Merci à tous ceux qui m'ont lu longtemps et en particulier Virginie, Séphiroth Netza'h Alias Alexiel, l'elfe chobit, lily08, Sajuuk, CupcakesCult et Eclipse1995.
RAR :
Lyli08 : Merci pour ta review, ça me fait plaisir que ma fic que te fasse plaisir, lol !
Dollyvic : Te revoilà ! J'espère bien que ça prenne une tournure intéressante, que dirait-on si cela se dégradait ? (Ce qui est fort probable au niveau de la narration…) Mais bon ! Contente que tu sois là ! Son sourire à Vincent, seule moi l'imagine comme je le veux !
Sajuuk : Tu me fais vraiment rougir, tous ces compliments, en tout cas, ce n'est qu'un début et j'espère ne pas te décevoir par la suite ! Je prends en compte tout tes conseils pour essayer de les satisfaire, cela prendra certainement du temps pour certains mais je finirais par y arriver ! Tu seras fixé bientôt de toute façon ! Merci pour ta review de 2 Kms en tout cas !
Artémis : Tu rigoles ! Moi, le fait même de voir Vincent me ferait perdre connaissance (et c'est là que je me réveille). Lol, j'aurai l'air bien crétine moi ! Pour la maladie, tu verras par la suite !
Minichat : Merci. J'espère que ce chapitre confirmera son caractère ;) lol
Kurama-Sesshomaru : Comment vas-tu ma chérie ?
Mdr, les hommes qui se font démonté ? Dois-je en conclure que ma version de Vincent est efféminée XD ?
J'espère bien très chère. Donne-moi de tes nouvelles (notamment pour la Japan Expo).
Pretty-bad/Blood : Merci beaucoup ! Très heureuse de te revoir parmi mes lecteurs. Ça fait très longtemps dis-moi ^^'. Comment-vas-tu ? C'était risqué et fastidieux en effet comme entreprise *s'essuie le front*. En tout cas merci de cet avis, et contente que te refaire découvrir ce qui a été aussi pour moi une très belle aventure. J'espère ne pas te décevoir par rapport à la première version.
Chocolate Kangoo : Merci ^^.
Ysa666 : C'est vrai ? Merci de tout cœur ! Oui, j'avais un blocage d'inspiration. Disons qu'il y avait beaucoup de choses que j'aurai voulu faire, et j'arrêtais pas de modifier des détails, tout en me disant que les lecteurs ne seraient jamais au courant de ces changements et ne comprendraient jamais la suite. C'est pourquoi j'ai décidé de la reprendre dès le début avec toutes les modifications que je voulais faire.
J'espère ne pas te décevoir, comme je le dis à beaucoup d'anciens lecteurs. Cette histoire m'a moi-même beaucoup fait rêver et marqué moi-même, d'autant que j'étais très jeune quand je l'ai écrite la première fois. Donc, tout ça pour dire, que j'espère qu'on va tous retrouver la même ambiance. À toi de me dire ^^.l
Merci beaucoup pour tout ce que tu as dis, j'en ai les larmes aux yeux. Ça me touche vraiment. À bientôt ?
Guest/CupcakesCult : Lol, 20c ? XD J'étais pliée ! Heureuse de revoir à nouveau une ancienne lectrice.
Oui en effet, on sait tous qu'elle va changer. Lui aussi d'ailleurs.
Et oui...je sais. Mais quand je regarde le ramassis de connerie que j'ai pu écrire, ce n'est pas si étrange que j'avais 13 ans. Si ? Lol Parfois quand je regarde la première version quand je fais la réécriture, je me sens si ridicule ! XD
Disons que FF7 était mon premier jeu vidéo. C'est mon frère qui était incroyablement fan. J'y ai joué quand j'avais 5 ans du coup, et je n'ai jamais lâché. Voilà voilà ! Lol
L'ancienne version ? Oui bien sûr ^^ avec plaisir ! Donne-moi ton mail, ou pm moi et je te les passe ! Je viens tout juste de les retrouver. Tiens-moi au courant ?
Non non voyons, merci à toi de me lire, et de me laisser une review aussi gratifiante et chaleureuse. Je serais très heureuse d'entendre à nouveau ton avis pour cette nouvelle vieille aventure ^^.
Yukihanna : Hé oui ! Lol La folie des grandeurs, déjà à 13 ans...
Oui, tu as tout compris. Comme c'était ma première fic, je voulais vraiment revenir sur ma première grande aventure avec tous mes acquis, et surtout ce que cette fic elle-même et Angie m'a inspiré (étrange quand on pense que c'est moi qui l'ai inventé, un peu à l'image de ce que je voulais être).
Oui en effet, ils sont très, très différents, et ça continue comme ça pour encore une dizaine de chapitre au moins. Non, lol, c'est vrai. J'avais moins de répartie à l'époque, mais aujourd'hui j'ai plus de vocabulaire, de maturité et autre, et j'ai su lui donner le piquant dont je manquais tant à l'époque et je souhaitais tant lui donner ^^. J'espère que je n'ai rien gâché. Je l'ai toujours voulu comme ça, pour les joutes avec Vincent.
Merci pour la réplique, :). J'essaie d'être naturelle.
Merci beaucoup. Au plaisir d'entendre de toi aussi et vraiment, merci pour cette simple phrase disant que je peux être fière de moi : c'est trop beau pour être vrai :').
Eclipse1995 : Hello !
C'est vrai ? Oh mon dieu...c'est vrai que je suis tellement en retard sur d'autres fics ! J'avais un énorme blocage sur un combat à venir dans le prochain chapitre de Devil May Cry. Je n'arrivais pas à retrouver cette ambiance que j'avais su si bien donner à l'angoisse de Clara au dernier chapitre. Tout simplement parce que je suis moi-même très forte d'esprit alors l'angoisse de Clara, et sa timidité, me sont très étrangers. Mais ! Tu me l'as rappelé, et je m'y attèle dès ce soir. Je pense avoir une idée :).
Merci beaucoup. Il faut dire que c'est une réécriture de ma première fic, alors j'ai eu des années pour peaufiner le personnage d'Angie ^^'. Je n'ai vraiment aucun mérite.
Merci. Tu as tout compris du plan sur lequel Angie et Vincent évoluent à leurs premières joutes. Ils se comprennent en termes mondains, et ça laisse présager de supers matchs que je prends moi-même grand plaisir à écrire. J'ai vraiment mis toute mon imagination, mon humour et mes efforts dans ces dialogues. Vraiment, j'y ai parfois travaillé des heures, tournant et retournant encore et encore des tournures de phrases pour donner dès le début la détonation à leur relation.
Lol, merci pour le nom d'Angie. Il ne m'a pas fallut longtemps pour le trouver celui-là en revanche. Ridicule à souhait contrairement à beaucoup de personnages sur ^^.
Oui, l'amour d'Angie pour les serpents va aller croissant, tu verras XD.
Oui, une réécriture en effet, comme je l'ai dit plusieurs fois. Bien sûr, avec plaisir. Laisse-moi ton email ou envoie-moi un pm et ce serait fait rapidement. Seulement je te préviens, la qualité de narration que tu peux voir ici ou sur DMC a beaucoup changé ^^', tu risque ou d'être déçu ou très hilare du ramassis de connerie que j'ai pu écrire quand j'avais treize ans !
En tout les cas, ravie de faire un peu plus connaissance avec toi, et au plaisir d'entendre à nouveau de tes nouvelles également. Tiens-moi au courant pour l'envoi des chapitres, et je te tiens au courant pour la prochaine sortie de DMC ? ;)
Hikaru Valentine : Merci ! KYAAAA comme tu dis ! Toujours très heureuse de rencontrer une fervente fan de Vincent Valentine. Je suis satisfaite de voir que ma fic te plaît autant ^^. N'hésite pas à me donner ton avis sur ce chapitre aussi. Bref, au plaisir de te revoir ? Biiiiz !
Full1 best girl pour la correction de ce chapitre ! Il était fastidieux ^^
Mis à jour : 22/02/2022
Chapitre-3
Junon
Qu'on se le dise, la curiosité est un vilain défaut…
(Music : 止まらない苛立ち : 18 - OST 2 de Sekaiichi Hatsukoi)
Cette fois, j'ai fait une nuit sans rêve. Comme par hasard au moment où j'avais besoin de réponse. Je soupire. Je garde les yeux fermés même si je viens de me réveiller. C'était étrange : je me souviens encore avoir fermé les yeux pour m'endormir et là je me réveille, avec l'étrange impression d'avoir raté un épisode.
Dans cette grotte, j'ai perdu toute notion du temps. Mais je n'ai pas trop le temps d'y réfléchir car mon ventre crie famine. Je soulève la couverture d'un geste, enfile mes mocassins et remarque une certaine agitation, autant dans la chambre qu'en haut. J'arrive à la salle à manger, on me sert un dernier sandwich à ma demande.
Tout le monde remballe dans une panique soutenue. Je retiens une jeune fille qui passait juste devant moi avec un carton volumineux dans ses bras chargés. La famille qui l'attend est tout aussi chargée d'affaires et autres paquets…je peine à bien comprendre pourquoi.
- Hey ! Excusez-moi, mais que se passe-t-il ?
- On part bientôt ! s'exclame-t-elle, telle l'évidence même. C'est tout ce que tu as ?
- Partir, mais… Où ?
- À Costa Del Sol. C'est l'un des endroits les plus sûrs, actuellement, avec la majorité des héros qui y séjournent. Je n'en peux plus d'attendre, je voudrais que le vaisseau soit déjà là.
Le vaisseau de Cid ? Un voyage à Costa ? Pourquoi ne suis-je vraiment au courant de rien ? Pour preuve, je ne sais même pas ce que je fais ici. Les héros, c'est Avalanche, par hasard ? Qu'est-ce encore que cette histoire ?
Après, je n'avais conversé avec personne surtout suite au le dernier échange épineux avec l'ancien Turk. J'ai pour habitude d'être seule et les autres me le rendent en général très bien.
- Excusez-moi, j'ai des choses à faire.
- Att –
-OUVREZ LES PORTES ! j'entends des tréfonds du Fort.
J'accoure au trou et à l'échelle permettant d'arriver en bas et remarque un groupe d'hommes armés. Je descends précipitamment. Tout ça ne me dit rien qui vaille. Le pire qu'il puisse m'arriver serait de rester ici. Personne ne m'a même réveillée ! Le comble !
Ah ! J'arrive en bas juste pour remarquer à temps la sombre et mince silhouette de Vincent qui s'apprête à quitter le Fort Condor. Je me lance à sa poursuite, sans même réfléchir, et retiens avec précipitation sa cape avant que la porte ne se ferme. Aussitôt, une bourrasque glacée pénètre par l'ouverture et me refroidit de la tête aux pieds. Il se retourne d'un bloc et ne semble même pas étonné de me découvrir, juste agacé.
- Oui, c'est encore moi – Mais enfin où allez-vous ? Vous ne comptiez tout de même pas me laisser ici sans rien m'annoncer ? je lance d'une voix indignée.
- Je n'ai pas de comptes à vous rendre il me semble. Lâchez ce vêtement.
- Mais –
- Immédiatement.
Je fronce les sourcils et soupire de façon irritée.
- Je suis navrée, « lâcher » est absent de mes fonctions. Veuillez retenter.
Il prend une longue inspiration excédée. Puis plus solennellement.
- Je dois absolument m'entretenir avec vous très sérieusement.
- Nous avons assez parlé, dit-il d'un ton blasé.
- Oh, je vous en prie ! Je déclare en roulant les yeux au ciel. Arrêtez un peu ! Et c'est moi qui ai cinq ans ? Vous m'en voulez pour la moindre petite chose me concernant ! Toute cette négativité va finir par vous rendre malade. Déjà que vous êtes embourbé dans une tragique et théâtrale dépression depuis je ne sais combien de temps…
Cette fois, c'est lui fronce les sourcils et me renvoie à nouveau ce regard venimeux qu'il ne réserve qu'à moi, mêlé d'étonnement. J'écarquille les yeux de stupéfaction. Puis je secoue la tête.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, ni la façon dont je voulais aborder le sujet… Pourquoi faut-il toujours que tout ce que je dise finisse comme ça ? je complains en pinçant l'arrête de mon nez entre mes doigts délicats.
Je prends mon souffle, joignant mes mains pour me préparer.
- Écoutez, accordez-moi dix minutes, puis je vous laisse partir. Je sais que l'emploi du temps d'un héros est chargé, je l'ai constaté moi-même. Mais, vraiment… Il faut que je vous explique la raison pour laquelle je n'ai pas pu parler franchement avec vous hier. Je suis à peu près sûre de ne pas vous avoir berné, et il est évident au fur et à mesure de mes découvertes invraisemblables que je dois jouer franc jeu avec vous.
Il continue de vriller sur moi un regard intransigeant pendant encore de longues secondes avant de soupirer et de faire un geste évasif aux gardes pour leur demander de refermer la porte.
- Cinq minutes, prévient-il de sa voix grave et autoritaire.
- Très bien, alors…
Je commence nerveusement. Je regarde autour si personne ne nous écoute. Champ libre. Bon. Comment y aller avec tact ? …Ugh, je soupire. Je n'en avais pas, quel intérêt ?
- Très bien. Vous vous appelez Vincent Valentine, vous étiez Turk à la solde de la Compagnie Shinra il y a trente ans et quelques. On vous a assigné à la protection de scientifiques au Manoir Shinra de Nibelheim qui menaient des recherches importantes sur Jénova, une extra-terrestre qu'ils avaient confondu avec une Ancienne, une Cetra pour être plus exacte.
Je reprends une grande inspiration pour poursuivre d'une traite. À ce point, il avait déjà les yeux si écarquillés d'horreur que ses sourcils disparaissaient sous son bandeau rouge épais. Je me félicite de provoquer au moins chez lui toujours plus de surprise malgré un stoïcisme à toute épreuve.
- Vous êtes follement tombé amoureux d'une scientifique appelée Lucrécia, qui a préféré un chef scientifique fou, moche et décrépi à vous parce qu'il était intelligent. Je me demande toujours comment d'ailleurs, je rajoute en aparté. Préférant son bonheur au vôtre, vous l'avez laissée commettre de tragiques erreurs qui ont bien failli transformer Gaïa en énorme caillou incandescent. Nous remercions profondément Shinra, Hojo et leur fils pour cette délicate attention.
Je fais une pause pendant laquelle je me rappelle des évènements exacts qui ont conduit Vincent à là où il en est. Maintenant, il s'est statufié, et me regarde avec ce mélange de choc et de vexation, couplé à un regard troublé par les souvenirs tragiques qui le hantent.
- Parce qu'elle est tombée enceinte et qu'Hojo a mené sur elle des expériences qui ont conduit à la naissance miraculée de Séphiroth, qui abritait des cellules de Jénova. En tentant de la protéger, vous avez été tué par Hojo, qui a mené des expériences sur vous et transformé en ce que vous êtes.
Je prends à nouveau une grande inspiration.
- Peu de temps après, Lucrécia fait un abandon mental, vous laissant méconnaissable et seul au monde. Incapable de périr, elle se cristallise dans une cave pour y minauder. Vous vous êtes alors enfermé pendant trente ans dans un cercueil dans le sous-sol du Manoir, tel un vampire se repentant de ses péchés, comme vous le disiez si bien. Et l'imiter ? Je ne sais pas, terrible décision à mon sens.
Je m'arrête, le regardant sans ciller, puis ajoute :
- Je crains que cinq minutes ne soient trop courtes pour argumenter ce que je tiens à dire avec cela.
- Vous avez toute mon attention, réplique-t-il aussitôt en bougeant à peine et le regard rivé à moi me transperçant de toutes parts.
Il y a une pointe de colère et de rancune que je m'explique tout à fait cette fois, amoureux comme il est, mais très franchement, je n'ai jamais compris Lucrécia.
- Je… je vois. Alors… où en étais-je ? Oui, le cercueil. Séphiroth a grandi entre temps et est devenu un général SOLDAT doué dans les arts du combat, le meilleur qui soit. Un jour, lors d'une mission banale à Nibelheim, il découvrit qu'il était le produit d'expériences inhumaines et en conclut qu'il était le fils de la calamité Jénova. À tort bien sûr.
Je me gratte le front, tentant de faire le discours le plus chronologique qui soit.
- Cloud faisait partie de cette mission, en tant que SOLDAT de 3ème classe. Séphiroth en a voulu à la Shinra, aux gens qui ne le comprenaient pas, puis au monde entier. Il a voué les prochaines années de sa vie à la détruire, ou à la transformer en vaisseau pour Jénova, je ne sais plus vraiment…
Je secoue la tête. Vincent boit toujours mes paroles, ne clignant même pas des yeux.
- Hum… Cloud a aussi été pris comme sujet d'expérience, ainsi que Zack, un des « proches » de Séphiroth. Cinq ans plus tard, il se retrouve catapulté près de Midgar, complètement déboussolé, avec la mort de Zack sur les bras. En intégrant Avalanche, il était confus et ses souvenirs erronés, empruntant des moments dont Zack était le héros. Il pensait donc être proche de Séphiroth, ainsi que SOLDAT de 1ère classe. Mais le fait est que Séphiroth, dans sa folie… a tué sa mère et complètement rasé son village par les flammes.
Je fais une pause, compatissant encore pour Cloud, puis le pointe d'un doigt distrait.
- S'en suivent diverses aventures. Jusqu'à Nibelheim, où ils vous rencontrent. Sur un coup de tête, vous décidez de sortir de votre torture pour vous joindre à leur groupe et vous venger d'Hojo. Vous sentant responsable de tout ce qui est arrivé. Vous êtes de fil en aiguille retrouvés à devenir amis, en quelque sorte, bien que vous teniez à votre indépendance. Corrigez-moi si je me suis trompée.
Il plisse les yeux. Il est aussi immobile qu'il y a dix minutes. Il ne semble plus rien voir, à part moi, et ne me lâche pas un instant des yeux, comme si j'allais disparaître en une volute de fumée s'il relâchait ne serait-ce qu'un battement de cil son attention.
- Tout cela pour dire… qu'il faut vraiment que vous croyiez tout ce que je vais dire. Parce que je n'ai vraiment aucun intérêt à vous mentir étant donné ma situation. Lorsque je disais hier que je ne comprenais pas comment j'étais arrivée là, ce n'était pas un mensonge. Je me suis retrouvée catapultée dans le marais, comme ceci, alors qu'une minute avant j'étais dans un établissem – …une garderie pour gosses de riche.
De ce que je sais, ils n'ont pas d'école. Je pointe mon uniforme avec insistance mais il ne le regarde même pas. Il continue à creuser un sillon profond à l'aide de ses yeux carmin dans les miens. Son visage est fermé, son expression indéchiffrable. Je ne parle même pas de la froideur qui se dégage de lui. Je crois que je préfèrerais croupir dehors une bonne journée que de continuer.
- Je… J'ignore totalement si tout ce que je vis est une sorte de rêve ou de délire, quoi qu'il en soit… Je crois comprendre que les choses vont mal, aussi j'espère être là pour une bonne raison.
Je me sens embarrassée par son manque de réactivité, si ce n'est cette intensité à me clouer sur place du regard. Je poursuis tout de même sur ma lancée. Je frotte ma nuque nerveusement.
- Je sais que je ne sers à rien. Je ne sais même rien faire… , je marmonne entre mes dents. Mais je vous jure, sur mon nom, sur plusieurs générations, que je viens d'un autre monde et que je sens que je suis là pour une raison ou une autre. Ne me laissez pas de côté. Donnez-moi une chance et…
Je soupire, la gorge sèche d'avoir autant parlé.
- Si je n'étais pas de votre côté, je n'aurais aucun intérêt à parler, n'est-ce pas ? Je veux simplement comprendre et vous aider. Et vous êtes un héros de Gaïa alors… Répondez déjà à une question s'il vous plaît : à quelle époque sommes-nous ?
Il laisse planer un suspense intenable, ne me lâchant toujours pas des yeux, tendu comme un arc, me surplombant une fois encore de toute sa hauteur.
- …3 octobre, quelques mois après la résurrection de Séphiroth par les trois clones Kadaj, Loz et Yazoo. Le monde aurait dû être guéri de Geostigma par Aerith, mais… quelque chose s'est mal déroulé. La maladie s'est répandue, à tout. Aux animaux, aux plantes, puis enfin aux monstres. Les gens ont commencé à mourir par dizaines des attaques des monstres autant que de la contamination.
Ma mâchoire se décroche légèrement, atterrée et stupéfaite. Je ne suis pas spécialement frileuse d'histoires d'horreur mais c'est de ma Gaïa dont on parle… et je pensais réellement qu'elle et ses héros étaient enfin en paix. Il fait à son tour une pause, les yeux brumeux, comme plongé dans des souvenirs aussi douloureux que la mort de Lucrécia.
- Je suis désolée. Je n'en savais vraiment rien… mais dans ce cas, que faites-vous ? Que pouvez-vous faire ?
- Nous sommes obligés de déplacer la population restante et de les rassembler dans des villes sécuritaires, dont le nombre s'amenuise, pour éviter que la maladie ne touche ceux qui restent. Avalanche a été éparpillée dans les différentes villes pour garantir la sécurité des différents groupes.
Je prends une respiration fébrile, me sentant dépassée. Il s'arrête, reposant à nouveau un regard ferme et dur sur moi.
- …Je ne faisais que vérifier s'il restait des survivants sur ce continent. Ne l'aurais-je pas fait que tu serais restée coincée ici, sans aucun moyen de défense. J'ignore qui tu es, pourquoi tu es ici, ni pourquoi maintenant. Je sais en revanche que tu arrives en période de crise extrême, et que tu n'aurais pas plus mal tomber.
Il plisse à nouveau les yeux en me détaillant.
- …Surtout si j'en crois tes dires, et que tu n'as rien à proposer pour nous aider. J'ai peine à penser que tu puisses être liée de façon notable à tout ce qu'il se passe… Cependant il est clair que toutes les informations en ta possession ne peuvent être ignorées. Seul quelqu'un ayant fait partie d'Avalanche aurait eu toutes les informations nécessaires.
Je lance un regard appuyé pour acquiescer. Il laisse à nouveau planer sur moi ce regard méfiant, cet air peu avenant, submergé de suspicions à peine voilées.
- De ce fait, ennemie ou pas, tu auras l'occasion de faire tes preuves bien assez vite. Et prouver tes dires. Tu viens avec moi, jusqu'à ce que nous ayons éclairci cette histoire. Avalanche et moi déciderons de ton sort…
- De mon sort ? Quel sort ? Je me suis ouvertement déclarée ! Je n'attends que cela, de prouver mes dires, et je sais qu'ils semblent impossibles, seulement vous admettrez que cela s'avèrera très difficile !
- Nous verrons, conclut-il pour fermer la conversation. Suis-moi.
(Music : Shining Beacon of Civilization de FF7 Remake)
Il fait chemin inverse et remonte à l'échelle. Mais après réflexion, il s'arrête et m'attend, l'air de ne pas vouloir me lâcher des yeux. Ah là là… Je soupire. « Très bien, mais interdiction de regarder, si vous voyez ce que je veux dire. » Ce à quoi il répond en détournant les yeux, exaspéré au plus haut point. Mais enfin, j'étais quand même en jupe ! « Aucun risque. » assure-t-il d'un ton blasé assorti à l'air ennuyé qu'arbore son beau visage.
Je grimpe sur l'échelle en premier et en jetant un coup d'œil en bas pour vérifier ses dires (effectivement, il ne daignait même pas lever les yeux et se tient sur une hanche, les bras croisés impatiemment), mon ruban se défait et mes cheveux retombent tous mèche par mèche sur mes épaules frêles. Je laisse échapper une exclamation surprise en peinant à le rattraper par deux fois. Puis finalement, hausse les épaules. Ce n'est pas comme si cela valait un élastique.
Arrivés en haut, je le suis sans faire d'histoire, ayant obtenu ce que je voulais. Nous arrivons à un stand accolé à la salle à manger. Le vendeur aussi remballait ses affaires.
- J'aurais besoin d'un revolver, voire d'une paire. Je les veux d'un petit calibre, courts, légers, avec un recul faible voire inexistant, une sécurité et un mode automatique. Je veux également les six chargeurs qui vont avec.
- T-très bien, mais ce sera payant, bredouille l'homme replet et l'air un tantinet intimidé. L-les temps sont durs…
- Votre prix sera le mien, réplique Vincent sans perdre une seconde.
Le vendeur dépose deux flingues noirs simples et brillants ainsi que les chargeurs. Vincent demande également une ceinture qui irait avec et une sacoche pour les chargeurs. Le matériel sur la table, Vincent les inspecte un à un minutieusement et paye avant de se tourner vers moi, tous les objets en main.
- Vous ne pouvez vraiment acheter que des armes à feu ?
Parce qu'il est tireur ?
- C'est triste.
Il me toise comme la folle sans cervelle qu'il m'imagine sans doute.
- …Ceci est uniquement parce que le plus débutant des combattants sait se servir d'une arme à feu. Cependant, j'ose espérer que malgré l'étonnante stupidité dont tu as fait preuve dans la grotte, tu es consciente qu'il ne s'agit pas de jouets et qu'ils ne te donnent aucun droit.
-Bien sûr, pour qui me prenez-vous ? je réponds, insultée. Donnez-moi juste un moyen de défense, voulez-vous !
- …Si je te surprends à faire quoi que ce soit de dangereux ou déplacé, sache que je n'aurai aucun mal à te désarmer et frapper à un endroit vulnérable s'il le faut… , menace-t-il d'un ton grave et caverneux en me toisant droit dans les yeux.
- J'ignorais que ledit endroit puisse ne serait-ce qu'exister sur ma personne. Première nouvelle.
Il me fixe des yeux, excédé. Pas que son intimidation ne fonctionne pas, mais j'ai appris avec mon père qu'il vaut mieux ne pas leur laisser cette impression. Je lui lance alors un regard blasé et impatient, tout en tendant une main.
Une fois qu'il fut assuré que le message était bien passé, il s'éloigne de mon visage et fourre le tout dans mes bras. Je les rattrape tant bien que mal, maladroitement, en une exclamation agacée.
- Pourquoi faut-il qu'à chacune de nos rencontres, votre aversion pour moi augmente de façon inversement proportionnelle au nombre de fois où j'essaie d'être agréable et d'arranger les choses ? je demande, reprenant sa phrase.
- …
Il serre les poings.
Sans perdre un instant, ni un regard vers moi, le tireur d'élite s'élance d'un pas vif et empressé sur la plaine désolée en direction du nord et du paysage rougeoyant. Je remonte le sac que j'avais sur l'épaule et le suit.
- Où allons-nous ? Qu'allons-nous faire ?
Il peut bien garder silence. Mais rien ne l'empêche me mettre au parfum avant de m'engager dans une aventure qui a l'air tout sauf d'une promenade, tout de même !
- Nous nous rendons à Junon. Mon travail consiste à vérifier qu'aucun survivant ne soit laissé pour compte. Je ne veux ni plaintes, ni gémissements, ni questions, ni pauses, ni ralentissements, est-ce bien clair ?
- Vous attendez-vous réellement à ce que je réponde : « Non, je suis tellement stupide et avoue ma défaite face à vos capacités intellectuelles innées contre lesquelles je ne ferais de toute évidence jamais le poids. » chaque-fois que vous posez cette question ? Ou encore que je réponde « Comme de l'eau de roche ! » d'un air ingénu et obéissant de sorte à vous faire plaisir et gonfler cet égo désagréable et typiquement masculin ? je réplique d'une traite d'un ton traînant et nasillard, la tête haute, bras croisés, faisant de mon mieux pour le suivre.
- Et c'est là toute l'étendue du désir ardent que tu éprouves à vouloir arranger les choses ? réplique-t-il sèchement. Tu as ici la réponse parfaite à ton interrogation plus tôt.
- Très bien, mais je crains que votre aversion pour moi ne cessera de grandir et de s'intensifier, jusqu'à ce que mort s'en suive, et en conclus donc qu'être désagréable ou agréable avec vous n'y changera rien.
Je hausse les épaules, bien qu'il ne puisse pas le voir.
- Je ne vois donc aucun intérêt à me fatiguer à me plier aux codes sociaux amicaux avec vous, je réponds de façon appropriée en regardant mes ongles manucurés. Clairement, vous n'en avez cure. Vous ne voyez et n'entendez que peine et pêchés. Pourquoi ne pas enfin parler positivité que nous puissions enfin parler le même langage ?
Je le vois s'arrêter et faire volte-face pour me mitrailler du regard. Ses yeux auraient été des lasers, je pense sans aucun doute qu'il ne resterait plus rien de moi.
- …Malgré tout ce savoir… tu es étonnamment ignorante, réplique-t-il sèchement les mâchoires serrées.
Heureusement, ses yeux ne font que me clouer sur place. Je me surprends donc à sourire de façon innocente, jouant la carte de l'audace pour cacher mon état.
-Et je répète que je ne vous permets pas de m'être aussi familier. Nous ne sommes impliqués d'aucune manière qui soit et vous n'éprouvez aucune sorte de compassion à mon égard. Au risque de me répéter, il est donc peu approprié que nous parlions comme si nous étions des garçons de ferme ayant élevé les cochons dans un franc esprit de camaraderie.
Ses yeux étaient si fixes et furieux que je m'attendais à tout instant à ce qu'il dégaine son arme et mette fin à ma vie. Puis repartir, soulagé, le cœur léger, en sifflotant presque. Au moins en lâchant un souffle d'accomplissement. Heureusement pour moi, encore une fois, son sang-froid légendaire reste fidèle à sa réputation.
- Si tu meurs en chemin, personne ne te regrettera, articule-t-il malgré son évidente mâchoire tendue d'une voix d'outre-tombe en un grognement à nouveau presque bestial.
Il se retourne et reprend une allure plus rapide encore. Je me sens relâcher le souffle que j'avais retenu.
- Mais si voyons, ma politesse vous manquera, avouez-le !
- Hmph ! fait-il en un rictus dédaigneux, qui prenait forme au fond de son torse.
(Music : Noises in the Night de FF7 Remake)
Une chose est sûre, je n'étais pas du tout rassurée à l'idée de me lancer vers ces horizons sombres presque nocturnes. Vincent a également eu la décence à ma demande expresse de m'acheter des vêtements plus commodes. Ainsi je me trouve au moins plus couverte en pantalon lâche style militaire kaki, bottes marrons, tee-shirt blanc avec un mince plastron de métal côté cœur et un poncho vert kaki avec manches qui a connu de meilleurs jours.
Je suis toujours frigorifiée, mais mes mollets brûlent déjà même sur terrain plat et herbeux au simple fait que ce soit la plus longue marche en parcours libre que je n'aie jamais faite. De loin, on aurait dit un océan lisse allant du grisâtre au noir, comme si toute vie elle-même avait été aspirée. Toute plante et herbe sûrement autrefois verdoyante craque sèchement sous mes pieds.
À ma droite, j'admire la haute chaîne de montagnes grise dont le sommet disparaît dans ce fameux ciel couvert. Très vite, la lumière blanchâtre devient diffuse, et les odeurs âpres percent mes narines et piquent mes poumons de façon très désagréable. Je suis toujours après mon souffle.
À mesure que nous avançons, l'atmosphère mortuaire et oppressante s'intensifie, ainsi que l'horizon flamboyant. Vincent ralentit momentanément parfois pour que je le rattrape avant de laisser trois mètres de distance entre nous. Je me sens comme un toutou trop bien dressé en promenade alors que je ne me plains pas de ma pauvre condition physique.
Serrant bien la lanière de mon maigre sac sur mon épaule, j'arrange proprement le poncho autour de moi pour tenter de garder un peu de chaleur. En vain. Le froid continue de s'insinuer comme si aucun vêtement ne me couvrait réellement.
Plus nous prenons du terrain vers Junon, plus mon angoisse s'intensifie. Un tel silence, mis à part une faible brise passagère de temps à autre, ne fait rien pour me rassurer plus. À un moment, mon cœur se met même à tambouriner inlassablement contre ma poitrine, comme conscient du danger qui me faisait dresser les cheveux sur ma tête plutôt que par effort.
Le bruit incessant des herbes sèches sous nos pieds ne compte pas. Il s'ajoute à ma nervosité grandissante. Mon instinct m'intime de plus en plus de rebrousser chemin, et plus je l'ignore, plus je me tends, me forçant à fixer silencieusement le dos du tireur d'Avalanche.
Son pas est rapide et rythmé, et bien qu'il jette de temps en temps un regard en arrière pour me toiser, je jalouse vertement ses longues jambes. Une envie puérile m'envahit de marcher « par inadvertance » sur le bout de sa cape pour ne serait-ce qu'imposer une pause.
Il m'observe alors curieusement par-dessus son épaule sans ralentir, plus longuement que d'habitude.
- …Tout va bien ? il demande de sa voix grave et feutrée d'un ton neutre.
- Autant que faire se peut, je réponds avec un souffle dans la voix.
Je me fais violence pour ignorer la douleur de mes jambes appelées à l'effort pour raccourcir la distance entre lui et moi. Malgré moi, je sais ce dont il est capable, et bien qu'aucun signe de vie ne dérange quoi que ce soit à perte de vue, je sais que je serais infiniment plus en sécurité proche de lui.
- Nous ne serons que très peu de temps à Junon, mais tu auras au moins l'occasion de te réchauffer.
- Merveilleux.
Deux heures. Nous avons marché près de deux heures d'un pas rapide avec seulement une pause de quelques minutes. Je ne serais pas aussi angoissée si nous n'étions pas presque plongés dans la pénombre, dans une atmosphère qui sied parfaitement à un Mordor post-bataille.
Je vois même l'Ex-Turk observer minutieusement les alentours, ses yeux bougeant vivement, sans jamais relâcher sa tension. Je ne vois pas comment sa propre attitude pourrait me calmer quand même un combattant de son envergure se retrouve sur le qui-vive. Je suis même à peu près sûre nous partageons le même mauvais pressentiment grandissant.
Mais il continue de presser plus avant, vers cet orage lugubre et cette brume rouge à l'horizon qui semblent commencer à se rapprocher inéluctablement. Et leur mauvais augure avec eux.
- Tes armes resteront là où elles sont, à moins que je ne t'autorise à les utiliser. Est-ce clair ? il lance soudainement dans l'air insipide.
- Oh, bien sûr, comme si je n'étais pas déjà assez inutile, quand il y aura des monstres, il va en plus falloir que je me laisse faire et crie au secours comme une pucelle en détresse. Rien n'étanche-t-il donc votre égo, vous les hommes ? je rumine entre mes essoufflements.
Il tourne un instant son visage, le temps de froncer les sourcils à mon attention avec un air à la fois confus et écœuré, je dirais même à la fin blasé.
- …Ce n'est pas négociable, Anderson. Il ne s'agit pas d'une plaisanterie. J'attends ce fameux « Comme de l'eau de roche » à cette question, quoi qu'il signifie : est-ce… clair ?
Sa voix était si grave sur la fin, modulée sur le ton de l'impériosité, que sa voix porte et je sentais presque ses vibrations me traverser et ébranler mon corps tout entier. Comme si ses mots avaient une réelle emprise sur moi, et emplissaient mon être de l'intérieur, le déroutant, et le faisant faillir.
Il s'arrête et me jette ce regard carmin intimidant que je commence à connaître par cœur, et qui me donne des frissons de frayeur.
- Anderson.
…Je soupire, mordant ma lèvre en regardant ailleurs, excédée.
- Comme… de l'eau de roche… , m'arrache-t-il entre mes dents de mauvais gré.
L'imitant, c'est à peine si j'avais haussé la voix aussi. Je comprends que la situation est sérieuse. Avant tout il vaut mieux que nous soyons du même côté. Mais au moindre danger, au diable son égo.
Le temps s'écoule à nouveau, notre rythme soutenu, rien ne perçant le silence si ce n'est ma respiration devenue laborieuse. Il me semble même que tout était indifférent à mon angoisse montante. L'air se fait de plus en plus nauséabond, toujours plus glacé.
Soudain, il se fige. J'en profite pour récupérer un tant soit peu à côté de lui. Ses yeux sont rivés sur cette brume bien plus proche que je n'aime, le visage tendu. Cependant juste après il prend la décision que j'aime le moins et accélère le pas, et je me retrouve presque à courir pour ne pas me laisser distance.
Mes yeux s'écarquillent lorsque la terre et les herbes sèches deviennent plus molles et humides… Mais plus nous courrons, plus il devient évident que ce n'est pas seulement de la pluie qu'ils avaient bu. C'était quelque chose que je n'avais pas envie de m'avouer, peu importe ce que m'indique cette couleur brune carmine sombre.
Puis nous ralentissons. Nos pas se faisant irréguliers. Enfin je me pétrifie. Car devant moi, s'étale la vision d'horreur la plus grotesque de ma vie. Là, s'étend l'explication de l'horizon rouge sang : des cadavres. Les premiers d'une masse innommable. À perte de vue. Démembrés. Déformés. Découpés. Dévorés. Ensanglantés.
Mon corps se met à trembler de façon incontrôlable. Les yeux de Vincent, avec une panique et une inquiétude, une incompréhension ténues dans le regard, parcourent le lieu avec empressement. Chaque fois qu'il s'apprête à bouger, il s'arrête à nouveau. Et je comprends alors qu'il désespère de trouver un signe de vie. Il finit par froisser le nez et y porter sa cape.
…Ce n'est pas un rêve, c'est un cauchemar. L'odeur de la scène devient insupportable. Plusieurs longues inspirations par la bouche me sont nécessaires pour éviter de vomir et garder mon sang froid. Mon estomac est parcouru de crampes, que j'essaie de calmer en vain.
En même temps qu'il s'assure pour la énième fois que je suis toujours là à côté de lui, il marche un instant autour, se penchant de temps à autre, sa cape baignant, tous les liquides remontant toujours plus le tissu par capillarité. Je le regarde avec un air effaré. Bien que nous semblons partager le choc, il arrive encore à se mouvoir et à réfléchir.
Il a l'air de chercher une explication à comment tout cela avait pu arriver, enquêtant aux alentours. Ses sourcils sont froncés, ses yeux fixés sur le carnage, l'air envahi par un profond sentiment d'injustice et de peine. Pour la première fois depuis plusieurs minutes, j'arrive à me mouvoir, mais ne parviens pas à franchir les premiers corps.
L'air de sentir mon regard insistant et mon appel silencieux, il revient à mon côté. Dès qu'il arrive à portée, je saisis vivement son bras gauche, juste avant la greffe et le serre de toutes mes forces, tandis que mes yeux balayent une fois encore le paysage digne d'un Hitchcock.
- Que pensez-vous qu'il soit arrivé ? N'étions-nous pas censés retrouver ces personnes à Junon ? je chuchote, le cœur battant, serré dans un étau.
Ses yeux se détachent de ma prise pour observer d'un air mauvais l'orage plus loin.
- …De quoi qu'il s'agisse, cela a poussé les gens à fuir dans la panique… et à causer leur perte d'une autre façon. Des montres les ont interceptés. Selon les écarts entre certains d'entre eux… certains ont couru pour leur échapper.
Ses lèvres se pincent, ses traits se froissant une seconde de contrariété et ses yeux assortis à la scène ne portent pourtant rien de son horreur.
- …En vain, finit-il. Ils sont si nombreux que je crains qu'il ne s'agisse de toute la ville.
Son regard se porte au loin, faisant le tour de l'horizon. Je crois reconnaître à nouveau cet air de douleur et de frustration lorsque son regard se pose sur une enfant entourée de sa famille plus loin. Ma poitrine se serre aussi, à travers le choc.
- Ce n'est pas de votre faute. Nous ne pouvio –
Soudain, un son mouillé se fait entendre. J'avais entendu ce son, quelques fois seulement, dans ma vie, dans ces documentaires animaliers : le même que fait un félin quand il déchiquète sa proie, le même que font les hyènes quand elles dévorent les cadavres, le même que fait un prédateur quand il entaille sa proie de ses crocs avant de la manger. Sans vergogne.
Il glace d'effroi, et pétrifie sur place l'humain qui l'entend.
(Music : He shot my dog de John Wick 3)
Plusieurs silhouettes se relèvent, plus loin. Des bêtes, qui s'étirent, nonchalamment. J'écarquille les yeux en réalisant que nous les avons tirés de leur sommeil digestif. Des loups. Immenses. Leur pelage d'un mauve presque noir et ensanglanté, parfaitement camouflés dans la scène horrifiante qu'ils ont probablement causée.
Ils braquent aussitôt leurs yeux dorés dans notre direction, comme affamés de faire tomber toujours plus de victimes quand plus jamais ils ne connaîtront la faim. Ils nous désignent comme étant leurs prochaines proies, malgré les dizaines jonchant la plaine entre nous.
Ils veulent chasser disait Alan Grant.
- Cours, s'exclame Vincent en me repoussant en arrière avec le bras que je tenais. Cours ! ordonne-t-il, pour m'exhorter à reprendre mes esprits et me mouvoir.
Il dégaine son arme et tire en mode automatique. Les coups de feu résonnent à mes oreilles, perçant mes tympans, se répercutant à l'infini.
La peur me donne des ailes alors que je m'élance aussitôt dans la direction que nous avions empruntée, Vincent marchant à reculons à mi-chemin entre le sprint et la marche rapide. Ayant engagé le combat, je le distance cependant rapidement, et ses balles puissantes ralentissent ou blessent profondément les loups qui le toisent alors avec prudence. Mais ils sont une meute entière. Ils commencent à essayer d'esquiver. Et je réalise que la situation est grave quand malgré la puissance des coups, le groupe comme un seul homme a le courage de continuer à progresser vers lui.
Je m'arrête, hors d'haleine, le cœur à mille à l'heure. Malgré ma peur envahissante, il est hors de question que je prenne la fuite sans lui. Et je suis éreintée. Si cette longue marche m'a indiqué quelque chose en terrain plat, c'est que je n'ai clairement pas sa forme physique et ses longues jambes.
Sans lui, de toute façon, je n'irais pas bien loin. Et je ne le déteste clairement pas assez pour le laisser à son sort. Aussi ennuyant qu'il soit, j'ai bien vu à son regard tout à l'heure qu'il peut éprouver quelque chose.
- Anderson, continue !
Il recharge, empoignant rapidement un monstre qui s'est jeté sur lui par la mâchoire avant de l'envoyer au loin de sa greffe. Je n'ai pas le temps d'être impressionnée. Je parcours à nouveau l'horizon du regard, cherchant désespérément une solution quand soudain, à une trentaine de mètres à notre droite, j'aperçois un modeste scooter noir renversé.
Il était évident que des gens auraient essayé de fuir avec un véhicule. Je suis même étonnée que tous aient été détruits ou interceptés malgré leur vitesse. « Là ! Il nous le faut ! » je m'écrie en pointant l'objet du doigt. Au vu de la carrure des monstres, il n'y avait aucune chance qu'on puisse les distancer en courant. Du moins pas moi, comme tous les autres avant moi.
Je m'élance à corps perdu en direction du véhicule avec les forces qu'il me reste.
- Anderson ! s'exclame-t-il mi-autoritaire mi-inquiet.
Il me suit vivement quand même, continuant de tenir les monstres à distance sans trop de peine. Un loup se détache néanmoins des autres pour faire le tour et l'ignorer pour venir vers moi. Je m'exclame de peur et somme mes jambes de me porter plus vite. Il nous rattrape vite sans effort, d'autres loups suivant son exemple.
J'essaie de me concentrer sur le véhicule. Bon sang ! Il s'apprête à sauter et ignore sciemment les coups de feu pourtant perforants.
-Angelina, recule !
Alors que je ne suis plus qu'à quatre mètres, j'entends un son familier. Je me protège de mes bras, me figeant. La seconde d'après, une explosion me projette au sol, deux mètres plus loin. Ma tête et mon buste heurtent le sol avant mes jambes alors que je finis par quelques roulades. La chaleur des flammes semble me dévorer entièrement, bien qu'elles soient loin.
(Music : Ignition Flame de FF7 Remake)
Je me relève difficilement, mon bras à vif devant le visage, les oreilles sifflantes et douloureuses. Un vertige me prend et après seulement deux pas incertains la main sur le sol, je trébuche et glisse sur le sol poisseux.
- Angelina, relève-toi ! j'entends quelque part près de moi. Lève-toi !
Violemment, un bras glacé entoure ma taille et me tire brusquement pour me remettre sur pieds et m'entraîner dans une direction.
- Vincent, le… , je marmonne de façon incohérente.
Ma vue trouble s'éclaircit rapidement à mon soulagement. Le choc de la chute me perce encore mais comprenant mon manque de vivacité Vincent n'a pas perdu un seul instant pour me porter contre lui, le bras gauche enroulé fermement autour de moi. Il s'arrête enfin brusquement après une course effrénée pour me poser. Je vois qu'il avait relevé le scooter et essaie de pousser le plus respectueusement possible le corps qui s'y trouve.
Horrifiée, je le regarde avec de grands yeux effarés. Puis, les mains tremblantes, je retire les mains entourant obstinément les manches du guidon. Je me rends compte pour la première fois que je pleurais et sanglotais comme une petite fille, totalement emprise de peur et autre.
Il tire encore plusieurs fois, avant que sa greffe ne m'aide à enfourcher le véhicule, la clef toujours dans le contact. Je lâche une exclamation de terreur quand un monstre esquive sa balle et s'élance d'un bond sur nous. Vincent se place aussitôt en ligne de mire mais alors qu'il place sa greffe pour l'attraper, le métal glisse contre le pelage et se fait plaquer au sol !
J'entends un grognement étranglé –
- VINCENT ! je m'écrie en le voyant se débattre pour retirer la mâchoire du monstre fermée sur son épaule.
Des coups de feu se mettent à voltiger en tous sens, me faisant fermer les yeux par réflexe. Il lance un sort qui fauche les autres loups qui étaient à un cheveu de nous assaillir aussi. Une fournaise incandescente s'élève dans les airs, le loup sur Vincent faisant barrière alors qu'ils continuent de se débattre.
- Vincent !
Je ne sais quoi faire ! La bête émet des gémissements plaintifs canins aigus alors que sa greffe le taillade avant de se planter fermement dans sa poitrine pour serrer sa pince. Je me précipite sur mes armes, décidant qu'il était plus que temps d'ignorer sa directive. Mes mains tremblent plus que jamais. Bon sang !
Je lâche le scooter se tenant contre ma jambe, le laissant retomber au sol, alors que je me dresse, sort un revolver, enlève précipitamment la sécurité avec des doigts moites et imprécis, et charge. Une demi-seconde après, j'appuyais répétitivement sur la détente. Je décide de viser sa tête jusqu'à ce que Vincent arrive à se dégager en profitant de la surprise du monstre.
Il se relève d'un mouvement, tenant son épaule gauche ensanglantée avec sa main humaine, le reste des doigts sur son fusil et avec un geste large du bras gauche, fendant l'air de haut en bas en diagonale. Les quatre monstres les plus proches qui s'avancent vers nous après que les flammes se soient réduites prennent brutalement feu. L'explosion fauche les deux plus loin.
-Vin – !
Aussitôt balayés par la puissance du sort soulevant une bourrasque incandescente sur nous tout à fait insupportable, je me jette contre Vincent pour que nous chutions au sol. Mais celui-ci m'attrape contre lui et nous entoure de sa cape, les flammes léchant le tissu sans nous atteindre à mon étonnement. Je partage brièvement un regard estomaqué avec lui.
-Okay ! je le complimente brièvement, tremblotante.
Quelle puissance, telle qu'elle peut nous balayer si nous sommes trop proches. Je n'ai pas le temps de maugréer parce que je suis certaine que c'est nécessaire à l'élimination de monstres aussi robustes. La réputation de mage de Vincent n'est plus à refaire, aussi je pense qu'elle est volontaire, et même si ce n'est pas le cas, alors c'est qu'il ne peut pas faire moins. C'est à nous de mettre de la distance.
Il n'a à me pousser qu'une fois pour que je range mon arme et me jette sur le scooter pour enclencher le contact tandis que Vincent monte difficilement derrière moi tout en tirant. Le scooter est trop étroit pour deux et sa carrure de combattant de 1m84. Grognant de frustration, je me relève, tire sur son genou pour l'intimer à nous accommoder et m'assois sur ses jambes.
Il se repositionne vivement, le bras gauche autour de moi et sans un mot enfonce la pédale d'un pied pendant que je tiens le guidon, provoquant ma totale surprise à la brusque accélération. Le véhicule s'élance à toute vitesse, pendant que j'essaie de le maintenir fermement pour qu'il aille droit, malgré les embûches sur la route humide et irrégulière.
Au moins le Cerbère les maintient plus efficacement à distance, et son Brasier nous dévie à peine lorsqu'il relance des sorts. De toute évidence il est plus à l'aise à distance. Le vent fait claquer mes cheveux et mes vêtements, aussi vivement que mon cœur bat. Trois loups nous poursuivent encore alors que Vincent se maintient le torse tourné comme il peut pour les abattre.
Je peux déjà en déduire qu'il a besoin de temps entre ses sorts. Il ne relâche cependant jamais la pression sur nos poursuivants qui, si Vincent ne tirait pas, n'auraient aucun mal à nous rattraper.
Je me sens fébrile, la peur m'empêchant toujours de me mouvoir correctement. Le fait de guider sans pouvoir maîtriser la vitesse m'empêche de me sentir maître de la situation, en particulier pour nous sauver. Je me sens plus que tout impuissante. Les chocs de notre parcours manquent de nous faire chavirer à ma prise incertaine. Et maintenant que j'y pense, je n'ai encore jamais posé la main sur un motocycle.
Oh mon Dieu, mais c'est vrai, je n'ai jamais appris à conduire !
- Prenez les rênes ! Je nous couvre !
Il lâche un son désabusé, autant que frustré par-dessus le vacarme du moteur et des coups de feu.
- Ecoutez-moi bon sang ! Je ne peux pas manœuvrer sans contrôler la vitesse ! De plus, je suis bien trop paniquée pour conduire correctement ! Tirer sur des monstres énormes sur une si courte portée me paraît bien plus facile !
Il m'ignore, continuant de tirer.
- En vous tournant ainsi, vous ne faites qu'aggraver votre blessure à l'épaule ! Faites-moi un peu confiance ! Vous vouliez des preuves, c'est le moment de vérité ! …Aussi je ne sais pas conduire !
Il soupire bruyamment, range son arme à sa jambe droite et m'entoure avec ses bras, saisissant le mince guidon par-dessus mes mains fines.
- Au moindre souci je reprends l'assaut.
- Bien !
Nerveuse comme jamais, je me retourne comme je peux sans lui boucher la vue, avec ma tête ou mes cheveux. Finalement, je passe une jambe de chaque côté et me pousse du côté droit pour éviter d'obstruer sa vue. Lorsque je colle bien nos hanches pour m'ancrer sans utiliser mes mains, je n'ai qu'une seconde pour rougir.
Je ressors mes revolvers, enlève la sécurité de celui que je n'avais pas sorti, les charge et tire en mode full auto comme un vrai bourrin sur le monstre qui s'approchait dangereusement de nous, deux mètres à peine derrière. Je plisse les yeux et me force à ignorer le sang qui bat à mes tempes et témoigne de mon angoisse.
Je n'ai pas de chargeurs infinis.
Je prends un grand souffle pour me calmer, pendant que Vincent lance régulièrement des regards en arrière et nous maintient à distance. Il lance même un Brasier d'un geste vif du bras droit. Je me concentre, prends mon temps, et d'un geste sec, tire plusieurs balles en pleine tête.
Le loup visé trébuche aussitôt et roule sur plusieurs mètres avant de s'arrêter, secouant l'échine. C'est comme si leur fourrure était impénétrable. Vincent avait déjà bien amoché les deux autres. Je vise du mieux que je peux mais les rate plusieurs fois jusqu'à manquer de munitions. Vincent doit aussi modifier notre course pour nous aider. En constatant que nous sommes sur terrain sec, je me dis que je n'ai vraiment aucune excuse pour rater mes cibles.
En essayant de garder mon sang froid, je place un flingue sous mon aisselle et l'autre entre mes dents. Ma main fuse sur la sacoche à ma taille, prend deux chargeurs et recharge en prenant appui sur le dos de Vincent, puisque je n'ai que très peu de maniabilité.
Je continue de tirer et cinq minutes plus tard, après des coups de feu lents et incessants pour essayer de viser, j'atteins un des loups grièvement à la patte avant. Vincent les fauche à nouveau d'une explosion impressionnante qui nous pousse en avant.
Un des monstres ralentit enfin en trottinant, gémissant, avant de s'arrêter. Son compagnon s'arrête avec lui, les loups marchant probablement en meute ici aussi.
(Music : Anxiety de FF7 Remake)
Finalement, je soupire et baisse mon visage. Une fatigue incroyable me prend.
- Ils se sont arrêtés, j'informe Vincent bien qu'il observait déjà d'un œil. Il n'y a pas l'air d'y en avoir d'autres à l'horizon.
Il ne répond pas et je remarque pour la première fois le sang dégoulinant sur ma jambe, depuis son épaule gauche. Coulant sur nous deux en vérité. Je réalise qu'ayant préféré l'offensive, il a manqué de se soigner. J'observe mieux sa blessure plus avant.
-Vous devriez vous soigner.
Je recule mon visage et tiens mes cheveux en les plaquant contre ma tête, armes toujours à la main. Nous étions à dix centimètres de distance à peine. Je le détaille. Il déglutit difficilement. Il avait encore pâli entre temps, comme si c'était encore possible.
- Votre blessure… Ça a l'air grave ! je m'écrie pour couvrir le vent et le scooter au cas où il ne m'aurait pas entendue.
Il recule momentanément sa tête. Il prend une inspiration laborieuse, l'air concentré sur la route, à toute allure.
- …Ne crie pas, je t'entends très bien.
- Et bien répondez-moi, l'énergumène !
- Contente-toi de nous couvrir et de surveiller les horizons. D'autres monstres peuvent surgir, ordonne-t-il entre ses dents.
Puis levant sa main droite, une lueur verte m'enveloppe faiblement un instant. Le sort me rafraîchit momentanément. Mes lèvres s'entrouvrent, roulant des yeux comme jamais au ciel.
- Mais c'est incroyable ! Pas moi triple nigaud, c'est vous qu'il faut soigner ! ! C'est maintenant que vous décidez de faire du sentiment ? Ugh ! je désespère.
- …Je suis en manque de Magie… et je peux attendre.
Je l'observe fixement. Il n'a pas l'air d'aller bien du tout pourtant.
Je lâche un soupir de colère et de frustration en me redressant à l'endroit sur ses jambes, ignorant à nouveau la position intime que nous avons partagée. Il s'écarte et ouvre son bras droit pour me laisser manœuvrer tout en surveillant que je ne chute pas de l'engin.
Encore retournée par tout ce qu'il s'est passé, je regarde fébrilement aux alentours, les mains sur le centre du guidon pour ne pas le perturber. Au moins, je me sentais un peu plus en sécurité entre ses deux bras tendus de chaque côté.
Je me force à ne rien dire, ni faire, en me disant qu'en sécurité, nous aurons le temps de nous occuper de ce qui pouvait attendre en cet instant. Mais le froid, le silence et le sang partout sur moi, dont aussi le sien, ne me que laissent trop le loisir de maudire mon incompétence. Je ressasse la scène, me demandant ce que j'aurais pu faire de mieux.
Lorsque nous arrivons à Fort Condor, les lieux semblent inhabités depuis des lustres, alors que nous y étions le matin même. La température a d'ailleurs nettement grimpé tandis que nous nous sommes approchés de l'endroit encore quelque peu verdoyant et illuminé.
- Nous avons raté le vaisseau, je déclare avec anxiété.
- Il était censé passer très tôt, raisonne-t-il.
Je descends prudemment du scooter et l'observe se mouvoir avec prudence, m'emplissant d'inquiétude.
- Bien, vous devez avoir récupéré votre mana, non ? Rentrons vite.
- …Mana ?
Malgré mes jambes tremblantes et ankylosées, je m'élance vers la porte et donne un grand coup de pied dans la porte mais cela n'a fait que m'amocher. Si ce n'était pour la paroi, je serais tombée raide au sol. Non seulement je n'ai rien de sa forme, mais je n'ai rien de sa force non plus, au moins ceci, c'est réglé.
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaïe ! Ah mon Dieu !
Vincent hoche la tête négativement, en soupirant.
- Aucun commentaire, j'ordonne une fois que j'avais arrêté de sautiller en tenant mon pied et grimaçante.
Il me lance son habituelle œillade blasée et sort ce qui semble être un PHS, à en juger par l'apparence du téléphone portable. La joie de pouvoir rencontrer un autre membre d'Avalanche est totalement gâchée par le fait que sa cape soit à moitié trempée de sang.
- Cid…
- Cid ! je m'exclame.
Il glisse brièvement un regard, interpelé par mon volume.
- Je suis à Fort Condor. Il y a eu… un problème à Junon dont il faut que je parle. Il est impossible de s'y rendre. La plaine grouille aussi de monstres. Étant accompagné, j'ai dû rebrousser chemin.
Parce que maintenant, c'est ma faute ?!
J'émets une exclamation d'indignation. Il m'interrompt d'un geste vif de la main. Pause. Je plisse les yeux dans sa direction, furibonde. Il me fixe calmement des yeux, comme pour m'intimer à l'apaisement par la force de son regard pendant qu'il écoute. Je n'admettrai jamais que cela fonctionne étrangement.
- Je comprends, à quelle heure ? …Sans faute.
Il referme le clapet d'un coup sec et se toise un instant, l'air perdu avant d'aviser et de le ranger dans une autre poche que celle où il l'a sortie. Il me regarde alors avec un air tendu mais le visage lisse de toute émotion vive.
- …Nous devons rester ici pour la nuit. Cid, le capitaine de…
Sa voix se meurt alors qu'il me dévisage et que je trépigne presque d'impatience. Je l'encourage vivement en haussant les sourcils.
- Il est trop dangereux de voyager la nuit sans visibilité. Il revient demain avec le Shera.
Je m'exclame de joie, puis m'interromps aussitôt.
- Attendez, sommes-nous en sécurité ici ? Ne serait-ce que pour la nuit ? Qu'est-ce qui nous garantit que d'autres monstres ne vont pas assaillir cet endroit maintenant que plus personne ne le garde, je fais remarquer avec inquiétude.
- …Les hommes armés de snipers maintenaient sans faute les monstres jusqu'à il y a encore ce matin. Je doute qu'ils tentent un assaut si tôt, mais quoi qu'il en soit, je serai là. Et cela reste une forteresse. Les portes sont solides.
- Bien.
Mais je ne suis toujours pas tout à fait rassurée.
- J'espère qu'elles ne sont pas solides au point que nous ne puissions pas rentrer. Il faut absolument vous soigner maintenant, j'insiste.
L'air de vouloir démontrer le contraire, Vincent soulève une de ses longues jambes et défonce la porte d'un seul coup de pied salutaire. Je le jalouse fiévreusement avant d'entrer prestement avec le scooter, toujours nerveuse.
Il entre après moi et barricade à nouveau lourdement la sortie, y glissant également du pied des caisses de bois abandonnées. Curieuse, j'essaie de l'imiter et bous à nouveau d'envie quand je vois que je parviens à peine à en faire glisser une en y mettant tout mon poids.
- Monte, dit-il avec sa voix grave portant dans le silence.
Mais j'attends qu'il finisse près de l'échelle, observant avec culpabilité le sang nous imprégnant, dont la blessure qu'il tient à l'épaule. Il me rejoint enfin, me fixant.
- Vous arriverez à monter avec une seule main ?
Il affiche un air curieux, penchant légèrement la tête, avant de hocher pour me rassurer. Soupirant, je monte à contrecœur. Je le toise alors attentivement arrivée en haut, me demandant comment il va – d'un bond agile, il couvre la distance et calcule visiblement bien sa portée, puisqu'à peine émergé, son pied atterrit au bord comme s'il avait monté une simple marche. D'ailleurs il poursuit sa marche tout aussi simplement.
…Il doit crâner, ce n'est pas possible.
Nous retournons à la salle de restauration, la plus grande, avec des tables et des bancs toujours aux même endroits. Il s'arrête à la première table au centre, et à sa façon de s'asseoir je dénote enfin cette fatigue et cette douleur dont je me doute qu'il ressent.
- Un Soin maintenant ? j'assène encore d'un ton que j'espère plus avenant.
Il ne répond rien alors qu'il retire sa cape. Son haut est fendu, déchiré. Sa blessure ouverte dénote de la chair à vif mal raccordée à la peau. Stupéfaite, je constate même le blanc de sa clavicule à l'air à son extrémité. J'écarquille les yeux, prenant une grande inspiration et serrant les poings pour ne pas m'évanouir.
- Si tu es sensible, tu devrais détourner les yeux.
- Je ne suis pas sensible ! Mais enfin vous vous rendez compte de ce que l'on vient de vivre ? je réplique défensivement. Soin ! j'ordonne.
Est-ce que ce foutu personnage de jeu va m'écouter un jour ? Il était optionnel en plus, que diable !
Mais d'abord il est en train d'aviser les dégâts. Ensuite seulement, il place sa main au-dessus de son épaule, et un grand éclat de lumière verte nous illumine un instant. Quand elle faiblit, une lueur magique d'un turquoise attrayant lie sa main à son épaule. Les muscles comme la peau se referment de façon incroyable sous mes yeux. Jusqu'à ce qu'elle soit complètement lisse et nette.
Je cligne des yeux avant de les agrandir, abasourdie. C'est une chose de le savoir, c'en est une autre d'y assister. Maintenant je constate par moi-même pourquoi j'avais aussi mis Vincent en Mage offensif et Soigneur. Cependant, de nombreuses matérias l'affaiblissaient, alors sa fragilité durant les combats me rendait toujours nerveuse.
Après un moment il s'arrête et étire son épaule, comme pour en tester la maniabilité.
- Ça va aller ? je presse.
Il se tourne vers moi, tâtant distraitement son épaule, me regardant avec un air toujours plus curieux.
- Tu as l'air de tout savoir. Tu devrais deviner que mes capacités en magie me permettent de me remettre de n'importe quelle blessure, sans oublier une guérison rapide.
Il plie et déplie sa greffe sous nos yeux, le métal accrochant la lumière et attestant de sa force au bruissement métallique tendu que nous entendons.
- Ce corps est une machine, assure-t-il amèrement.
Je fronce les sourcils, quelque chose tirant sur mon âme lorsque j'entends sa voix. Je me laisse tomber sur le banc à une table en face de lui, le sac à côté de moi.
…Je suis littéralement éreintée. Je fixe le vide, relatant tout ce qui venait d'arriver, ne réalisant pas encore que nous nous en sommes sortis en un seul morceau. Que nous sommes maintenant à Fort Condor.
Je me sens bizarre, presque flottante, comme étrangère à moi-même. Sale et courbaturée. La douleur que j'essaie d'ignorer depuis plusieurs heures s'intensifie, sans oublier mes mollets brûlés par l'effort. La brûlure à mon bras n'est presque plus visible ou sensible grâce à son Soin plus tôt, mais je sens encore la chair tendre me lancer sous la peau.
J'ai tout le flanc droit qui me fait énormément souffrir depuis que j'avais atterri au sol pendant l'explosion. Et tout ce sang de toutes les origines : lorsque j'avais chuté au sol, celui de Vincent. L'image de la petite fille embrassée par sa famille me revient en tête, me faisant sursauter. Une vague glacée s'abat sur moi, avec l'impression de chavirer. Où suis-je… Où suis-je bon sang ? Est-ce vraiment Gaïa ?
Je l'entends se mouvoir, se redresser sur le banc. Je sursaute, pourtant toujours dans un état second, l'air glacé entre mes lèvres, les mains tremblantes refermés sur mon pantalon. Vincent penche légèrement la tête, ses yeux appelant à mon attention alors qu'il m'observe, presque interrogateur.
…D'ailleurs, quand on y pense, depuis que nous nous connaissons nous n'avons cessé de nous chamailler… mais quand le moment est venu de nous sauver, nous avons travaillé de concert et nous sommes raccrochés à l'autre pour nous protéger l'un l'autre. Et ce sans hésitation.
- …Vous m'avez encore sauvée, je lance d'une voix blanche. Je vous demande sincèrement de me pardonner pour votre blessure à l'épaule… Vous avez été blessé par ma faute.
Il a encore cet air curieux mais réponds très calmement :
- …Nous nous en sommes sortis. C'est l'essentiel, répond-il tout aussi machinalement. Chercher un véhicule était probablement la meilleure des options. Mais elle était risquée.
Mais il ne me fustige que très brièvement du regard.
- Je n'aurais pas dû me laisser pousser par la curiosité en premier lieu, de toute façon. Ce qui est arrivé est avant tout de ma faute.
- Votre mission était de chercher les survivants. Vous l'avez suivie, j'argumente fermement. Nous ne pouvions pas savoir et il aurait fallu en avoir le cœur net à un moment ou à un autre. Nous aurions fini par constater un manque de communication de leur part, n'est-ce pas…?
Il soupire par le nez de façon défaitiste, me donnant raison.
- L'orage avait l'air de mauvais augure pour le vaisseau aussi.
Mon visage se froisse.
- Aussi, je m'excuse d'avoir été si ridiculement inutile. Je n'ai gardé que très peu de ma contenance et j'ai constitué un poids pour vous. Nous nous en sommes sortis uniquement grâce à vous. Je crois que j'aurais besoin de me faire la main avant de m'exposer à ce genre de situation à nouveau, je souffle avec frustration.
- Faire la… Tu t'en es très bien sortie pour une civile, contre-t-il aussi assurément le regard intangible.
Je baisse quand même les yeux, serrant les dents et les poings sur mes genoux rompus.
- As-tu besoin de soins ?
Il me parcourt du regard, m'inspectant.
- Je n'ai rien, grâce à vous. L'explosion m'a juste surprise.
Je regarde une dernière fois son épaule pour m'assurer que j'avais bien vu et qu'il était bel et bien guéri. Je prends une inspiration, me forçant à sortir de ce brouillard dans lequel je suis plongée.
- Encore merci. Vous avez toute ma gratitude.
Je me relève en évitant ses yeux rouges vifs perçants. Je suis encore rouge de honte.
- Je vais me laver et voir ce que nous avons.
Je m'éloigne alors de quelques pas, la tête emplie de pensées concernant ce que je venais de vivre et voir malgré moi, quand une interrogation me taraude :
- Les monstres…
- …Geostigma, répond-il à ma question muette. C'est l'effet qu'a eu la maladie sur les monstres. Tout cela est encore très récent, mais la vitesse à laquelle elle se répand a suffi à transformer ceux que nous avons rencontrés jusqu'au stade final déjà.
Je hoche la tête de façon absente, sans savoir s'il le verra ou pas. La situation était donc bien grave, même s'il essaie de passer cela sous silence.
- Vous vous trompez, vous savez. Vous êtes très beau, et ce corps est magnifique. Différent, c'est sûr. Mais en tout point parfait. Vous êtes très chanceux quand on sait qu'on ne peut pas choisir. Bien qu'il n'ait pas su satisfaire une certaine femme à l'époque, je susurre pour éviter de prononcer son nom et apporter un autre lot de tristesse. Aujourd'hui, il contenterait avec joie des centaines d'autres.
Si son corps est une machine, qu'en est-il de moi ? Je reprends ma marche, l'esprit éreinté et le regard vide et vague.
- Pas comme moi, je rajoute pour moi.
Je me dirige ensuite vers une salle d'eau, en espérant qu'il en reste.
- Vous retrouverez quelqu'un qui vous fera changer d'avis, j'en suis sûre, je scande de loin avec désinvolture.
- …
Fin du Chapitre-3
Comment trouvez-vous ce chapitre 3 ? L'histoire avance bien je trouve ! J'ai vraiment essayé de rendre évident leur caractère et leur relation tout ce temps. Et je pense que maintenant que nous sommes bien lancés, il me reste à approfondir.
