Comme souvent, léger retard mais rien de comparable à avant. Je n'arrive pas à croire que je n'ai pas pu publier à temps pour la Saint-Valentin *cri de mandragore* ! Malheureusement j'ai trop de choses sur un seul plateau dont plein de projets de vacances, vidéos et d'écriture.

Mais pas de soucis, la machine est bel et bien à nouveau en marche ! ^^

J'ai pris une nouvelle direction avec ce chapitre, complètement nouveau pour ceux qui avaient lu l'ancienne version, mais je suis sûre que ce ne sera pas pour déplaire parce que…c'est évident, nous avons tous grandi et ma fic aussi. Ce sera sombre mais réaliste je l'espère.

J'attends comme toujours vos réactions avec impatience et je vous retrouve très bientôt, biiiiiiz !

RAR :

Yuna(nouvelle ?) : Comme tu vois, j'ai continué, ça t'a plu ?

Nmfrter(j'adore ton pseudo, mais…comment ça se prononce ?) : Oui, oui, et oui, c'est déjà la fin. Ici aussi d'ailleurs. MDR. Je t'en prie, ne fais pas d'insomnie, c'est moi qui devrais m'inquiéter de ne plus avoir de lecteurs à force d'être en retard un jour, mdr. Tu as aimé la suite ? Lol. Allez courage, prends des somnifères en attendant la suite qui arrive bientôt !

Misterre(nouvelle ?) : Voilà, chapitre-14 posté. Tu vois, tu n'écris pas ma fic, mais Angie a quand même un peu sauvé Vincent, non ? Lol. Lui aussi d'ailleurs. Souvent. Toujours…En fait, il la sauve très souvent je trouve, mdr. T'inquiète, il arrivera bientôt un chapitre (15 ou 16) ou Vincent frôlera la mort et…et voilà, tu connais probablement la suite ! Allez et encore merci de m'encourager !

Kalisca : Alors cette suite ? T'inquiète, ils vont pas tarder à ouvrir les yeux. (Il était temps, mdr). C'est vrai, je fais plein d'allusions, mais je vois qu'il y a au moins une lectrice qui le remarque et qui observe les propices d'un amour sincère naissant…(Je sais, je sais, j'ai eu de l'inspiration pour faire cette phrase !) Je suis contente que tu aimes beaucoup. Allez, et donne-moi ton avis sur celui-là !

Leslie : Merci. Comme toujours, tu es là pour me soutenir sur msn ! Merci donc de m'encourager aussi ! Patiente encore pour le chapitre « kiss & love » mais ça va arriver, t'inquiète ! Allez, à bientôt sur msn !

Chanel(nom de parfum ?) : C'est pas grave si tu te répète, tant que tu laisses un avis, tout va dans le meilleur des mondes. En espérant que ce chapitre t'a plu, à la prochaine !

Séphiroth Netza'h : Hé oui, encore une fois, tu es en retard ! (Comme moi) Mais tu es là. C'est le principal ! Merci de tous tes compliments et au passage je m'excuse pour l'erreur des « monstres » qui se sont transformés maintes fois en « montres », preuve que j'y vais à fond pour taper ma fic quand même.

Comme je le disais, c'est l'un des meilleurs chapitres que j'ai fait, sincèrement, on voit que je me suis améliorée en écriture ! Incroyable que t'en en ai zappé des fautes ! Oo.

Merci de m'encourager et d'être là à chaque chapitre comme toujours (faut dire que je te secoue un peu mais bon t'es là, c'est le principal !).

N'oublie pas de me donner ton avis sur ce chapitre, comme toujours ! Gentil admirateur !

*Bisous*

Eclipe1995 : Hello ! Comment ça va depuis ?

Oui comme toujours tu es ultra rapide je me demande comment tu fais Oo. Lol. Je consulte mes mails régulièrement mais souvent je manque cruellement de temps (et de nouvelles musiques). Omg, je lis en cours aussi, dans le bus, sur le chemin…dès que je m'ennuie je sors mon téléphone et je cherche à dévorer des mots. C'est comme une pathologie XD.

C'est trop gentil ! J'espère que le nouvel emploi du temps de la fic n'altère pas la qualité ^^. Si tu remarques une différence n'hésite pas !

Je suis d'accord avec beaucoup de points sur FFXV avec toi, et même la nouvelle sortie n'arrange en rien le scénario. Dans le XIII c'était déjà tiré par les cheveux mais là c'est juste le gros foutoir. Maintenant qu'ils ont rajouté des fins différentes c'est à se demander pourquoi on ferait mourir Noctis finalement (en espérant que je n'ai spoil personne). Les nouveaux combats étaient cool en revanche (enfin, autant qu'on puisse avec ce système de combat). Et franchement, je ne suis pas un pot de colle des anciens systèmes, je peux m'adapter et apprécier sans problème, mais je ne me ferais jamais au fait qu'on ait beaucoup trop d'actions automatiques, des barres d'HP cent fois trop courtes et difficilement modifiables et UN seul putain de personnage jouable. Chez un FF ! On croirait revoir Advent Children en jeu.

J'ai regardé les trailers de Versus XIII il y a peu, histoire d'enfoncer encore le couteau, et je ne me peux pas m'empêcher de ressentir que c'est ça le FF sombre et ambitieux que j'attendais et que c'est pas la mort de tous les personnages qui rendent une histoire ou une fin dramatique. Ne me lance même pas sur l'altération de Stella en Luna…je pourrais y passer des heures.

Enfin bref, c'est cool de pouvoir en discuter en tout cas .

Il faudrait que je te montre des dessins un jour. En vrai, je vais pas exagérer, c'est potable, ça se laisse regarder, mais je suis beaucoup trop lente. Les gens ont le temps de mourir de vieillesse en me regardant en vrai, hahaha !

Moi aussi je deviendrais folle, personnellement. Maaaais c'est pour le bien du scénario. Je suis contente qu'on le remarque déjà en tout cas.

Ahaha moi aussi je m'arrangerais pour rendre les autres jalouses. Pour moi Vincent est clairement mordu même s'il refuse de l'avouer. Il se laisserait faire le bougre.

Oui, c'est un thème que j'explore dans ce chapitre : le côté Mary-Sue. Il ne faut pas oublie que j'ai donné 16 ans à Angie, du coup…ça vient avec ses inconvénients. Mais, ça a du bien, ça me fait toujours autant plaisir de l'écrire et cette fois la voir vraiment grandir (souffrir ?) lol. Tu me diras ce que t'en penses.

Omg, merci de le remarquer, je mets vraiment beaucoup d'effort à travailler la relation AVALANCHE/Turks qui pour moi mérite de la justesse draconienne. Et avec Rufus sur le plateau tout devient tellement compliquée vu sa relation avec les méchants. N'hésite pas à me dire si tu sens que quelque chose sonne faux.

Je me suis un peu inspirée du Léviathan du XV, très franchement, il était impressionnant (en même temps faut bien un bon point vu tout le budget qu'ils foutent dans les graphismes mdr).

Ahahaha, la dernière sortie, ta phrase m'a fait beaucoup rire. Je pourrais en faire une bonne parodie en vrai. J'y pense de plus en plus une fois l'histoire finie ^^.

Gros bisous et à bientôôôôôt ! Bon courage pour les exams !

Lys9191 : Hello ! Je suis très heureuse de te revoir ! Je me souviens parfaitement de toi si tu as conservé le pseudo de Lys.

Merci beaucoup pour ta review. Personnellement je vois le monde avec le verre à moitié vide maintenant, mais je sais qu'on est tous capable de changement et bref, je suis toujours prête à changer d'avis. Réécrire cette fic me fait beaucoup de bien et me fais replonger dans les bons moments de ma vie.

J'espère qu'elle t'aura rappelé aussi des bons souvenirs, et que la nouvelle version te plait autant que l'ancienne bien que ce soit beaucoup plus sombre et mature.

Merci à toi pour tout et à bientôt j'espère !


Chapitre-14

Mourir pour autrui II

(Music : Innerbloom – What so not remix de Rüfüs du Sol)

Le temps semble se figer. Ou peut-être est-ce tout le monde qui s'est figé.

Je porte d'abord ma main à ma bouche ouverte, puis un cri horrifié que je reconnais à peine s'échappe de moi, et je m'élance sans réfléchir en direction du combat.

« Non ! » Mais les Turks réagissent très vite et me barricadent aussitôt entres leurs bras. Tseng me saisit très fermement, mais prudemment, referme à nouveau le triangle lorsqu'il parvient à me contenir et me plaquer contre lui, plaquer une main contre mon front pour maintenir mon visage contre son torse.

-Laissez-moi ! Laissez-moi y aller ! Laissez-moi faire quelque chose...

-Je sais que c'est douloureux. Mais il ne faut pas que tu bouges ! Il ne faut pas qu'il t'arrive quoique ce soit. Tu n'es pas responsable, rajoute-t-il aussitôt.

Je serre mes poings contre mon visage. Mon souffle se relâche, et mes forces m'abandonnent à nouveau. Sans que je ne sache pourquoi, toute la tension que j'ai accumulée depuis l'anniversaire, depuis l'apparition du Léviathan, tout se relâche d'un seul coup, et l'image de Yuffie, sa mince et minuscule silhouette au loin se faisant complètement engloutir provoque chez moi des sanglots violents.

-Non...Non elle ne peut pas...

Je n'ai jamais eu le temps de me réconcilier avec elle. De comprendre ce qu'il s'est réellement passé le jour où son village a été attaqué. D'apprendre quoique ce soit d'elle. J'avais adoré jouer avec elle dans le jeu. Elle m'a fait rire un million de fois avec son franc parler. Elle avait même commencé à se radoucir à mon égard. M'accorder cette présomption d'innocence, peut-être.

Parfois elle était de passage quand Vincent m'accompagnait dans l'eau. Il y avait toujours de la jalousie dans son regard, même de la colère. Mais c'était différent d'avant. Il n'y avait plus cette overdose d'hostilité. Et elle regardait suspicieusement les alentours avant de disparaître de notre champ de vue, et je savais, savais que c'était pour moi qu'elle le faisait. Parce qu'elle avait décidé de suivre le mouvement du groupe et de me protéger aussi.

Et elle est morte en se battant, pendant que moi j'étais là, à me terrer comme une petite fille. Elle était à peine plus âgée que moi.

-C'est ma faute, je chuchote. Ils sont venus pour moi.

-Non, assure-t-il.

Pourquoi faut-il que ce soit un Wutaïen qui se dévoue à vouloir me protéger, là maintenant ? L'ironie du sort pouvait-elle être plus cynique ? Pourquoi faut-il que ce soit le Léviathan, une invocation qui vient de leur village ? Pourquoi fallait-il qu'elle meurt d'une invocation qui a été lancée à mon égard ? Si je maîtrisais ma téléportation, j'aurais pu être à ses côtés en un instant. La sauver de ses mâchoires.

J'en ai marre…Tellement marre d'être inutile.

Le rugissement strident du Léviathan me distrait momentanément de ma détresse. Il est long... Long et menaçant. Et se réverbère contre toute la baie. Tseng me sent assez calme pour me relâcher, alors il se tourne également pour observer, Reno et Rude tous les deux bouches bée, dos à moi.

Cloud, Vincent et Tifa sont sur le pont du Shera, ayant probablement appelé à une retraite momentanée. Vincent tient la forme avachie de Tifa, qui s'est soudainement retrouvée atterrée par le chagrin. Mais ce mince repos de deux minutes suffit au monstre pour invoquer son sort. Comme mus par la panique, AVALANCHE et le vaisseau reprend son assaut, mais le Léviathan les ignore, continuant de crier alors que la mer se retire à une vitesse vertigineuse de la plage et du port pour ne laisser que du sable mouillé à des dizaines et des dizaines de mètres.

Une explosion à la tête distrait l'animal, assez pour l'avachir, le déconcentrant dans sa tâche. Mais malgré tous les efforts, le sort se relâche, et à l'horizon, une vague plus grande que tout ce que j'ai imaginé se soulève et fonce droit sur nous. Tseng et Reno parviennent à se réveiller de leur fascination morbide pour observer un chemin de repli de façon précipitée.

-Il faut partir. Maintenant, ordonne Tseng. Ils n'ont pas réussi à retenir l'attaque.

Tseng m'entoure d'un bras et essaie de me bouger à l'intérieur du groupe.

-Non !

-Jeune fille, tu ne comprends pas ! Même pas assez chargée, cette vague va-

-On peut la figer. J'ai accumulé beaucoup de magie, je peux essayer de la contenir, dis-je d'un ton sans appel. Ne la laissez pas mourir en vain ! C'était votre princesse ! Il va arriver la même chose qu'à votre village si on ne fait rien !

Cette remarque semble le toucher en plein cœur, puisqu'il est assez décontenancé pour arrêter de me bousculer. Les secondes s'accumulent.

-Je peux le faire !

-Tseng. Il faut agir, vite ! somme Reno. Si on la met pas à l'abri le vieux schnoque me ressuscitera juste pour me tuer à nouveau !

-Avec moi ! J'encourage en pointant ma paume vers la vague qui s'approche.

Elle est déjà au ponton, et je n'arrive pas à me faire une idée de combien de mètres de haut elle fait, mais à vue d'œil elle est plus haute les plus hautes bâtisses de la ville. Et le sort n'était même pas complètement chargé.

Ma magie heurte la vague en son milieu, contre on heurte un train à peine vitesse, dans un bruit de building en verre qui s'écrase. Rapidement, je relâche tout ce que j'ai pour glacer la totalité de la vague avec une glace qui se répand. Je ne parviens pas à l'arrêter mais j'arrive tout du moins à la ralentir considérablement dans le processus de glaciation.

Comme il est trop tard pour fuir, Tseng se tourne alors pleinement vers la vague et joint sa magie à la mienne pour faire remonter sa glace le long de la vague. Et au fur et à mesure, d'autres se joignent à nous : Vincent, Cloud, Tifa, Cid depuis le vaisseau, des inconnus dans la ville qui ont accès au spectacle et qui ont une matéria de glace, toutes des puissances différentes les unes des autres. Tout le bas étant figé, l'eau remonte l'obstacle, que nous figeons au fur et à mesure, jusqu'à créer une sorte de début de dôme turquoise blanchâtre qui a commencé à nous surplomber.

Le temps s'arrête un instant, alors qu'un vent glacé parcoure la ville entière. L'eau s'infiltre à gros débit à travers les craquements et les fissures du rempart, mais rien qui ne soit alarmant. Nos efforts joints à tous, en particulier la magie de Cloud et Vincent, achètent un sursis mérité à la ville.

Ce sursis obtenu, AVALANCHE repart aussitôt à l'assaut du monstre, déjà bien épuisé. Et je suis rassurée en me disant qu'il n'en a clairement plus pour longtemps. Ma magie épuisée, je relâche mon souffle et tombe à genoux sur les tuiles du toits, Reno s'accroupissant immédiatement à mon côté.

-Ça va aller ? questionne Tseng, une main proche de moi.

J'hoche la tête.

-Juste en manque de magie.

Nous avons réussi à figer la vague pour gagner du temps, mais l'auteur de cette catastrophe court toujours, et de fait les Turks restent toujours sur leurs gardes, pressés autour de moi.

-Vincent va me tuer pour le simple fait de t'avoir emmené, je le sens, marmonne Reno en se relevant pour reprendre position. Tu es vraiment bornée.

Je m'assoie sur mes talons le temps de reprendre mon souffle et continue à observer le combat entre leurs jambes.

-Tu devais être de retour sur le vaisseau à l'approche de la vague, rappelle-t-il.

-Je sais. Mais je n'allais pas vous abandonner. Il va probablement nous tuer tous les deux.

Un craquement familier retentit, vrombit même. On retient notre souffle, mais la seconde d'après, le rempart se brise en son milieu, là où j'avais commencé à lancer le sort, et une gerbe d'eau se fraie un passage, une catastrophe comparable à un barrage qui cède sur Terre.

« Non. » je souffle.

Bien sûr. Bien sûr il faut qu'il cède à l'endroit où moi j'ai lancé le sort.

«Angie ! » s'exclame Reno en m'entourant d'un bras. Tseng saisit un de mes bras.

Deux secondes, c'est le temps qu'il fallut à l'eau pour parcourir la distance qu'il restait entre la glace et nous, et nous engloutir entièrement sur le toit avec une violence inouïe. Deux secondes, et j'avais été incapable de nous téléporter où que ce soit.

Je sens mon corps heurter plusieurs choses, je retiens ma respiration par réflexe, mais ne parviens à distinguer aucune forme. Mon seul repère, c'est cette main qui refuse de lâcher mon bras dans la tourmente. Quand bien même je balance mes membres dans les sens dans l'espoir d'atteindre la surface, un toit, une barre, n'importe quoi pour m'aider à m'en sortir...la main ne me lâche pas.

Rapidement, je perds mon souffle. Mon diaphragme compresse douloureusement mes poumons lorsque je n'avale rien d'autre que de l'eau salée. Je déteste cette sensation. Je m'en souviens comme si c'était hier. La douleur de mourir dans un environnement complètement étranger, complètement dépossédée de tous mes moyens et repères.

La main ne me lâche pas...

... (Music : A beach of Bodies de 300 2 de Junkie XL)

Je me réveille dans un sursaut, désorientée, sans aucun souvenir de comment je suis arrivée là, pourquoi je ressens tout ça. Le froid partout autour de moi, mes vêtements mouillés qui me collent à la peau, l'odeur de la marée, le sable plaqué sur ma peau, la lumière qui perce ma pupille, les sons emmitouflés...et cette pointe de chaleur à mes lèvres.

Vincent. Je reconnais sa chaleur avant même de constater son visage près du mien, sa main sur mon nez, passant sa respiration dans ma bouche. Il se redresse et Cloud presse ma poitrine avec ses paumes jointes. Lorsque je me sens prête à tousser, mon premier réflexe est de me dégager. On me laisse faire, Vincent s'éloigne et je me penche alors sur le côté pour cracher toute l'eau que contient mes poumons.

Il me tient fermement une épaule et me tapote sèchement le dos pour m'aider à expulser de façon tout à fait grotesque. J'ai l'impression d'avoir été écrasée toute entière.

-Oh Angie, par tous les dieux Angie ! Je parviens à entendre malgré mes oreilles bouchées.

Tifa s'agenouille à côté de moi, dégageant mes cheveux de mon visage et me caressant les épaules de façon maternelle. Lorsque je parviens enfin à avaler une goulée d'air, la respiration rauque, je cligne plusieurs fois mes yeux brûlants pour essayer d'améliorer ma vue trouble. J'ai la nette impression qu'on a essayé de déchirer grossièrement mes poumons à la main et de briser ma cage thoracique au centre.

Peu à peu, mes souvenirs me reviennent, et la douleur à l'épaule et au bras gauche aussi, où tant de personnes se sont accrochés en si peu de temps cet après-midi.

J'élance vaguement une main en l'air et Vincent la saisit aussitôt pour m'aider à me redresser, mais je ne parviens qu'à m'asseoir sur le côté. Je prends alors enfin note de mon environnement : Tifa avec son visage en détresse rougie par les larmes, Cloud avec ses yeux Mako fixés sur moi, agenouillé aussi, Vincent qui pose un regard inquiet et grave sur moi, le rempart de glace toujours à moitié présent, en train de fondre à grosses gouttes, et...

-Yuffie, souffle ma voix cassée.

Je ne peux m'empêcher de sourire. Elle est recouverte de sang, les vêtements déchirés, et trempée de la tête aux pieds, mais vivante. Elle me fait un faible salut avec un mince sourire involontaire, je pense. Vincent me lance quelque chose mais je ne parviens qu'à saisir le son grave de sa voix. Je secoue avec la tête pour essayer d'évacuer l'eau de mes oreilles, ce que je parviens enfin à faire au bout de quelques secondes.

-Scélérat, je lance d'une voix rauque et éteinte par à-coups. As-tu une seule idée de ce que tu viens de faire ?! C'était mon premier baiser ! Je le réservais pour une occasion spéciale !

Vincent me lance un regard désabusé, un sourcil relevé. Yuffie lève les yeux au ciel, tout sourire disparu.

-C'est bon, elle est vivante, commente Cloud d'un ton fatigué en se relevant.

-Je viens de te sauver la vie, imbécile, réplique-t-il d'un ton grave.

-...D'accord. Mais c'était quand même mon premier baiser !

-C'était du bouche à bouche idiote. Ça ne compte pas, si c'est ce qui t'inquiète, assure Tifa avec un rire teinté par les larmes.

-Comment d'ailleurs...J'ai vu Yuffie se faire avaler. J'ai senti mon cœur s'arrêter, je lance en la regardant.

-Il m'a avalé en entier avec mon arme, explique-t-elle les bras croisés. Je l'ai transpercé de l'intérieur et-

-Tseng ! TSENG ! Non !

Je me tourne vers la voix féminine qui crie depuis tout à l'heure, et dont le volume vient d'augmenter. Je déglutis une salive amère, à deux doigts de vomir. Mes entrailles se serrent. À quelques mètres de moi, Tseng est encore allongé dans le sable, inconscient.

Reno, trempé aussi de la tête aux pieds, s'acharne à lui faire un massage cardiaque, avant de laisser la jeune blonde lui faire également du bouche à bouche. Elena pleure toutes les larmes de son corps, sous le regard résigné de Rude et Rufus, que je reconnais à ses vêtements blancs et ses cheveux d'un blond vénitien tirant sur le roux, appuyé sur une canne sur laquelle il tient difficilement debout.

-Allez mon vieux ! Reviens avec nous ! s'écrie Reno.

Mon rythme cardiaque panique encore, et je garde les yeux rivés sur sa forme immobile, l'esprit vide, le cœur au bord des lèvres.

-Allez putain !

Je relève à nouveau une main et Vincent m'aide alors à me relever. Je constate qu'il est également trempé. Bon sang, qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Je tiens à peine sur mes jambes, et tout le groupe m'accompagne alors que je me traîne, m'appuyant sur le bras de Vincent, jusqu'à leur groupe.

Rufus lève brièvement sur moi des yeux scrutateurs, avant de regarder à nouveau obstinément son employé, comme s'il peut le sommer de se redresser par la simple force de son regard.

-Les miracles existent. Je suis soulagé que tu sois saine et sauve, lance-t-il à mon égard sans bouger.

-Hmph, lance Cloud.

-Combien de temps ? questionne Vincent d'un ton bas.

Rufus lance un regard que je ne sais comment identifier à Vincent, mais il est intense. Elena crie toujours, et ordonne à son « boss » de se réveiller.

-Trop longtemps, réponds l'ancien Président d'un ton las.

Nous restons tous dans l'expectative, de longues minutes dans la même position, à espérer un autre miracle. Le souffle ténu. Je crois les bras autour de moi.

-Personne n'a jamais de satané queue de phénix ici ? Je chuchote sans lâcher Tseng des yeux, qui commencent à s'embuer.

-Les queues de phénix et Restaurer ne fonctionnent que sur les personnes inconscientes ou ayant épuisé leur énergie, Angelina, susurre Vincent d'un ton explicatif pour n'offenser personne.

-C'est une blague, n'est-ce pas ? Il ne peut pas mourir.

Pas dans mon jeu, j'ai envie de dire.

Mais je me reprends une nouvelle claque en pleine face. Assommante, cette fois. Je ne suis pas dans un jeu. Je suis sur Gaïa, une planète bientôt condamnée si je ne faisais rien, avec des gens prêts à tout tenter pour la sauver. Quitte à faire confiance à une totale inconnue mal lunée et donner sa vie pour la protéger en espérant que cela serve à quelque chose.

Je suis dans la réalité. Dans la réalité les gens meurent. Lorsqu'ils sont jeunes, ils meurent pour des raisons stupides. Des larmes se mettent à couler sur mon visage sans que je ne cligne des yeux, brûlant mes joues. Tseng est mort en essayant de me protéger. Il est mort parce qu'il est venu me rejoindre, désireux de me rencontrer, de se faire pardonner pour Aeris, inquiet pour ma sécurité, que j'ai insisté pour rester pendant la vague. Qu'il m'a fait confiance, et s'est placé en première ligne quand l'eau nous a percuté de plein fouet.

Et la main sur mon bras.

Je coule mes yeux sur mon bras gauche, où une trace rouge violacée trône dans la forme très distinctive d'une main immense : la preuve de sa détermination à ne pas me lâcher.

-Que quelqu'un me dise ce qu'il s'est passé, j'implore.

-Tseng ! Tseng ! Je t'en prie ! hurle Elena à nos pieds en le secouant.

-L'eau nous a percuté, narre Rude succinctement, on a été séparés, sauf Tseng qui est parvenu à te retenir. Il vous a remonté à la surface, toi inconsciente. L'eau avait commencé à se retirer. La seconde d'après, un bloc de glace qui s'est détaché a foncé sur vous.

-TSENG ! s'écrie Reno.

-Tseng s'est assuré de se placer derrière toi quand le choc est arrivé. Après ça vous avez disparu encore dans l'eau. C'est Vincent qui vous a retrouvé longtemps après, près du rempart, et vous a remonté à la surface. Aucun de vous deux ne respirait.

-Tseng...souffle Reno, qui, peu à peu gagné par le chagrin, arrête au fur et à mesure d'essayer de le ramener à la vie.

-POURQUOI TU T'ARRÊTES ! TSENG ! s'écrie Elena en reprenant le massage. Tseng reviens je t'en supplie ! Ne me laisse pas !

Mon cœur se serre, et je porte une main à ma poitrine douloureuse, comme si je pouvais l'empêcher de se contracter. Des larmes coulent à flots sur mes joues, mon corps tremblant.

Une vision bizarre commence à se former sur ma rétine. Des filaments turquoises et des sphères commencent à se former autour de sa forme inerte. Je ne ressens en revanche aucune énergie. Juste la présence du Lifestream, comme lorsque je me trouve dans l'inter-monde.

Je sais que je suis la seule à les voir, parce que personne d'autre ne réagit. Personne ne pose de question. Et aussi parce que...tout le monde m'a au fur et à mesure laissé des indices pour que je finisse par deviner. Même si je n'arrive pas à y croire. Ça n'a absolument aucun sens.

Je m'approche jusqu'à m'asseoir sur mes talons, Vincent toujours dans mon espace vital, et tout AVALANCHE se rapproche également, comme une horde de gardes du corps. Essuyant toute logique, et écoutant mon instinct, je prends la main de Tseng, envahie par la peur.

Je n'ai jamais vu quelqu'un mourir. Je me souviens à peine de ma mère, même s'il s'agit de la première personne à avoir péri sous mes yeux. Là aussi, techniquement, je n'ai pas vu Tseng mourir. Mais ces lueurs, sa rivière de la vie à découvert, c'est comme une autre façon de le voir périr, sans violence autre que mentale. Comme une manifestation magique de sa mort.

Et j'avais été si...indifférente avec lui. Si froide à son affection, son dévouement, même quelques instants. Rien ne l'obligeait à nous rejoindre. Il n'était même pas sûr que j'en vaille vraiment la peine.

J'ai peur. Peur de toucher un mort, aussi noble soit-il, comme si sa mort pouvait être contagieuse. J'ai peur de m'approcher, et de le toucher.

...Peur de constater qu'il est réellement mort. Qu'il est parti. Que cela entraînerait un panel de conséquences douloureuses. Je ne répondrais jamais à ses questions. D'ailleurs, il ne m'en posera plus jamais. Il ne m'adressera plus jamais la parole. On ne s'essayera jamais autour d'un verre pour discuter du passé et satisfaire sa curiosité, sous le regard tendu d'AVALANCHE. Je n'aurais jamais l'occasion de le remercier.

Alors je serre sa main. Au bout de quelques secondes, sa rivière s'agite et son corps entier s'illumine, provoquant des exclamations chez tout le monde.

-Qu'est-ce que tu fais ?! accuse Elena. Ne t'approche pas ! Je t'interdis de le prendre ! s'exclame-t-elle en me repoussant violemment d'un bras.

Je suis si faible que j'atterris aussitôt sur le sable et me rattrape in extremis d'une main, assise sur le côté, de grands yeux apeurés posés sur elle. AVALANCHE réagit vivement, comme prêts à s'interposer. Vincent lui lance un regard courroucé. Mais Elena retourne aussitôt à son sauvetage désespéré, des sanglots audibles toutes les secondes, le suppliant de ne pas l'abandonner.

-Elena, laisse-la faire son travail, intime Rufus.

Je pose un regard interrogatif sur lui. On échange rapidement un regard. Elena l'ignore.

-Eloignez-la, ordonne-t-il froidement.

Une seconde passe. Reno et Rude se jettent sur Elena qui se débat vivement dans de grands éclats d'émotions et d'humeur à vif, des cris suraigus.

Lorsque je prends à nouveau la main de Tseng, ma propre main tremblante comme une feuille, son corps s'illumine à nouveau, et un étrange flux froid s'échange entre lui et moi. Elena se met alors à m'accuser, m'insulter de tous les noms, me menace des pires choses si je l'emmène. Je ferme mes oreilles à ses protestations. Reno et Rude parviennent avec peine à la retenir, pendant que tous m'observent avec attention.

Seconde après seconde, le corps de Tseng se soulève du sol et se dissout dans une nuée de filaments de Lifestream lumineux pour s'élever dans les airs en une poussière turquoise lumineuse. Elena s'effondre alors, secouée par les pleurs, complètement brisée. Et je me demande alors : étaient-ils parvenus à sortir dîner ensemble ? Etaient-ils en couple ?

Nous restons tous un moment dans la même position, à écouter l'agonie d'Elena. J'étais entrée alors dans un état second, comme lorsqu'on n'avait pas dormi depuis trois jours.

Tseng a tout fait pour me sauver, une parfaite inconnue. Il a donné sa vie pour la mienne, gratuitement. Il ne saura jamais si ça aura servi à quelque chose. Il est mort sans savoir si j'avais survécu. Je n'aurais jamais l'occasion de le remercier pour tout ce qu'il a fait pour Aeris et moi. Il s'est sacrifié pour moi.

-Je suis désolée, s'élève ma voix éteinte.

Des larmes se multiplient sur mon visage, et je serre alors mes poings sur mes genoux.

-Je suis vraiment désolée. Tout est ma faute.

Mon visage se froisse.

-Je voulais bien faire.

« Tu n'es pas responsable. »

Soudain sa voix se rappelle à moi, quelques dizaines de minutes à peine plus tôt. Et sans aucun doute...sans aucun doute serait-ce ce qu'il dirait s'il était encore là.

Je m'avachie sur le côté et Vincent m'enlace sans hésitation, me serrant étroitement contre son torse.

-Ce n'est pas ta faute, me réponds Rufus. Tseng était conscient du risque. S'il y a bien une façon dont il voulait partir, c'est celle-là.

J'hoche la tête, pendant que Vincent susurre pour essayer de contenir ma peine.

-Ne t'en fais pas, il est probablement très fier de lui, et satisfait de t'avoir sauvé. Hmph. Il était si excité à l'idée de te rencontrer lorsqu'il a vu tes yeux. Bluffé lorsqu'il t'a vu balayer la plage. Il croyait fermement en ton potentiel. Il t'a trouvé jeune, à l'anniversaire. Il s'est inquiété. Puis il était furieux lorsque Don t'a enlevé. Il t'a aussi cherché des heures dans la ville, interrogé nos contacts...

Mes yeux se sont figés d'horreur.

-Il est venu te chercher avec Reno, même si Vincent est arrivé avant. Ils ont essayé de couvrir votre fuite, quand ils vous ont poursuivi. Il a lancé un juron en wutaïen, quand tu as chuté du vaisseau, tout à l'heure. Il ne m'a rien demandé, mais j'ai vu à ses yeux qu'il voulait être là pour te protéger lorsque tu es restée avec Reno.

Il soupire.

-C'était vraiment un homme de l'ombre. Très scrupuleux. Elena était devenue très jalouse.

Il essaie d'améliorer son appui sur sa canne. Tenir debout semble éreintant.

-Maintenant que tu sais tout ça, tâche de ne pas rendre son sacrifice vain. Il sera difficile à remplacer.

Il penche la tête sur le côté, observant l'endroit où le sable retient encore la silhouette de son garde du corps. Avant de tourner difficilement les talons.

Je ferme à nouveau les yeux, serre mes doigts sur le bras de Vincent sur mon visage.

-Shh, je suis là, assure-t-il.

-Tout est de ma faute.

-Ne t'en fais pas. N'y pense pas, rassure-t-il maladroitement. Ce n'est pas ta faute.

J'entends Cloud soupirer.

-Il faut aller aider la population. Vincent, rentre au vaisseau avec elle et essaie de découvrir avec Cid qui a pu voler la matéria. Le coupable court toujours, et il pourrait recommencer à tout instant s'il nous a vu la ranimer.

-Tiens-moi informé, demande Vincent.

Il me soulève contre lui l'instant d'après, un bras enroulé autour de mon buste, ma tête dans le creux de son cou, son bras gauche contre mes cuisses, sa main gauche dans le creux de mes reins. Il ne laisse aucun espace entre lui et moi. Je ramène mes bras contre moi, incapable de prononcer le moindre mot si ce n'est sangloter et trembler en silence. Tifa caresse une dernière fois mon front avant que Vincent ne m'emmène.

Mon regard se pose sur les Turks et leur Patron rassemblés autour d'Elena, essayant vainement de la consoler. Et l'espace d'un instant, un seul, je vois la silhouette de Tseng debout à côté d'elle, l'air triste et coupable, ses cheveux attachés en queue de cheval.

Je cligne des yeux, et il disparait comme s'il n'avait jamais été là.

... (Music : On that day, Five years ago de FFVII Remastered Version)

Il est tard, lorsque Tifa revient seule au cockpit. Cloud, Shera et Yuffie étant probablement restés pour surveiller la ville. Cid se lève à son approche.

Je suis avachie sur une chaise, la tête contre le dossier, mes genoux contre la poitrine. Vincent est assis sur la chaise d'à côté, une main protectrice sur mon accoudoir. Il a commencé à me bercer distraitement en la tournant lentement de droite à gauche lorsque j'ai commencé à le faire en prenant appui du pied sous une console. Il est toujours en grande conversation à voix feutrée avec Cid.

Je suis restée silencieuse toute la soirée, essuyant régulièrement mon visage avec mon tee-shirt propre. Contrairement aux autres, Vincent et moi avions eu l'occasion de nous laver. Il m'a soigné de la tête aux pieds, mais j'ai refusé qu'il soigne mon bras, et il n'a pas posé de questions en contemplant la marque. Il a deviné que ni lui ni moi n'aurions le cœur à manger, alors il n'a rien proposé.

Je me sens vaincue. Littéralement abattue. Nous avions gagné, mais ça n'avait aucunement eu le goût de la victoire un seul instant. Il y avait eu peu de morts, beaucoup de blessés, mais en soit nous avions vaincu le monstre et stoppé la vague.

Mais le sacrifice de Tseng occupe tout mon esprit. Est-ce que je l'avais arraché à Elena. Est-ce que je continuerais à être stupide et risquer la vie des gens qui essayent de me protéger. Est-ce que beaucoup de monde va devoir être sacrifié jusqu'à ce que je sois capable de faire quelque chose. Est-ce que je serais pardonnée un jour.

J'ai été complètement stupide et inconsciente.

La main fraîche de Tifa qui parcoure délicatement mon front me tire momentanément de mes réflexions.

-Est-ce qu'elle a mangé ?

-Aucun d'entre nous, réponds Vincent, comme pour ne pas me réveiller.

-Elle a pas prononcé un mot, rajoute Cid. Sous le choc.

-On l'est tous, la première fois, chuchote-t-elle. Le mieux que l'on puisse faire, c'est l'accompagner dans cette épreuve.

Elle lâche un soupire fatigué ensuite.

-C'était vraiment moins une, aujourd'hui, lance-t-elle.

-Ouais, c'était chaud, acquiesce Cid en prenant une grande inspiration et en plantant ses mains sur ses hanches, les sourcils relevés.

-Trop.chaud, commente Vincent. Nous avons encore failli la perdre. Tseng a dû donner sa vie pour retarder l'inévitable. Je ne sais même pas si sa survie répond aux lois de la logique. Je n'aurais jamais dû la laisser.

Tifa pose une main compatissante sur son épaule.

-Je lui faisais confiance pour revenir au vaisseau en cas de problème. Bien sûr que ça n'aurait pas été aussi facile.

Mes ongles se plantent dans mes cuisses, ma mâchoire se serre.

-Chut, Vincent. Pas maintenant, sermonne-t-elle. Est-ce que vous avez réussi à avoir un visuel.

-Hm, hésite Cid.

Il pointe le moniteur à côté de lui.

-Comme tu le sais, je n'active les caméras qu'aux alentours d'Angie, ou aux moments où elle se trimballe dans le vaisseau. Et ça, dit-il en collant son doigt contre l'écran, c'est le seul truc qu'on ait réussi à avoir.

C'est une silhouette sombre, entièrement recouverte de noir, encapuchonnée, cachée au détour de l'escalier lorsque Vincent et moi prenons l'ascenseur cette fin d'après-midi pour notre deuxième leçon de magie.

-Je vous avait dit qu'Angelina s'était sentie observée. Cette chose se ballade sûrement depuis des jours dans le vaisseau et a attendu le moment propice pour tenter quelque chose en voyant qu'on ne la laissait jamais seule, fait remarquer Vincent.

-La simple idée que quelqu'un ait réussi à infiltrer le vaisseau malgré toutes les sécurités et les caméras me glace d'effroi, lâche Tifa.

-Elle m'a sûrement suivi lorsque je suis parti retirer la matéria dans le coffre. Ce qui me paraissait impossible jusqu'à maintenant, étant donné mes sens surdéveloppés.

-Elle nous a échappée à tous, admet Cid en tapotant l'écran avec agacement.

-On ne peut vraiment plus la laisser hors de vue. Plus maintenant, glisse la brune d'un ton tendu. Je dormirais avec elle.

Vincent hoche la tête.

-Mes sens restent les plus aiguisés, et je suis celui qui requiert le moins de sommeil. Je peux rester plusieurs jours sans dormir si l'envie me prend. Je dormirais l'après-midi, si besoin. Et je la laisserais avec vous lorsque je devrais me reposer. Autrement, elle ne me quitte plus, tant que je n'ai pas la certitude qu'on puisse coincer le coupable.

Je suis angoissée. Terrorisée par cette silhouette sans nom et sans visage qui attendait depuis des jours de me sauter à la gorge, justifiant pour le coup l'attitude surprotectrice de l'équipe. Plus l'étau se resserre, plus l'équipe se presse autour moi et délaisse malgré eux la population.

-Je suis désolée, lance ma voix rauque.

Respirer est toujours un peu laborieux pour moi, depuis la noyade. Comme Vincent disait, la matéria de soin ne remplace pas les membres ou les organes. Elle peut les soigner, mais guérir complètement les organes était difficile d'après lui.

-Je suis une plaie.

-Oh non, ma chérie, ce n'est pas de ta faute ! s'exclame-t-elle en caressant mes cheveux de plus belle. Dis-toi bien une chose : nous ne souhaitons que la paix. Ceux qui nous veulent du mal, à nous et la planète, sont les responsables de tout.

Elle cherche mon regard.

-Nous ne pouvons que répliquer, parer au plus pressé. En soit, être du bon côté est beaucoup plus difficile et laborieux que tous les plans qu'ils peuvent concocter. Et je sais que Tseng penserait comme moi.

-Tseng n'est plus là.

Un silence interdit s'étend dans le cockpit.

-À cause moi il n'est plus là.

Vincent hoche la tête.

-Je l'ai vu, quand Vincent m'a emmené. Il avait l'air triste. Il regardait Elena.

Ils échangent des regards inquiets entre eux.

-Depuis combien de temps vous le savez ?

Personne ne me répond.

-Combien de temps comptiez-vous attendre avant de m'en parler ?

La main de Tifa se fige dans mes cheveux.

-On avait compris que...tu savais pas. On était pas sûr de comment tu prendrais...la théorie, bougonne Cid. On savait pas trop quoi faire.

-Si vous me demandez mon avis, toute cette théorie est complètement absurde. Parce que ça voudrait dire que mon père, et toute ma famille des deux côtés le sont également si j'en crois mes compétences en magie. Ou que je suis devenue comme ça en changeant de monde, puisqu'il n'existe pas de magie dans le mien.

-...

-Ça n'a aucun sens, aucun fondement. Et ça voudrait dire que je vais commencer à entendre des voix, entendre le cri de la Planète, voir des gens morts...

Je plonge ma tête dans le creux de mes genoux.

-Que je vais devenir folle.

La main de Vincent saisit mon coude.

-On ignore complètement ce que tu vas vivre. On a que quelques indices laissés par Aeris, dans ses quelques bavardages. Nous n'avons aucune idée de comment t'éduquer, mais nous allons t'aider, Angelina.

-Oui, on va t'épauler. T'aider de toutes les façons possibles pour que tu y arrives, rajoute Tifa.

-Tu peux compter sur nous. Nous raconter tout ce qui t'arrive. Nous poser des questions...On te jugera pas, ajoute Cid lui-même.

-Je vous en prie, ne vous sacrifiez pas pour moi. Je vous en supplie.

Mes larmes se remettent à couler.

-Je n'y arriverais pas toute seule. Je ne veux plus me retrouver seule. Je ne veux pas avoir à vous toucher et…vous rendre à la Planète comme ça quand vous mourrez. Je vous en supplie.

Mon corps entier se met à trembler.

-Je ne suis pas venue pour ça. Je ne vais pas y arriver. Je ne veux pas être une Cetra.

Tifa bouge avant que Vincent ait le temps de réagir. D'une force étonnante, elle me porte et s'assoie dans mon siège avant de me reposer en travers de ses jambes et me serrer contre elle, tapotant mon épaule d'une main, et tanguant légèrement d'avant en arrière. Doucement, elle commence à fredonner une mélodie familière, et je ne reconnais que bien plus tard le thème de Final Fantasy VII, celui qui joue quand on courre sur la mappemonde.

Tifa est beaucoup trop jeune pour être ma mère. Beaucoup trop effondrée pour pouvoir être en mesure de me consoler. Mais à cet instant, tout cela n'a aucune importance. Je ferme les yeux, me laisse aller à mes sanglots, serre d'une main distraite la main humaine de Vincent à côté de moi, et me laisse bercer par les bras maternels de Tifa.

L'espace de cette épreuve, je me laisse retomber en enfance. M'autorise sciemment à être une enfant et me laisser consoler par une mère pleine d'empathie.

Parce que maintenant je sais. Je sais combien le monde est cruel. Et je ne sais combien de répit j'aurais avant la prochaine déchirure. Je ne sais combien de temps elle sera là, combien de temps je serais protégée avant qu'il arrive quoique ce soit à l'un d'entre eux.

Alors je me laisse aller. Parce que j'ignore combien de temps il me reste avant de devenir complètement une adulte, et ce moment douloureux où on quitte définitivement l'enfance. Moment que je croyais avoir passé...Mais non. Non. C'est un passage qui se fait dans la souffrance et laisse derrière des séquelles indélébiles.

Mais heureusement je réalise...que je ne suis pas seule.

... (Music : From the Edge of Despair de FFVII Remastered Version)

Lorsque j'ouvre les yeux, ma fatigue a disparu. Un paysage blanc s'étend à perte de vue. Une brise soulève mon uniforme de lycéenne, et des pétales de fleurs de cerisiers avec lui. À côté de moi, un immense arbre me surplombe, me couve totalement.

Je me retourne brusquement. Tseng apparaît dans son uniforme de Turk, plus fringant que jamais. Sa peau lisse irradie littéralement, et un sourire franc étire ses lèvres.

Ma vue blanchit soudainement, toutes les sensations faiblissent.

-Tseng ?

Tout est en train de disparaître. Il fait un salut de la main. Il se retourne.

-Ne pars pas. Tseng ! Faiblit ma voix.

Je vois seulement ses cheveux attachés en queue de cheval, son dos alors qu'il s'éloigne.

-Tseng !

Je me réveille en sursaut, assise dans mon lit. Vincent sursaute également sur sa chaise, à mon chevet, la main sur son fusil. Je reprends peu à peu mon souffle, et il cligne des yeux pour éliminer ses traces de somnolence en se redressant sur sa chaise.

-Tout va bien, tu es en sécurité, assure-t-il en posant une main hésitante sur mon épaule.

-Je...j'ai...Tseng.

Il me regarde avec attention alors que je me tourne vers lui. Il retire sa main. Je devais m'être endormie sur les jambes de Tifa. Et la matéria dans mon bras a disparu. La pièce dans laquelle je suis n'a même pas de fenêtre.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Tseng est venu me voir...

Je lui raconte brièvement mon rêve, et à la fin de mon récit, après une pause, il finit par me poser une question.

-Il avait les cheveux attachés, dis-tu ?

-Oui, c'est étrange, n'est-ce pas ? À côté d'Elena aussi il avait les cheveux attachés tout à l'heure. Il n'a pas eu les cheveux attachés depuis...le départ de Veld, je crois.

-...Je vois, chuchote-t-il pensivement.

Mais il me regarde attentivement, interpelé par le prénom de Veld. Je lui lance un regard confus.

-Il est mort en paix, Angelina. Les Wutaïens...sont un peuple fier. Il a détaché ses cheveux en signe de grand déshonneur, à la vue de tous. Les avoir attachés dans la mort...signifie qu'il a regagné son honneur.

-Mais...

J'hausse des sourcils interloqués.

-Il n'a jamais perdu son honneur. Il...a protégé Veld. Simulé sa mort. Veillé sur Aeris. Aidé AVALANCHE. Pourchassé Séphiroth.

-C'est ton point de vue, argumente-t-il. Moi je dis, qu'il était compliqué de travailler pour la Shinra en tant que Wutaïen...plus encore chez les Turks.

-...C'est vrai...

Un moment passe, je soupire et il me toise encore avec attention, de la tête aux pieds. Il prend une inspiration.

-Tu en sais plus que je ne l'imaginais, encore une fois. Que sais-tu de Verdot ?

Il essaie de me distraire. Je lui raconte à nouveau tout ce que je sais de l'histoire qui s'est déroulée dans le jeu Before Crisis, avec les Turks, jusqu'à ce que ce que mon estomac se fasse cruellement entendre à la fin de mon discours.

Finalement, il se lève de sa chaise et étire quelque peu ses muscles et son dos en bougeant ses épaules, faisant retentir quelques légers craquements, et je remarque enfin qu'il ne porte ni sa cape ni ses vêtements habituels, mais un haut à manches longues noir, un gant aux doigts découverts et un pantalon noir lâche tout aussi sombre avec ses bottes dorées habituels. Il a même les cheveux lâches. Son holster à sa cuisse droite et sa ceinture avec ses recharges sont toujours là, en revanche.

Tous nos vêtements sont à laver et à sécher jusqu'au lendemain, j'imagine. Je ne sais pas pourquoi, je me suis imaginée que Vincent n'avait qu'un seul vêtement.

-Il faut que tu manges...

-…J'imagine. Tu...

Il me lance un regard interrogatif, pendant que je me lève en contemplant mon short de surf noir et mon chandail bleu clair, dégageant un peu mes épaules.

-Tu es très élégant, je lance d'un ton plat.

Il cligne des yeux, abasourdi.

-Comme toujours, je veux dire, je rajoute maladroitement.

-...Merci ? dit-il après un long silence.

-De rien, hmh, je toussote, embarrassée.

Je ne sais pas pourquoi je dis ce que je pense, des fois.

Il ouvre le sas.

-Je te suis.

-Ne me quitte pas, dit-il en observant les alentours.

-…Plus jamais, je promets.

Il hoche la tête, rassuré.