— Monsieur Elric ?
Ed pivota et regarda l'infirmière qui s'était approchée.
— Oui, c'est moi...
— Votre ami est réveillé, il a été conduit dans la chambre numéro 202, à l'étage au-dessus, dit l'infirmière avec un grand sourire.
— Merci, répondit Ed.
Le jeune se leva ensuite, froissa l'emballage de son déjeuner puis se dépêcha de trouver un ascenseur et se rendit dans la chambre où Scar se reposait. Il était étendu sur un lit, le bras droit dans un epais bandage.
— Scar, dit-il en entrant dans la pièce.
L'interpellé tourna lentement la tête vers le jeune Alchimiste et lui sourit faiblement, l'esprit encore un peu dans le brouillard. Ed s'approcha alors et s'assit sur la chaise près du lit.
— Tu ne t'es pas fait trop de soucis, j'espère... souffla l'Ishbal.
— Un peu quand même, répondit Ed avec un sourire. Mais maintenant que tu es bien réveillé, je suis soulagé. J'avais peur que ton bras ne fasse des dégâts malgré toi.
— Mon bras... dit alors Scar. Comment c'est ?
Ed jeta un œil sur le moignon et baissa le nez.
— Amène-moi un miroir, s'il te plait, il y en a un sur le meuble, il me semble, dit Scar.
Ed hocha la tête puis se leva et récupéra le miroir avant de contourner le lit pour pouvoir montrer à Scar, par l'intermédiaire de la vitre, le moignon de son bras droit, coupé un peu plus bas que l'épaule.
— Je vais mettre un moment à m'y habituer, dit Scar en baissant les yeux. J'ai l'impression qu'il est toujours là...
Ed éloigna le miroir et soupira.
— Pas nécessairement, tu sais.
— Mais encore ?
— La femme qui nous a élevés, Al et moi, après la mort de notre mère, fabrique des Automails sur mesure, dit Ed. Elle pourra t'en confectionner un si tu veux...
— Quand elle saura qui je suis, elle refusera, c'est certain... soupira Scar.
— Mamie Pinako n'a pas pour réputation de détester le monde, dit Ed en souriant. Elle déteste simplement les militaires parce qu'ils ont tué son fils et sa belle-fille, à savoir les parents de Winry qui étaient médecins à Ishbal, pendant la guerre.
— C'est Mustang qui les a tués, non ?
Ed hoche la tête. Il contourna de nouveau le lit et se rassit sur sa chaise.
— Quoi qu'il en soit, avec ou sans Automail, tu resteras toujours Scar, dit-il.
L'Ishbal sourit puis il ferma les yeux avec un soupir. Ed décida alors de le laisser se reposer et rejoignit son frère à la gare.
.
Lorsque le train pour Rizenbull fut parti, Ed appela Mamy Pinako pour la prévenir que Al arriverait tout seul, qu'il le rejoindrait plus tard. Il tomba sur Winry et lui demanda de faire passer le message.
— Tout seul ? Pourquoi donc ? dit Mamie Pinako, étonnée, en retirant sa pipe de sa bouche.
— Je ne sais pas, il n'a pas eu le temps de me le dire, il m'appelait de la gare de Central City, dit Winry. Par contre, il m'a dit qu'il fallait qu'on s'attende à confectionner un Automail sur mesure...
— Ah bon ? Ed a encore cassé un des siens ?
Winry haussa les épaules puis la porte d'entrée se fait entendre et les deux femmes se retournèrent.
— Winry ? Mamie Pinako, vous êtes là ?
— Dans la salle à manger... répondit Mamie Pinako.
Un garçon aux longs cheveux verts-noirs entra alors dans la pièce et Winry lui sourit.
— Tu étais où ? demanda-t-elle. Je ne t'ai pas vu depuis ce matin...
— Je suis allé dans la forêt, répond Envy. Aujourd'hui, c'est le jour où mes semblables ont été tués et où la Pierre a été détruite...
— Pardon, dit Winry. J'avais oublié...
Elle baissa la tête puis se détourna, et Mamie Pinako se leva et quitta la pièce.
— Ne t'en fait pas, dit Envy en posant une main sur l'épaule de la jeune fille. Tu ne peux pas penser à tout, tout le temps.
— Peut-être, répondit la jeune femme. Mais tu tenais tellement à devenir humain... Malheureusement, la pierre créée par Dante n'a pu servir que deux fois et encore, cela n'a vraiment marché qu'une fois... pour Bradley.
Envy baissa la tête puis Winry se retourna. Elle lui prit le visage dans ses mains puis laissa glisser ses mains jusqu'au siennes et soupira.
— Envy, il faut que je te dise... Demain, Alphonse va arriver de Central, et quand il va te voir, il va peut-être chercher à te faire du mal...
— Alphonse Elric ?
Winry hocha la tête et Envy serra les mâchoires. Cela faisait des années qu'il n'avait plus entendu parler des deux frères...
— Et pas Edward ? demanda-t-il.
— Pas tout de suite, mais il va venir, dit Winry. Cependant, ce que je voudrais, c'est que tu n'entres pas dans le jeu d'Alphonse. Ne lui répond pas, je t'en prie. Pendant ces deux années, tu as réussi à canaliser ta colère et je n'ai pas envie que tout recommence...
Envy la regardaa dans les yeux puis un flash lui revint et il se souvint de son arrivée dans cette maison, deux ans plus tôt.
Le combat contre les Homonculus venait de prendre fin par la mort de Dante et la destruction de la Pierre Philosophale avant que Ed ou Al n'aient pu s'en servir pour retrouver leur corps. Tous les Homonculus avaient été tués, tous sauf un, Envy.
Gravement blessé au flanc droit et ne voulant pas mourir, il s'était enfui, se cachant dans les bois entourant Rizenbull. C'était Winry qui l'avait trouvé un soir alors qu'elle faisait une balade avec Den.
Il était très mal en point et elle l'avait alors ramené chez elle en pensant qu'il était un simple garçon blessé, mais quand elle avait vu le Cercle d'Ourobouros sur sa cuisse gauche, elle avait pris peur. Cependant, elle l'avait quand même soigné du mieux possible et, grâce à la constitution exceptionnellement de son corps, il avait vite été sur pieds.
Malheureusement, il avait très mal digéré le fait qu'une humaine l'ait sauvé d'une mort certaine et il en avait voulu pendant plusieurs semaines à Winry et Mamie Pinako qui le gardaient à Rizenbull, disant qu'il était prisonnier.
Finalement, il avait fini par se calmer et il avait accepté de rester chez les Rockbell en comprenant qu'il n'avait plus aucune où aller.
À sa grande surprise, Mamie Pinako ne voyait pas en lui un demi-humain, au contraire, elle le traitait en humain à part entière, et, quant à Winry, elle s'en trouva de plus en plus proche au fil du temps.
Cela faisait deux ans qu'il vivait chez elled à présent, et, bien que les premiers temps après la destruction des Homonculus, Mamie Pinako lui ait fermement ordonné de ne pas quitter la maison, à présent, il est libre d'aller où bon lui semble et il ne s'en privait pas. Il passait beaucoup de temps en ville, et plus encore dans les bois.
Winry ne tenait qu'à une seule chose venant de sa part : qu'il rentre quand même tous les soirs à la maison, et à cela, l'Homonculus s'y tenait car il avait appris à connaître la jeune femme qui avait été si patiente avec lui et son caractère de cochon.
— Ne t'inquiète pas, Winry, dit Envy en lui prenant les poignets. Je te promets de ne pas chercher Alphonse, ni Edward.
— Très bien, dit Winry. Je te fais confiance.
Elle l'enlaca alors et Envy la serra contre lui avant de la repousser, mais un peu malgré lui.
— Den... dit-il en fronçant les sourcils.
— Décidément, dit Winry en souriant. Il n'aime pas que sa maîtresse soit si proche de quelqu'un d'autre que lui.
— Jaloux, va, dit Envy en caressant la tête du chien noir à la patte avant gauche mécanique.
— Tu viens ? demande alors Winry. Je dois aller au village faire des courses pour Mamie Pinako...
— Non, merci, une autre fois, dit Envy. Je vais rester ici cet après-midi, j'ai cavalé toute la matinée dans les bois.
— Comme tu veux, dit la jeune femme blonde en souriant.
Elle embrassa ensuite l'Homonculus sur la joue puis s'en alla en laissant glisser les longues mèches du jeune homme dans ses doigts.
Une fois Winry partie, Envy monta dans la chambre qu'il occupait depuis son arrivée ici. S'installant sur le lit, il sortit de la table de chevet un bocal en verre fermé d'un couvercle et rempli de morceaux de Pierre Rouge.
— Je n'en ai bientôt plus, dit-il en ouvrant le couvercle. Il faudrait que je les économise où que j'en trouve d'autres...
Il en prit une et la grignota pensivement.
Ces pierres rouges, substitut de Pierre Philosophale, étaient vitales pour les Homonculus, mais ils pouvaient s'en passer pendant quelques temps. Jusqu'à maintenant, Envy n'avait pas éprouvé le besoin d'en consommer et ce que contenait ce bocal était tout ce qu'il avait pu récupérer, il y a deux ans, sur le lieu du combat final entre les humains et ses semblables.
Il avait mangé pas mal de ces pierres pour guérir sa blessure, et Winry savait qu'elles lui étaient vitales. Cependant, plus personne n'en fabriquait depuis que Dante est morte, et ce n'était pas faute d'avoir fait des recherches...
Se tournant sur le dos, Envy soupira. Soudain, on frappe à la porte et Winry entra.
— Hé ben ? dit-elle, étonnée de le trouver affalé sur son lit. Tout va bien ?
Envy avala sa pierre rouge puis se redressa en hochant la tête.
— Je croyais que tu ne mangeais des Pierres Rouges que lorsque que ça n'allait pas... dit Winry en entrant dans la chambre.
— C'est le cas, dit Envy. Winry, je crois que mon corps ne va plus tenir très longtemps, tu sais...
— Quoi ? Attend, qu'est-ce que tu racontes ?
— Je n'ai presque plus de Pierres Rouges et je me sens de plus en plus fatigué... J'essaie de les économiser, mais...
— Mange-les toutes alors, dit Winry. On tâchera de t'en trouver d'autres...
— Ce n'est pas l'envie qui m'en maque, crois-moi, dit Envy en s'asseyant. Mais je ne peux pas parce qu'après, je n'en aurais plus, et rien n'est plus incertain que de trouver quelqu'un qui en fabrique encore... C'est Hohenheim qui m'a créé. Et après, Dante m'a élevé, mais dans les deux cas, j'ai toujours eu des Pierres Rouges à volonté...
— Envy, dit Winry en s'asseyant au bord du lit. Tu n'es pas en train de me dire que tu vas mourir, si ?
— J'en ai peur, Winry...
— Non... Tu ne vas pas mourir, on va te trouver des Pierres Rouges, ne t'en fais pas...
Elle lui prit les mains et ajouta :
— Je te le promets, Envy... Je demanderais à Ed d'en fabriquer... Il doit savoir faire... Mais ne te laisse pas mourir, s'il te plait...
Touché par la tristesse de la jeune femme, Envy la prit dans ses bras. Celle-ci l'enlaca alors et soupira profondément.
— Je ne veux pas que tu meures, Envy, tu entends ? Tu n'as pas fait tous ces efforts pour rien...
Envy ferma les yeux puis Winry recula et dépose un léger baiser sur ses lèvres, le prenant par surprise.
— Mais ?
— Je t'aime, Envy, dit Winry. Je t'aime et je ne veux pas que tu me laisses... Essaie d'économiser encore tes pierres pendant une semaine, une toute petite semaine... Je viens de recevoir un coup de téléphone de Ed, il dit qu'il prendra le train pour Rizenbull à la fin de la semaine... On lui demandera alors ce qu'il peut faire.
Winry ferma les yeux et des larmes s'échappèrent. Envy les chassa de ses doigts avec un sourire.
— Je suis touché que tu puisses avoir des sentiments aussi forts pour moi, Winry, mais tu ne seras jamais heureuse avec moi... Je ne suis pas humain.
— Ne dit pas ça ! dit Winry en le faisant sursauter. Tu es né d'une transmutation ratée, je te l'accorde, mais la personne qu'Hohenheim a essayée de faire revivre était humaine ! Tu l'es donc aussi en partie ! Tu es vivant, Envy, tu respires, tu manges, tu parles, tu ressens ! Comment pourrais-tu dire que tu n'es pas humain alors que tu nous ressembles autant ? Je ne veux plus jamais que tu dises une telle chose, tu entends ? ajouta-t-elle en se coulant contre son torse.
Un peu surpris par l'explosion de la jeune femme, Envy l'entoura de ses bras et lui promit de ne plus jamais le dire, tout du moins en sa présence.
