Chapitre 8

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Pendant que tous les soldats de Central City cherchaient leurs deux fugitifs dans tous les recoins de la ville, non loin de la caserne, dans une ruelle en cul de sac, Ed reprenait son souffle, courbé en deux, les mains sur les cuisses. Quand il se releva, il regarda Scar et soudain, l'Ishbal lui décochant un crochet du gauche qui expédia le jeune blond contre le mur.

— Je peux savoir ce qui t'a pris ? demanda alors Scar en regardant le garçon. Tu n'avais pas à désobéir pour moi, tu entends, Edward ! À présent, tu es recherché par tous les militaires de Central ! Tu n'es qu'un imbécile ! Je te pensais plus...
— Plus quoi ? le coupa Ed en se redressant. Ne va pas me dire que tu n'avais pas peur de te faire descendre comme un lapin ! Tu ne regardais même pas les fusils ! Si tu n'avais pas eu peur, tu aurais fixé les fusils jusqu'à ce que les balles te transpercent !

Scar pinça les lèvres puis il ferma les yeux et détourne la tête.

— Et maintenant ? demanda-t-il après un moment de silence pesant. Qu'est-ce que tu vas faire ? Moi je peux aller dans une des colonies Ishbal, mais toi ? Tu es recherché, s'ils te trouvent...
— Moi ? Je me fiche de ce qui peut bien m'arriver maintenant, répondit Ed, le regard dur. Les Homonculus ont été anéantis, il y a deux ans. Il ne reste plus qu'Envy, mais il se cache et le traquer ne servirait à rien. De plus, il est peut-être mort, qui sait ? Quant à moi, je me suis déjà résigné à vivre jusqu'à la fin de ma vie avec ces automails et mon petit frère dans son armure. Nous avons tout donné pour les militaires pendant des années, je n'ai plus rien à prouver à personne. Je veux juste retrouver Winry et Mamie Pinako, et finir ma vie tranquillement.

Scar le regarda avec étonnement. Ed avait baissé la tête en parlant de ses Mékagreffes et d'Alphonse, comme si cela ne lui était pas complètement égal.

— Scar... dit-il alors. Tu veux savoir pourquoi je voulais à tous prix te tirer de là ?
— Inutile, répondit Scar. Je crois que je le sais...

Un froissement de tissu se fit alors entendre et Ed releva la tête. Il sursauta quand son regard rencontra le torse de l'Ishbal, il l ferma les yeux.

— Ed... dit alors Scar. Crois-moi, je ne vaux pas la peine qu'on s'attache à moi. Je suis un solitaire, je n'ai rien à t'offrir...
— C'est toi qui le dit, dit Ed. Mais moi je sais que ta solitude te pèse. Je le vois bien...
— Ha ? Vraiment ? Tu me connais bien que ça ?

Ed ne répondit pas et se détourna, les bras croisés.

— Edward... Je t'en supplie, dit alors Scar en posant une main sur son épaule. Je ne suis rien, pour toi...

Ed baissa la tête puis se retourna. Scat serra les mâchoires.

— J'ai peur de comprendre ce qui te pousse à faire cela pour moi, dit-il doucement.
— Je ne comprends déjà pas ce qu'il m'arrive, Scar, alors comment pourrais-tu comprendre ? répondit Ed en s'appuyant dos au mur. Tout ce que je sais c'est que, depuis que j'ai t'ai trouvé dans cette cellule, je n'arrive plus à me contrôler... Je sais que j'ai fait une gaffe en désobéissant au Généralissime, mais je m'en fiche. L'essentiel c'est que tu sois vivant... peu importe ce qui va m'arriver maintenant...

Scar soupira profondément. Soudain, des cris retentirent et Ed sursauta. Ils avaient été repérés, ils devaient filer à tous prix.

— Viens, dit alors Ed en saisissant l'Ishbal par le poignet. Il faut qu'on quitte la ville...
— Attend ! dit Scar en le retenant.
— Quoi ? Grouille, les soldats sont partout... dit Ed.

Scar leva alors la tête, et Ed limita.

— Les toits, dit-il avec un sourire.

Il frappa alors ses mains l'une contre l'autre puis les apposa contre le mur. Des marches sortirent soudain du mur et les deux hommes entreprirent les gravir, Scar devant et Ed derrière qui les faisait disparaître au fur et à mesure.

Ils parvinrent rapidement sur le toit de l'immeuble et Ed faisait disparaître la dernière marche juste au moment où un groupe de soldats armés déboulait dans la ruelle. Aussitôt des hurlements retentirent et, dans la précipitation, Ed trébucha sur le rebord du toit, et se retrouva alors assis sur le sol. Il frotta sa main gauche, égratignée tout en cherchant Scar du regard. Il repéra celui-ci, baissé au bord du toit, caché par une cheminée. Personne ne les avait vus, mais cela ne saurait tarder...

Les soldats finirent cependant par partir et quand le silence fut revenu, les raisons des actions d'Ed reprirent le dessus, et Scar eu, à ce moment-là, très peur d'avoir compris pourquoi Ed avait fait une telle chose. Gardant cela pour lui, il croisa ses jambes en tailleur et regarda ensuite ses mains. Pour la première fois depuis des années, il n'avait plus cette coque autour de sa main droite, la rendant totalement inutile.

Se concentrant, il se saisit alors d'une brique laissée là et il la réduisit en miettes avec sa main droite. Satisfait, il sourit légèrement et Ed, qui le regardait en coin, tourna la tête vers lui.

— C'est quoi ce sourire ? demanda-t-il en pivotant vers l'Ishbal.
— Je suis satisfait de pouvoir encore me servir de ce bras, répondit Scar.
— Pourquoi ? s'étonna le Fullmetal.
— Cela fait quatre ans que je ne m'en suis pas servit, dit Scar. Cette coque que j'avais à la main m'empêchait de m'en servir...
— Quatre ans, soupira Ed. Dis-moi, Scar, hier dans ta cellule, tu as dit que tu avais vécu dans le noir, c'est quoi cette histoire ?
— Tu n'es donc pas au courant ? demanda Scar en se tournant vers l'Alchimiste. Il y a quatre ans, Mustang m'a coincé, je ne sais pas comment, dans un piège, ici même, à Central. J'ai été fait prisonnier sans avoir la possibilité de me débattre, et Mustang est monté en grade aussitôt après. J'ai ensuite été jeté dans une cellule au-dessous de votre QG. J'y ai passé quatre longues années sans revoir la lumière du jour et en n'ayant comme visite que Mustang et la femme blonde. Ils venaient deux fois par jour me donner à manger et parfois, Mustang passait sa colère sur moi. La femme ne disait rien mais je voyais bien que cela lui faisait mal...
— Tu parles de Hawkeye ? Elle est toujours avec Mustang, dit Ed. Je les soupçonne même d'être ensemble...

Scar haussa les épaules.

— Ça m'est égal, répondit Scar. Quoi qu'il en soit, elle a tenu trois ans et puis, il y a un an, elle a commencé à m'amener plus régulièrement de la nourriture qu'elle prenait chez elle ou qu'elle volait, dans le dos de Mustang. Il la laissait souvent seule avec moi pour qu'elle soigne mes blessures, et elle en profitait pour me parler de ce qu'il se passait dehors. Ton nom revenait souvent à sa bouche, va savoir pourquoi. Je sais que tu partais en mission aux quatre coins du monde et que tu n'étais pas revenu à Central depuis des mois.

Ed serra les lèvres en hochant la tête.

— Tu parles de missions, dit-il. Traquer des évadés, c'est plutôt un passe-temps qu'autre chose. Depuis que Dante, Lust et les autres sont morts, il n'y a plus grand chose à faire dans ce monde. À la fin de la semaine, Al et moi on devait aller à Rizenbull pour trois semaines. Ça fait quatre ans qu'on n'y est pas retournés...
— Rizenbull, c'est ton village, c'est ça ? demanda Scar.

Ed hocha la tête.

— De toute façon, à présent, il est hors de question d'y aller, soupira-t-il.
— Tu vois, dit alors Scar. À faire des conneries sans réfléchir, tu retrouves comme un con. Simplement parce que tu as voulu me tirer des griffes des militaires, tu ne peux même pas rentrer chez toi. Tu aurais dû réfléchir...
— Je n'avais pas le temps pour réfléchir ! répliqua Ed en se retournant vivement face à Scar. Je suis arrivé il y a trois jours et j'apprends, tout à fait par hasard, que tu es là, depuis quatre ans alors qu'on te croyait mort. Ensuite, tu me dis que tu vas être exécuté aussi platement que si tu disait qu'il pleut !
— Calme-toi, dit Scar. Ce n'est pas la peine de t'emballer comme ça...
— Si ça en vaut la peine ! répliqua Ed. Tu en vaux la peine, nom d'un chien !
— Non, je n'en vaut pas la peine ! répondit Scar vivement. Je suis un Ishbal doublé d'un assassin et toi tu trouves qu'il faut que je vive ? Mais où tu as la tête, Edward ? Ces années de guerre contre les Homonculus t'ont ramolli la cervelle, ou quoi ?

Ed prit la pique de plein fouet et se levait d'un bond. Il s'éloigna vers le bord du toit et frappa ses mains. À l'éclair bleu, Scar comprit que le garçon avait décidé de partir et il se leva à sa suite.

— Attend, dit-il. Où tu vas comme ça ?
— Va-t'en, Scar, répond Ed. Je rentre à la caserne. Tu es incapable de comprendre pourquoi je fais ça pour toi.

Ed le regarda par en-dessous et soupira, mâchoires serrées.

— À moins que tu ne veuilles pas comprendre ? dit-il. Quoi qu'il en soit, va-t'en. Profite du fait que les soldats ne soient pas dans le coin, pour t'en aller le plus loin possible.

Sur ce, il sauta du toit et Scar s'approcha du bord. Il regarda le jeune homme descendre les marches de pierre.

— Edward, je t'ordonne de remonter ! dit-il.
— Dans tes rêves !

Ed continua de descendre en sautant d'une marche à l'autre et Scar entreprit de le suivre. Soudain, du bruit se fit entendre dans la rue adjacente, et Scar leva les yeux.

Une poignée de militaires venait d'apparaître au bout de la rue et l'Ishbal reconnut les cheveux blonds de Hawkeye.

— Remonte, il y a des soldats ! s'exclama-t-il. Ed !

Ed regarda au bout de la rue et il reconnut la silhouette géante de Armstrong.

— Regardez ! s'exclama soudain Falman en tendant le bras. C'est Edward !
— Attrapez-le, Scar ne doit pas être bien loin ! dit Mustang.

À son ton, Ed comprit qu'il est furieux et il leva la tête vers Scar, à mi-chemin du mur.

— Là-haut ! dit Fuery. C'est Scar !
— Hawkeye, abattez-le ! ordonna Mustang.

Obéissant, elle épaule alors son fusil et visa, mais quand elle tira, Scar bondit et atterrit sur la même marche que Ed. Entendant le bruit caractéristique du fusil manuel du Lieutenant-Colonel qu'on recharge, il saisit Ed par la taille et bondit à nouveau.

Cette fois-ci, la balle de Hawkeye atteignit un but, mais pas le bond. La balle érafla profondément la cuisse d'Ed qui poussa un cri de douleur.

Scar l'ignora, baissant la tête à chaque coup de feu des soldats, et il finit par se trouver un coin tranquille sur un toit, derrière de hautes cheminées. Il reposa Ed sur le sol et le jeune homme observa sa cuisse. Il grimaça et soupira.

— Ça ira, dit alors Scar. C'est une égratignure.

Des appels retentirent alors depuis la rue et Scar regarda dans leur direction. Il regarda ensuite Ed et se releva.

— Non, dit le Fullmetal. Scar...
— Je dois partir, répondit l'Ishbal. On se reverra, ne t'en fais pas.

Sans un mot, il bondit sur ses pieds et sauta sur le toit voisin. Ed serra les mâchoires puis attendit que Scar soit hors de portée et se releva avec quelques difficultés. Il s'approcha du bord du toit et découvrit les soldats en bas, avec son frère. Il leva alors les mains.

— Je ne suis pas armé, dit-il. Je me rends. Je vais descendre.

Hawkeye baissa son fusil et le jeune homme descendit jusqu'à eux et s'effondra contre le mur qui fermait la rue en cul-de-sac.

— Ed ! s'écria Al en se précipitant sur son frère. Est-ce que ça va ?

Il s'arrêta cependant à quatre ou cinq mètres et n'osa plus s'approcher. Il hésite et Hawkeye s'approcha du Fullmetal et inspecta la plaie.

— Ed... souffle Al.
— Ça va, dit alors Hawkeye. Ce n'est pas grave.
— Arrêtez le, dit alors Mustang en se détournant. Ramenez le à la Caserne, je m'occuperai de lui quand on aura retrouvé Scar.

Le ton était sec et Ed serra les mâchoires. Deux soldats s'approchèrent alors et le remirent debout sans vraiment de douceur. Hawkeye ordonna alors qu'ils rentrent tous à la Caserne et Alphonse suivit le groupe sans vraiment savoir comment il allait devoir réagir face à la bêtise de ton frère...