Chapitre 3

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À Dubltih, cependant, Ed et Al étaient à table, en train de dîner avec Maître Izumi et son mari.

— Où est votre fils, Maître ? demanda soudain Al.
— Couché depuis longtemps, mon garçon, répondit Maître Izumi avec un sourire. Tu sais, Al, les enfants vont coucher avec le soleil.
— Vous l'avez eu où ? demanda alors Ed.
— Je l'ai adopté, répond Maître Izumi en haussant les épaules. Comme je ne peux plus en avoir à cause de la transmutation ratée qui a fait naître Wrath, je suis allée à Central, il y a cinq mois. J'y suis resté deux ou trois semaines je crois, et c'est au moment où j'allais rentrer à Dubltih que l'on m'a fait savoir qu'un bébé était à l'adoption.
— J'imagine que vous avez sauté sur l'occasion, dit Ed avec un sourire. Cependant, j'ai l'impression qu'il n'est pas...
— Pas humain ? dit Maître Izumi. Si, si, celui-là, il est humain, ne t'inquiète pas. Il n'est simplement pas de la même race que nous.
— C'est un Ishbal, dit Al. Vous n'avez pas peur ?
— Des militaires ? demande Maître Izumi. Tiens ! Qu'ils essaient de toucher à mon fils et ils vont voir ce dont une mère en colère est capable pour protéger sa descendance !

Elle frappa alors ses mains l'une contre l'autre et les deux frères sursautèrent.

— Maître, soupira Ed en posant une main sur son cœur. Si vous pouviez éviter de faire ça...
— Toi, t'aurais vraiment besoin de vacances, dit la jeune femme avec un sourire.
— J'espère que Mustang va nous en accorder quand on aura bouclé notre mission, dit Al.
— Il a intérêt, dit Ed. Sinon, je m'en vais lui botter le cul, à ce Général. C'est lui-même qui nous traite de gosses et il nous fait bosser comme des forçats...

Maître Izumi laissa alors échapper un petit rire qui se transforma rapidement en fou rire et Ed, froissé, s'en alla dehors.

— Oh qu'il est susceptible, dit la jeune femme en s'arrêtant de rire. Il ne changera pas.
— Je ne veux pas qu'il change mon grand frère, dit Al. Ou peut-être qu'il grandisse un peu...
— Je t'ai entendu, Al !

Al rentra la tête dans les épaules et Maître Izumi repartit dans un nouveau fou rire. Al la suivit rapidement et Ed, assis sur les marches du perron de la maison, les bras croisés, entreprit de bouder dans son coin.

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Le lendemain matin, et après une nuit un peu courte, les deux garçons étaient déjà à la chasse aux évadés, malgré l'heure matinale. La chance sembla cependant être avec eux car, par le plus grand des hasards, ils tombèrent sur un groupe d'hommes composé uniquement des détenus actuvement recherchés.

À l'aide de quelques coups d'Alchimie, Ed parvient rapidement à les mettre hors d'état de nuire et, alors qu'un groupe de militaires les ramenaient à la prison, Ed tira de son manteau une feuille de papier et un crayon.

— Et de seize, dit-il en cochant quelque chose sur sa feuille, se servant d'un mur comme support. Il en reste autant en cavale mais s'ils sont tous au même endroit, ça va être de la tarte.
— Ouais, dit Al. Et on va pouvoir rentrer à Central faire notre rapport et ensuite, bonjour Rizenbull !

Ed lui sourit puis ils se remirent à la chasse aux évadés en espérant avoir autant de chance toute la journée durant.

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À Central City, au même moment, Hawkeye s'efforçant de réveiller Mustang. Ils avaient passé la nuit ensemble mais sans rien faire d'autre que dormir et le Général dormait d'un sommeil de plomb. Sans doute à cause des quelques verres de vin qu'il s'était envoyés pendant le repas...

— Roy, bouge-toi, dit Hawkeye en le secouant. On va être en retard à la caserne si tu ne te lèves pas de suite.

Roy grogna et se tourna sur le dos, un bras sur les yeux pour se protéger de la luminosité de la pièce.

Hawkeye soupira puis elle s'en alla dans la salle de bain et, quand elle en ressortit, Mustang était assis au pied du lit, vêtu de son pantalon d'uniforme et d'un T-shirt noir.

— Tu ne veux quand même pas que je t'aide à t'habiller, si ? demanda Hawkeye en enfilant sa veste d'uniforme.
— Non, merci, ça ira, répondit Mustang. Ne t'en fait pas, je suis toujours un peu long à la détente le matin.
— Bon, dit Hawkeye. Dans ce cas, j'y vais ?
— Oui, oui, je te rejoindrais au bureau...

La jeune femme se pencha alors vers lui et lui vola un baiser avant de quitter la chambre puis la maison et de se diriger d'un pas décidé vers le QG.

Allant directement dans le bureau de Mustang, elle ouvrit le premier tiroir d'une commode ancienne et en sortit une boîte en argent. L'ouvrant, elle en tira une grosse clé, elle-aussi en argent, qu'elle glissa dans la poche intérieure de son uniforme.

Elle quitta ensuite le bureau et se rendit dans l'aile Ouest. Là, elle entra dans un bureau désaffecté servant de débarras et se dirigea vers une porte au fond de la pièce. La poussant, elle se retrouva en haut d'un long escalier en colimaçon, très étroit et très sombre...

Prenant une lampe tempête accrochée près d'elle au mur, Riza l'allumage et commença à descendre les marches qui semblaient s'enfoncer indéfiniment sous terre. Elle n'était pas rassurée, elle n'avait jamais aimé le noir, surtout quand elle devait s'enfoncer sous la surface du sol.

Contre sa hanche, accroché à sa ceinture, ballotait un sac de nourriture qu'elle avait emporté de chez elle avant de partir et qu'elle comptait donner à Scar. Elle faisait cela depuis maintenant plus d'un an, à l'insu de Mustang, quand elle avait vu le peu que le Général de Brigade lui donnait à manger. Malgré le fait que Scar soit un prisonnier, il restait un homme, un homme dans la force de l'âge qui avait besoin de se nourrir convenablement pour ne pas mourir.

Arrivant devant une lourde porte de métal, Hawkeye introduisit la clef d'argent dans la serrure et poussa la porte qui pivota sans un bruit.

— Bonjour Scar, dit-elle en s'approchant prudemment du tas de couvertures. Scar ? Tu es toujours vivant ?

Soudain, la porte derrière elle se referma dans un bruit sourd, et une masse lui tomba dessus, l'aplatissant sur le dos au sol. Elle poussa un hurlement de terreur et se tourna sur le dos.

— Lâchez-moi, Scar ! Je ne vous veux pas de mal ! cria Hawkeye alors que l'Ishbal lui bloquait les bras de chaque côté de sa tête.
— Faites-moi sortir d'ici, gronda l'Ishbal d'une voix rauque. Faites-moi sortir d'ici immédiatement ou je vous tue !
— Scar, lâchez-moi, dit Hawkeye. Je suis justement venue vous faire sortir, mais lâchez-moi, vous me faites mal...

Scar se redressa alors, surpris, puis il lâcha la jeune femme qui s'assit en se frottant les poignets avec une grimace douloureuse.

— Écoutez-moi, Scar, dit-elle. Je vous ai apporté à manger. Mangez d'abord et ensuite je vous fais sortir d'ici...

Elle lui donna le sac, et Scar en dévora le contenu voracement. Sans la jeune femme et sa nourriture, il n'aurait pas pu tenir aussi longtemps, il le savait, mais il n'avait jamais remercié personne de sa vie, il n'allait pas commencer maintenant !

— Scar, dit soudain Hawkeye au bout d'un moment, alors que l'Ishbal rongeait un os du lapin qui composait son repas. Scar, j'ai reçu l'ordre de vous transférer dans une autre cellule. Elle se trouve dans le bâtiment numéro cinq et...
— Et je serais encore dans le noir ? demande Scar, son os dans la bouche. Si c'est pour passer du noir au noir, je préfère encore que vous m'abattiez d'une balle dans la tête
— Mustang n'a jamais eu l'intention de vous faire crever ici, dit Hawkeye en fronçant les sourcils. Il voulait simplement que vous compreniez vos actes...
— Je n'ai rien fait de répréhensible ! répliqua Scar en fronçant les sourcils. J'ai simplement vengé la mort de mon frère !
— Décidément, dit Hawkeye dans un soupir. Passer quatre ans ici ne vous a donc rien apprit, Scar ? Vous avez la tête aussi dure que du granit, ma parole.

Elle lui donna alors de petits coups avec son index sur le front et l'Ishbal grogna en virant la petite main agaçante.

— Allez, levez-vous maintenant, dit alors Riza. Profitons du fait qu'il soit encore tôt pour que je vous conduise au bâtiment cinq sans attirer tout les soldats de la caserne...

La jeune femme se releva en époussetant son uniforme, et Scar se remit sur ses pieds en vacillant un peu.

— Venez, dit Hawkeye en sortant de la cellule. Depechons.

Scar la regarda partir puis il la suivit en se drapant dans le vêtement crasseux qu'il portait depuis quatre longues années.

— Hum, dit Hawkeye en s'arrêtant juste avant l'escalier. Avant, vous allez faire un brin de toilette, et croyez-moi, ça ne sera pas du luxe.

Elle fronça le nez puis monta les marches, et Scar la suivit en la singeant.

Quand ils arrivèrent en haut, Hawkeye tira de son uniforme une paire de menottes et une chaîne qu'elle lia aux poignets de Scar et à sa propre ceinture.

— Pensez-vous vraiment que, dans l'état où je suis, j'arriverais à m'enfuir ? demanda Scar.
— J'en doute, il est vrai, dit Hawkeye sans se retourner. Cependant, vous êtes rusé et je me suis toujours méfiée des gens comme vous.

Scar soupira en levant les yeux au ciel, puis Hawkeye se remit en marche et longea le couloir vide de l'aile Ouest. Elle se dirigea vers le fond du couloir et entra ensuite dans une vaste pièce d'eau où, sur deux des quatre murs étaient alignées des cabines de douche.

— Pressez-vous, dit-elle. Mais faites ça bien, vous puez. Il n'y a pas de fenêtres assez grande pour que vous puissiez filer, au fait...

Elle le détacha ensuite et sortit de la pièce en fermant la porte.

Scar ne réalisa pas tout de suite que la jeune femme lui a ôté la protection qui entourait sa main droite. Il n'eut cependant même pas une idée de faire de l'alchimie, et préféra de laver rapidement. Il denicha des vêtements propres dans un grand panier et les enfila en appréciant de sentir bon.

Une fois lavé et rhabillé, Scar signala à Hawkeye qu'elle pouvait revenir et la jeune femme a un choc en voyant l'homme devant elle.

— Eh bien, dit-elle en déroulant la chaîne de son poignet. On peut dire que vous en aviez besoin. Allez, tendez les bras, ajouta-t-elle.

Elle lui remit les menottes puis la coque de métal autour de sa main droite avant de quitter la salle d'eau et de sortir par une porte dérobée. De là, tous deux se dirigèrent vers le fameux bâtiment cinq en passant par derrière afin d'échapper à d'éventuels curieux.

Scar cligna des yeux devant la violence de la lumière extérieure et, ayant trop mal aux yeux, il fut contraint de faire le chemin les yeux mi-clos en faisant confiance à Riza pour le guider.

Soudoyant le soldat qui gardait la porte de derrière, Hawkeye fit entrer Scar dans le bâtiment et le conduisit à une cellule plus petite que celle où il vivait jusqu'à maintenant, mais ayant l'avantage d'avoir une fenêtre qui donnait sur le terrain vague derrière le bâtiment, ainsi qu'un lit et un coin toilette propre.

— Voilà votre nouveau chez-vous, dit Hawkeye en refermant la lourde grille qui servait de porte. Vous êtes le seul dans ce couloir, vous serez tranquille.

Scar s'assit sur le lit et regarda autour de lui.

— Vous reviendrez me voir ?
— Si ça peut vous faire plaisir, dit la jeune femme.
— Dites...
— Oui ?
— Je vais rester combien de temps ici ? demanda Scar.
— Je l'ignore, mais je tâcherais de demander au Général Mustang, si vous voulez, dit Hawkeye en s'éloignant.

Scar hocha la tête puis la porte par laquelle ils étaient entrés se referma en claquant, et l'Ishbal se laissa tomber sur le lit qui, pour lui, était un vrai paradis après dormi sur un sol de terre battue pensant des années...

Au bout d'un moment, Scar abandonna le confort de son lit et passa un bras à travers les barreaux de la fenêtre. La vitre était bien plus loin, il ne pouvait même pas la toucher, ne serait-ce que du bout des doigts, mais malgré le paysage réduit, cela lui remontait un peu le moral de voir enfin la lumière du jour après tant d'années enfermé dans le noir, dans une pièce nauséabonde avec pour seule visite deux militaires dont l'un encore plus hargneux qu'un chien sauvage...

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— C'est fait ? demanda Mustang quand il vit entrer Hawkeye dans le bureau.
— Oui, répond la jeune femme en s'asseyant à son bureau. Bonjour, quand même, Monsieur, ajouta-t-elle.

Mustang fronça les sourcils puis se leva et passa près de la jeune femme pour aller se servir de l'eau à la fontaine près de la fenêtre.

— Ça va ? Tu m'as l'air un peu abattue...
— Ça va, je t'assure, lui répond-t-elle. C'est juste que voir Scar m'a rappelé pas mal de choses passées pas toujours agréables...
— Tu veux que je le donne à quelqu'un d'autre ? demanda Mustang.
— Non, ça ira, je vais m'y faire, assura la jeune femme. Merci, Monsieur.

Elle leva la tête et Mustang lui sourit doucement. Tout à coup, on frappaa à la porte et Mustang se redressa en soupirant.

— On ne peut vraiment pas avoir une minute de tranquillité dans ce boulot... marmonna-t-il en faisant entrer le visiteur.

— Lieutenant Havoc ? s'étonna Mustang. Que faites-vous ici à cette heure ? Vous devriez être au bâtiment trois à faire votre ronde...
— Oui, mon Général, je venais seulement chercher quelque chose, dit Havoc en se dirigeant vers son bureau.

Il peut des papiers puis quitta le bureau en s'excusant.

— Tiens ? dit alors Hawkeye. Tu as amené Black Hayate avec toi ?
— Il m'a suivi, dit Mustang. Je sais bien qu'il n'a rien à faire ici mais bon, on va pas le mettre dehors non plus...

La jeune femme sourit puis elle fit claquer sa langue contre son palais et le chien noir et blanc bondit sur ses pattes. D'un pas souple, il s'avança vers sa maîtresse et posa une patte sur son genou.

— T'es un bon cabot, dit Hawkeye en souriant.

Elle lui frotta vigoureusement la tête et le chien ferma les yeux. Mustang sourit devant ce tableau et le moment fut brise par la sonnerie stridente du téléphone.