Merci encore pour tout votre soutien !

Ce chapitre sera un peu différent des autres et complètement nouveau. C'est une idée que j'ai eue très récemment, et je suis contente de pouvoir refaire cette réécriture et pouvoir réintégrer certaines idées qui permettront d'approfondir l'histoire.

Quoi qu'il en soit, réponses aux reviews, encore merci pour vos commentaires :

Sajuuk : Tiens, t'es le premier ! Contente que la suite te plaise toujours ! (Je sais, je sais, je me répète…) Au moins, toi, tu as deviné ce qui comment à se planter juste à ce moment ! C'est très bien, bon lecteur… L'entraînement, décidément, j'y arrive, mais j'ai l'impression que j'ai tellement de trucs dans la tête que ça va prendre du temps ! Je te mets la suite rapidement !

Dollyvic : C'est vrai ? T'as adoré ? Tu me fais très plaisir, mais la suite va encore plus te plaire je pense ! J'avoue que j'aime bien le 3 aussi, lol, le chiffre y est pour quelque chose faut dire aussi. Les échanges, je me suis pétée de rire moi-même là-dessus ! Tu le redis : Vincent est beau, et oui ! J'espère que tu as aimé la surprise !

Artémis : Tu t'es marrée, ah là là…J'y crois pas ! Moi aussi. MDR. Je me suis bien amusée dans ce chapitre aussi, mais le 3 reste quand même l'un des meilleures pour moi ! ^ ^ Ouais, la phrase à la fin, ça craint !

CupcakesCult : Ah ! Merci beaucoup ! Il est vrai que je prends moi-même beaucoup plaisir à écrire ces répliques et laisser se déchaîner mon imagination et mon piquant naturel. Maintenant que j'ai acquis la maturité nécessaire pour écrire ce genre de dialogue, leurs réactions me paraît soudain très naturelle et évidente si on prend on compte leur personnalité.

Ah ! Je suis contente que tu aies pu mettre un peu la main sur l'un des meilleurs jeux du monde ^^. Et c'est vrai que cerner la personnalité de Vincent n'est pas très évidente...je la trouve même différente à chaque opus de la série FFVII. (Et oui, les animations sont un peu chiantes dans FFVII, et pas que Vincent d'ailleurs je trouve. Chaque fois qu'ils font de la magie ou des invocations à la suite, c'est juste une torture...)

Mais, ce que je lui reconnais en revanche, c'est d'être loyal et courageux, et capable de plein de facettes. Pour une écrivain en herbe comme moi, c'est vraiment le paradis de manipuler un personnage malléable capable d'évolution.

Et ne t'en fais pas, ils vont arrêter de se disputer au fur et à mesure. Pas tout de suite (ce serait moins drôle) mais je trouve ça plus logique qu'ils s'appréhendent et s'apprivoisent l'un l'autre au fil du temps. Sachant qu'ils sont tous les deux à l'opposé, ils n'arrivent absolument à pas se comprendre, et Angie ne fait rien pour calmer les choses malgré la patience et la maturité de Vincent. Donc, je dirais que c'est un peu de sa faute, lol ^^'.

Et oui...effectivement j'ai changé des détails qui me paraissaient plus intéressants pour la suite, sans non plus que ça change toute la trame. Jusqu'à Noël, le scénario restera grandement semblable.

Merci pour l'analyse ! C'est à peu près ça. On va dire que j'étais un peu plus perverse aussi à l'adolescence (mdr!) mais de façon curieuse. Maintenant j'appréhende la chose de façon plus comique et romantique. J'arrive à mieux imaginer comment un adulte comme Vincent peut tomber amoureux et agir sur ses sentiments.

Mais contente que ma revisite de l'histoire te plaise autant. Je le fais vraiment parce que j'ai toujours été étonnée de l'engouement que mon histoire ridicule avait suscité à l'époque, et je suis nostalgique de tous ces évènements qui m'ont fait grandir aussi au fil de l'histoire.

Quand à Reno, pour être honnête, c'est au chapitre prochain :P et le triangle amoureux est toujours d'actualité !

Pour Séphiroth...hum. J'ai fait un peu de recherches sur l'univers de Gaia, et je peux dire que j'ai trouvé une explication farfelue en béton. Merci à Aeris. Sur ce, je ne rajoute rien de plus...;)

Sur ce mystère, je te souhaite une bonne lecture !

PS : J'en suis vraiment très heureuse. J'ai hâte de savoir ce que tu peux en tirer de ce chapitre et de la profondeur que j'ai ajouté à l'histoire avant bien tirée par les cheveux et mystérieuse d'Angie. ^^

Chocolate Kangoo : Vraiment ? ^^ Super, merci ! Contente que la tournure te plaise et que le nouveau caractère approndi d'Angie plaise autant qu'avant.

Mes amitiés ! À bientôt j'espère ! Merci pour la review.

: Hello ! Comment vas-tu ?

Merci beaucoup ! Je fais vraiment de mon mieux ! Lol, le coup de pied à la porte XD. Ça date même de la première version ! Je ne pouvais pas m'en détacher !

J'espère que la suite te plaira ! Biiiz !

Eclipse1995 (je me demandais, y a-t-il un rapport avec ton année de naissance?) : Hello ! Ça va toi ?

Merci encore pour ton soutien constant.

Angie n'est pas spécialement douée avec les armes. Les circonstances de sa vie ont juste fait qu'elle a reçu quelques notions, mais Vincent garde son rôle d'expert ! Moi-même, je ne sais pas comment je me débrouillerais avec... Bien j'espère !

Vincent moins froid...Hum, possible. De mon point de vue, j'ai toujours trouvé Vincent distant, mais froid...pas tellement. Mais sa patience, ça oui. Ça a toujours été un trait de caractère dominant chez lui je trouve. Toujours très lent et charismatique. Heureusement comme tu dis, sinon oui, ils se seraient entretués lol !

J'ose espérer que tu as reçu les anciens chapitres ? Tu m'en diras des nouvelles.

Oui, ça y est, j'ai repris DMC. Dès que j'ai finis de publier Bleach, je publie la suite pour Clara qui la pauvre, a été pas mal délaissée pendant des mois. De même pour Death Note, qui subit une horrible page blanche. Je n'arrive plus à me mettre dans l'ambiance d'avant qui m'avait permis une telle qualité d'écriture et une approche si élégante qui a fait son succès. Hum...souhaite-moi bon courage pour ça.

Je te laisse, pas de soucis pour le hors sujet avec moi ^^. Biz et à la prochaine !

Kurama Sesshoumaru : Hello ma chérie !

De rien pour la partie histoire, et je suis contente que tu arrives à apprécier quelque chose que tu ne connais pas très bien. Encore et toujours merci pour ton éternel et indéfectible soutien. J'ai toujours une pensée pour toi quand j'écris ^^.

Ne t'en fais pas, Sephy n'arrive pas tout de suite, mais le mystère va s'épaissir, ha ha !...

Envie de lire la suite ^^. Lol. Tu es un peu chanceuse d'un côté. Quand je publie ce chapitre, c'est forcément que d'autres vont suivre... Et du coup tu as plein d'autres chapitre à te mettre sous la dent.

Merci pour le tac o tac ! J'essaie d'être originale.

Désolée encore pour la Japan. Je voulais vraiment y aller... mais vraiment pas la bonne période si je n'avais pas eu un petit ennui financier. Espérons que nous puissions trouver une autre occasion :).

Allez biz et de rien ! Garde l'oeil ouvert pour les autres fics dans les prochains jours ! Bye ma chériiiie !

Ysa666 : Hello, ça va ? Contente de te revoir.

Oui, Maya devrait revenir de toute façon. C'est vraiment la némésis d'Angie, donc je ne peux pas m'en passer. Et grâce à quelques recherches, j'ai enfin réussi à trouver une explication en béton pour sa présence ^^.

Et si, les plantes et les monstres sont aussi infectés (je ne sais pas si tu te souviens de l'épisode de la fôret...).

Oui ! Lol, on m'en a beaucoup parlé. C'est à ce moment-là qu'on comprend que l'histoire des persos est quand même un beau bordel psychologiquement traumatisant.

Oui, on m'a parlé des relations houleuses et peu « redondantes »... Mais pas d'inquiétude, les choses vont se calmer au fur et à mesure.

Lol, peut-être devrais-je faire plus attention aux expressions de Vincent ^^. Elles sont sûrement intéressantes pour le lecteur à ce que je vois. Je vais y penser ;) !

À bientôt j'espère et bonne lecture surtout.

MonaIsla : Hello ! Oui les grandes lignes de l'histoire seront conservées donc Maya va bel et bien revenir ^^. Je suis contente que ça t'aie plu et bien sûr ravie que la réécriture te plaise ! J'adorerais savoir ce que tu penserais de cette dernière réécriture (oui, il faudrait que j'arrête un jour et que je me contente d'avancer haha).

Concernant sa réaction, je pense qu'il était très confus et peiné. Lui il a subi des expériences, Angie est en guerre contre son corps malade et mince depuis son enfance (et elle est en pleine adolescence) donc j'ai voulu faire un parallèle. Bien sûr, Vincent la trouve très jolie et il est le premier surpris de son âge, qu'il va découvrir ici. J'aime à penser que romantique comme il est il trouve toutes les femmes belles à leur manière :).

Chapitre encore corrigé par Full1 3.

Mis à jour : 22/02/2022


Chapitre-4

Retour en cage

M'entendre avec Vincent est inespéré, et c'est sûrement la raison pour laquelle c'est un rêve n'est-ce pas ?

(Music : Anxiety version B de FF7 Remake)

Vincent est aux abonnés absents pendant que je m'affaire dans le Fort en évitant de me perdre. Pour la première fois de ma vie, je dois serrer les dents pour me forcer à me récurer à l'eau froide. Par chance, il reste beaucoup d'effets, et une serviette blanche et propre m'attend sagement à la fin.

Comme je m'en doutais, les gens se sont affairés avec le plus précieux ou important, de fait il reste des vêtements et autres draps et couvertures. Je me permets de prendre un nouveau sac, plus ample cette fois, et ne me sens accomplie qu'affublée de nouveaux vêtements du même genre et avoir délaissé mon plastron et les lanières portant mes flingues à mes hanches.

N'étant pas très épaisse, les vêtements flottent facilement sur moi, mais je me console lorsque j'arrive à trouver un pull-over faisant assez jeune, chaud et épais malgré sa couleur d'un bleu clair délavé. Me réjouissant tranquillement de cette trouvaille, je me plais même à porter le capuchon, chose qui m'est normalement interdite en toutes circonstances sur Terre.

Je suis pour ainsi dire plongée dans le noir lorsque je finis par m'effondrer sur le banc du réfectoire de tout à l'heure, les vêtements et le sac ensanglantés séchant dans la salle d'eau. Je n'apprécie pas beaucoup l'odeur masculine imprimée sur le pull-over mais au moins, j'ai moins froid.

D'ailleurs, il fait beaucoup moins frisquet qu'à l'extérieur même si le jour est tombé. Maintenant que tout le monde était parti, Vincent et moi sommes bien insuffisants pour peupler de chaleur tout l'édifice. Je grelotte quand même, encore plus à mon inactivité.

Je sursaute puis me contient lorsque je reconnais les pas métalliques des bottes de Vincent avançant dans la salle. La lumière du PHS qu'il pose clapet ouvert sur la table m'aveugle un instant, et je gémis un instant en complainte, cachant mes yeux.

Je remarque que sa cape est absente, et qu'il a l'air de s'être lui aussi lavé, les cheveux lisses étonnamment bien rangés.

- Toute la nourriture est partie, j'informe avec une moue étonnée. Je n'ai que le sandwich que nous avons acheté avant de partir.

Je le pousse sur la table entre nous. J'ignore si ce sera suffisant pour un homme de sa taille, ni combien de calories il requiert par jour, mais après sa blessure, je n'avais aucun état d'âme à le lui laisser entièrement en attendant un bon repas demain.

- Où étiez-vous ?

- Je m'assurais qu'il n'y ait aucune issue pour les monstres. J'ai fermé nombre de pièces pour que nous soyons en sécurité cette nuit si par mégarde il y aurait quand même une faille.

- Merveilleux, je conclus à nouveau d'un ton sarcastique mais léger plutôt qu'amer.

Je pose le sandwich de son côté de la table.

- Mangez.

Il me toise un moment, l'air à nouveau pris de court. Il le repousse de mon côté.

- …Je n'en ai pas besoin, c'est toi qui devr –

- Balivernes ! Mangez ! Encore un peu et vous auriez perdu un bras ! Vous avez coulé du sang sur nous pendant un moment si je ne m'abuse. Je n'ai pas pu en nettoyer grand-chose d'ailleurs après qu'il ait séché durant notre trajet.

Je place le pain enroulé dans du papier kraft de façon autoritaire devant lui.

- Mangez, j'ordonne avec une main impétueuse.

Si je pouvais avoir une boîte d'interaction, il m'épargnerait bien des soucis avec lui.

Il laisse échapper un long soupir silencieux, m'observant à nouveau de ces yeux étranges et impossiblement rouges.

- …Tu es extrêmement têtue.

- Je prends cela pour un compliment. Allez-vous le prendre ou dois-je faire l'avion ?

- …L'avion ? questionne-t-il, un sourcil froncé.

- La fusée, je veux dire.

Je hausse les sourcils, réalisant qu'il y a beaucoup de termes qu'il risque de ne pas comprendre à l'avenir et qu'il m'incombera de changer mon discours ou l'expliquer.

Il me toise sans ciller un bon moment, provoquant mon impatience. Enfin, il bouge, mais ce sera pour rompre le pain en deux.

Je secoue la tête négativement, exténuée.

- Vous en avez besoin plus que moi. Je suis gosse de riche, croyez-moi, je suis bien nourrie. Je vais survivre à quelques repas manqués.

Si on ne compte pas mon extrême anémie depuis ma plus tendre enfance bien sûr. Mais n'en parlons pas.

Il m'ignore, ne me laissant pas d'autre choix que de m'emparer de l'autre moitié pendant qu'il mange aussi. Okay… ce n'est pas fameux, mais après toutes ces péripéties et les maigres repas depuis que je suis sur Gaïa, je suis morte de faim.

- Quel âge as-tu ? questionne-t-il soudainement dans le silence glacé.

Je lève les yeux, tiré de mes songes morbides. Je voyais à peine sa forme, juste son visage blanc et ses yeux qui reflètent admirablement bien la lumière blafarde de l'écran.

- Seize ans, je réponds naturellement.

Un silence s'étire à nouveau, pendant qu'il me regarde dubitativement. Je suis étonnée qu'il m'adresse seulement la parole. Il semblerait que l'animosité entre nous avait sensiblement réduit depuis les loups de la plaine. Peut-être partage-t-il comme moi l'impression que nous n'étions pas si mauvais, en fin de compte.

- …Seulement seize ans ?

Je note un certain étonnement presque abasourdi dans son timbre. Il a même l'air de ne pas en croire ses yeux alors qu'il m'observe. Enfin il penche la tête, l'air grave :

- C'est encore pire que ce que j'imaginais.

Je souffle par le nez, rabattant mieux la capuche sur mon front.

- Vraiment, je vous assure Valentine que je ne suis nullement d'humeur pour vos sarcasmes maintenant, je réplique sèchement.

- Comment as-tu appris à manier un revolver ?

Je m'arrête de manger et déglutis lentement ce qui me reste. J'abaisse mon sandwich sur la table en le tenant toujours des deux mains, tandis que je fixe le portable des yeux.

- Huh, je lâche de façon dédaigneuse.

- …Ne pense pas que je n'ai pas remarqué. Je ne dis pas qu'un simple d'esprit n'arriverait pas à retirer la sécurité et charger une arme, mais tu semblais bien savoir ce que tu faisais. Je voulais également savoir si tu avais la moindre notion de combat… et tu as l'air très au fait.

- Je n'ai pas dit le contraire. Inutile de m'accuser, je lance en relevant les yeux, agacée. Je cherche juste le meilleur moyen de l'expliquer. J'ai eu des cours de tirs de temps à autre, au fur et à mesure que je grandissais. Je n'ai jamais trouvé cela nécessaire, jusqu'à aujourd'hui, évidemment. J'avais toujours eu des gardes pour me surveiller où que j'aille, sans compter les caméras chez moi, dans la limousine ou à l'école.

J'ai un rictus désabusé.

- Il faut croire que mon père est un vrai génie, puisqu'il a tout de même insisté pour que je sache me défendre un minimum, seule, si un jour le besoin se faisait ressentir. Je suis donc amèrement surprise que cela ait réellement fini par servir.

- Il a eu raison. Ce n'était pas brillant, mais ça ne te rend pas aussi inutile que tu aimes à le prétendre.

Je le dévisage, silencieusement éberluée.

- Sommes-nous certains d'avoir assisté aux mêmes évènements ? Je n'ai cessé de paniqué dès que ma vie s'est retrouvée menacée. Je pensais sincèrement avoir plus de tenue que cela. Ne parlons même pas du nombre que fois que j'ai crié sans arriver à bouger – j'étais tétanisée par la peur. Vous parlez d'une combattante !

Sa tête s'angle légèrement différemment, ses yeux me détaillant à nouveau.

- …Tu n'es qu'une civile. Tu es étonnamment sévère avec toi-même, note-t-il.

Je roule des yeux.

- Si pour vous la déception d'être inutile en cas de danger équivaut à être dur avec soi, je risque de vous être redondante à souhait à l'avenir, je le crains. Vous réalisez que je suis une pleutre dans un monde où on doit savoir se défendre pour sa vie ? Il y a de quoi être critique.

- Beaucoup de personnes s'assurent de ne jamais avoir à croiser de monstre. Des connaissances approfondies de combat ne sont pas si répandues. Et tu n'as que seize ans, assure-t-il.

Je lâche un souffle agacé, levant les yeux au ciel.

- Yuffie a seize ans quand elle a sauvé la planète la première fois !

- Elle s'est entraînée durement depuis son plus jeune âge, dans un village où les prouesses au combat sont recherchées. Nous la surveillions aussi de très près.

- C'est ce que je disais, mon âge ne représente en rien une excuse, j'assure. Enfin, j'apprendrais, vous verrez. Je refuse d'être un poids. Je trouverais bien la raison de ma présence ici.

…Il finit par acquiescer, l'air d'apprécier une mentalité plus positive. Je suis surprise qu'il ne soit pas plus médisant. Malgré le « Ce n'était pas brillant », il a tout de même fait un compliment. Et il est vrai que j'avais raté plusieurs fois ma cible, sans compter le nombre de fois où j'avais crié et pleuré sans savoir quoi faire… Ugh. Rien que d'y penser, je me sens prostrée de honte.

.

.

.

Bref. C'est vrai, je ne sais rien faire. Mais au moins, il ne m'a pas abandonnée à mon sort… et finissant ma moitié de sandwich, je dirais même qu'on se serre les coudes malgré l'énorme fossé qui sépare nos personnalités. C'est inattendu.


J'installe les draps, grimaçant de douleur à mes mouvements pendant que Vincent sécurise bien l'endroit et fait une dernière vérification, fermant toutes les issues possibles menant à une chambre quelconque.

Je m'installe dans le lit le plus éloigné dans la pièce, dos au mur, emmitouflée dans tous les draps et couvertures que j'ai pu trouver. Je ne suis en revanche affublée que d'un tee-shirt blanc pour la nuit, afin d'être plus confortable. Je prie ainsi que demain soit plus tendre avec moi. Je ressasse encore la scène et sa blessure.

J'étais recroquevillée sur moi et les yeux fermés lorsque Vincent descend l'échelle et s'installe sur le lit que j'avais aussi fait à côté.

- …J'allais argumenter qu'il valait mieux dormir proches pour la nuit, mais je constate que tu es déjà au fait.

- Ne pourriez-vous juste pas me remercier plutôt que sous-entendre que je ne suis pas équipée de jugeote ? Pour qui me prenez-vous ? Au vu des circonstances, il est évident qu'il est plus qu'approprié que nous dormions côte à côte au cas où il arriverait encore un malheur ce que je semble attirer comme la peste.

Je me retourne, irritée, et ce juste avant de dormir. Je grimace, me rendant compte que je suis maintenant sur le flanc droit, celui qui me fait souffrir.

- Un conseil, voulez-vous ? Prenez vos maudits points de supériorité et continuez à les mettre dans les cases Magie et Apparence. Visiblement, le reste est sans espoir.

Il lâche un léger rictus alors que je l'entends s'affairer derrière moi.

- Merci, finit-il par dire me provoquant alors un sourire satisfait que je garde bien pour moi.

Le froid ne tarde pas à se rappeler à mon bon souvenir. Je plie à nouveau mes jambes contre ma poitrine et les entoure avec mes bras. Les minutes passent, et je ne parviens toujours pas à trouver le sommeil, malgré une fatigue écrasante. Je tâte de temps à autre mon flanc droit, toujours aussi douloureux. Je me retiens de claquer des dents alors que je tremble silencieusement sous les couvertures.

Puis, j'entends Vincent se lever derrière moi et relâcher une brève expiration dont je ne saurais qualifier la cause ni l'émotion. Plus irritée encore qu'il réagisse alors que je n'avais rien fait qui puisse le déranger, je l'ignore sciemment malgré sa proximité. Soudain, un long et épais morceau de tissu m'enveloppe toute entière, lourd comme un tapis.

En tâtant la couverture improvisée pour l'arranger autour de mon cou, je remarque les sangles et constate qu'il s'agit de sa cape. Elle est froide sur le dessus mais le dessous contient une chaleur surprenante qui me réchauffe instantanément. Dire que je suis surprise par son geste serait peu dire.

- Merci.

Le silence me répond. Il n'est toujours pas retourné à sa couche.

- Oui, en quoi puis-je encore vous aider ? je traîne d'un ton sarcastique.

- Tu es encore blessée ? questionne-t-il d'un ton étrangement pressant.

Soupir.

- Ce n'est rien. Comme je l'ai dit, j'ai simplement été surprise pendant l'explosion. Je n'ai toujours été que très rarement blessée, d'où l'inconfort. Ce n'est pas comme si je m'étais vidée de mon sang. Vous dormez pour soigner toutes vos blessures, n'est-ce pas ? Demain je serais comme neuve en toute logique. Donc laissez-m –

Un doigt perce mes côtes, me faisant sursauter et interrompant mon bavardage. « Aouch ! » Je me mets sur le dos pour lui envoyer une réplique bien sentie quand un autre doigt surgit à nouveau, cette fois sur le côté droit. Cette fois, je sursaute en tenant mon flanc droit et en laissant échapper une exclamation de douleur peu élégante.

Je balaye devant moi au hasard pour le frapper et le dissuader de recommencer mais ne touche rien. Je ne vois même plus sa peau pâle ou ses yeux. Il fait réellement nuit noire. Le geste, qui me fait bouger le torse, me fait grimacer encore plus.

- Qu'ai-je fait pour mériter un tel traitement ? Avez-vous un vœu de mort ? Ne croyez pas que je ne suis pas capable de me faire respecter ! Allez-vous-en, stupide chevelu !

- …Pourquoi as-tu essayé de le cacher ? Tourne-toi.

Son indigné.

- Non mais je rêve ! Vous auriez simplement pu me demander où j'avais mal !

Pause.

- C'est vrai. Maintenant montre-moi.

Je m'exécute en grognant, montrant d'abord mon bras. Très vite, une lumière étincelante m'aveugle alors qu'un Soin que je dirais assez puissant se lance sur toute ma personne. Je cligne plusieurs fois des yeux, mes rétines rougies avant de retrouver l'usage de la parole.

- Je nage vraiment en plein délire. Vous savez quoi ? Profitez de ma présence pour apprendre quelques manières ! Vous êtes vraiment incroyable… Et c'est moi qui suis stupide ! Que ce serait-il passé si vous aviez touché une zone inappropriée plus tôt par exemple ?

J'entends jusque dans sa voix à point il en est blasé.

- Très bien, mes excuses. Mais crois-moi, cela ne risque pas d'arriver. As-tu encore mal quelque part ?

Il semble s'être excusé uniquement pour se débarrasser de mon irritation bien qu'il en soit la cause. J'inspire puis expire un bon coup pour prendre sur moi. D'un geste sec, je soulève le tee-shirt sur mon côté sans me dénuder de quelque façon suggestive que ce soit. Sa Magie étant puissante, je ne suis pas étonnée que de ne presque plus avoir mal, mais mes os retiennent encore de façon étrange une peine lancinante.

Une nervosité tord mes entrailles quand je me demande ce qu'il va bien pouvoir penser ou trouver à dire sur ma minceur et ma pâleur maladive. Mais dans le silence, une lumière verte inonde la pièce, tandis que des filaments comparables à la Rivière de la Vie relient sa main gauche à mon flanc droit, s'étalant sur ma peau en petites étincelles brillantes.

Je l'aperçois alors enfin. Vincent a l'air concentré sur sa tâche, penché, puis accroupi près de moi. Son visage est aussi neutre que serait celui d'un médecin, même si je tremble de honte.

Ensuite je lui montre mes pieds abîmés par ma première randonnée, au-dessus desquels il fait planer sa main sans tarder jusqu'à ce même la plus petite rougeur ait disparue. Une sensation de picotements et de froid envahie aussitôt l'endroit touché je remarque. Mais une minute après seulement, la lumière s'éteint et nous replongeons à nouveau dans le noir.

- Merci bien, je maugrée plus gentiment en me replongeant sous les couvertures.

Quelle joie la magie de Gaïa.

- La prochaine fois n'hésite pas, exige-t-il en guise de réponse.

Il se retourne après une pause. Je ne relâche ma tension que lorsque j'entends son lit s'enfoncer.

- …Je vais monter la garde. Endors-toi sans crainte.

Je soupire, à la fois reconnaissante et compatissante. Je ne sais pas comment il fait.

- À demain, je lance.

…Je dois admettre que malgré ses mauvais côtés, il m'avait protégé au péril de sa vie. Et pour cela je dois lui en être éternellement reconnaissante. Il aurait pu se sauver seul. Que je le veuille ou non, je lui suis redevable.

De plus, malgré un côté maussade et irascible si provoqué, il fait preuve d'une étonnante patience et sang-froid. Peut-être même qu'il essaie de joindre les deux bouts avec moi, de son côté ? D'en apprendre plus sur moi ? Je ne sais trop.

Nous parlons de la même manière mais j'ai du mal à le comprendre. Il suffit que l'on ouvre la bouche et que l'on se regarde, et des étincelles giclent en tous sens. Peut-être sommes-nous juste trop opposés ? Sûrement devrais-je mieux me débrouiller avec un autre héros, non ? Yuffie, Tifa ? Cid ? Être ici est déjà inespéré… je ne devrais pas faire la difficile. Je les rencontrerais bien à un moment ou un autre non ?

Peut-être devrais-je faire un effort de mon côté pour paraître plus… Je ne trouve pas de mot. Quoi ? Avenante ? Amicale ? Chaleureuse ? Coopérative ?

…Normale ?


(Music : Butterflies de Tony Anderson)

Lorsque j'ouvre les yeux, je réalise que je suis dans ma chambre.

Comment me tromper ? Les murs blancs étincelants n'étaient en rien comparables au trou terreux du Fort Condor.

Avais-je rêvé ? Tout ce temps ? Aurais-je inventé Vincent ? Les paysages ? Les gens que j'avais côtoyé ? …Les horreurs de la plaine de Junon ?

Je me surprends à sentir couler une larme sur le coin de l'œil, ma tempe puis mes cheveux.

Était-ce une si mauvaise situation ? Pendant quelques heures, je me suis sentie libre comme l'air. Je n'avais ni gardes du corps, ni servantes, ni camarades de classe ou professeur du jour et du soir. Plus d'emploi du temps titanesque, réunions ennuyantes à rallonges et cours de conduite. Ni d'esthéticienne à domicile.

Je devais me débrouiller pour tout, par moi-même. Et j'avais je n'avais échangé autant de mots que je n'avais pas tournée dans tous les sens avant de les prononcer, pour suivre l'étiquette. Pour faire bonne figure.

Et il ne fallait pas oublier. J'étais sur Gaïa. Dans Final Fantasy VII. Le jeu.

Je me relève, lourde comme du plomb. En tout cas, pour un rêve, j'en ressens bien les courbatures. Et soudain, la porte s'ouvre à la volée, révélant ma gouvernante, un groupe de servantes et mes deux gardes du corps de nuit.

-Allez prévenir Sir Vladimir ! Vous deux, restez devant la porte ! s'écrie ma gouvernante, une femme dans la quarantaine.

Elle était toujours habillée d'une robe sombre élégante munie d'un col roulé et de manches longues, sans oublier les hauts talons et la ceinture portant les (récentes) armoiries de la famille Andrew, comme si nous étions de sang bleu. Encore un peu et on dirait une nonne.

Les servantes sortent à pas de course tandis que les deux gardes se repostent devant ma porte.

- Angelina Roland Andrew Anderson Alex !

Oui… c'est mon nom…

- Où étiez-vous passé ces trois derniers jours ? tonne-t-elle en accourant à moi en soulevant gracieusement sa robe des deux mains, telle une tornade faisant claquer ses talons comme des coups de tonnerre.

Inspirée par Valentine, je lui réponds d'un ton blasé assorti à mes yeux ensommeillés :

- Madame Sanders. Quel plaisir de vous revoir…

- Et quel est cet accoutrement… ce haillon digne d'un sans-papier ?! s'époumone-t-elle en désignant mon tee-shirt blanc, une fois plantée devant moi.

Le tee-shirt… Il est de Gaïa ! Comment…?!

Tout cela m'échappe, c'est certain… Mais si je suis revenue, je dois pouvoir trouver un moyen de repartir. Peut-être en dormant à nouveau ? Oh… mais si j'atterri à Fort Condor alors que Vincent en est parti… Comment faire ?

- Anderson ! s'écrie-t-on soudain.

Je secoue la tête, agressée par le ton.

- Pour la énième fois, veuillez prêter attention à ce que je dis lorsque je vous parle ! ordonne-t-elle d'une voix ferme et haut perchée. Votre attitude désinvolte n'a pas manqué.

Elle prend une inspiration, l'air fébrile.

- Votre père…

Elle ferme les yeux, cherchant ses mots une seconde.

- Votre père était fou d'inquiétude. Il aurait retourné la Terre entière comme une crêpe si vous n'étiez pas réapparue de nulle part !

Sans trop m'inquiéter de ce qu'elle disait, je me focalise sur mon tee-shirt, m'assurant que ce que je voyais est réel et palpable. Je ne peux avoir rêvé ! Si ?

- Imaginez-vous un seul instant le chagrin de Sir Vladimir si vous aussi vous aviez disparu !

Je lève la tête brusquement, plantant mes yeux dans les siens froidement. Je me détourne ensuite d'elle pour poser des yeux incertains sur la table de chevet. Deux photos y trônent, derrière un réveil. Une de moi… et une…

- Huh. Son chagrin ? Ne me faites pas rire, je réplique d'un ton acide en me dirigeant en un coup de vent vers mon armoire à glace.

Ma chambre, ou plutôt mes quartiers, sont ce qu'on pourrait qualifier d'immenses. Ils occupent tout le flanc gauche du deuxième étage.

Elle a plusieurs portes. En entrant, on tombe sur un piano à queue noir. En prenant à gauche, il y a une petite terrasse avec une petite table de jardin où je grignote parfois en regardant le soleil se coucher, qui donne sur le jardin fleuri de plusieurs centaines de mètres carrés. Riche en décoration baroque sobre bleu, blanche, noire et argentée, ma chambre s'allonge en longueur.

Sur le mur de gauche, on trouve mon bureau scolaire suréquipé à souhait. À droite, mon armoire. Au plafond, un magnifique lustre en cristal scintillant, qui fragmente la lumière du soleil lorsqu'elle est intense dans la pièce, entre midi et 14h00, et le soir au couchant.

Contre le mur du fond, un lit à baldaquin trois fois trop grand pour moi, aux nombreux draps de soie et aux multiples oreillers de plumes. À droite du lit, une simple coiffeuse de marbre avec des dizaines de bijoux et de produits de beauté m'invitent toujours, même pour rester cloîtrée à l'intérieur. À gauche, une porte mène à ma chambre de divertissement : là où toutes mes consoles, jeux, ordinateurs, écrans plasmas et autre bijoux technologiques que mon père autorise entre mes mains trônent. Cette chambre sert surtout à remplir ma solitude.

- Je n'ai vu nul chagrin la dernière fois que cela s'est produit. Juste un homme de sang-froid au cœur de pierre. Mon père ne m'aurait pas plus regrettée. C'est à se demander s'il a seulement désiré ma naissance, je lance en parcourant ma large garde-robe pour en tirer une robe bleue sombre plus volatile et ondulée au niveau des hanches.

Au moins nous serons assorties.

- Enfin, comment pouvez-vous dire cela ?! C'est votre père, bien sûr qu'il en aurait été très peiné ! répond-elle en se retournant le temps que j'enlève mon tee-shirt. Sir Vladimir vous aime plus que tout.

Je roule des yeux.

J'enfile ma robe sans lui répondre. Elle est longue, jusqu'en dessous de mes genoux, moulant mes hanches et mon buste modeste. Un châle transparent assorti flotte sur mes épaules étroites. La robe est à manches longues et à col roulé moulants, comme me le recommande toujours ma gouvernante.

La robe est élégante, mais en tout point ennuyante. Après tout, elle est faite pour n'attiser aucun désir.

Je referme brusquement mon armoire.

- Et bien c'est ce que nous allons voir. Il veut probablement me voir, j'imagine. Où se trouve-t-il ?

- Avec qui étiez-vous ces derniers jours ?

Ah, Madame Sanders, si vous saviez… Une certaine virée en moto en amazone vous ferait tomber raide au sol. Un sourire en coin m'échappe alors que je m'élance.

- Ne me faites pas subir une autre de vos lubies. Répondez à la question. Quel manquement aux règles avez-vous enfreint cette fois ?

- Je n'ai rien fait de la sorte.

- Ne m'entourloupez pas, je vous connais !

Quelques minutes après, je descends et arpente les longs corridors et larges escaliers en bois massifs et cirés au miel menant à la grande salle à manger d'un pas ferme. Je suis affublée de mon armée de serviteurs, comme à l'accoutumée : ma gouvernante, juste derrière moi, suivie de trois de mes servantes et deux gardes du corps de chaque côté. Je me sens à nouveau comme un oiseau en cage.

Mes cheveux ramassés en chignon strict qui ne peut inclure ma frange rectiligne, bat en ce moment furieusement mon front, au rythme de ma marche chevaleresque, tout comme ma robe. Mes bottines claquent bruyamment contre le sol à un rythme maîtrisé que j'échangerais volontiers contre une vraie danse.

Père nous a appris depuis longtemps comment se tenir en public comme en privé : avec panache. « Le monde nous appartient. » En projetant une image, c'est ainsi que les gens nous considèrent et agissent en conséquence.

J'ouvre les deux battants de la porte en d'un geste ample avec les deux mains et pénètre dans la pièce comme j'ai souvent vu ma gouvernante le faire : une vraie tornade. Je voulais paraître confiante, assurée, sûre de moi, pour expliquer que, quoi qu'il se soit passé, je n'avais rien à me reprocher.

Mon père m'attendait, les coudes sur la tables, le menton sur ses mains jointes, à l'autre bout de la grande table (plutôt modeste pour notre rang) pouvant accueillir deux douzaines de personnes. Nous sommes chacun à un bout, face à face. Je m'approche de ma chaise, vers la droite, et fait une révérence pompeuse à souhait : je ferme les yeux, plie les genoux, pose le bout de mon pied gauche un pas en arrière, soulève légèrement ma robe avec mes deux mains et incline mon visage.

« Père. » Qui trompe-t-on exactement ? C'est comme si j'étais la fille d'un roi gouvernant un royaume… Tout le monde sait que nous ne sommes pas de sang noble, riches héritiers ou descendants d'une quelconque lignée prestigieuse. Du moins, de ce que j'en sais, et ce peu importe combien mon père aime ces faux-semblants. Nous ne sommes que des gens normaux extrêmement fortunés qui se prêtaient aux jeux ridicules de la haute société.

- Assieds-toi Angelina, tout de suite. Je suis soulagé que tu n'aies rien.

Son regard est perçant et inquisiteur. Quoi qu'il ait vu, je sens sa curiosité dévorante poindre de l'autre bout de la table.

- Merci, Père.

Un majordome tire ma chaise, me laisse me positionner avant de la remettre pour me laisser m'y asseoir. Je jette un œil à mon assiette vide, les nombreux condiments lourds, riches et sucrés à ma portée puis à la douzaine de couverts de toute sorte disposée en ligne.

Je fais les gros yeux. J'avais mangé avec mes mains pendant trois jours. L'espace de ces trois jours où je vivais comme une roturière, j'avais déjà oublié le nombre de couverts dont je devais me servir. Peut-être même volontairement. Je soupire avant de me servir le pain et les différentes confitures, l'air de rien. Je ne trompe personne sur ma réluctance je crois.

- Où étais-tu passé du soir du 1er Octobre au matin du 4 ? questionne-t-il d'emblée en se servant lui-même de son ton sévère.

- Qu'avez-vous vu sur les caméras de surveillance de l'établissement, Père ? Parce que j'avoue moi-même ne rien y comprendre… , je réponds d'un ton léger, l'air peu inquiète de ce qu'avait été mon sort ces trois derniers jours.

Vincent, heureusement, m'avait guérie la veille. Je n'avais aucune trace pouvant me trahir.

Mon père actionne la télécommande se trouvant à côté de ses couverts et un écran géant descend en longueur du plafond, nous barrant en majorité la vue sur le jardin par les carreaux.

Après quelques manipulations, une vidéo de haute qualité s'enclenche. Une scène très familière se déroule. Moins d'une minute plus tard, il ne restait que mon cartable au milieu du couloir, sans trace de son propriétaire. Mon père arrête la vidéo et me lance un regard appuyé.

Mon père a les cheveux noirs, grisonnant à côté des oreilles. Les yeux océan presque bleus, durs et froids. Rasé de près, la mâchoire carrée. Grand, mince, élancé, bien taillé et gardant la forme. Toujours bien apprêté et propre sur lui, allant parfaitement de pair avec la sévérité permanente de ses traits.

- Et bien, c'est… troublant, en effet, je lâche d'une voix incertaine.

- N'est-ce pas ? répond-il sarcastiquement.

Je coupe une tranche de pain en plusieurs morceaux, le temps de réfléchir, pendant qu'une femme me sert de l'Earl Grey des plus fins. Mentir à mon père était sûrement l'une des tâches les plus difficiles qu'il m'ait été donnée dans mon toute mon existence.

- Je vous avoue, Père, que mes souvenirs après la sortie des cours sont très troubles. Je me souviens avoir oublié mes effets, puis… plus rien.

Je fais une pause, pendant laquelle je pèse mes paroles.

- Puis je me réveille dans mon lit, ce matin, comme tous les jours, pensant que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve.

Je relève les yeux, sachant qu'il me jaugera du regard.

- Je vous assure ne rien y comprendre.

Un silence religieux s'étire pendant lequel on n'entend que le tintement de sa cuillère tournant dans sa tasse de thé, somme toute très calme au sujet de toute cette histoire. Il baisse enfin les yeux.

- Bien sûr.

Mais la tension ne faiblit pas.

- Tu es revenue vêtue de haillon.

- Oh, vous parlez de ce…

J'avais parlé trop vite.

Je fais de mon mieux pour prendre le ton aristocratique dédaigneux et hautain que je réservais normalement à ceux qui m'importunaient aux soirées mondaines.

- Tee-shirt, est-ce bien cela ? je demande en me tournant vers ma gouvernante, silencieuse, qui se trouvait derrière ma chaise.

Elle hoche aussitôt la tête plusieurs fois.

- Où l'as-tu mis ? demande mon père d'un ton sans réplique. Je tiens à l'examiner.

Nouvelle pause, pendant laquelle nous nous observons en silence, droit dans les yeux. Mon cœur battait son plein, totalement intimidée par mon père, et inquiète ce qu'il pourrait trouver. Et Dieu sait qu'il avait les moyens de tout obtenir, surtout lorsqu'il s'agissait de recherche.

- Bien sûr, je réponds d'une voix qui se veut confiante.

Cela me fait mal de savoir que je perdais le seul souvenir de Gaïa, mais… je n'ai guère le choix. Je n'ai jamais le choix.

- Il est dans mon armoire.

Je prends une petite inspiration laborieuse, grâce à laquelle je parviens à reprendre contenance, et lance d'un ton détaché et ignorant :

- Je ne vois l'intérêt quelconque que vous pourriez porter à ce haillon… Mais vous satisfaire et être à la hauteur sera toujours dans mes priorités. Vous le savez bien, Père.

Il me perce encore du regard quelques secondes, déchirant son pain en deux, nullement troublé par ce que je venais de dire. Le sarcasme s'écoule de nos mots comme un pot de miel renversé sur du pain perdu.

- Bien sûr, Angelina. Je n'en ai jamais douté.

Je baisse encore les yeux, faisant mine de terminer mon petit-déjeuner, à la fois troublée mais ignorante qu'être enlevée aurais pu être grave. Aux yeux de tous, après tout, j'étais une gamine écervelée pourrie gâtée traitée en princesse. C'est le moment de leur donner raison pour n'éveiller aucun soupçon.

- Ne t'en fais pas, ma fille, j'aurais le fin mot de cette histoire, annonce-t-il d'un ton déterminé ou celui que se doit de prendre un Anderson m'a-t-on appris.

La façon dont il jette la serviette qu'il avait au col en est témoin.

Il quitte la pièce sans un regard, lui aussi suivi de sa horde de serviteurs et de gardes du corps. Probablement récupérer le tee-shirt auquel je dois dire adieu.

- Vous voyez, Miss Anderson. Je vous avais dit qu'il était inquiet.

Non, il n'éprouve simplement aucun mal à jouer à ce petit jeu où confier la moindre information devient une arme potentielle. Ce petit théâtre où il doit régner en maître.

- Ne dîtes rien, Madame Sanders, claque ma langue sèchement. Je ne veux plus rien entendre, j'ajoute avec un geste aussi sec de la main dépassant tout juste de la chaise.

J'essaie de me préparer, pour éviter d'être déçue. Pourtant sans faute, je le suis à chaque fois, confrontée à sa froideur hivernale. Si ce n'était pour Madame Sanders toutes ces années…

Je poursuis mon repas dans le silence et la solitude la plus complète. Je n'avais plus très faim. C'est plus gai dans un cimetière. Je toussote, me lève et demande à me retirer dans mes quartiers pour la journée.


(Music : For the Reunion de FF7 Advent Children Complete)

J'entre dans ma chambre de divertissement, toujours consciente qu'à part les toilettes et la salle de bain, le moindre de mes faits et gestes est surveillé. Ordre de mon père. D'aussi loin que je m'en souvienne.

Je m'installe au fond, à mon large fauteuil en cuir noir digne d'un PDG d'une grande entreprise. Le logo de Final Fantasy VII, avec le météore, y est gravé. Je place nonchalamment mes pieds croisés sur le côté gauche de la table et tape sur le clavier pour allumer les ordinateurs. Aussitôt, six grands écrans illuminent la pièce climatisée pour maintenir les appareils informatiques à bonne température. Trois en bas, puis trois posés au-dessus.

Celui se trouvant au milieu, en bas, me demande un mot de passe que je tape distraitement. J'ouvre un placard près d'un frigo à ma droite et en sort un paquet de chips pendant que l'interface d'accueil s'affiche. À droite, un écran m'informe que j'avais reçu un mail d'une connaissance durant mon absence.

C'est Virginie, que j'avais rencontré sur un forum de fanfictions. Une poignée de chips dans la bouche, je tape encore une fois brièvement sur le clavier pour l'ouvrir.

Bonjour Angie !

Comment vas-tu ?

Tu te souviens de moi ? Je n'en suis pas sûre, cela fait longtemps…

Je suppose que tu es au courant, ADVENT CHILDREN COMPLETE EST SORTI ! Je t'envoie le film en VOST. Je t'ai mis les sous-titres expressément pour toi.

J'espère que la vie n'est pas trop dure pour toi en ce moment, être héritière, ce n'est pas de tout repos. Ne reste pas enfermée.

Je te souhaite de profiter de passer un bon moment avec ce film. Nous l'avons attendu des années, après tout.

Allez, à bientôt, je t'embrasse fort !

Amicalement,

Virginie.

Quel hasard. Je lui réponds rapidement avec tous les remerciements qui s'imposent (et qu'elle ne recevra jamais en vrai, moi étant coincée ici) et lance le film. Je suis plus qu'agitée. Peut-être aurais-je les réponses tant attendues.

À tous ceux qui ont aimé ce monde

Et les amis qui s'y trouvaient,

cette Réunion est pour vous.

Cette phrase… Oh, Nanaki !


Quatre paquets de chips et une demi-bouteille de soda plus tard, je me rassois dans mon siège, les yeux fatigués.

…Et bien, cela m'a appris beaucoup de choses. Mais cela ne me dit toujours pas comment j'ai atterri là-bas. Est-ce qu'Aerith…? Mais pourquoi moi ? Et pourquoi les gens ont-ils continué à être infectés ? Logiquement, la maladie n'aurait pas dû se répandre aux autres formes de vie.

Je me lève, fébrile.

Tout cela doit bien avoir une explication logique. Et comme mon père, j'aurai le fin mot de cette histoire. Je me dirige vers ma chambre et en ouvrant la porte, j'entends un bruit.

Je me fige d'abord, effrayée. Puis entre lentement. Je remarque aussitôt la baie vitrée donnant sur la terrasse, à l'autre bout de la chambre, qui avait changé d'aspect, exactement comme à mon lycée.

Je m'en approche à pas déterminés.

Tant pis si je vais devoir réexpliquer mon absence à nouveau dans trois jours. Ce n'est pas comme si j'allais manquer à quelqu'un. Madame Sanders se retrouvera sûrement démunie sans plus personne à rouspéter, mais…

Brusquement, je jette un coup d'œil en arrière, sur les photos alignées sur la table de chevet. Non… Elle m'aurait sûrement encouragé à partir. N'est-ce pas ? Ou pas. Je me plais à penser qu'elle aurait été trop inquiète pour me laisser encore traverser le moindre endroit sans lui tenir la main, comme Madame Sanders.

Je me retourne et traverse la vitre sans l'ombre d'un regret. Quelques jours là-bas valaient mieux qu'une vie entière ici. Si vraiment ils se retrouvent en crise malgré une fin positive au film, je peux pouvoir y faire quelque chose.


J'ai l'impression d'être dans une eau fraîche, au milieu de nulle part, flottant dans le néant de la Rivière de la Vie, seule. Ma gorge est serrée. Il est comme presque impossible de respirer. Il faut que je retrouve le tireur. Soudain, je me sens emportée par un puissant courant. Au fur et à mesure, je m'approche d'une ouverture. Le rouge frappe aussitôt mes yeux, mais au moment où je réalise ce que c'est, il est déjà trop tard.


(Music : Water de FF7 ACC)

- Attention ! je préviens.

Je chute littéralement. Vincent, qui descendait une échelle, a tout juste le temps de lever la tête, écarquiller les yeux et me réceptionner. Nous continuons à chuter jusqu'à heurter le sol brutalement. Il émet aussitôt un gémissement de douleur venant de son torse. Un écran de poussière se soulève.

- Kof kof ! je tousse.

Je balaye l'air des mains pour tenter de respirer un peu d'oxygène. Lorsque je parviens à voir quoi que ce soit, je réalise que j'étais allongée de tout mon long sur Valentine, qui ouvre tout juste les yeux. La demi-seconde d'après, je me retrouve par terre.

- Hey ! Kof kof ! Inutile d'être si rustre !

- D'où viens-tu ? questionne-t-il autoritairement. Tu n'étais nulle part dans le Fort Condor ce matin.

Ce qui ressemblait à de la tension et de l'inquiétude retombe chez lui lorsque je roule des yeux. Il retire sa main de mon épaule, cessant de me détailler. Il se lève souplement de toute sa longueur et me propose une main que je refuse. Je me remets lentement debout et nettoie ma robe à l'aide de coups de mains énergiques, ennuyée.

Il m'observe attentivement et la surprise se lit à nouveau sur son visage.

- Ce vêtement…

- Oui, je sais, il n'est pas plus adéquat que l'ancien… Pas que j'eus beaucoup le choix.

Je toussote un peu, la bouche pâteuse.

- J'allai vous remercier de m'avoir réceptionné et évité une chute regrettable. Mais vraiment, vu votre réaction, vous ne le méritez pas.

Un sourcil blasé haussé sous son bandeau contredit mes dires.

- La bienséance m'y oblige, donc je le fais. Mais à contrecœur, sachez-le.

- Où étais-tu, insiste-t-il. Je t'ai cherchée longtemps, accuse-t-il entre ses dents. …Tu n'étais nulle part.

- J'ignore ce qu'il s'est passé, une fois encore, je le jure ! Je me suis endormie hier soir, et je suis retournée dans mon monde comme je l'ai découvert au réveil. Apparemment, je peux encore glisser entre les deux dimensions sans logique aucune.

Je m'éloigne de lui de quelques pas, ignorant la fascination que provoque sa beauté détonante et la façon dont ses yeux brillent d'une lueur irréelle dans l'obscurité.

- Imaginez la tête de ma gouvernante quand elle m'a trouvé en tee-shirt dans mon lit.

Je ris franchement.

- Mon père a été un peu plus difficile à convaincre. Mais je suis de retour, pour vous jouer un mauvais tour, et c'est le plus important, je clame de façon enjouée. N'étiez-vous pas de garde d'ailleurs ? N'avez-vous rien remarqué ?

- Justement. Tu as comme disparu dans les draps au milieu de la nuit.

Je fronce les sourcils, confuse. Il lâche un souffle désabusé entre ses dents, en se détournant de moi pour en s'approcher la sortie. Pour une raison que je ne peux expliquer, il est excédé.

Je le rejoins dehors et il me lance des objets en pleine poitrine sans un regard par-dessus sa cape.

- …Tes affaires, dit-il simplement.

C'est vrai que je suis revenue chez moi pieds nus. J'ouvre le sac que j'ai préparé la veille et y range les bottes rapidement, pressée de les enfiler au lieu de mes talons plus tard. Mais je suis distraite, bouche bée. Devant moi se trouve le Shera, le dernier vaisseau de Cid en date. Et elle est majestueuse.

Les hélices tournent frénétiquement, le métal brille de façon incontestable malgré la faible lueur du jour. Imposante, gigantesque même, façonnée comme à la main de bout en bout. Assurément un vaisseau de rêve.

La rambarde heurte lourdement le sol, soulevant une nouvelle vague de poussière. Une fois le vent passé, je me précipite en courant vers l'accès, empressée. Sur le chemin, je surprends même ma voix à rire de joie. Si heureuse que j'en oublie l'étiquette.

Gaïa, me voilà pour de bon. J'ai fait mon choix il y a longtemps.

Fin du Chapitre-4


Bloopers :

Bêta : Ça m'a toujours trigger en mode "Attends. Depuis quand les chips se mettent au frigo ? Ma vie est-elle un mensonge depuis tout ce temps ?"

~J'ouvre un frigo à ma droite et en sort un paquet de chips distraitement pendant que l'interface d'accueil s'affiche. J'observe le paquet avec un certain scepticisme. Pourquoi ai-je mis un paquet de chips au frigo déjà ?

DG : Eeeeeeuh…

Edit depuis mon retour à la Réunion : Nous sommes envahis ! Je répète : submergés ! Des armées de fourmis attaquent nos provisions !

~Je chute littéralement. Vincent, qui descendait une échelle, a tout juste le temps de lever la tête et d'écarquiller les yeux en me remarquant. Ayant déjà les mains prises par l'échelle, il me laisse m'écraser au sol, l'air interdit.

- Vin…

Je vais le tuer.


Alors ? C'est comment ?

Alors, Virginie, la surprise, t'as-t-elle plu ? Elle est à la hauteur j'espère, en tout cas, ça va déménager dans le chapitre 5 !