tout, il lui devait bien ça. Et puis, une conversation de réconciliation, ça lui ferait du bien. Depuis qu'Eden et Bas lui faisaient la gueule, il se sentait seul lorsque Teddy n'était pas là…
"Salut, lui lança-t-il en souriant. T'as pas Potions, à cette heure-ci ?
-Les cours peuvent attendre, grommela Rose en l'attrapant par le bras. Viens par ici !
-Rose ? Aïe, mais tu me fais mal ! gémit-il alors qu'elle le tirait vers le couloir menant aux cachots. Rose, qu'est-ce…
-Attends ! le coupa-t-elle sans se retourner. Pas ici."
Elle l'entraîna dans le corridor sombre sans plus d'explication. Albus se laissa faire, un peu surpris par l'attitude de sa cousine. Peut-être qu'il était arrivé quelque chose de grave ?
Lorsqu'ils furent hors de vue, Rose s'arrêta et fit volte-face. Albus remarqua alors l'éclat singulier de ses yeux. Il pouvait y lire de la colère teintée d'inquiétude, accentuées par les mèches folles qui encadraient le visage de la jeune femme. Elle n'était pas paniquée comme lorsqu'Hugo avait disparu, mais elle avait l'air grave et le visage fermé. Comme s'il avait fait une bêtise.
"Al, commença-t-elle d'un voix sévère, qu'est-ce que tu fabriques ?
-Quoi ?! Mais enfin, c'est toi qui me saute dessus après le déjeuner, on peut savoir…
-Albus, tu sautes les cours. Tu ne parles plus à tes amis. Tu ne sors plus à Pré-au-Lard avec les autres. Tu ne rends même plus tes devoirs, apparemment !
-Mais qui t'as raconté…
-Ne me coupe pas ! s'écria sa cousine en serrant son bras plus fort. Qu'est-ce que tu faisais le soir où la photo de Maggie et Scorpius a été prise ?
-J'en sais rien, menti Albus en haussant le ton, j'étais probablement dans la Salle Commune, qu'est-ce que tu veux que je…
-Une chance, Al ! Je te laisse une chance d'expliquer ce que tu trafiques en ce moment !
-Mais j'ai rien à expliquer, lâche-moi ! lâcha-t-il en essayant de se dégager.
-Rien ? reprit Rose, de plus en plus énervée. Et le fait que je t'ai retrouvé en pleine conversation avec Teddy, en train de parler de cette stupide photo, c'est rien, selon toi ? Merlin, Al, ce que tu peux être stupide, par moment !"
Il arrêta de gigoter, sous le choc. Sa cousine le fixait, la colère déformant ses traits. Est-ce qu'elle savait vraiment ?
"Comment tu… balbutia-t-il enfin, sonné.
-Je te l'ai dit, je suis passée devant la salle de classe au moment où vous parliez de ça. Albus, je veux juste savoir une chose : est-ce que tu savais ce qu'il allait faire avec cette foutue photo au moment où…
-Non ! la coupa-t-il, scandalisé. Non, Rose, je te promets !"
Elle relâcha un peu son étreinte et Albus retira son bras, comme brûlé par le contact. Elle le regardait à présent en hésitant, et il se força à élaborer pour la rassurer.
"Rose, je te jure que je ne savais pas. Je ne savais même pas qu'il y avait une photo dans l'histoire, je l'ai découvert dans La Gazette comme toi. Il m'a dit… hésita-t-il un instant. Écoute, Teddy allait se faire virer si son cours n'avançait pas, et je ne voulais pas qu'il… Enfin, c'est un bon cours… Je voulais juste que Maggie et Scorpius arrêtent de se disputer autant, c'est tout…
-Qu'est-ce que tu racontes ? Albus, c'est lui qui t'a dit ça ?
-Quoi ?
-Al, soupira Rose, tu te rends compte que c'est n'importe quoi, cette histoire ? Personne ne se fait virer parce qu'un cours optionnel n'avance pas assez vite…"
À l'instant où elle le dit, Albus réalisa qu'elle avait raison. Il avait cru Teddy parce qu'il était assez naïf pour s'imaginer qu'il ne lui mentirait pas et parce qu'il lui avait dit que la situation était pressante, mais Rose avait raison. C'était n'importe quoi.
"Tu sais pourquoi des profs se font virer, par contre ? reprit Rose après une pause. Pour sortir avec leurs étudiants."
Une pierre tomba dans l'estomac d'Albus.
"Ne nie pas ! continua Rose alors qu'il ouvrait la bouche. Je sais très bien ce que j'ai entendu mercredi. Albus, mais qu'est-ce que tu fous ? reprit-elle après un court silence. Il a dix ans de plus que toi. Il te fait sécher les cours, il te coupe de tes potes… Je comprends que ça ne soit pas facile pour toi, mais tu te rends compte qu'il se sert de toi, non ?"
Son sang ne fit qu'un tour. Elle avait tort. Elle se trompait sur toute la ligne, parce que Teddy était peut-être maladroit, mais il l'aimait. Il lui avait dit. Rose disait n'importe quoi parce qu'elle ne comprenait pas.
"Je sais que tu as honte et que tu ne veux pas en parler…
-Tu ne sais rien, déclara Albus en détournant le regard. Tu les as vu dans la Grande Salle le soir où tu as balancé Augustus devant tout le monde ? Tu as vu comment Grandma traite oncle Percy ? Crois-moi, tu n'as aucune idée de ce que c'est.
-Al…
-Fiche-moi la paix, Rose. Il n'y a rien entre Teddy et moi, ça ne sert à rien d'insister. Tu te fais des films."
Et il tourna les talons et s'enfuit dans le couloir avant qu'elle ne puisse à nouveau le rattraper.
