Chapitre 11
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— Bien, à nous, Ishbal.
— Je m'appelle Scar, répondit le concerné.
— Peu importe, répondit Bradley. Racontez-moi un peu ce qui vous es passé par la tête de fuir comme ça avec le Fullmetal. Qu'êtes-vous allé lui raconter pour qu'il vous aide ?
— Rien, Généralissime, répondit Scar. Ed m'a aidé de son plein gré.
— Voyez-vous cela... Et puis-je en connaitre la raison ?
Scar jeta un regard vers Mustang qui haussa les épaules. L'Alchimiste de Feu ne semblait pas être là pour soutenir qui que ce soit, assis sur sa chaise près de la porte.
— Enfin Scar ! dit soudain Bradley. Edward Elric est encore un gosse !
— Ce n'est plus un gosse, Monsieur, dit Scar. Il sait parfaitement ce qu'il fait, et s'il m'a aidé, c'est qu'il connaissait toutes les conséquences que cela aurait sur lui.
— Je n'y crois pas, répondit Bradley. Edward a été manipulé, vous l'avez manipulé. Je ne sais comment vous vous y êtes pris, mais...
— Je n'ai manipulé personne ! répondit Scar. Il semblerait que Ed ressent quelque chose pour moi, et plus le temps passe, et plus j'en suis convaincu. C'est seulement dû à lui et à personne d'autre, ce qui s'est passé ces derniers jours. C'est le gosse le plus honnête que je n'ai jamais rencontré, et vous devriez le savoir.
Bradley grimaça.
— Vous voyez ? dit-il. Vous l'avez traité de gosse ! Cela veut tout dire !
— A l'époque, quand je l'ai rencontré, il n'avait que quinze ans et qu'il était donc encore un gosse, dit Scar. Ce n'est qu'un lapsus.
— Cela ne me suffit pas comme explication, dit le Généralissime. Qu'est-ce qu'il peut bien vous trouver, franchement ? Vous êtes un Ishbal, un homme qui n'a même plus de peuple, et vous avez un cercle de transmutation tatoué sur le bras, ce même bras qui a tué tant de militaires et de civils ! Franchement, dites-le-moi, dites-moi ce que ce garçon peut bien vous trouver !
Scar serra les mâchoires et les poings.
— Je l'ignore, répondit-il alors en détournant la tête. Mais tout ce que je sais, c'est qu'il fera tout pour ne pas qu'on m'éloigne de lui. Il s'est attaché à ma cause, à moi, et..
L'Ishbal se tut et regarda alors le tapis.
— Si jamais vous décidez de me remettre en prison, Ed fera tout pour me libérer à nouveau et cette fois-ci, il y aura peut-être des morts, dit-il. Je le connais, Ed, une fois, ça passe, mais deux fois, c'est une de trop... Et je suis sûr que vous le connaissez encore mieux que moi, Généralissime.
Ce dernier pinça les lèvres puis il se détourna et fit quelques pas dans la pièce. Scar le suivit du regard un moment. Il croisa ensuite le regard de Mustang qui secoua la tête. L'Ishbal resta silencieux. Bradley lui fit alors face, les mains dans le dos.
— Scar, je vais vous proposer un marché, dit-il.
— Je vous écoute... Tant que ça ne renvoie pas dans ce cachot où j'ai passé les quatre dernières années...
Bradley jeta un regard à Mustang et celui-ci baissa le nez. Nul doute qu'il allait passer un sale quart d'heure après Scar...
— Je vous laisse en liberté si vous renoncez à ce bras maudit, dit alors le Généralissime. Nous vous en débarrassons proprement et votre dossier sera brûlé. vous disparaissez de Central City, vous vous faites oublier, et plus personne ne s'occupera de vous.
— Et si je refuse, vous me jetterez en prison, termina Scar sur un ton badin. Je finirais ma misérable vie derrière des barreaux, avec une main prise dans un gantelet de métal pour que je ne puisse plus faire de mal à qui que ce soit. Autant me tuer tout de suite.
Bradley ne dit rien. Scar se leva alors et se dirigea vers la fenêtre. Il regarda un moment à l'extérieur avant de pivoter.
— Pouvez-vous faire venir Edward, j'aimerais lui parler, demanda-t-il.
— Très bien... répondit le Généralissime.
Il regarda vers la porte et un soldat sortit de l'ombre. Il ouvrit la porte, fit signe à Ed d'entrer, et celui-ci se dirigea aussitôt vers Scar, un peu inquiet. Le prenant par l'épaule, ils s'éloignèrent tous deux du Généralissime qui s'éloigna vers Mustang, de son côté.
— Il t'a proposé ce que tu m'as dit tout à l'heure ? demanda alors Ed. Il veut ton bras, c'est ça ?
— Oui... Si je dis non, je finirais sans doute dans une cellule pour le reste de ma vie.
— Alors accepte, répondit Ed. C'est le seul moyen pour toi de retrouver une vie normale, et, comme je te l'ai dit, ton frère restera dans ton cœur et dans ton esprit, mais pas dans ce bras. Crois-moi, tu ne le trahiras pas en te débarrassant de ce bras maudit...
Ed marqua une pause, pose sa main sur le bras en question et reprit la parole.
— Et puis, sans ce bras, tu seras de nouveau un Ishbal et plus un Maudit, dit-il.
— Tu crois ? demande Scar.
— Bien sûr tu devras faire tes preuves, mais tu ne seras plus en danger permanent, ni même un danger...
Scar pinça les lèvres et Ed hocha la tête. L'Ishbal posa alors une main sur son épaule et serra les doigts avant d'enlacer le Fullmetal qui s'étonna en silence avant de reculer.
— Merci, Ed...
— Tu me remercieras plus tard, répondit Ed avec un sourire.
Scar regarda alors le Généralissime et hocha la tête.
— C'est entendu, dit-il. Je vous laisse me prendre mon bras, mais en échange, je veux être totalement libre de mes mouvements sur tout le territoire et que plus aucune recherches ne soit mené sur ma tête.
— Très bien, dit Bradley. Dès l'instant où ce bras sera détaché de votre corps, vous serez libre d'aller où vous voudrez, Scar. Et ce sera un problème en moins pour moi...
Le Généralissime regarda alors Ed qui rentra le menton.
— Et maintenant, jeune homme, passons à votre cas, dit l'homme. À cause de votre bêtise, l'un de mes officiers à failli se faire tuer aujourd'hui. Si vous étiez resté sagement dans votre chambre, comme l'on vous l'avait ordonné, rien de tout cela se serait passé.
— Oui, dit Ed. Peut-être bien. Mais alors un innocent serait mort à l'heure qu'il est.
Scar le regarda, un peu étonné, mais ne répondit rien et Ed plissa alors le nez.
— J'ai entendu dans les couloirs que vous le faisiez exécuter simplement parce qu'il porte une cicatrice sur le visage et qu'il a la peau brune, dit alors le Fullmetal. Ne croyez-vous pas que c'est un peu maigre comme accusation ? Que diriez-vous si un homme décidait demain de faire exécuter tous les hommes à la peau foncée, portant un bandeau sur un œil ?
— Cela n'a rien à voir, dit Bradley. J'ai perdu mon œil à la guerre et cela ne vous regarde pas le moins du monde. Scar a tué des milliers de personnes simplement pour se venger des Alchimistes ! Il doit être puni pour cela !
— Et il va l'être ! Mais moi je n'ai fait que ce je pensais être juste et vous n'avez pas à me blâmer pour ça !
Bradley ferma soudain son unique oeil et leva la main, faisant taire Ed.
— Vous savez quoi, Edward ? J'en ai assez de vous et de vos manquements, dit-il. Vous êtes renvoyé de l'armée de Central City, à effet immédiat. Vous n'êtes plus un Alchimiste d'État et n'avez plus le droit de revendiquer aucun privilège de ce statut.
— Monsieur ! s'exclama Mustang en se levant. Ce n'est pas...
— Pas juste, peut-être ? grogna Bradley. Général de Brigade, dites-moi un peu combien de fois ce garnement a manqué aux ordres que vous lui aviez donné ? Vous l'avez menacé à plusieurs reprises, mais il a continué, et cette fois-ci, je ne peux pas laisser passer cette énième faute.
Mustang ouvrit la bouche, mais Ed secoua la tête et l'Alchimiste de Feu serra les mâchoires. Le Généralissime se tourna alors vers Scar.
— Vous avez rendez-vous demain à midi à l'hôpital militaire pour que l'on vous retire votre bras, lui dit-il. Ne vous inquiétez pas, tout sera fait dans les règles d'une opération chirurgicale normale. Une fois cela fait, vous quitterez Central City et je ne veux plus jamais vous revoir, ni l'un ni l'autre, ni entendre parler de vous, c'est compris ?
Scar hocha la tête puis le Généralissime les autorisa à partir et Mustang resta sur place quand son supérieur lui fit un signe de tête.
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Un peu plus tard dans la journée, Ed était assis sur les marches d'un escalier donnant dans la cours. Il avait besoin d'être un peu seul. Il avait dit à Alphonse qu'il venait de se faire renvoyer de l'armée, mais celui-ci n'avait pas été particulièrement triste d'entendre cela, au contraire, il avait immédiatement répondu qu'il prenait trois billets de train pour Rizenbull, dès le lendemain.
Ed soupira en regardant la Caserne qui continuait de vivre comme s'il était invisible. Soudain, on s'assit près de lui avec un soupir similaire.
— Alors ? demanda Ed.
— J'ai écopé d'une mise à pied de deux semaines et, comme j'ai déjà posé une semaine de vacances, je compte partir avec Riza, dès qu'elle sera sortie de l'hôpital. Et toi ?
— On va partir, nous aussi, répondit Ed en étendant ses jambes.
— Tous les deux ? demande Mustang.
— Non, avec Al aussi, répond Ed en souriant au Colonel. Je vais aller à Rizenbull et Scar vient avec moi. À présent qu'il n'est plus un criminel recherché par toutes les polices du pays, il peut sans problème passer les frontières et mon village est un des endroits les plus isolés et calmes de ce monde, on y sera bien pendant quelques temps.
Mustang hoche la tête et se leva. Ed l'observa un moment puis l'Alchimiste de Feu se tourna vers lui.
— Sans rancune ? demanda-t-il en tendant la main.
Ed esquissa un sourire et prit la main en se levant.
— Sans rancune, dit-il. Peut-être que vous pourrez venir passer quelques jours à Rizenbull en rentrant d'Aquroya ?
Mustang sourit, hocha la tête, puis souhaita une bonne fin de journée à son ancien soldat.
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La nuit est tombée depuis longtemps quand Ed retrouva Al et Scar pour dîner, à la cafétéria de la caserne. Bien sûr, tous les regards étaient braqués sur eux trois, mais eux décidèrent de ne pas y prêter attention. Encore quelques heures de patience et ils seraient en route pour un endroit bien loin de Central City.
— T'a quelque chose à me dire, Al ? demanda soudain Ed.
— Heu... Non, pas du tout, répondit Alphonse. Pourquoi tu demandes ça ?
— Je ne sais pas, tu es silencieux et tu regardes partout...
— Non, je t'assure, je n'ai rien... En fait, je pensais simplement à la tête de Winry et de Mamie Pinako quand elles vont nous voir débarquer avec Scar à Rizenbull...
— Je vais les appeler, demain, dit Ed en reprenant sa fourchette. Connaissant Winry, elle comprendra toute seule que je n'ai pas l'intention de laisser Scar derrière moi, à présent.
Al hocha la tête en silence puis il regarda Scar qui mâchonnait son repas en faisant comme s'il n'était pas là. Ce qu'il y avait entre lui et Ed, dépassait le niveau de compréhension d'Alphonse, mais il se doutait bien que son frère avait quelque chose derrière la tête, concernant l'Ishbal...
