Chapitre 5
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Le train de Dublith arriva aux environs de vingt heures à Central City, après un très long voyage cahoteux et fatigant. Les deux frères ne furent pas fâchés de descendre enfin. Un militaire les informa alors que le Général voulait les voir dans son bureau dès leur arrivée.
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— Ed, Al, vous voilà enfin ! s'exclama Roy Mustang en se levant de sa chaise.
Les deux garçons entrèrent dans son bureau et s'approchèrent. Ils se serrèrent la main et Mustang les invita à s'asseoir.
— Le train à fait au moins une demi-douzaine d'arrêts, soupira Ed. Enfin bref, pourquoi nous avoir fait revenir à Central aussi soudainement ? Sans même nous prévenir ?
Mustang posa les coudes sur son bureau avec un petit sourire puis se redressa.
— Qu'est-ce que vous diriez si je vous offrais l'opportunité de rentrer chez vous, à Rizenbull ? demanda-t-il.
Ed regarda le Général de Brigade assis devant lui et haussa les sourcils.
— Vous rigolez ? demanda-t-il.
— Pas le moins du monde, Edward, repondit Mustang en s'appuyant contre son dossier. J'ai réussi à vous obtenir trois semaines de vacances et, et c'est un ordre, vous allez aller à Rizenbull, vous reposer. Surtout toi, Ed, tu ressembles à zombie.
— Trois semaines de vacances ? dit Al. Ed, tu entends ? On va revoir Rizenbull !
— Ouais, dit Ed. C'est chouette mais j'ai l'impression que ça cache quelque chose, ça...
Mustang soupira.
— Voyons, Ed, dit-il. Pourquoi vois-tu le mal partout ? J'ai réussi à vous obtenir des vacances, ça ne vous fait pas plaisir ?
Ed haussa les épaules et Mustang quitta alors son bureau. Les deux garçons le regardèrent s'éloigner.
— Vous partez à la fin de la semaine, histoire d'avoir le temps de rassembler vos affaires, dit-il. Vous me laisserez votre rapport avant de partir.
— Déjà ? dit Ed, surpris.
— Oui, c'était à la fin de la semaine ou le mois prochain, dit Hawkeye en entrant dans le bureau.
Elle regarda Mustang en déposant un dossier sur son bureau, et Ed les regarda tous les deux alternativement. Ils fronça alors les sourcils.
— Vous, dit-il en regardant les deux officiers chacun leur tour. Vous nous cachez quelque chose.
— Nous ? dit Mustang, feignant l'indifférence. Mais pas du tout, Ed... Pourquoi est-ce que nous vous cacherions quelque-chose ?
— Je ne sais pas, dit Ed. Quelque chose me chiffonne, il y a un truc que vous ne ne nous dites pas...
— Il n'y a rien, dit alors Mustang. Allez, filez, vous devez me rendre votre rapport avant la fin de la semaine.
Ed grimaça puis il fit signe à son frère et ils quittèrent le bureau. Dans le couloir, Ed, les mains dans les poches, était pensif.
— Il y a anguille sous roche, ça c'est certain, dit-il. Al ?
— Je ne sais pas, répondit Al. Ils ont peut-être quelque chose à faire, une mission, ou un truc secret et ils n'ont pas le droit d'en parler ?
— Je ne suis pas certain... Bon allez, rentrons, je suis moulu, j'ai envie de prendre une bonne douche bien chaude.
Al s'inclina légèrement puis les deux gardons quittèrent le bâtiment administratif pour se rendre aux baraquements.
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Un peu plus tard dans la soirée, alors que Ed prenait le frais dans la cours de la caserne, il tomba sur Mustang qui fumait, sur le pas de bâtiment administratif.
— Pas couché ? demanda le Général.
Il cracha un long ruban de fumée bleu pâle et Ed s'approcha.
— Quoi ?
— Je sais ce que vous nous cachez, Hawkeye et vous...
— Allons, tu es encore là-dessus ? soupira Roy.
— Ouais, et je trouve que c'est cool pour vous deux.
Ed glissa ses mains dans les poches de son pantalon et Mustang releva le menton.
— Tu as l'air sûr de toi... dit-il.
— Ouais... Vous sortez ensemble, n'est-ce pas ?
Mustang resta silencieux. Il soupira ensuite profondément et hocha la tête.
— J'en étais sûr ! Ça fait longtemps ?
— Non, quelques jours... Mais je dois bien avouer que cela faisait très longtemps que j'y pensais... Par contre, Ed, tu ne dois rien dire à personne, sinon je serais obligé de muter Riza dans une aurez caserne...
Ed hocha la tête.
— Je n'ai pas d'intérêt à éventer votre secret... Non, mais je suis content pour vous deux, c'est vrai.
— Eh bien merci... Allez, bonne nuit, Ed.
Ed hocha la tête puis retourna auprès de son frère pour se coucher.
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Le reste de la semaine, Ed et Al profitèrent de leur semaine de permission pour se promener un peu en ville et acheter quelques objets pour Winry et Mamy Pinako.
Alors qu'ils débouchaient dans l'allée centrale du QG, aux alentours de midi ce jour-là, un groupe d'agités attira leur attention. Près des grilles de la caserne, trois militaires encadraient deux hommes particulièrement agités. Tous deux tempêtaient contre leurs gardiens avec véhémence, mais les trois militaires les ignoraient.
Poussant les deux hommes dans le dos, ils les firent alors avancer et Ed s'approcha, suivit de Al qui transportait tous leurs achats. Ils franchirent les grilles avec un signe de tête pour les gardiens, et Al annonça qu'il allait déposer tout ce bazar dans leur chambre. Ed hocha la tête et lui répondit qu'ils se retrouvaient pour le déjeuner.
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Alors qu'il se promenait dans la caser en, Ed se retrouva bientôt derrière les bâtiments carcéraux. Il y avait six bâtiments, construits au fur et mesure du remplissage des précédents.
Le dernier en date était le bâtiment numéro cinq, et il était quasiment vide actuellement. Ed ignorait parfaitement que Scar y avait été enfermé, d'ailleurs...
Tiens ? pensa le jeune homme en froncant les sourcils. Une porte ouverte, pour un bâtiment carcéral, ce n'est pas très prudent...
Curieux Ed s'approcha prudemment en regardant autour de lui, mais il n'y avait aucune gardien dans les environs. Intrigué, il poussa la porte de métal qui ne s'ouvrit sans un bruit.
— Hey ! appela-t-il. La porte était ouverte, il y a quelqu'un ?
À l'intérieur, un long hall divisait le bâtiment en deux. De chaque côté, sur trois étages, s'alignaient des cellules. Il y en avait une centaine, au bas mot, réparties sur quatre étages.
— La vache... dit Ed en se tordant le cou pour voir les cellules se trouvant au troisième étage. Ça c'est de la prison...
Baissant la tête, il fut prit d'un petit tournis et s'appuya contre la colonne se trouvant près de lui pour reprendre ses esprits.
Ed entreprit ensuite de jeter un coup d'œil dans les cellules et il constata rapidement qu'il n'y avait pas grand monde, peu importe l'étage.
Se dirigeant au hasard, Ed tomba sur l'entrée d'un couloir, au deuxième étage, où un panneau indiquait qu'ici étaient incarcérés les assassins et les détenus condamnés à mort. L'entrée était formellement interdite à toute personne autre que le personnel du bâtiment. Défiant l'interdiction, le Fullmetal passa sous le panneau et se dirigea le long de ce couloir qui semblait neuf et sentait encore la peinture.
Tout en jetant un coup d'œil dans chaque cellule, Ed remarqua rapidement que là non plus, il n'y avait guère de prisonniers, pour ne pas dire aucun.
Arrivé au bout du couloir, Ed se retrouva devant une porte fermée marquée « Sortie de Secours » et fit demi-tour.
Jetant un œil dans la cellule immédiatement à droite de la sortie de secours, Ed remarqua allors qu'elle contenait un prisonnier. Celui-ci était allongé sur le lit, sur le dos, une main sous la nuque. Il semblait dormir et n'avait pas remarqué le jeune homme.
Fronçant les sourcils, Ed s'approcha de la grille et regarda plus attentivement l'homme. Le bras gauche qu'il voyait avait la peau tannée et, au bout de ce bras, sur la main, se trouvait une tête qui était plus que familière à Ed.
Aucun doute, songea-t-il. Ces cheveux noirs et blancs sur le dessus... Il n'y a pas de doute...
— Scar...? dit-il.
L'homme dans la cellule ouvrit les yeux et tourna la tête. Il se redressa alors sur les coudes et regarda le jeune homme de l'autre côté de la grille. Son visage pâlit aussitôt. En le reconnaissant, il ouvrit de grands yeux et se leva lentement.
— Edward Elric... gronda-t-il.
— Scar ? C'est toi ? demanda ce dernier.
Scar s'approcha alors de la grille et Ed recula d'un pas, impressionné.
— Bordel... dit Ed en le regardant de haut en bas. Alors t'étais là pendant toutes ces années ? Et moi qui te croyais mort...
Scar posa sa main gauche sur un barreau à sa hauteur et Ed ne put s'empêcher d'y poser sa main. À ce contact, la peau de l'Ishbal fut parcourue d'un frisson et Ed leva les yeux sur lui.
— T'es bien vivant... dit-il. Et dire qu'avec Al, on te cherche depuis plus de quatre ans et... Et t'étais sous notre nez...
— Ouais, dit Scar. Sous votre nez... Littéralement...
Ed le regarda, étonné, et l'Ishbal s'éloigna de la grille pour retourner s'asseoir sur le lit en soupirant. Ed remarqua alors la protection sur sa main droite, mais il ne dit rien et leva les mains.
Voyant de la lumière du coin de l'œil, Scar tourna la tête vers l'entrée de sa cellule et, à sa grande surprise, la grille s'est transformée en une arche aux arabesques complexes. Ed pénétra alors dans la cellule et s'approcha de l'Ishbal.
— Tu fais quoi, là, Fullmetal ? demanda-t-il.
— Tu n'as rien à faire ici, Scar, dit le jeune Alchimiste.
— Si j'y suis c'est pour une bonne raison, marmonna l'Ishbal en tournant la tête.
— Je suis content que tu sois en vie, dit alors Ed en posant ses mains sur ses hanches. Mais je pensais pas te trouver dans une des prisons de Central City...
— Pourtant c'est bien moi... grogna l'Ishbal.
— Scar, tu n'as pas l'air de t'en rendre compte, mais quatre ans ont passé... dit alors Ed. Quatre ans...
Scar soupira.
— Oh si, je m'en suis rendu compte, crois-moi, répondit-il. Parce que, même enfermé dans le noir, le temps passe, ne t'en fais pas.
Ed fronça les sourcils sans comprendre.
— Dans le noir ? Comment ça ? demanda-t-il. Qu'est-ce que tu racontes ?
— Tu sais où on est ici ? demanda alors Scar.
— Bah... dans une prison flambant neuve, visiblement...
— Ouais, mais dans le bâtiment numéro cinq du QG militaire de Central, dit Scar. Ici ne sont enfermés que ceux qui vont prochainement être... exécutés. Tu as dû le lire sur le panneau, à l'entrée du couloir, non ?
Ed ouvrir de grand yeux et ses mains glissèrent de ses hanches.
— Exécuté ? répéta-t-il. Mais non, enfin... Tu plaisantes, hein ?
Scar tourna alors vers lui son visage marqué de cette grande cicatrice en firme de X, et Ed comprit qu'il ne rigolait pas.
— Dans deux jours, à midi, je serais mis à mort, dans la cour même de la caserne, dit Scar. On me l'a annoncé il y a deux jours. Je me disais bien que ce n'était pas normal, tout ce confort après tant d'années à moisir dans un sous-sol...
Il grimaça et s'adossa contre le mur à la tête de son lit. Il remonta une jambe contre lui et observa ensuite le jeune alchimiste.
— Tu ne peux pas crever comme ça, Scar, dit alors Ed. Ce n'est pas d'une balle dans la tête que meure un Alchimiste !
— Ah ouais ? répliqua Scar en se redressant légèrement. Et comment est-ce que je dois crever, à ton avis ? Pendu au bout d'une corde ?
— Ce n'est pas ce que je voulais dire, répondit Ed en plissant le nez. T'es Scar quand même, le Tueur d'Alchimistes, tu n'es pas un simple voleur de pommes... Tu n'as pas le droit de mourir comme ça.
Ed serra alors les mâchoires. Scar plissa les yeux et baissa sa jambe.
— Qu'est-ce qui te prend, Fullmetal ? demanda-t-il alors. Qu'est-ce que t'as à te comporter comme ça avec moi alors que j'ai failli te tuer ?
Ed resta silencieux et détourna la tête. Scar soupira alors profondément puis se leva et s'approcha de la grille transformée en arche par d'Ed.
— Ed, dit-il alors en pivotant pour faire au jeune homme. Sors d'ici, retourne vivre ta vie et ne t'occupe pas de moi. Je ne mérite absolument pas ta foutue compassion. Toute ma vie j'ai tué des Alchimistes pour me venger de celui qui m'avait pris ma femme, aujourd'hui, j'ai le châtiment que je merite et tu ne pourras y faire, tout Fullmetal que tu es.
Edward pivot alors vers lui et le regarda d'un regard flamboyant.
— Tu mourras pas maintenant, Scar d'Ishbal, foi d'Edward Elric ! dit-il alors.
Il quitta la cellule en redonnant aux barreaux leur forme initiale, puis, quittant le bâtiment, Ed se rendit directement dans les bureaux du QG. Il fut coupé dans son élan par Hawkeye au milieu du hall, puis par Bradley un peu plus loin, ce qui augmenta encore un peu plus sa colère enfers les militaires de Central City. Cependant, lorsqu'il parvint enfin à se débarrasser de Riza, puis du Généralissime, et à atteindre le bureau de Mustang, il trouva celui éteint et fermé. Le mur près de la porte fit les frais de sa colère, et le jeune homme décida d'aller se coucher et de voir le jeune Alchimiste de Feu, dès le lendemain, à l'aube.
