Après avoir promis à Winry d'économiser les pierres rouges, En y la laissa partir en commissions.
Le jeune homme regardait son amie partir le long du chemin depuis sa fenêtre quand une douleur lui prit la poitrine. Il regarda le bocal et piocha une pierre rouge qu'il mangea rapidement avant de ranger le bocal pour éviter d'être tenté. Il descendit ensuite au rez-de-chaussée où il retrouva Mamie Pinako occupée à ajuster l'Automail de Den.
— Mamie Pinako ? dit-il.
— Oui, Envy ? Qu'y a-t-il ?
— Je voulais vous demander... Est-ce que vous verriez un problème à ce que Winry...
— Que Winry se rapproche de toi ? demande Mamie Pinako en se redressant. Et pourquoi donc ? Elle est adulte maintenant, elle a dix-huit ans, elle fait ce qu'elle veut... Mais au fait, pourquoi me demandes-tu cela ?
Elle plissa les yeux puis ajouta :
— Dis-donc, toi... Tu ne serais pas tombé amoureux de ma petite-fille ?
Envy la regarda et rougit légèrement avant de détourner les yeux. Mamie Pinako partit alors d'un grand rire et Den aboya joyeusement.
— Je te la laisse, Envy ! dit-elle alors. Elle a besoin de quelqu'un sur qui elle peut compter, même si tu te considères comme un montre.
— Et Edward ?
— Peuh ! Il est toujours à la vadrouille ! En quatre ans, on n'a pas eu un seul coup de téléphone et voilà qu'ils débarquent, gais comme des pinsons ! Tu trouves qu'il lui faut quelqu'un comme lui ? Non, ma petite-fille a besoin de quelqu'un qui reste près d'elle et je pense que tu es cette personne, même si tu portes la marque du malin sur la cuisse.
Envy baisse les yeux sur son Cercle d'Ourobouros puis Mamie Pinako soupira.
— Je sais que tu veux devenir humain, mon garçon, mais si Winry t'aime comme tu es, ne crois-tu pas que tu peux rester un Homonculus ? Est-ce si dur pour toi de t'accepter tel que tu es ? Winry y est arrivée et moi aussi, alors pourquoi pas toi ?
— Mon père est Hohenheim Elric, Mamie Pinako... Je ne sais pas vraiment qui il a essayé de faire revenir à la vie, je n'ai pas de souvenirs d'avant ma renaissance, je ne sais pas qui je suis...
— Je comprends, dit Mamie Pinako. Mais tu as tes souvenirs récents... Tes dernières années passées sur cette terre... N'est-ce pas suffisant ? Et puis les souvenirs, on se les crée... Plus le temps passera, plus tu auras de souvenirs à partager avec d'autres personnes...
La vieille femme se tut alors et un silence s'abattit sur la pièce, seulement gêné par la respiration de Den.
— Mamie Pinako ?
— Oui ?
— Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi ces deux dernières années...
— Ce n'est pas la peine, dit la vieille femme. Je n'allais pas te laisser mourir comme ça sous les yeux de ma petite-fille sans rien faire, quand même.
— Puisque vous le dites, dit Envy avec un petit sourire. Bien, ajouta-t-il. Merci de m'avoir écouté...
Mamie Pinako sourit légèrement puis Envy sortit de la maison et Den le suivit.
— Oh non, toi tu restes là, je n'ai pas fini, dit Mamie Pinako en saisissant le chien par son collier.
Envy regarda l'animal se faire traîner par une femme qui était à peine plus grande que lui puis il se détourna et, d'un bond, grimpa sur le chêne qui se trouvait devant lui. Montant tout au sommet, il avait une vue imprenable sur les environs et aussi sur la route qui menait au village.
S'installant sur une branche, il se mit à réfléchir et sa main caressa lentement le tatouage rouge qu'il portait sur la cuisse gauche.
Finalement, en y repensant bien, sa vie n'était pas si mal... Bon, d'accord, avant, ce n'était pas le mieux, mais maintenant ? Depuis deux ans, il vivait comme un garçon tout ce qu'il y a de plus normal et il lui arrivait même parfois d'oublier qu'il n'était qu'à demi-humain... Malheureusement, sa nature ressurgissait toujours à cause d'un sentiment, d'un souvenir, d'une vision... ou même d'une douleur qui l'obligeait alors à manger une de ces pierres...
Envy soupira puis regarda l'horizon. Loin à l'Ouest se trouvait Central City, et Edward. Selon toute logique, ce garçon serait son frère, mais, pour une raison inconnue de lui-même, il ne parvenait pas à se faire à cette idée, d'autant plus qu'il haïssait Hohenheim pour l'avoir créé... Cependant, à présent, Hohenheim était mort, du moins personne ne savait ce qu'il était devenu après que Dante l'avait envoyé derrière la porte...
Soudain prit de nostalgie, Envy regarda le ciel.
— Papa... souffla-t-il.
Il baissa ensuite les yeux et posa son front contre son genou replié. Un nouveau soupir ébranla sa poitrine et il reste là, sans bouger, les yeux fermés.
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Cependant, à Central City, Scar était de très mauvaise humeur. C'était le début de l'après-midi, et il venait à peine de se réveiller de l'anesthésie qu'il avait subie pour l'amputation de son bras.
— Non, Scar, je suis désolé, mais tu ne peux pas encore te lever, dit Ed.
— Ed, j'en ai assez...
— Écoute, il y a deux heures, on t'amputait d'un bras, tu ne vas pas me dire que tu te sens déjà sur pieds, si ?
— Ce n'est pas ça, je déteste simplement rester couché, se défend l'Ishbal.
— Mais l'anesthésie t'empêche de marcher, dit Ed. Je t'en prie, Scar, fais-le pour moi et reste couché jusqu'à demain, au moins. S'il te plait...
Scar grimaça. Il se sentait bien pourtant, mais surtout, il avait envie de quitter cet endroit infesté de militaires... Il soupira finalement et Ed sourit puis lui prit la main et serra les doigts.
— Je vais te laisser te reposer, je vais aller manger. Je repasserai plus tard, d'accord ? Essaie de dormir.
Scar hocha la tête, renfrogné, puis le jeune Alchimiste s'en alla et retourna dans le bloc principal de la caserne pour déjeuner. Exceptionnellement, il avait eu le droit de rester dans les locaux jusqu'à ce que l'Ishbal soit remis de son opération. Après quoi, les deux frères et celui-ci seraient priés de partir et de ne jamais revenir.
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Au même moment, chez elle, Riza Hawkeye se préparait un bon repas, bien décidée à le manger sur la terrasse, tranquillement, les pieds reposant sur le dos de Black Hayate, comme elle aimait souvent le faire. C'était son jour de congé aujourd'hui, le seul de la semaine, et elle avait bien l'intention d'en profiter.
Malheureusement pour elle, quelqu'un semblait décidé à l'empêcher de prendre un peu de bon temps, en faisant sonner le téléphone...
— Maudite technologie, grogna-t-elle. Tiens, je me mets à parler comme Roy, moi...
Elle sourit puis se rendit dans l'entrée pour décrocher.
— Hawkeye, j'écoute...
— Riza, c'est moi, Roy, dit la voix de Mustang à l'autre bout du fil.
— Qu'est-ce que tu veux, Roy ? T'a vu l'heure qu'il est ? Je suis en train de manger...
— Je suis désolé, mais j'ai besoin de toi au QG, je peux te demander de venir ? demanda alors l'Alchimiste de Feu.
— Oh ! Roy... C'est mon jour de congé, mince !
— S'il te plait, Riza...
La jeune femme marmonna quelque chose puis soupira profondément.
— Très bien, j'arrive... Mais je te préviens, il n'est pas question que je mette mon uniforme. De toute façon, je n'ai pas envie de me changer.
— Reste comme tu es, ce n'est pas grave, je n'ai pas pour longtemps, dit Mustang.
— Ha bon... dit Hawkeye, étonnée. Alors, j'arrive dans cinq minutes.
Et elle raccrocha. Elle soupira en regardant le meuble devant elle puis elle haussa les épaules et décida d'aller manger quand même avant de partir...
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— Elle arrive d'ici cinq minutes, Généralissime, dit Mustang en regardant Bradley.
— Très bien, dit l'homme au bandeau. Cela me dérange de la faire venir alors qu'elle est censée être en repos, mais je n'ai pas le choix.
— Edward va venir aussi ?
— Oui, j'ai demandé au Lieutenant Ross d'aller le chercher, répondit le Généralissime. Il doit être au chevet de Scar, je pense... Mustang, normalement, cette affaire devrait se régler entre vous et moi, mais étant donné qu'Edward et Alphonse sont au courant, je suis obligé de...
— Je sais, Généralissime, je sais, inutile de me le répéter, dit Mustang. Que vais-je avoir ? Un blâme ?
— Je ne sais pas encore, Général Mustang, dit Bradley. Cependant, vous et le Lieutenant-Colonel êtes parfaitement au courant qu'il est interdit à tout officier de fréquenter l'un de ses collègues. Vous avez prêté serment en vous engageant, dois-je vous le rappeler ?
— Non, mon Général...
Mustang baisse la tête puis on frappa à la porte et Hawkeye apparut, vêtue d'un jean et d'un T-shirt noir. Elle portait sur le bras une veste en jean et Black Hayate était sur ses talons.
À sa vue, Bradley fronça les sourcils, et le chien, sur un simple signe de la jeune femme, alla se coucher sous la fenêtre, sur un vieux paillasson.
— Généralissime... bredouilla Hawkeye. Mais que... Général...
— Laisse tomber les « Général », Riza, il est au courant, dit Mustang sur un ton sombre.
— Comment ? Généralissime ? dit la jeune femme en regardant Mustang puis Bradley.
— Un petit oiseau m'a fait part de soupçons vous concernant tous les deux, répondit alors Bradley. Certaines personnes vous ont vus un peu trop souvent ensemble ces derniers temps pour que ces rencontres paraissent fortuites.
— Hé bien... Ce n'étaient que des coïncidences, au début... tenta Mustang. Et puis ensuite...
Il haussa les épaules et Bradley hocha la tête. On frappa alors à la porte et Edward apparut, surprise d'être convoqué de la sorte. Il regarda, étonné, les trois personnes présentes dans la pièce puis réalisa qu'il était en présence de trois de ses supérieurs, quand bien même il n'était plus Alchimiste d'État. Il fit un signe de tête à chacun d'eux, tendu comme un arc.
— Repos, dit Bradley. Edward Elric, nous n'attendions plus que vous.
— Ha ? Pour quelle raison ?
— Mustang, expliquez-lui.
Mustang se redressa et le Généralissime alla s'asseoir au bureau de Hawkeye sans quitter les trois jeunes gens du regard.
— Edward, ma relation avec Riza a été découverte, dit alors Mustang après un moment de silence. Quelqu'un nous a vendus au Généralissime, c'est pourquoi il se trouve en ce moment dans ce bureau. Si je t'ai fait venir, c'est pour que tu puisses témoigner en notre faveur. J'aurais aimé qu'Alphonse soit là, mais le Lieutenant Havoc m'a dit qu'il l'avait conduit à la gare il y a peu de temps.
— En effet, répond Ed. Et je serais ravi de vous aider, Général.
Mustang hocha la tête puis s'en suivirent plus de deux heures de négociations tantôt houleuses tantôt calmes. Finalement, Bradley eu raison des arguments d'Edward et, se levant du siège sur lequel il avait pris place durant la discussion, il dit :
— Lieutenant-Colonel Riza Hawkeye, Général de Brigade Roy Mustang, étant donné que vous saviez pertinemment qu'il vous était interdit de vous fréquenter en dehors de vos fonctions respectives, je me vois obligé de mettre un terme à votre engagement face à l'armée, annonça-t-il. Dès demain, vous prendrez votre solde au secrétariat, puis vous pourrez rentrer chez vous. Les sanctions qui vous ont été données, Général Mustang, sont levées. Vos grades et privilèges vous sont retirés, ainsi que votre statu d'Alchimiste d'État. Vous avez jusqu'à demain dix heures pour vider votre bureau.
Il se détourna ensuite et quitta la pièce sans un autre mot. Mustang et Hawkeye ne prirent même pas la peine de le saluer, trop abasourdis pour réagir.
— Alors on est virés, dit Hawkeye d'une voix blanche. On nous vire de l'armée simplement parce que nous nous aimons ? Mais où va le monde... Edward, tu peux me le dire ?
— Je suis navré, Lieut... Mademoiselle Hawkeye, dit Ed.
— Pas autant que moi, dit Mustang en se levant. C'est entièrement de ma faute si nous en sommes là. Si je ne m'étais pas ainsi accroché à toi, Riza, nous aurions encore notre travail.
— Écoutez, Mustang, dit alors Ed. Il n'y a pas que le travail dans la vie. Ok, vous êtes virés, mais ce n'est pas la mort, si ? Et puis, voyez le bon côté des choses, vous pourrez être ensemble...
— Edward à raison, Roy, répondit Hawkeye en se levant. Nous avons assez trimé pour l'armée ces vingt dernières années, à présent, nous devons penser à nous. Certes, il va être dur de s'habituer à notre nouvelle vie, mais nous nous y ferons...
— Toi oui, dit Mustang. Tu en avais assez de l'armée, tu voulais la quitter. Mais moi, Riza ? L'armée, c'est toute ma vie, que vais-je devenir ?
— Vous trouverez bien un autre travail... soupira Ed en haussant les épaules. Votre vie ne se résume pas à l'armée si ?
— Presque...
— Pensez à vous maintenant que vous êtes libérés de votre serment, ajouta Edward. Partez, voyagez, allez où vous voulez, vous êtes libres. Plus d'ordres à exécuter, plus rien...
— De toutes façons, dit Mustang. Nous n'avons pas le choix.
— Edward a raison une fois de plus, Roy, dit Hawkeye. Comme tout être humain qui se respecte, nous avons des rêves et de plus, nous sommes jeunes... Profitons de la vie pendant que nous le pouvons encore.
— Tu crois ?
Hawkeye hocha la tête puis Ed leva la tête vers la pendule.
— Je vais vous laisser, j'ai dit à Scar que je repasserais à l'hôpital pour voir comment il va...
— Va alors, dit Mustang avec un signe de tête.
Ed lui retourna son signe de tête puis il s'en alla et quitta la caserne. Traversant la rue, il pénétra dans l'hôpital militaire et rejoignit la chambre de l'Ishbal sans que personne ne l'empêche, et il entra après avoir brièvement frappé.
— Tu ne dors pas ? demande-t-il en refermant la porte.
— Je ne trouve pas le sommeil, dit Scar, assit dans le lit, un gros oreiller dans le dos. Mon bras fourmille, comme s'il était parcouru de millions de bestioles et cela m'empêche de dormir.
— Tu as demandé à un médecin ?
— Oui, il a dit que c'était normal, que c'était le sang qui reprenait son cours habituel. Enfin, c'est désagréable, mais je survivrais, ne t'en fais pas...
— Il y a plutôt intérêt ! Parce que j'ai bien l'intention de t'emmener avec moi à Rizenbull la semaine prochaine.
— T'es sûr ?
Ed le regarda un peu de travers et hocha vivement la tête.
— De toute façon, Mamie Pinako et Winry t'attendent. Je leur ai dit de s'attendre à devoir confectionner un Automail sur mesure donc tu ne peux plus reculer, dit-il avec un sourire.
— Tu es un vrai vaurien, Edward Elric, répondit Scar en fronçant les sourcils. Tu décides des choses et après tu mets les gens au pied du mur, si bien qu'ils ne peuvent plus qu'accepter.
— Hey, je suis comme ça, sourit Ed en haussant les épaules d'un air sournois. Et tu n'avises pas de me faire changer, ok ?
Scar sourit légèrement puis Ed ajouta en changeant de ton :
— Je reviens du bureau de Mustang à l'instant...
— Ha ? T'étais convoqué ?
— Oui, mais ce n'était pas pour moi, dit Ed. En fait, ça concernait Mustang et Hawkeye...
Scar haussa un sourcil puis Ed lui fit part de la décision qu'avait prise le Généralissime.
— Je suis désolé pour eux, répondit Scar. Ils font faire quoi maintenant ?
— Pour l'instant, rien, dit Ed en s'asseyant au bord du lit. Ils ont jusqu'à demain pour vider leur bureau.
Scar pose alors sa main sur la cuisse du jeune homme qui y pose sa main en disant :
— Je suis désolé pour eux, moi aussi. C'est un peu de ma faute tout ça...
Scar haussa les sourcils, d'un air de dire « Je te l'avais dit », et Ed ajouta :
— Mais si je n'avais pas fait tout ça, tu serais mort à l'heure qu'il est.
— Et pour ça je t'en remercie, Edward, dit Scar. Mais peut-être qu'une bonne discussion aurait suffi, tu ne crois pas ?
— Écoute, on en a déjà parlé. Je n'ai aucune envie de revenir là-dessus. C'est du passé maintenant...
— Du passé qui ne remonte pourtant qu'à une poignée de jours, dit Scar.
— Peut-être. Quoi qu'il en soit, n'en parlons plus pour l'instant, dit Ed. Le sort de mes supérieurs me préoccupe davantage.
— Puisque tu le dis.
— Scar...
— Quoi ? Je suis simplement convaincu que toute la pagaille que tu as faite aurait pu être évitée.
— Pagaille, pagaille, tout de suite les grands mots, dit Ed en levant les yeux au plafond. Enfin... N'en parlons plus. Tu devrais essayer de dormir. Moi, je vais aller voir le médecin pour savoir si tu peux sortir demain puis j'irais me coucher. Je tombe de sommeil, et je crois que ces vacances à Rizenbull me feront le plus grand bien.
Scar hocha la tête et Ed posa une main sur son bras. L'Ishbal lui sourit doucement et Ed quitta ensuite la chambre en soupirant. Une fois le jeune homme partit, Scar s'enfonça sous ses couvertures et soupira à son tour. Ed et lui étaient tellement de différents qu'il se demandait comment ils allaient faire pour s'entendre, loin de la ville, loin de leurs passés commun...
Il décida finalement de ne pas y penser plus longtemps et tâcha de se reposer un moment.
