Disclaimer : Kill Ben Lyk est l'oeuvre d'Erwan Marinopoulos.
Résumé : Ben et Roberto n'ont jamais pensé qu'ils deviendraient parents. Pourtant, c'est arrivé. Voici cinquante de ces moments de parentalité. [Kill Ben Lyk]
Note de l'auteur : Oui, pour ce qui est du petit, j'ai craqué mon slip et j'assume. Comprenne qui pourra. Et ça fait plus ou moins suite à certaines façons des 100 façons qui sont dédiées à Ben et Robbie. Comme toujours, je rappelle qu'on ne connaît rien du passé de Ben comme de Roberto dans le film alors je fais ma popote.
Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 50 nuances de paternité
50 nuances de paternité
8 - Quand tu te fais juger mais que ton enfant les rembarre
Quand Roberto disait qu'il n'aimait pas les gens en général, ce n'était pas par misanthropie. C'était parce qu'il s'en était pris tellement plein la gueule ! A force, c'était devenu un moyen de se protéger mentalement d'un monde qui ne l'acceptait pas tel qu'il était alors qu'il n'avait rien fait de mal. Ce jour-là aurait dû être une énième raison pour justifier sa déclaration.
Il était allé rendre visite à ses parents.
Anwar avait émis l'envie de les voir et malgré toutes ses appréhensions, l'homme n'avait pas pu le lui refuser. Il tiendrait sa promesse, il ne priverait pas son neveu de ses racines. Ben n'avait pas pu les accompagner, devant se rendre au chevet de son père qui avait eu un accident de travail. Cependant, il avait dit à son compagnon de ne rien reporter : leur protégé se faisait une telle joie de voir son papy et sa mamie !
La visite en elle-même s'était bien passée. Anwar était trop petit pour comprendre le froid entre son oncle et ses grands-parents. Les adultes avaient été polis, avaient surtout parlé du seul point commun qui les liait : le garçonnet. Puis, avant de reprendre la route, le jeune homme s'était dit que cela serait bien de faire deux trois courses. Assis dans le caddie, le garçonnet observait sagement les rayons, ne réclamant rien même si les bonbons devaient lui faire envie. Roberto tentait de rendre cela agréable pour lui, pour lui éviter de trouver le temps long. Alors ils parlaient des dessins animés qu'il aimait regarder, des vacances qu'Oncle Ben prévoyait, de la fête de l'Aïd à laquelle Mamie Laïla les avait invités. Sauf que derrière lui, il entendait cancaner. Il reconnaissait les voix. Des amies de ses parents, aussi homophobes et bigots qu'eux.
- Son mari a dû lui retourner le cerveau ! Disait l'une des dames. Confier son enfant à un homosexuel ! Il va le rendre comme lui !
- En plus, il est entretenu ! C'est un chômeur et un junkie ! Quel bel exemple il donne à ce pauvre innocent !
Il se mordait la lèvre pour ne pas pleurer, ses mains serrant la barre du caddie tout en tremblant de rage. Il avait déjà assez de mal comme ça à gérer le deuil d'une sœur qu'il n'arrivait pas à pleurer alors que cela le bouffait sans que les mégères n'en rajoutent ! Mais il y avait le petit. Il ne pouvait pas exploser devant le petit. Il ne voulait pas lui faire peur, lui faire entendre des choses qui n'étaient pas faites pour ses jeunes oreilles. L'une des deux passa à côté de lui et déclara tout haut, sans aucune considération :
- Tu ferais mieux de confier cet enfant à des personnes capables, Roberto. Comme tes parents. Quand on voit le délinquant pervers que tu es devenu, ce serait la seule chose censée ! Comment ta sœur a-t-elle pu croire que ça serait une bonne idée ?
Un vieil homme voulut intervenir, ayant tout entendu, clairement offusqué mais Anwar le prit de court, surprenant tout le monde avec sa prise de parole :
- Moi, j'aime vivre avec Oncle Robbie et Oncle Ben ! Ils sont gentils avec moi, on rit beaucoup ! Oncle Robbie, il me borde le soir, il me lit des histoires et quand il a fini ses lettres, il m'emmène jouer au parc s'il fait beau ! Et s'il fait pas beau, on fait des cookies ou de la peinture ! Et Oncle Robbie et Oncle Ben, ils s'aiment aussi fort que mon papa et ma maman !
Les deux femmes pâlirent, prises au dépourvu.
- Vous devriez avoir honte de vous, Mesdames ! Finit par dire le vieillard. A vos âges ! Le petit, il a l'air heureux, il est bien habillé, il a des joues rondes et il n'a pas de coup sur lui ! Et ce que fait son père, ou son oncle ici, de ses fesses, ça ne regarde que lui !
Roberto remercia le sauveur, paya ses articles et regagna la voiture.
- Tu es fâché, Oncle Robbie ? Demanda son neveu, inquiet de son silence
- Non. Non, je suis pas fâché. Je suis juste fatigué.
- J'aime pas ces dames, elles ont été méchantes !
- Tu as compris ce qu'elles disaient ?
- Pas tout. Juste qu'elles étaient méchantes et qu'elles se moquaient de toi.
Ils rentrèrent, Anwar demanda s'il pouvait regarder la télévision. L'adulte lui mit Youtube Kids et s'isola dans la salle de bains. Là, seul dans cette toute petite pièce, tout ce qu'il retenait depuis des semaines finit par s'évacuer, comme si le barrage de son cerveau avait éclaté sous la pression. Il s'assit sur le sol froid, ramena ses genoux contre sa tête et pleura, tentant d'être silencieux pour ne déranger personne. Il pleura enfin sa sœur, le lien qu'ils avaient eu avant que la religion et la bisexualité ne s'en mêlent, cette réconciliation qui était morte avant même d'avoir vu le jour, ce qui aurait pu être, ses peurs, ses doutes, son sentiment de ne rien contrôler, la honte qu'il éprouvait d'être heureux de la vie qu'il avait désormais alors qu'elle se bâtissait sur les cadavres de son aînée et de son beau-frère, sur les larmes de familles en deuil. La porte s'ouvrit, il ne l'entendit pas. Il sentit alors quelque chose se nicher contre lui. Il releva les yeux. Anwar était là, assis à ses côtés, la tête sur sa cuisse. Du revers de la main, il sécha ses pleurs et l'enlaça.
- Je vais bien, ne t'inquiète pas.
Pourtant, quand Ben rentra quelques temps plus tard, la première chose que leur neveu lui dit fut que « Oncle Robbie était triste, des vieilles dames ont dit des choses vraiment méchantes ! ». Il ne pouvait pas lui en vouloir, la vérité sortait de la bouche des enfants après tout.
- Eh bien, notre mission, c'est de rendre Oncle Robbie heureux !
Le cri de joie du petit garçon suffit à chasser une partie de son mal-être.
FIN
