Chapitre 6
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Le lendemain, Ed passa presque toute la journée à chercher le Général de Brigade Mustang, mais celui-ci semblait décidé à jouer à cache-cache avec lui, et Ed finit par abandonner. Avec Al, ils décidèrent d'aller ensuite d'aller en ville pour se changer les idées.
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Dans sa cellule, Scar ruminait. La visite inopportune du Fullmetal, la veille, avait réveillé en lui quelques souvenirs que les années de maltrairance avaient soigneusement enfouies.
— Qu'est-ce qui lui prend à ce gosse ? demanda Scar en regardant le plafond.
Il était allongé sur le dos, sur son lit, et un soldat venait de repartir avec les restes du plateau du déjeuner. Il avait cependant plutôt mal dormi, cette nuit là, ayant cogité sur le comportement de Ed pendant une bonne partie de la nuit, sans trouver aucune réponse à ses questions.
— Qu'est-ce qui lui arrive ? J'ai tué une chimère horrible à qui il semblait tenir, il m'en voulait à mort et voilà que maintenant il ne veut pas que je crève. Faudrait savoir, Ed...
L'Ishbal soupira alors puis s'assit et observa ses mains. Son bras alchimique était soigneusement mis hors service à l'aide d'un epais gant de cuir en forme de boule qui l'empêchait de toucher quoi que ce soit, la boule y compris. Il était totalement inoffensif, si on excluait sa force physique, bien entendu.
Grimaçant, Scar regard autour de lui et souffla soudain.
— Non, dit-il alors. Est-ce-qu'il... tiendrait à moi ? Malgré tout ce que je lui ai fait subir ?
L'Ishbal secoua la tête.
— Non, ce n'est pas possible. Comment est-ce qu'on peut éprouver quoi ce soit pour un mec comme moi ? Je suis le mal incarné...
Scar plissa le nez et passa une main sans ses cheveux.
— Pourtant, l'attitude d'Edward prouve le contraire, dit-il.. Dès qu'il m'a reconnu, hier, je l'ai senti bouleversé. C'était comme s'il avait vraiment cru que j'étais mort depuis des années...
Il soupira ensuite et se rallongea sur son lit, un bras sous la nuque. Il laissa son regard s'évader par la fenêtre et finit par s'endormir.
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Ed et Al, de leur côté, s'ennuyaient ferme. Ils n'avaient rien de particulier à faire et attendre la fin de semaine pour rentrer enfin chez eux à Rizenbull semblait un but inateniable...
Assis sur un muret, Ed regardait le ciel s'assombrir progressivement. Son frère et lui avaient passé la journée en ville, sans rien trouver d'intéressant à faire. Ils avaient fait quelques emplettes pour Winry, notamment des pièces mécanique, pour son atelier d'Automails, ainsi que deux livres et quelques petits objets pour Mamy Pinako.
Non loin de son frère, Al, assis par terre, jouait avec Black Hayate, le chien de Riza Hawkeye. L'animal se promenait librement dans la caserne et en général, il restait près de sa maîtresse, mais personne n'avait vu le jeune Colonel, ni même son supérieur, le Général Mustang, depuis tôt ce matin. Ed n'avait donc pas encore pu parler à Mustang du cas de Scar, mais il ne perdait pas espoir. Il finirait par le coincer avant la fin de la semaine, il le savait.
En parlant de Mustang, d'ailleurs,, si personne ne l'avait vu depuis le matin, ni lui, ni Hawkeye, c'était normal car ils étaient ensemble, en ville, en train d'inspecter des locaux désaffectés situés à l'Est de la ville, en vue d'y installer annexe à la caserne principale, afin de pouvoir couvrir plis facilement la ville grandissante.
— Ici, vous avez quatre pièces adjacentes reliées entre elles par des doubles portes, dit un promoteur immobilier en avance dans le bâtiment laissé à la merci des squatteurs. Il est tout à fait possible d'y mettre des bureaux très confortables, ou des baraquements.
Mustang hocha la tête puis le promoteur les fit passer dans une autre pièce, plus vaste encore, qui comportait une immense porte coulissante donnant sur la rue.
— Ici, personnellement, je verrais bien un garage ou quelque chose du genre, dit le promoteur.
— Oui, pourquoi pas, dit Mustang. Bien, avons-nous fait le tour ?
— Oui, Général, dit le promoteur. Alors ? Cela vous plait-il ?
— Je dois en discuter avec mes supérieurs, répondit Mustang. Mais pour moi, ce bâtiment ferait une bonne caserne, oui. Quoi qu'il en soit, nous vous recontacterons.
— Très bien. Bonne journée à vous.
Il les salua d'un signe de tête puis Mustang et Hawkeye retournèrent dans la rue en silence.
— Alors ? Tu en penses quoi ? demanda Mustang à la jeune femme.
— Ma foi, c'est spacieux, oui, ça ferait une bonne caserne, répondit-elle. Cependant, c'est à Bradley d'en décider, tu le sais aussi bien que moi, et je ne crois pas que ouvrir une nouvelle caserne ait été prévu dans le budget de cette année...
Mustang hocha la tête puis tira sa montre en argent, typique des Alchimistes d'État. Il soupira en la rangeant.
— Tu veux déjeuner en ville ou on rentre au QG ? demanda-t-il alors. Il est quasiment trois heures de l'après-midi et nous n'avons même pas déjeuner...
— Non, rentrons, nous grignoterons quelque chose au bureau, il est trop tard pour déjeuner, répondit Riza.
Mustang hocha et ils reprirent la route de la caserne en silence.
— Roy, tu ne crois pas qu'on devrait dire à Ed et Al pour tu-sais-qui ? demanda Riza quelques minutes plus tard.
Mustang regarda la jeune femme qui marchait près de lui, les mains dans le dos.
— Je ne sais pas, répondit-il alors. Ed est un impulsif, il serait capable de tout pour le faire sortir de son trou... et il en est hors de question.
— Ça fait quand même quatre ans, Roy, que nous le détenons... D'accord, il n'a jamais été battu, mais ce n'est pas une vie...
— Je sais, mais je crois qu'il le sait déjà... Je l'ai vu roder autour du bâtiment cinq, l'autre jour...
— Tu crois ?
Mustang hocha la tête.
— Oui, hier, il a passé la journée à me chercher et je suis certain qu'il me cherche encore. Par contre, comment il l'a su, ça, je n'en sais trop rien...
Il soupira alors et regarda autour de lui.
— De toute façon, demain à midi, cet homme sera de l'histoire ancienne, acheva-t-il.
Hawkeye baissa la tête.
— Allez, dit-elle alors. Rentrons...
Surpris, Mustang haussa les sourcils et la suivit. Ils marchèrent dans un silence pesant jusqu'à la caserne, mais quand le bâtiment fut en vie, Mustang n'y tint plus.
— Riza, dit Mustang alors qu'ils traversaient la route qui passait devant le QG. Riza, attend, s'il te plaît...
— Je ne veux pas en parler, Roy, répondit la jeune femme. J'ai été résignée pour le faire, alors je le ferais, en même temps que les trois autres tireurs qui ont été choisis.
— Je vais demander au Généralissime de...
— Non, d'accord ? le coupa Riza. Les ordres sont les ordres, Monsieur.
Mustang se redressa légèrement en relevant le menton, puis opina et Riza se détourna.
Ils passèrent alors les grilles de la cour de la caserne et Mustang se rendit aussitôt dans son bureau. Hawkeye, elle, décida d'aller jusqu'à son appartement de fonction pour donner à manger à Black Hayate puis elle alla vaquer à ses occupations, l'esprit un peu ailleurs tout de même.
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Ed marchait sans but dans la cour de la caserne quand il avait vu Mustang et Hawkeye arriver ensemble. Cela l'avait fait sourire puis il avait continué à marcher droit devant lui. Cependant, voir les deux militaires ainsi avait fait remonter Scar à son souvenir et il se rappela également que le lendemain à midi, il serait exécuté. La nouvelle était tombé quelques heures plus tôt et à l'heure qu'il était, l'Ishbal devait commander son dernier repas spécial...
Sans plus réfléchir, Ed decida de coincer Mustang dans son bureau.
— Je vous tiens enfin, dit-il en posant ses mains bien à plat sur le bureau.
Le Général de Brigade leva un sourcil étonné.
— Je sais qui vous gardez enfermé dans le bâtiment numéro cinq. J'y suis allé. Comment pouvez-vous faire ça ? Pourquoi me l'avoir caché ?
— Mais de quoi parles-tu Ed ? demanda Mustang.
— De Scar, je parle de Scar qui est enfermé dans une cellule du bâtiment cinq et qui sera exécuté demain !
— Et alors ? En quoi cela te regarde-t-il, Edward Elric ? Tu es peut-être un militaire, mais nous avons le droit de te cacher certaines choses. Le fait que Scar soit emprisonné depuis quatre ans ne te regarde pas.
— Je comprends... dit alors Ed. Je me demandais aussi pourquoi vous aviez si soudainement prit du galon. Évidemment, c'est vous qui avez arrêté Scar, n'est-ce pas ?
— Oui, et alors ? Je te le répète, Ed, ne te mêle pas de cette histoire ou tu y laissera des plumes, dit Mustang en se levant. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, mais j'ai du travail.
— Cela m'est bien égal, répondit Ed en fronçant les sourcils. Vous n'avez pas le droit de l'exécuter ainsi.
— Ah bon ? Et pourquoi donc ?
Incapable de répondre à cette question, Ed serra les poings puis il fit volte-face. Arrivé à la porte, il se retourna à demi et regarda Mustang.
— Je ne vous laisserais pas faire, « Général », siffla-t-il.
Il s'en alla ensuite, sans claquer la porte, et Mustang se rassit, mâchoires serrées . La seconde d'après, Hawkeye entra dans le bureau en regardant derrière elle.
— J'ai croisé Ed dans le couloir... Il venait d'ici ? demanda-t-elle. Roy ?
Mustang hoche la tête et soupira profondément.
— Demain, soit sur tes gardes, fit-il.
— Pourquoi ?
— Il sait pour Scar, j'avais raison, et il est bien décidé à vous empêcher de l'exécuter.
Hawkeye plissa légèrement les yeux puis elle hocha la tête. C'était elle qui devait dire « Feu ! » aux trois soldats qui allaient abattre Scar demain à midi. Elle-même portera un fusil au cas où les hommes manqueraient leur cible, mais elle espérait vivement ne pas avoir à s'en servir...
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En sortant du bâtiment, Ed se rendit directement au bâtiment numéro cinq, furieux. Une nouvelle fois, il fut étonné de ne pas trouver de gardes et, passant cette fois-ci par l'avant du bâtiment, il comprit que cette absence de surveillance dès qu'il vit les trois hommes chargés de cela en train de jouer aux cartes dans le bureau.
Tant mieux, pensa-t-il. Au moins, je serais tranquille un moment...
Se faisant tout petit – sans faire de jeu de mot avec sa taille – il se faufila jusqu'à l'escalier et retrouva le chemin du couloir des assassins sans trop de problèmes.
— Scar, dit-il en s'arrêtant devant la grille. Scar, réveille-toi.
Reconnaissant la voix, l'Ishbal se redressa, surpris.
— Scar, demain, tu ne mourras pas. Parole d'Edward Elric, dit alors le jeune Alchimiste.
Se levant, Scar s'approcha de la grille.
— Edward, ne va pas faire de connerie, gronda-t-il. Tu n'as rien à me prouver.
— Je ne vais pas faire de connerie, répondit Ed en fronçant les sourcils. Je vais simplement empêcher que quelqu'un qui ne l'a pas mérité se fasse descendre comme un chien.
— Pas mérité ? demanda Scar. Tu trouves que je n'ai pas mérité de me retrouver condamné à mort ? Je me demande bien quelles sont tes priorités dans ce cas.
— Mes priorités sont d'empêcher tous les actes que je juge inutiles, répondit Ed.
— Et tu trouves que m'exécuter est inutile ? Mais où as-tu l'esprit, Edward Elric ?
Ed détourna la tête puis il sentit une main se poser sur son épaule et il regarda l'Ishbal.
— Écoute, Edward... dit celui-ci. Reste en dehors de ça. Si tu t'en mêles, tu vas avoir des ennuis et je n'en vaux pas la peine. Crois-moi, le monde se portera bien mieux sans moi.
— C'est toi qui le dit, dit Ed en détournant la tête. Mais moi je ne pense pas cela. Pour moi, tout être humain a le droit de vivre et surtout toi.
— Surtout moi ? Allons Ed, tu divagues... Te rends-tu compte de ce que tu dis ?
— Scar, tu as vengé ton frère en tuant Kimblee, tu as rendu la paix à l'esprit de Nina en la tuant ainsi qu'à la plupart des autres personnes qui sont passées sous ta main droite. Cependant, même si tu es un tueur, tu ne mérites pas la mort, pas comme ça.
— Ed, je ne comprends pas grand-chose à ce que tu racontes, dit Scar en secouant la tête. Mais ne va pas faire une chose que tu pourrais par la suite regretter. Ed, je t'en prie, reste en dehors de cette histoire et laisse-moi mourir en paix...
Ed serra les mâchoires Levant ses mains, il les frappa et les posa sur la grille. Celle-ci sembla alors fondre et Ed pénétra dans la cellule. Il s'approcha de Scar et s'arrêta à moins d'une longueur de bras de lui.
— Scar, si quelqu'un doit te tuer, j'ignore qui c'est mais ce n'est sûrement pas l'armée.
— Ed... Edward... Écoute...
Ed leva alors sa main droite et la posa sur celle de Scar en face de lui, soit la gauche. Il serre alors légèrement ses doigts, et Scar réagit en serrant ses doigts à son tour.
Un soupir ébranla alors la poitrine de l'Ishbal qui lâcha la main du jeune Alchimiste et leva le bras. Il attira alors Ed à lui et l'étreignit solidement.
— Ed, dit-il ensuite en posant sa main droite au creux du dos du jeune homme blond. Je ne sais pas pourquoi tu réagis ainsi, mais je t'en suis extrêmement reconnaissant.
La joue appuyée sur le torse de l'Ishbal, Ed soupira puis il ferme les yeux et resserra sa prise avant de reculer.
— Scar, personne d'autre que toi ne mérite autant de vivre... dit-il. Tu as trop souffert...
Il se redressa ensuite et regarde Scar dans les yeux.
— Demain, Scar... Demain, tu ne mourras pas sous les balles des militaires, dit-il.
— Ed... Je t'en prie, ne fais pas...
Le jeune alchimiste recula alors et retourna dans le couloir. Reformant la grille, il s'en alla ensuite et Scar le regarda partir avec un très mauvais pressentiment...
