"PERCY !"
Olivier entre en trombe dans la chambre et la porte s'abat contre le mur dans un fracas terrifiant. Assit à son bureau, Percy se lève d'un bond et les parchemins qui jonchent son bureau volent à terre.
"Quoi ?! Elles se sont fait mal, c'est ça ? C'est laquelle ? Je t'avais dit que ce n'était pas une bonne idée de faire de la balançoire à l'intérieur, je savais que ce charme de protection n'était pas fiable ! lance-t-il en s'avançant vers la porte, sa baguette à la main.
-Non, ce n'est pas ça ! Elles vont très bien, elles s'amusent comme des folles et mon charme fonctionne très bien, je te remercie !
-Alors quoi ? Olivier, c'est quoi le problème, pourquoi tu paniques comme ça ?
-Elle m'a appelé Papa !"
Percy se fige dans son élan et lui jette un regard d'incompréhension. Puis l'information lui parvient et il laisse retomber sa main tenant sa baguette le long de son corps et se pince l'arrête du nez.
"Olivier… La raison pour laquelle tu exploses le mur et me hurles dessus, c'est qu'une des filles t'a appelé Papa ?
-Molly ! Molly m'a appelé Papa, répond Olivier, surexcité.
-ET ÇA JUSTIFIE DE DÉFONCER LA PORTE DE LA CHAMBRE, GRAND FARFADET STUPIDE ?!
-MAIS ELLE M'A APPELÉ PAPA !"
Surpris tous les deux par les cris de l'autre, ils se taisent d'un coup et le fou rire monte. Olivier éclate d'un rire franc et sonore et Percy ne tarde pas à l'imiter. Ses lunettes glissent sur son nez et tombent au sol. Hoquetant de rire, il finit par s'asseoir sur le lit et Olivier se laisse tomber à côté de lui, un sourire immense plaqué sur le visage.
"Elle a totalement fait exprès, finit-il par dire lorsque Percy arrête de rire. Elle m'a regardé droit dans les yeux, du haut de ses huit ans, et elle m'a dit "Tu peux me faire monter plus haut, Papa ?" avec le ton le plus sérieux du monde, comme si elle m'annonçait un truc grave.
-Elle avait calculé son coup ?
-Je te jure, Percy, elle savait exactement ce qu'elle faisait. Elle est étonnante, cette enfant.
-Je sais, acquiesce Percy. Elle m'a fait un truc similaire il y a quelques semaines. Tu étais rentré chez toi et elle a fixé la porte pendant trois minutes avant de me dire "Tu sais Papa, si Olivier veut dormir à la maison tout le temps, je peux partager la chambre de Lucy" sur un ton… On aurait dit qu'elle se lançait dans une analyse du cours de la bourse gobeline !
-Tu lui as répondu quoi ? demande Olivier d'un ton un peu trop détaché.
-Que si tu voulais dormir à la maison tout le temps, c'est moi qui partagerai ma chambre avec toi. Ça a eu l'air de la soulager, je ne crois pas qu'elle avait vraiment envie de partager sa chambre avec sa sœur. "
Il se tait. Dans le salon au fond du couloir, les rires des deux sœurs leur parviennent et Lucy crie "Mon tour mon tour !" plus fort qu'il n'est nécessaire. Olivier sourit en les entendant s'amuser. Percy se racle la gorge, indécis.
"Mais j'ai dit que je ne savais pas si… Tu voulais dormir ici tout le temps, reprend-t-il. Ça fait presque deux ans maintenant que tu viens ici tous les jours, tu restes déjà à la maison plus d'un soir sur deux… Je comprendrais que tu veuilles continuer à avoir un peu de calme hein, mais si c'est plus pratique…
-Plus pratique ? répète Olivier en haussant un sourcil, l'air moqueur.
-Pour le loyer, lâche Percy en évitant son regard.
-Ah oui, pour le loyer, bien sûr. Rien à voir avec le fait qu'on est ensemble depuis plus de deux ans, que la majorité de mes affaires traînent déjà chez toi ou que je passe mes journées avec tes filles…
-Nos filles, rectifie Percy.
-Nos filles ? répète Olivier, interdit.
-C'est Molly qui l'a dit, répond Percy en levant les mains d'un air entendu, et on sait très bien tous les deux qui fait la loi dans cette maison.
-Tu sais qu'on va en baver, quand elle aura quinze ans ?
-Bien avant, on va en baver bien avant, corrige Percy en hochant la tête.
-Évidemment, reprend Olivier après un silence, que je vais venir habiter ici. Ça fait six mois que je déménage mon appartement chaussette après chaussette chez toi en essayant de te faire comprendre subtilement qu'il est peut-être temps que tu me le proposes enfin.
-Je n'osais pas, souffle Percy, parce que… Olivier, je suis désolé mais ça ne change rien, pour moi. Je serai l'homme le plus heureux du monde si tu venais vivre ici mais… Je ne peux toujours pas leur dire. Ma mère…"
Olivier soupire et baisse les yeux. Percy triture les draps d'un geste nerveux sans oser le regarder.
"J'étais certain que tu dirais ça, lâche finalement Olivier d'un ton dépité. Mais je n'ai pas envie de faire toute ma vie en fonction de ta famille ! Et je ne vais pas te forcer à choisir non-plus, ça serait juste cruel.
-Merci, souffle Percy.
-Mais ça ne me satisfait pas, ajoute Olivier d'un ton ferme. Pour l'instant, je m'y fais, parce que je n'ai pas le choix et que je n'ai aucune intention de sortir de ta vie, ou de celles de Molly et Lucy. Mais un jour, Percy Weasley, je vais en avoir assez, je te préviens. C'est trop dur d'imaginer les filles dire à tout le monde que je suis leur baby-sitter si elles commencent à m'appeler Papa quand elles sont ici. C'est malsain, ajoute-t-il avec dégoût.
-Je te promets qu'un jour, on leur dira, assure Percy en croisant son regard. Mais comprends-moi, s'il te plaît. J'ai fait les pires erreurs possibles quand j'étais plus jeune et parfois, je vois qu'ils m'en veulent encore… Elle ne m'a pas invité pour Noël depuis le divorce, tu imagines ce qu'elle fera si elle apprend pour nous ?
-Je ne savais pas…
-Et quand elle a su qu'Audrey avait une copine, continue Percy sur sa lancée, elle était scandalisée que j'autorise toujours les filles à voir leur mère ! Tu sais ce qu'elle a fait ? Tu sais pourquoi quand les filles vont voir leur grands-parents, je ne fais que les déposer devant la maison ? Je n'ai plus le droit de mettre un pied chez elle, figure-toi !
-Quoi ?! Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Parce que j'essaye de réparer les choses. Peut-être que si on lui laisse le temps, elle va se calmer…
-Percy, tu es certain que tu veux continuer à la voir ? Ça m'inquiète de te savoir dans un environnement aussi… Dur.
-C'est pas pour moi, c'est pour les filles ! Je veux qu'elles connaissent leur famille. Molly s'amuse bien ses cousins, et ce sont les seuls enfants de son âge qu'elle fréquente ! Et puis ma mère les adore, et mon père aussi… Ce n'est qu'une fois par an, pendant l'été, je peux prendre sur moi… Et il y a mes frères, je veux rester en bons termes avec eux aussi. Ça fait dix ans et pourtant, je commence seulement à retrouver des relations normales avec eux ! Je ne peux pas abandonner maintenant, conclut-il en baissant la voix.
-Je ne sais pas si on peut vraiment qualifier ça de relations normales alors que tu leur mens sur une partie de ta vie… répond Olivier à mi-voix."
Sa phrase reste un moment en suspens dans l'air et Olivier finit par tourner la tête. Le visage entre les mains, fixant le vide devant lui, Percy semble sur le point de pleurer. Les larmes perlent à ses paupières et sa lèvre inférieure tremble légèrement. C'est la première fois en presque trois ans qu'Olivier le voit pleurer, mais cette tristesse lui est familière. Il reste quelque chose de l'adolescent qu'il a consolé à Poudlard il y a des années.
"Percy, pardon, murmure Olivier en lui prenant les mains. Je suis désolé, je ne voulais pas être aussi dur…
-Je sais que tu as raison, renifle Percy, je sais que ce n'est pas normal et que c'est perturbant pour Molly et Lucy mais je… Je ne peux pas encore, d'accord ? Je n'y arrive pas, je suis désolé.
-J'attendrai, répond Olivier en serrant sa main. Je vais attendre, d'accord ? Je reste là, avec les filles et toi, je ne bouge pas. On va attendre ensemble que tu sois prêt, ok ?
-Ok, souffle Percy. Tu veux toujours habiter ici ? lui demande-t-il avec un pauvre sourire.
-J'irai chercher mes affaires tout à l'heure. Il doit rester genre… Un tee-shirt et du linge-sale, de toute façon, ajoute-t-il en souriant."
Un "BOUM" assourdissant retentit dans le salon, suivi d'un sanglot de douleur et de peur et d'un cri distinct de Molly qui passe au-dessus des pleurs.
"Papaaaaaaa, Lucy est tombée de la balançoire !"
Percy bondit sur ses pieds et sort en trombe de la chambre, en lançant par-dessus son épaule : "Tu vois, Olivier Dubois, je t'avais dit que ce charme ne valait rien !", suivi de près par Olivier qui lève les yeux au ciel.
