Il fait un temps magnifique. Le petit cottage anglais où vivent les parents d'Olivier est perdu en pleine campagne, loin du tumulte assourdissant de Londres, et Percy se fait la réflexion qu'il pourrait presque s'y faire et décider de déménager définitivement ici. Assis dans un fauteuil en osier, le rapport de la Commission Magique des Transports sagement fermé sur ses genoux, il contemple le jardin qui s'étend à perte de vue. Un jus de citrouille frais vient se poser à côté de lui et le père d'Olivier lui adresse un signe depuis la fenêtre de la cuisine. Jane et William sont d'une gentillesse incroyable et semblent plus que ravis de les accueillir tous les quatre avec les filles. Lorsqu'ils sont venus seulement tous les deux l'année précédente, ils avaient l'air déçus de ne pas pouvoir les rencontrer.
Percy a surtout été touché par la bienveillance de Jane, qui les a prises dans ses bras d'un geste parfaitement naturel, comme si c'était ses propres petites filles. Mais Olivier est fils unique, après tout, et comme lui a confié William la veille au soir alors qu'ils fermaient tous les deux le portique qui mène à la maison, "on n'était pas sûrs d'avoir des petits-enfants un jour, de toute façon".
Ils ont eu raison de ne pas envoyer les filles au Terrier cet été. Il avait peur que leurs cousins ne leur manquent, mais elles s'amusent tout autant, et Lucy est tellement contente qu'il reste avec elles pendant leurs vacances ! Il aurait dû prendre cette décision des années en arrière, quand sa mère lui a interdit de venir passer l'été au Terrier pour la première fois, un an après son divorce. Olivier a raison, ce n'est pas très sain pour leurs filles, de toute façon. Molly va avoir dix ans à l'automne, et elle commence à comprendre la véritable raison qui pousse son père à lui répéter en permanence qu'il ne faut pas parler d'Olivier à sa grand-mère, que c'est un secret. Et puis, Lucy est incapable de tenir sa langue, de toute façon, et elle a déjà gaffé plus d'une fois auprès de ses cousins - heureusement, personne ne prête grande attention à ses propos d'enfants. Ils iront cet hiver, pour le réveillon de Noël auquel il est officiellement réinvité, et ça ne durera que trois petits jours. "Une bien meilleure idée", se dit-il en sirotant son jus de citrouille.
Soudain, une ombre l'interrompt dans ses pensées et le visage d'Olivier apparaît au-dessus de lui. Percy distingue mal son expression, à contre-jour, mais ses yeux semblent rieurs et il lui sourit en retour.
"Percy Weasley, déclare son petit-ami d'un ton grave, je vais faire quelque chose que tu vas détester, mais c'est mon devoir et il ne sera pas dit que je ne l'assumerai pas.
-Olivier Dubois, répond Percy d'un ton moqueur, je ne sais pas de quoi tu parles mais tu sais mieux que moi qu'il vaut mieux éviter de me chercher. Dans ton propre intérêt. Surtout quand je suis enfin en vacances.
-Je ne te cherche pas, mais je vais devoir prendre au sérieux ma charge de père de famille et faire quelque chose qui va vraiment, vraiment t'énerver.
-Qu'est-ce que tu racontes, marmonne Percy, de quoi tu parles ?
-Les astres ont parlé hier soir et il est grand temps, continue solennellement Olivier sans lui prêter attention. Je vais apprendre à voler à Lucy.
-Tu vas faire quoi ?! Olivier, revient ici !
-C'est trop tard, lance Olivier par-dessus son épaule en s'éloignant en direction de la remise du jardin, tu ne peux pas me stopper ! Les grands mages du Quidditch m'ont investis d'une mission sacrée !
-Olivier, crie Percy en se levant de sa chaise, elle a huit ans ! Elle est beaucoup trop jeune pour monter sur un balais !
-JE VAIS FAIRE DU BALAIS ?! hurle une voix surexcitée depuis la fenêtre."
Percy lève les yeux vers la façade de la maison mais la tête de sa fille a déjà disparu de l'embrasure de la fenêtre et il entend une cavalcade à l'intérieur du cottage, comme si un troupeau d'hippogriffe descendait l'escalier. La petite fille de huit ans déboule sur le parvis de la maison, son tee-shirt de travers et un sourire immense plaqué sur le visage, encadré par ses deux nattes noires. À la mine extatique de sa fille, il sait qu'il a perdu d'avance et qu'elle ne le laissera plus respirer tant qu'elle ne sera pas montée sur un balais.
"Lucy, attends ! la stoppe-t-il. Déjà, je t'ai dit trois fois depuis qu'on est arrivés de faire doucement dans les escaliers et de ne pas crier !
-Pardon Papa, répond la petite fille sans en penser un mot.
-Eh ! Eh, Lucy, regarde-moi, d'accord ? dit-il en essayant de capter son attention."
Elle se calme un peu et le regarde, mais ses yeux pétillent d'excitation et il sait qu'il est presque impossible de communiquer avec sa fille lorsqu'elle est dans cet état. Lucy est la pire des casses-cou. Il sourit et caresse la joue de la fillette qui bouillonne d'énergie.
"Ok, concède-t-il, tu vas apprendre à faire du balais. Mais, continue-t-il en coupant une exclamation de joie de sa fille, c'est dangereux, d'accord ? Tu fais exactement ce qu'Olivier te dit, hein ? Et quand on te demande de descendre, tu descends, c'est compris ?
-Oui Papa merci Papa ! lance-t-elle en se dérobant. Papaaaaa, hurle-t-elle à l'attention d'Olivier, attends-moi !"
Percy la voit traverser la pelouse en courant et s'aplatir dans l'herbe, puis se redresser comme si de rien n'était avant de reprendre sa course en direction de la remise. Il soupire. Un rire lui parvient sur la droite et il tourne la tête et voit Jane qui regarde la scène en pouffant.
"Elle en a, de l'énergie, celle-là !
-Elle en a même un peu trop, marmonne Percy. Et elle passe sa vie à se casser la tronche, en plus ! Il y a deux ans, elle est tombée d'une balançoire. Elle a pleuré toutes les larmes de son corps pendant trois minutes et quand elle a réalisé qu'elle n'avait rien du tout, elle voulait absolument remonter dessus !
-J'en avais un comme ça aussi, répond Jane en souriant. Je lui ai appris à voler, il n'avait pas sept ans je pense. Il a passé sa journée à tomber, il était couvert de bleus mais vous croyez que ça l'aurait arrêté ? J'ai dû confisquer le balais à vingt-et-une heure, sinon il y passait la nuit !
-Ça ne m'étonne pas tellement, le connaissant.
-Et le nombre de lettres que l'école nous a envoyées parce qu'il s'était pris un Cognard !
-Je me souviens, sourit Percy, les gars de notre année avaient fini par en faire des paris tellement c'était récurrent.
-Ça leur passe, ne vous en faites pas. Et il est moins étourdi que moi, ajoute-t-elle en désignant Olivier du doigt, il ne la laissera pas tomber."
Elle a à peine terminé sa phrase que Percy voit Olivier rattraper Lucy avant qu'elle ne glisse du minuscule balais pour enfant qui s'élève presque à la verticale. De loin, Olivier lui fait un signe pour signifier que tout va bien et Lucy éclate de rire et se saisit du balais immédiatement pour remonter dessus.
"C'est fou, quand même, murmure Jane en les regardant. Je sais, hein, dit-elle plus fort, qu'elle n'est pas de lui mais elle lui ressemble. Pas physiquement hein, mais je veux dire… Lui aussi, à cet âge-là, il rigolait dès qu'il se faisait mal… C'est fou.
-Moi aussi, répond Percy en souriant, je trouve qu'elle lui ressemble. Plus que Molly. Mais il a passé tellement de temps avec elles, quand elles étaient plus jeunes… Surtout Lucy, elle avait à peine quatre ans quand il s'est mis à la garder, je pense que ça laisse des traces.
-Je suis contente que vous ayez décidé de venir nous voir avec elles, cette année.
-Je suis surtout désolé qu'on ait mis autant de temps à le faire, s'excuse Percy. Jane, vous avez vu Molly ? demande-t-il après un silence.
-À l'intérieur avec mon mari. Je crois qu'il lui montre ses anciens trésors de Poudlard, elle avait l'air intéressée.
-Intéressée ? C'est le seul mot qu'elle a à la bouche, depuis que son cousin y est entré l'année dernière ! Il a lui a écrit tous les mois. Depuis qu'elle sait que c'est pour bientôt, impossible de changer de sujet.
-L'année prochaine, c'est ça ?
-Oui, acquiesce Percy pensivement. Ça va être bizarre…
-Pas tant que ça, vous verrez. Et puis vous êtes jeune, et Olivier dit que vous travaillez tout le temps… Elles seront rentrées avant même que vous ne les ayez vu partir, vous verrez !
-C'est arrivé tellement vite, contemple Percy sans répondre.
-Ah ça, par contre, s'exclame Jane, c'est un fait : ils ont beau grandir à leur rythme, c'est toujours beaucoup trop rapide !"
Elle lui adresse un sourire et rentre dans la maison à petits pas lents. Percy la regarde s'éloigner un instant, puis un éclat de rire lui fait tourner la tête et il découvre avec horreur sa fille à cinq mètres du sol, seule sur le balais et bien décidée à le faire avancer aussi vite que possible.
"Olivier ! Fais-la descendre ! Elle est beaucoup trop haut ! Lucy, tu avais promis ! OLIVIER DUBOIS, SI TU NE LA FAIS PAS DESCENDRE SUR LE CHAMPS, JE T'ASSURE QUE CES VACANCES SERONT TES DERNIÈRES !"
