Bon annif Vincent ! Et date oblige, je publie après moult efforts et péripéties. Du coup deux chapitres d'un seul coup plutôt qu'une semaine d'écart. Désolée !

Ce chapitre, a été sans conteste, avec le chapitre-5, le plus difficile à écrire depuis mes débuts en écriture. Il a été remanié quasi de fond en comble, mais grâce à mes précieuses amies/bêtas, j'arrive enfin à être satisfaite du résultat. Il était plus qu'important pour jeter le ton de la suite de toute l'histoire.

Concrètement, j'ai surtout écrit ce chapitre sur Dream On de Aerosmith qui a été une super inspiration après avoir vu l'épisode de The Boys (ceux qui savent, déclarez-vous ! :D). Mais ensuite je suis tombée sur If I Ever Feel Better de Phoenix, un groupe français en plus, et en regardant les lyrics j'ai retrouvé ça parfait. Le ton est mélancolique, faussement joyeux, empli de violons qui pour moi est l'instrument qui accompagne le plus Angie et tous ses thèmes, encore plus que le piano.

Mais je digresse, RAR :

Nmfrter : •Aïe• Cette fois, je peux bien te permettre de me laisser pour morte si tu veux, je le mérite. Comment ai-je pu laisser cette fic à l'abandon aussi longtemps ! Bref, si ça peut te rassurer, il y aura bien une fin pour cette fic, mais pas avant qu'elle soit bel et bien terminée !

Lol, à côté d'Avalanche et tout vu ? Hum ! Voyeuse ! Et cette fois, tu te tenais où dans le moment 'hmrh', à côté où dans le feu de l'action ?

Merci également pour tes compliments et tes encouragements !

Elonia : Merci beaucoup pour les compliments ^^. Ca me fait plaisir. Lol, oui, ils rattrapent le temps perdu, comme t'as pu le voir, mdr. Oui, les menaces, pour tout te dire, après le gros blocs de chapitre pendant lequel il n'y a eu que ça, j'aime beaucoup passer à des moments très fleur bleu pour le moment.

Et non, je ne lésine pas sur les lignes, d'ailleurs ça devient de plus en plus compliqué au passage. 15 pages, je peux vraiment pas faire plus.

Voilà, donc, excuse-moi également pour le retard, c'est dommage pour moi que les lecteurs dévorent les chapitres aussi rapidement malgré la longueur aussi ! Lol.

Et pas de quoi pour les réponses, j'aimerai aussi que tous les auteurs à qui j'écris je laisse des reviews me répondent également, comme ça j'aurai moins l'impression d'une certaine ingratitude de la part de l'auteur quand à mon commentaire. Je tiens vraiment à montrer que chaque commentaire me tient à cœur.

Et ta remarque sur la façon dont je fais avancer l'histoire est brillante également. En effet, j'aimerai que les lecteurs se sentent comme toi, qu'ils ont ce qu'ils veulent au bon moment, comme ils aimeraient que l'histoire se passe. Donc, mission accomplie sur ce point-là avec toi, mille merci de me l'avoir dit ^^.

Akuky (nouvelle ?) : Merci merci merci beaucoup et désolée pour le retard. Lol, et j'espère que selon toi Vincent n'est pas trop OOC, enfin bref, dis-moi ce que t'en penses. Et encore merci pour la review et les encouragements, ça fait toujours plaisir.

Anju-x : Lol, euh…oui, effectivement, ce chapitre date, j'ai presque du mal à croire les chiffres. Pendant un moment, j'ai vraiment cru que le site se riait de moi. Et, lol, bref, ça a pas été trop difficile de la lire d'un bloc comme ça ? Je ne savais pas qu'elle était si longue à lire. Pour finir, encore désolée du retard et comme je l'ai dis aux autres, malgré mes longs retards, je fais vraiment de mon mieux pour remplacer par de la qualité. J'espère que ça te plaira quand même.

Lys9191 : Je ne sais plus si tu es là étant donné que cela fait onze ans maintenant donc, quoi de plus normal. Mais je voulais quand même te remercier chaudement pour ta review :D. Tu as raison, ils allaient un peu vite en besogne, après je pense que dans cette version ça va beaucoup mieux. Quel que soit ton pseudo maintenant, j'espère te retrouver un jour :). Des bisous !

Eclipse1995 : Hey coucou ma belle ! Bah alors on est pas encore couchée ?

Argh, m'en parle pas. Mes mains démangent ! Ce que je donnerais pour jouer en ce moment ! Je meurs intérieurement ! J'ai même envie de faire des petits streaming petit comité pour jouer etc. T'en penses quoi ? J'ai trop hâte que tu lises celui-là est le suivant en tout cas, niaaaark ! Et chiche, quand tu veux pour t'installer ! J'installe Vincent sur le lit pour toi déjà. Et tu as raison, surtout avec l'arrivée des autres remakes, on ferait bien d'ouvrir un site. Y a de l'argent et du plaisir à se faire (pauvre Vince haha). Si encore c'était que sa moëlle ! Haha !

Moi aussi je veux un Vincent plus que jamais...Je pense qu'il a le torse assez grand oui - mdr, faut trop que je t'envoie un screenshot d'une conversation entre Full et moi, j'attendais ce moment depuis longtemps, tu vas beaucoup rire XDDD. C'est marrant que tu parles d'être coincé, surtout avec Vincent, parce que - ahfaugpahhfa *l'auteur est assassinée pour éviter tout spoiler*. Ouiiii ! Devenons tous des personnages de fiction, ramassons Vincent, violons les maisons et tabassons les coffres ; et militons pour que le personnage de Reeve connaisse sa véritable gloire ! Hail Sata- je veux dire, Cait Sith !

Angie est parfois ridiculement tellement directe qu'elle ne se doute pas de ce qu'elle dit. Du coup pas avant un moment. Quand elle le fait exprès, Vincent hausse juste une épaule de façon nonchalante. Quand elle le fait pas exprès il sait plus où se mettre mdrrrr. Je pense qu'entre ce chapitre et le suivant tu vas avoir besoin de beaaaaucoup de feuilles et de crayons. Plein de couleurs, de surligneurs, de schémas etc. Il faut sortir l'artillerie lourde. Tu vas être très frustrée haha.

Angie vit comme branchée à une machine mais on peut dire que l'inverse est vrai aussi non ? Autour de son petit doigt, c'est exactement ça XDDD. Je suis complètement d'accord. Vincent n'a aucune confiance en lui, il est toujours premier pour se taper dessus. Ah là là, entre lui et Angie on ne va pas s'en sortir bordel. Mais oui, tant de confiance, ça lui fait vraiment du bien. Enfin...jusque-là XD.

MDR me faut un blooper où Vincent est agacé et ébouriffé d'un manège, voire même carrément dans la fic. Ah là, toi et tes bonnes idées mdr. Ce chapitre, une ode à la débauche ? MEUF ! Attends de voir Chaos - iahgoeagoa *assassinée par le démon pour éviter le spoiler jusqu'à ce qu'elle apprenne la leçon*. Personne ne s'embrasse. C'est tristesse. Je suis tristesse. Tout le monde est tristesse ? Moi je suis tristesse. Je suis batman tristesse.

J'ai adoré écrire cette scène ! Je me suis marrée comme jamais ! Le "quelle vieille bique!" m'a tué (oui je sais, même si c'est moi qui l'écris, faut bien tester sur quelqu'un non? XD). Le mec il est shook af et elle continue ! Et dieu sait que si c'était lui aux commandes c'est elle qui saurait plus où se mettre mdrrr. Heureusement, lui saurait *wiggle*. Moi aussi il ferait un malaise Vinnie. D'ailleurs même aujourd'hui, trois jours dans une chambre il ferait un malaise le pauvre mdrrr. Je simp.

Chaos : Grrrrkgrhgrgrr. (La colocation est à mourir.) Grrrrhgugrrgrgrytyggh. Ghuugrgrgrglglrgrlrlr ! (Ce $%ù$# ne sert à rien, il ne veut pas £$ù%§!) Ggurhugrgrughrgiurhughurg ! (J'attends toujours mon entrée !)

Je suis contente t'as l'air d'accord avec les deux parties et de comprendre leurs raisons, ça veut dire que je me suis pas trop mal débrouillée ^^. En même temps vous étiez là pour m'aider donc je triche. C'est plus facile de corriger que de faire bon du premier coup. Plein d'amour à toi ! Je peux pas faire plus long sans me spoil je sens. Je pense surtout qu'on se pavera au 22-23 :). J'espère te faire grand plaisir !

Je dédie ce chapitre et le suivant à mes meilleures amies, Eclipse1995 et Full1 qui ont, on peut le dire, co-écrit ces chapitres. Mes amies, tous mes sentiments vont à vous, du fond du cœur, pour ce moment que je pense, vous avez attendu longtemps.


Chapitre-21

Immuable…

(Music : Those Chosen by the Planet de FFVII Remake)

- Je vais le faire.

Le seul vrai coupable ici… c'est mon père pour m'avoir laissée dans l'ignorance au point où j'ignore complètement le bien ou le mal que je peux faire, mais je ne peux pas rester sans rien tenter. Je prends la main de Felicia d'un geste décidé, m'accroupissant à son chevet, poussant Vincent à saisir vivement mon poignet, me sommant de le regarder.

- Si tu te trompes, nous perdons notre seul atout contre Geostigma, argumente-t-il sérieusement. Nous… nous risquons de te perdre, presse-t-il. Je te demande de ne pas foncer sans réfléchir et –

- Vincent, je le coupe sévèrement. Nous avons besoin d'Elfé. Je n'ai pas le niveau pour me défendre contre cette sbire ou en cas de coup dur et Elfé lui tient tête comme personne.

Il secoue la tête et je poursuis avant qu'il ne m'interrompe :

-J e vais tenter une première action, et s'il se passe quoi que ce soit – c'est toi qui devras te tenir prêt à me prêter ton Énergie, dis-je pour me munir d'un argument qu'il ne pourra pas refuser. Toi. Personne d'autre ne peut m'aider. Compris ?

Vincent pince les lèvres, l'air tout à fait récalcitrant.

- Je suis prêt à tout, Angelina. Cependant… c'est une décision trop hâtive. Tu –

Il semble vraiment peiner à formuler ses pensées, comme pris d'urgence ou réservé devant notre audience.

- …Tu viens à peine de commencer à te servir de tes pouvoirs, tu ne maîtrises encore rien.

- Tu as eu beaucoup d'occasions de tester ou comprendre tes nouveaux pouvoirs dans le cadre d'un entraînement ? je contre.

Ses cils tressaillent, me donnant raison.

-J'ai besoin d'elle, Vincent. Pas deux fois, s'il te plaît - fais-moi confiance, je t'en prie, je demande en prenant son poignet aussi. Si tu pouvais revenir en arrière et sauver quelqu'un, oserais-tu me faire croire que ton chois serait différent ?

La même tristesse semble nous traverser, parce que je peux me lire dans ses yeux. Veld semble me presser du regard en arrière-plan.

- J'ai l'occasion d'empêcher cela aujourd'hui. Mais j'ai besoin d'être sûre que tu seras là pour m'aider s'il se passe quoi que ce soit. Personne d'autre ne doit m'approcher au cas où. Je t'en prie, je plaide avec insistance.

…Après de longues secondes pressurisantes, Vincent relâche enfin mon poignet et se relève pour s'éloigner, le visage fermé. Je ne peux m'empêcher de lui lancer un regard inquiet et inquisiteur, cependant. Il acquiesce à regret. Je hoche la tête en retour, soulagée, avant de me concentrer sur Elfé. Elle me sourit doucement quand je me tourne vers elle.

- Angelina, si tu n'es pas sûre de –

- Tu risques de te sentir affaiblie, voire de tomber inconsciente… C'est déjà arrivé à Vincent. Mais je vais essayer de te passer ma propre Énergie. Pure, cette fois. Donne-moi juste un peu de temps pour comprendre comment faire, d'accord ? Si tu t'évanouis, j'arrêterai immédiatement.

Nous enlaçons nos autres mains. En croisant mon regard, elle ne proteste plus, mais non sans un soupir amusé.

- J'ai confiance en toi Angie. Ne t'en fais pas, je suis prête à tout. Reste calme, d'accord ?

Jusqu'à ce qu'elle m'en parle, je ne me rendais pas compte à quel point mon cœur battait vite. Ma respiration était difficile et ma poitrine serrée d'anxiété. Elle échange alors un regard avec son père après s'être assurée que je me calmais.

- Papa…

Elle lui sourit à nouveau, et bien qu'elle ait l'air pâle, malade, et fatiguée, c'est le plus beau sourire que je ne lui ai jamais vu. Il s'approche d'un pas mais doit se contenter de serrer les poings et l'observer de loin.

- Je t'aime. Merci pour tout. S'il te plaît, quoi qu'il arrive, reste fort.

- Felicia, répond-il la gorge serrée mais je sais que tout est dit dans ce simple mot.

Quelque chose que je n'ai jamais eu.

- Sois forte. Je sais que tu vas y arriver. Je serai toujours là. Toujours, assure-t-il.

- Je sais, acquiesce-t-elle comme s'il agissait d'une vieille rengaine entre eux.

Je brûle d'émotion et d'envie à la fois. J'envoie également un regard franc à Verdot, espérant qu'il ne transmette pas mon stress autant que je le ressens, pour lui montrer que je n'allais pas la laisser tomber.

Avant de poser mes yeux sur Vincent. Son regard est vif et intense, et je sens son inquiétude au paroxysme alors que je hoche la tête pour l'intimer au calme pendant que je procède.

- Je commence.

Jusque-là, toucher sa main provoque un inconfort difficile à décrire, comme toucher une glace urticante. Mais lentement, alors que je commence à aspirer en petite quantité, je ferme les yeux pour me forcer à pousser mon flux, mon Énergie, quoi que ce soit à travers sa main.

C'est familier – je me souviens de la facilité avec laquelle j'avais poussé mon Énergie dans l'arme de Vincent contre l'oiseau… mais ce n'est pas aussi évident que je ne le pensais avec une personne. J'y vais donc par à-coups : aspiration, expiration, petit à petit.

- Je sens déjà une différence.

- Vraiment ?

Je fronce davantage les sourcils, essayant de trouver une manière plus efficace – un vertige me secoue une seconde. J'entends les ceintures et vêtements de Vincent bouger derrière moi, jusqu'à ce que sa chaleur soit juste derrière moi.

- Tu devrais arrêter. Quelque chose ne se passe clairement pas comme prévu.

- Tout va bien, je chuchote. Laisse-moi une chance.

Ce n'est pas comme lorsque j'aspire l'Energie à travers sa greffe à grande goulée – sa greffe, le piano. C'est comme jouer deux choses différentes avec une main de chaque côté. J'ouvre les yeux. Je peux faire ça.

- J'arrive à le voir. Tu t'en sors de mieux en mieux Angie, complimente Elfé.

Je glisse un sourire distrait.

- Vous aussi, vous le voyez ? questionne Shera avec incompréhension et étonnement.

- Comme je le pensais… cela demande simplement un peu… de prendre le coup de main.

Parler en même temps ? Encore moins évident. Je dois me concentrer.

Lentement mais sûrement, le processus se stabilise. Puis s'accélère. Jusqu'à ce que je prenne confiance et que j'ouvre toutes les valves. Regardant mon bras gauche se charger d'un seul coup de noir, pendant que j'essaie d'envoyer mon Énergie le plus rapidement possible dans mon bras droit avant qu'il ne soit contaminé.

J'émets une exclamation de stupeur, avant de sentir une douleur extrême se propager dans tout mon bras, comme si on y avait injecté de l'acide, de ma main à toutes mes veines. Je me mets à crier de douleur sans pouvoir le retenir, fermant les yeux et me repliant sur mon bras. « Angie ! » Vincent met sa greffe en travers de mon buste, me rattrapant avant que je n'atteigne le sol pendant qu'Elfé fait tout pour se dégager, mais pas avant de lui avoir envoyé tout ce que j'ai.

Très vite, sans pouvoir cacher ma peine, je m'effondre contre la chaleur de Vincent. Me contorsionne de douleur, hors d'haleine, cherchant à aspirer de l'air comme si je me noyais, ma vision emplie de ténèbres. Un froid glacial, si acide qu'il en devient du poison me terrasse de la tête aux pieds.

« Vin – ! » Ma vue s'effondre, et la douleur est si vive lorsque mon bras se met à brûler que je m'entends hurler comme je ne m'en pensais pas capable alors que je me sens vaguement bouger, trembler et tressaillir dans le noir.

« Je suis là ! » L'Énergie de Vincent, sa chaleur est le seul repère que j'arrive à ressentir alors que la panique s'empare complètement de moi. Je parviens à peine à respirer – je me sens brûler vive par a glace jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de moi. Je le sais, je le sens ! À cette douleur seulement – comme du poison, me consumant jusqu'à envahir mon cerveau et mon esprit en me faisant fondre.

Je sens mon dos s'arquer vers arrière alors que tous mes muscles et mon cœur lui-même se contractent douloureusement. Je gémis de douleur, le son étouffé par mes dents, mes cordes vocales serrées.

« An… Angie ! Angie, prend mon Énergie ! »

Aveuglée et désorientée, je me raccroche au seul signe de vie que j'arrive à sentir et entendre, les sons étouffés et distants à mes oreilles. Enfin, la douleur atteint son paroxysme avant que je ne sente ma poitrine se déverser comme si mon enveloppe avait été rompue. Un rire m'accueille.


(Music : Just another job de FFVII Remake)

- À plus tard, Père !

Je dû pousser mon corps en avant pour que Papa me laisse enfin partir rejoindre le groupe d'enfants. Je lui souris ensuite pour le rassurer. Ses sourcils restèrent toujours très froncés, les lèvres pincées et les poings fermés. Le connaissant, si je revenais ne serait-ce qu'à portée, il me serrerait comme toujours contre lui, me collant à son flanc et pinçant mes épaules.

- Allons, allons, Monsieur Anderson. Mon propre fils est là. Pensez-vous réellement que je laisserais quoi que ce soit leur arriver ?

Papa l'ignora en hochant sévèrement la tête en direction de Tante Ive, qui comme toujours lui assura sa loyauté indéfectible par une brève révérence.

- Allons-y, glissa-t-elle doucement.

Le groupe d'homme et de femme en costume suivit notre hôte, non sans que mon père n'ait jeté un dernier regard inquiet en arrière. Ils entrèrent calmement dans la limousine sombre, leur visage flou.

Nous nous mîmes enfin en marche vers le grand parc d'attraction aquatique réservé pour la journée. Vaguement entourés de nos gardiens et gardes de sécurité, on m'adressa enfin la parole. Je me tournai alors vers le jeune garçon, excitée et avenante.

- Bah alors, on est une fille à papa ? dit le garçon un peu enrobé.

- Fille à papa ? je questionne en clignant des yeux.

Quelques enfants pouffèrent. Mon sourire vacilla. Je... crois que ce n'était pas un compliment.

- Elle sait pas ce que c'est !

- C'est quoi, cette façon de parler ?

- Un accent, pardi ! Ne te fie pas à son apparence, glissa une jeune fille la main en coupe. Ma mère dit qu'on ne sait absolument pas d'où ils sortent. Ils agissent comme des nobles mais on ne connaît leur nom ni d'Ève ni d'Adam !

Ni Ève ni Adam ?

- Notre façon de parler est tout à fait acceptable, proteste quelqu'un.

Il accrocha un instant mon regard, derrière moi, presque contre mon épaule. Plus âgé, brun aux yeux océans, le dos bien droit. Tante Ive se déplaça légèrement pour lui tapoter l'épaule et le rappeler à l'ordre.

Le fils du propriétaire de l'endroit, dont le père a convié le mien pour affaires, se pencha vers ses deux camarades habituels pour leur chuchoter quelque chose, ce qui provoqua leur hilarité.

Après un instant, Tante Ive me poussa dans une direction alors que je m'apprêtais à suivre le jeune garçon faisant partie de notre clan, qui fixait encore des yeux le groupe devant nous.

- Tante, pourquoi ne sommes-nous pas restées avec Ivor ? je questionnai après m'être changée dans la cabine avec son aide.

Elle soupira, puis très bas, en se penchant à mon oreille :

- Mademoiselle Anderson, exprimez-vous moins fort.

Nous sortîmes à l'air libre, nous regroupant par famille ci et là. Des filles plus âgées nous dépassèrent en gloussant. Je les regardai avec curiosité. Tante reprit après une pause :

- Les filles ne doivent jamais se changer en présence d'autres personnes, en particulier des hommes, Mademoiselle Anderson.

- Pourquoi ?

Elle peina à trouver une réponse.

- Parce que. Suivez bien ceci en toutes circonstances, et ce pour toutes les années à venir, c'est tout.

Je fronçai les sourcils, mais acquiesçai pour la forme. Je commençais à beaucoup entendre ce genre de phrases. « Parce que. », « C'est tout. », « Faites ce que l'on vous dit. ».

- Nous pouvions nous changer à part en allant dans la même allée, ne pensez-vous pas ?

- Mademoiselle, cessez de discuter. Faites ce que l'on vous dit, c'est tout.

Les gardiens commençaient à prendre de la distance.

- Quoi qu'il se passe, restez près d'Ivor et Cleya.

Je soupirai. Puis pressai le pas pour mieux les accompagner. Je pris le bras d'Ivor dans ma main, mais avec un air doux, bien que réservé, il prit plutôt ma main dans la sienne. Cleya, avec ses cheveux châtains et ses yeux vert feuille me fit un sourire en posant brièvement une main sur mon épaule.

Nous rejoignîmes le groupe d'enfants qui s'était formé, le fils du propriétaire visiblement à notre tête. Il nous guida à travers l'endroit, vaste. Nous enchaînâmes les activités mais il me fallut plusieurs tours tumultueux avant de vraiment commencer à m'amuser et oublier nos circonstances. Le parc était complètement vide à l'exception de notre groupe. Et d'une certaine façon, il semblait y perdre de son âme. Et si ce n'était pour Ivor et Cleya, mon sentiment de solitude n'aurait été que plus renforcé.

À présent, nous étions toutes les deux sur une bouée à deux places, dont Ivor tenait le rebord, et poussait galamment de temps à autre. Nous nous laissions doucement emporter par le courant tranquille de la reconstitution d'une rivière en pleine jungle en serre. La ballade faisait tout le tour d'une grande partie du parc, avec des vitres immaculées nous permettant de voir les autres attractions autour ou au-dessus. La bruine et quelques précipitations de temps à autre étaient les seuls dérangements notables.

J'observai avec fascination un des paysages de la Terre que je n'avais encore jamais eu l'occasion de voir ni ressentir en terme de température. Mûes par le même courant, les bouées se retrouvèrent bientôt plus proches les unes des autres.

- Vous comptez rester collés les uns aux autres toute l'après-midi ? lança une jeune fille. On dirait des penguins.

Nous l'observâmes. Penguins ? Quelle sorte de monstre était-ce ?

- Quoi ? Vous n'avez pas entendu ? La fille Anderson est si proche des hommes de sa famille qu'elle voulait même se changer avec l'un d'eux, finit-elle en chuchotant faussement avec une main près de sa bouche pour une fausse confidence.

Ivor risqua un coup d'œil. Je regardai ailleurs.

- Ha ha ! Non ?

- Il n'y a pas que la noblesse qu'ils doivent imiter. Ils se ressemblent tous un peu quand on y pense. Ils doivent sûrement se marier entre eux aussi, au point où ils en sont.

Je jetai de l'eau sur les jeunes filles d'un geste rageur.

- Taisez-vous ! Ce n'est pas vrai !

Les filles poussèrent des exclamations d'irritation.

- Angie, essaya de m'apaiser Ivor en m'équilibrant sur la bouée.

- Observe comment il est avec elle. Ils sont sûrement déjà promis l'un à l'autre.

- Ils ne voudraient pas éparpiller leur nouvelle impressionnante fortune, renchérit le fils du propriétaire du parc.

- Ça suffit, les prévint Ivor d'une voix étonnamment ferme.

- Oh alors tu sais sûrement pourquoi nous sommes-là ! je lançai dans sa direction, énervée.

Il ne répondit pas, nonchalamment installé sur sa bouée avec ses amis. Il se servait d'un long bâton avec une feuille en palmier pour s'éventer.

- Mon père dit toujours que la jalousie est le défaut des piètres, glissa Cleya qui gardait son calme durant cette pause.

- Visiblement les manières vous font aussi défaut, je renchéris. Vous êtes tous aussi gâtés que les autres. Racheter votre société ne pourra que vous faire du bien !

Il m'envoya de l'eau, un air renfrogné sur le visage. Je lui renvoyai aussi. Il m'atteignit alors de plein fouet avec la feuille. Je criai de douleur. Ivor le foudroya du regard, ne tenant plus en place.

- Elle n'a plus de mère, c'est sûrement pour cela qu'elle n'a aucune éducation. Un conseil Ivor, l'autre est bien plus docile.

- Angie ! s'exclama Cleya lorsque je descendis de la bouée.

Mais Ivor m'avait déjà devancée et après l'avoir tiré de sa bouée, commençait déjà un échange houleux avec lui. La ballade s'arrêta net, des filles criant à l'aide et scandant le nom de leurs gardiens. De l'eau partait en tous sens avec des éclats de voix. Lorsque ses amis parvinrent à se saisir d'Ivor pour l'immobiliser, la tension se suspendit.

Tous, nous reprîmes notre souffle. Au moment précis où je me dis que l'altercation avait enfin pris fin, le garçon se jeta sur Ivor, qui eut du mal à se défendre ainsi tenu. Une colère sans nom s'emparant de moi, je m'extirpai des doigts de Cleya pour me jeter sur eux.

Je n'avais peur de personne ici. Je refusais de nous laisser persécutés par ces humains comme disait mon père. Je dégageai Ivor et saisis l'importun par les cheveux, usant de toute ma force contre lui. Le tirant, le frappant, le maintenant aussi sous l'eau. Des gerbes partaient en tous sens, mais personne ne parvenait à nous arrêter dans la mêlée générale.

À la troisième fois qu'il me frappait en plein visage et tirait ma tête sous l'eau à l'aide de mes cheveux, lorsque sa main glissa à ma gorge, je m'emparai de la sienne et le poussai plus loin au fond de l'eau jusqu'à le faire disparaître dans un éclat de lumière. Je sortis la tête de l'eau et repris une grande goulée d'air. Ivor était sauf et dégagé, près de moi. Ses mains fébriles sur mes épaules, il me regarda avec de grands yeux, le visage interdit.

- Où est-il ?! Où est-il passé ! s'écria l'un de ses amis.

Un souffle ténu s'était emparé de tout le groupe, qui me fixait moi et mes mains vides avec stupeur. Un cri d'épouvante nous parvint lorsque la vitre de la serre se brisa en éclats et que quelques mètres plus loin, une grande gerbe d'eau perturba le courant plus en amont.

Ivor prit un air horrifié, son attitude transpercée d'effroi. Cleya se posta frénétiquement près de nous, fermant le groupe, l'air anxieux. Quelques personnes se mirent en marche à contre-courant, ses amis à toute allure, mais très vite un cri de frayeur nous parvint.

- C'est lui ! Il est là !

- Sortez-le de l'eau !

- Qu'est-ce qu'il s'est passé – oh mon Dieu !

Du sang nous entoura tous les trois, amené par le courant, mais mes oreilles restaient silencieuses aux cris d'horreur de l'assemblée. Je restai égale, les poings serrés, les regardant s'affairer autour de lui, calmant encore ma respiration. Ivor déglutit, clairement inquiet.

- Partons, j'ordonnai.

Ivor ferma la marche, des bras protecteurs autour de nous, pressant le pas. Nous fuîmes la scène.

On nous laissa tranquille alors que nous attendions avec impatience l'arrivée de mon père, rhabillés à la va-vite, debout sur la plaine bordant le parc. Tante Ive se tenait dans notre dos, ses mains nous touchant intempestivement, regardant aux alentours compulsivement. Mais avec nos gardes de sécurité tout autour, je savais que nous ne risquions vraiment pas grand-chose.

Enfin, un hélicoptère apparut et se posa devant nous. Les hélices tournaient encore que mon père en sortit vivement. Il nous rejoignit rapidement mais dignement, nous observant tour à tour, l'expression indéchiffrable.

- Que s'est-il passé ?

Il bougea les bras dans ma direction, et je compris très vite ce qu'il voulait. Je me jetai dans ses bras, et je me préparais comme toujours à y être douloureusement enlacée.

Ivor m'interrompit quand j'ouvris la bouche, agitée. Il raconta la scène sans omettre aucun détail, tout en restant très neutre, comme si nous n'avions pas fait partie de la scène. Lorsque Père posa à nouveau les yeux sur moi, je les rencontrai sans détour.

- Est-ce bien cela, Angelina ? questionna-t-il.

- Oui ! Rendez-vous compte Père ?

- …Vous avez agi en premier, rappela-t-il d'une voix atone et froide.

- Mais… ! Vous l'avez dit vous-même : ils sont vains, cupides, et jaloux ! Ils ne nous accepteront jamais. Ils se sont jetés sur Ivor à plusieurs contre un seul alors qu'il défendait notre honneur. Ces humains n'ont aucune limite ni compassion ! Je me devais d'agir !

Il me regardait fixement. Je me calmai.

- Ils sont comme les monstres, sans-cœur ni sentiment. N'est-ce pas ? je lui rappelle doucement ses mots. À présent, ils ne penseront plus à s'en prendre à nous.

Si l'on devait me poser la question, je répondrais avec fierté que j'avais été parfaite.

Il s'était figé. Puis son visage se durcit comme jamais. Il m'éloigna avec ses bras, avant de les retirer. Je l'observai avec curiosité. Il prit une inspiration, bloqua. Le visage tourmenté. Recommença, deux fois. Seul son torse bougeait. Du coin de l'œil, je voyais Ivor retenir sa respiration, les yeux fixés sur nous, les poings serrés, mordant sa lèvre.

-Père ? Vous allez bien ? je demandai avec inquiétude, prenant doucement le bout de sa veste entre mes doigts en le regardant attentivement.

D'ordinaire, ma seule présence était suffisante pour l'apaiser.

...Mais enfin, mon père releva le menton. Inspira. Le sourcil tressaillant. Et me gifla du revers de la main. Je vis vaguement Ivor sursauter alors que je chutai au sol. Je maintins à peine la serviette sur moi, complètement déstabilisée, sur mon côté.

Alors que je me relevai, il plaça soudainement son pied contre ma tête et l'appuya contre l'herbe du sol. Ma respiration devint frénétique alors que je ne parvenais pas à me dégager et qu'il usait de sa force. Je criai de peine.

- Vas-tu user de ta force ? Me faire chuter de haut aussi ? questionna-t-il, sa voix coupante comme le fil d'une épée au un métal inflexible. Forcer ton respect par ta seule violence ?

- N-non !

- Comment te sens-tu, Angelina ?

- Père !

Je serrai sa chaussure alors que l'autre partit écraser une de mes mains pour l'immobiliser. Je criai de douleur, des sanglots m'échappant. C'était un manque de tenue, je le savais. Mais l'envie m'envahit, incontrôlable. Jamais il ne s'en était encore pris à moi. Jamais. Pas moi. Pas lui qui supportait à peine de me voir hors de sa vue et de me relâcher depuis Maman.

- Père ! je m'écriai. Il – Il nous insultait ! Il s'est mis à serrer ma gorge ! Il n'est pas tombé de si haut ! Il l'a cherché ! Qu'étais-je censée faire d'autre ?

La respiration de mon père devint plus profonde. Tante retint Ivor et s'avança vers nous, une panique dans les yeux.

- Sir Vladimir vous ne pouvez –

- Restez où vous êtes !

- Sir !

- Rappelez-moi votre place !

Elle afficha un air interdit. Rigide, elle souleva les pans de sa robe et s'inclina, le visage figé.

- Oncle, je vous en prie, vous –

Père leva une main menaçante dans sa direction. Le temps lui-même sembla se suspendre alors que nous retînmes notre souffle.

- …Réponds ! tonna-t-il, glacial et sans pitié.

- J-je… quel est le problème ? Nous pouvons aisément le soigner ! Je ne comprends pas…

- Écrasée ?

Je n'arrivais pas à trouver les mots. Il pressa encore son pied, me faisant couiner, des pleurs encore plus violents secouant mon corps et déformant mon visage.

- Angelina Anderson, pressa-t-il.

- Humiliée et…impuissante, je conclus.

Il se pencha jusqu'à ce que je puisse apercevoir son visage impitoyable au-dessus de moi, bien que déchiré par une émotion que je ne lui connaissais pas.

- Retiens-bien ce sentiment, Angelina. Car c'est celui que nous vivons. À cause de ton pouvoir.

Il était méconnaissable.

- Le garçon n'a qu'un bras blessé, les côtes cassées, et des coupures. Pour la dernière fois, nous sommes à présent sur Terre, Angelina. Nous sommes désormais sans matéria ni magie, à la totale merci de ces humains. Alors prie pour que le pire qui lui arrive maintenant ne soit qu'un coma... et qu'ils ne se retournent pas contre nous.

Ce ne fut que lorsque je montrai des signes de totale soumission... qu'il finit enfin par me libérer. Mais même après cela, je ne pus rien faire de plus que me rouler en boule sur le sol, bras sur ma tête et pleurer aussi silencieusement que possible. Lorsqu'il fit un geste dans ma direction, je me repliai aussitôt sur moi-même, confuse et terrifiée. Il se ravisa. Il serra les dents. Puis ses yeux furent attirés par autre chose.

-…Qu'y a-t-il. Que voulez-vous ? siffla-t-il à Tante Ive d'un ton sec.

- Sir. La haine n'attise que la haine.

Mon père émit un souffle par le nez désabusé.

- Je vous avais prévenu, conclut-elle.

Père me toisa, me jetant un regard défait, avant de détourner les yeux.

Après un moment, il hocha la tête en direction d'Ivor. Il se précipita sur moi, prenant mes épaules. Cleya se pencha aussi près de moi, dégageant mes cheveux. Ivor me prit sur ses genoux, me balançant dans ses bras, caressant de façon apaisante le côté de mon visage qui souffrait.

-Ça va aller, soufflait-il.

Entre mes sanglots, je parvins à chuchoter :

-Je ne comprends pas... ce n'est qu'un humain. Père déteste les humains. Il s'en était pris à toi. Depuis que nous sommes arrivés, tous nous traitent comme des moins que rien parce qu'il y a peu nous étions encore à la rue.

- C'est ainsi, Angie. Même si tu es la plus jeune, tu te dois de montrer l'exemple, glissa Cleya avec un air contrit.

- Et être irréprochable. Ne la cajole pas, ordonna mon père.

Je m'enfonçai dans les bras d'Ivor, qui me serra en retour, suppliant qu'il reste. Alors il le saisit par les cheveux et le tira en arrière, lui causant sciemment du tort jusqu'à ce qu'il accepte de me lâcher.

- As-tu écouté ce que je viens de dire, insolent !

- Sir, s'exclama Ive avec panique.

Elle s'empara de son bras, le plaidant des yeux, ses ongles dans son bras de le lâcher. Une lutte s'engageait. Par ma faute. Père disait que les guerres intestines étaient interdites. Alors j'encourageai aussi Ivor à se séparer de moi. Il obtempéra, à contrecœur. Même à notre âge, Ivor était connu parmi les adultes pour sa maturité et sa loyauté. Il avait toutes les qualités me Père souhaitait me voir obtenir un jour.

Mes bras retombèrent sur mes jambes. Je pleurai de plus belle.

Cleya prit aussi ses distances, incertaine. Ivor garda un visage impassible, et ne regarda même pas mon père, m'envoyant simplement un regard désolé plein d'impuissance. Je restai à genoux, secouée par mes larmes, me sentant plus seule que jamais malgré leur présence tout près.

- J'en ai assez. Je veux rentrer… et revoir Maman, soufflai-je en hoquetant.

Père soupira par le nez, face à Tante Ive, replaçant ses manches et vérifiant ses boutons. Il semblait mettre un point d'honneur à cacher son visage.

- Il n'y a rien à faire. Appelez Fanlan.

- Sir, encore ? Vous n'y pensez pas ! Si jeune, vous allez -

- Pour une fois Ive, faites ce que je vous ordonne sans discuter ! Il ne s'agit pas seulement d'elle. Lorsque je demanderai votre avis, je vous le ferai savoir !

Il nous réduisit au silence, son visage déformé par la fureur tout juste contenue quand il se tourna.

- Appelez aussi Vaan. Dîtes-lui de préparer les sommes. Si ma fille est trop d'effort pour Fanlan, nous allons devoir acheter leur silence.

Père finit de redresser ses vêtements en nous tournant le dos.

- Rentrez dans l'hélicoptère et attendez mon retour. Ne faites plus rien d'ici notre retour, dit-il, probablement à nous cette fois. Je vais régler l'incident.

Une partie des gardes du corps le suivit.


(Music : The Promised Land – Cycle of Souls de FFVII Remake)

Je cligne plusieurs fois des yeux, prenant de grandes inspirations, comme si je sortais de l'eau. Aussitôt, une silhouette sombre envahit mon champ de vision – je n'aperçois rien d'autre… Tout est flou et confus.

-Angie… Angie ?

Je cligne des yeux. Je crois que je suis allongée.

- Angie !

Une chaleur un peu brusque me secoue légèrement la tête et l'épaule. Mais soudain, une envie irrépressible de renvoyer envahit tout mon être. Avant que je ne le réalise, je me suis penchée sur le côté pour rejeter tout ce que contient mon estomac, comme un liquide glacé fait de ronces, irritant tout sur son passage. Cela dure de longues secondes insupportables avant que je ne puisse enfin prendre quelques goulées d'air, envahie par le réflexe de recommencer.

C'était un rêve. Ce n'était qu'un rêve. Cela ne pouvait pas être vrai.

- Encore ?

- Il faut qu'elle boive.

J'entends leur panique, leur inquiétude constante. Je sens quelque chose de trempé essuyer mes lèvres, avant que ce qui ressemble à un verre d'eau ne soit buté contre mes dents avec insistance. Je veux refuser, mais on me force à boire. Aussitôt mon estomac se rétracte et régurgite aussitôt l'eau fraîche que je viens à peine d'avaler sans aucun regard pour mon environnement.

C'est un cauchemar. Un cauchemar, un tourbillon de sensations horribles et vertigineuses qui ne finit jamais. Lorsque je me sens partir, je souhaiterais ne jamais me réveiller.


J'éclatai de rire alors que mon père me faisait tournoyer. Son visage toujours si dur et sérieux se fendait d'un léger sourire. Jamais les leçons n'étaient aussi bien que lorsqu'il était là.


Je force mes yeux à faire le point, mais ce n'est toujours pas parfait. Je ne distingue à nouveau que les couleurs… et je différencie surtout les personnes par leur Énergie. J'arrive à me souvenir et sentir que ce sont des Énergies, d'ailleurs.

- Angelina…

Mes cils tressaillent alors que mes yeux boivent comme ils peuvent cette Énergie flamboyante qui ressemble à une nébuleuse rouge et mauve, comme une galaxie en devenir en pleine effervescence. Elle m'ancre, m'obnubile comme un phare dans une tempête de souffrance, comme si chaque parcelle de ma chair se délitait en morceaux. Que le sang qui bat dans mes veines était un poison glacé qui me pétrifie de douleur. Que l'air n'en était pas vraiment.

C'est magnifique…

- Angie réponds-moi. Est-ce que tu m'entends ? presse-t-on.

Cette voix. Profonde et caverneuse… Anxieuse.

- …Vincent ?

Je sens soudainement une main serrer la mienne douloureusement.

- C'est moi – Angie, il faut absolument que tu prennes de l'Énergie et que tu boives. Manger si possible. Maintenant.

Je tends mon autre main vers la nébuleuse, un bras irradiant de lumière Lifestream semble l'attraper, mais le contact est un mélange de froid et de chaud bouillant, la nébuleuse pulsant vers le milieu.

- Tu n'as rien mangé depuis trois jours…

- …Vincent.

J'ai du mal à contenir mes larmes et soutenir la douleur autrement qu'en serrant les dents alors que je prononce mes prochains mots :

- Qu'est-ce… qu'il se passe ? Je ne vois… presque plus rien, je murmure essoufflée et à bout de forces.

Le corps nébuleux tressaille et se fige… Mon monde s'immobilise avec lui.

Il y a un silence pendant un moment- la nébuleuse pulse alors vivement, en contraste avec le fait qu'elle se rapproche plus lentement dans ma direction.

- Ça va aller. Je suis là, assène-t-il avec insistance d'une voix grave.

Je crois qu'il touche mes cheveux, mon oreille et ma tête en coupe, presque frénétiquement. Je sens à peine le contact, cependant. Juste cette maudite affliction. Tout mon corps qui s'embrase par la glace – Je presse mes paupières closes. J'essaie de me concentrer sur ce fabuleux amas de lumière rassurant derrière elles.

- Tiens bon Angie. Prends mon Énergie, tu te sentiras mieux. Tu vas t'en sortir, il presse.

Il force presque un verre d'eau à mes lèvres… Il a raison, je suis déshydratée. Ensuite il force ma main à se fermer sur la sienne. Ma chair pressée me fait grimacer, mes tempes trempées de larmes.

- Mon Énergie, Angelina. Tu peux le faire. Prends tout ce qu'il te faut.

Mais pour l'instant mon estomac proteste fiévreusement. La nausée que j'ai chaque fois que j'ouvre les yeux empire à la simple sensation d'un liquide dans mon estomac, mais je me concentre pour le garder.

- Je veux que ça s'arrête, je murmure. Je n'en peux plus ! je m'exclame à travers mes larmes.

- Prends-la, Angie. Dépêche-toi, presse-t-il d'un ton sérieux mais inquiet.

Je sais qu'il est inquiet. Toujours inquiet pour moi.

- S'il te plaît, fais que ça s'arrête…

Je remarque mes tremblements lorsque ma main aspire enfin un peu de sa chaleur, et, aveugle à tout autre détail, je remarque la nébuleuse s'agiter et tourbillonner avant de se déverser en moi, me remplissant un peu de cette chaleur attirante et majestueuse. Elle est si agréable, si apaisante malgré le chaos tourbillonnant, la chaleur presque animale et vengeresse, son goût indomptable, que je m'endors à sa familiarité.


Des liens, presque des mains m'enserrent et me tirent en arrière. Je lutte pour leur échapper. C'est comme s'enfoncer dans une liasse de boue noire et glacée. Des voix, le cri de la Planète est retentissant à mes oreilles. Tous, semblent chanter mon arrivée.


(Music : Anxiety de FFVII Remake)

Je cligne des yeux. Des sensations me parviennent tout à coup. L'envie de renvoyer à nouveau. Mais avant, je sens ma main serrée sur… celle de Vincent. Il est avachi plus qu'il n'est assis sur une chaise contre le mur, et seule la lumière venant d'en haut des escaliers éclaire la chambre. Il n'a plus sa cape… et je constate que je peux distinguer plus que les couleurs d'Énergie : je peux constater des détails lorsque j'aperçois et sens la cape lourde sur moi, sous diverses couvertures aux différents vieux motifs.

Malgré un air moite salin et étouffant, je me sens frigorifiée, roulée en boule dans les draps, mais plus que tout, je me sens sale et transpirante… je vois des traces noires et humides partout autour de moi, mes cheveux collés à mon visage et ma nuque. Ce poison grignote encore ma chair, chaque morsure aussi douloureuse que la précédente, sans répit.

Je repense à tous ces cauchemars. Ces visions. Ces… souvenirs ? Non, cela ne se peut. C'est impossible. Cela ne pouvait être moi. Pourtant, je revois clairement les cheveux noir de suie d'Ivor, son Énergie familière, son air impuissant, me rappelant sans encombre le tireur d'élite d'Avalanche.

Je repose mon attention sur lui… oui, je peux enfin faire le point. Ses cheveux encadrent son beau visage. Malgré le manque de lumière flagrante, je peux voir combien il est pâle. Avec un air maladif amplifié par des cernes profonds, et le fait qu'il dorme profondément. Et… son Énergie…

Ma poitrine se serre sous le choc. La vue de son corps presque vidé de sa lumière me percute de plein fouet, me refroidissant plus encore que mon état… Oh non. Que s'est-il passé ?

« Vin… » Ma gorge est si sèche. Je peux à peine parler, et même l'air passant dans mes poumons paraît être du givre urticant. J'essaie de me relever sur mes coudes mais peux à peine me mouvoir. Je tressaille même, une douleur me transperçant de part en part lorsque je tente. Heureusement, juste en bougeant mes doigts dans notre poigne, j'entends l'ancien Turk prendre une grande inspiration et s'éveiller, cligner des yeux plusieurs fois pendant que ses yeux affolés mais fatigués m'observent en détail.

- Angie.

Je cligne des yeux et tente de me relever à nouveau mais sans succès.

- Comment te sens-tu ?

Lâchant ma main il se tourne pour prendre un pichet d'eau et me proposer – ou plutôt m'imposer un verre. Avant que je n'aie le temps de faire quoi que ce soit, il prend ma tête en coupe depuis ma nuque et m'aide à me relever pour m'aider à boire.

- Merci.

Il essuie une goutte d'eau à mon menton avant que je ne trouve la force de lever mon bras. Je le regarde avec effarement. Il me renvoie un regard surpris.

- Tu arrives à me voir ? Tu as recouvré la vue ? questionne-t-il de façon pressante.

Je hoche la tête.

- C'est une excellente nouvelle, souffle-t-il, l'air agité. Angie, il faut absolument que tu avales quelque chose, puis que tu reprennes de l'Énergie.

- Hm-mh, je proteste faiblement en clignant des yeux.

S'il y avait une chose que cette nébuleuse dont les couleurs enflammées étaient en train de disparaître me disait, c'est qu'il est beaucoup trop affaibli.

- Ce n'était pas une question. Angie –

- Tu es trop faible –

- Je m'en sortirai. J'ai vécu bien pire. Tu dois –

- Non, je réplique faiblement mais fermement. Non…

Je ne suis pas celle que tu crois. Si tu savais pour tu t'époumonais réellement, alors tu – Son visage se durcit, et je suis trop fatiguée et attristée pour en être intimidée.

- Tu n'as pas le choix, Angelina. Tu l'as perdu lorsque comme toujours il a fallu que tu agisses sans réfléchir, annonce-t-il sévèrement. Tu as dit me faire confiance, et l'instant d'après –

Ses traits se froissent, regardant ailleurs. J'affiche un air désolé, essayant de me rappeler de tous les détails, tous mes souvenirs.

- …Comment va Elfé ? je presse de ma voix faiblarde.

- Elle va bien, me répond-il froidement. Tu l'as guérie. Comme tu l'avais promis. Elle est sauve. C'est toi dont tu devrais t'inquiéter maintenant, Angie, gronde-t-il presque.

Une émotion submergeante que je ne saurais décrire, que je ne reconnais absolument pas et encore moins chez lui, toujours placide, blasé, calme, patient, raisonné – au pire tempétueux – s'empare de lui. Son corps entier se tend, de douleur presque. Il a les yeux figés dans le vide. Sa voix est étrange, rocailleuse comme si sa gorge était serrée, humide, comme s'il devait s'empêcher de…

Son visage se froisse alors qu'il le détourne, empli d'une amertume dévastatrice que je n'avais encore jamais vue chez lui. Jamais autant. Je me pétrifie, ce visage, une ode à la beauté, me provoquant un mal plus terrassant encore que tout ce que j'avais éprouvé ces derniers jours.

Il me replace correctement dans le lit.

- En prenant l'Énergie d'Elfé Angie, tu t'es contaminée.

J'ai peine à réaliser ce que cela signifie.

- Tu es…

Il serre les dents et les mâchoires, clignant des yeux avant de parler à nouveau. Chaque mot semble le heurter comme le tranchant d'une lame. Comme s'il devait se forcer à prendre une pause, à moins de succomber à sa peine.

- Tes cellules se désintègrent, tes organes…

J'ai peine à déglutir pendant que son ton me refroidit encore plus que mes symptômes. À son expression je sais déjà combien c'est grave. C'est un cauchemar.

- Même si tu es encore là et consciente, la maladie n'a jamais eu un effet si rapide et virulent sur n'importe qui d'autre. Nous faisons tout ce que tout nous pouvons pour t'aider mais… d'après les analyses de Shera, mon Énergie –

Il s'arrête, sa main douloureusement serrée autour de la mienne.

- Nous ne faisons que retarder…

Un silence de plomb tombe.

- Je voulais… juste l'aider –

- Et qui va t'aider maintenant ?! tonne-t-il soudainement. Réfléchis-tu seulement à ce que tu as fait ? Nous avons perdu, Angelina. C'est sûrement ce que cette sbire voulait ! Tu l'as laissée gagner et –

Il s'arrête, sa colère contenue, même là.

- Nous t'avons perdue.

Mon autre main tremble. Je ne parviens même pas à atteindre mon visage pour essuyer mes larmes. La peine de la réalisation plus grande encore que l'affliction.

…Tout est de ma faute. Je savais que je n'étais pas sûre de la méthode à utiliser mais je pensais réellement pouvoir faire quelque chose. Sauver quelqu'un, trouver le moyen de renverser la vapeur. Prouver ma valeur… et j'ai sauvé une personne, une personne à qui je tenais, mais j'ai peut-être condamné tout le monde parce que je n'ai pas pris le temps de réfléchir.

Parce que je ne suis pas prête à accepter la moindre perte, le moindre sacrifice.

Ses sourcils tremblent une seconde, sa peine perçant une seconde à travers le masque qu'il maintient à peine du bout des doigts.

- Je voulais…

Un bruit de verre brisé éclate comme un tintement clair à mes oreilles.

Son regard dévasté, vaincu me dit tout… Je n'ai pas eu la force d'abandonner Elfé et prendre la décision difficile que préférait Vincent. Je sais parfaitement qu'il ne souhaitait pas sa mort… mais il n'y avait peut-être pas d'autre choix.

- Je… Je suis désolée. Je vais…

Du sang. Tellement de sang à la place de l'eau.

Il pince les lèvres. L'air de me refuser. J'explose en sanglots, trop envahie par tout ce que la situation implique pour me contenir. Trop confuse. Je ne comprends pas… ! Je ne comprends pas ! Cela ne peut être ça ! …Je suis encore là, je vais mieux ! Je ne peux pas… ! Ce n'était qu'un cauchemar. Cela ne peut être vrai.

- J'ai cru… j'ai cru – !

Mais Vincent ne ment jamais. Et je suis une idiote.

- Je suis désolée ! Je sais que… Je ne voulais pas… Je suis – je t'ai toujours fait confiance, je te le jure ! Je pensais juste – je ne savais pas comment faire autrement !

En sauvant Elfé, j'ai peut-être soulagé ma conscience, mais je n'ai peut-être fait que retarder l'échéance, avant que toute la planète ne périsse, je remarque avec désespoir.

- Je voulais juste l'aider. Je voulais juste faire mon possible. De mon mieux. Loin de moi… l'idée de vous laisser sans purification.

Je revois l'enfant chuter, les cris autour de moi. Les regards portés sur moi. Je ressens encore nettement l'empreinte de sa chaussure sur ma pommette. Je me revois assise sur mes talons, mes paumes ouvertes sous mes yeux sur mes jambes pliées. Seule et secouée de sanglots sordides sous le ciel couvert.

Je sais. Je sais que j'ai mal fait. Mais je t'en prie, ne me laisse pas.

Cependant, mes mots restent pris dans ma gorge parmi mes sanglots. Il hoche la tête négativement, l'air dépassé aussi. Il déglutit, les paupières basses, sa peine contenue. Je revois l'air dur de mon père et la silhouette d'Ivor. Son visage éteint, forcé de m'ignorer, portant la même expression que Vincent.

- Il faut que tu manges.

- …Que va-t-il m'arriver ? je questionne d'une voix blanche, tremblante, le visage dans l'oreiller.

Comment… vais-je –

Il hoche la tête une fois de négation avant de m'aider à me relever et me prendre tout à coup dans ses bras. J'ignore ma douleur et me réfugie dans ses cheveux et son torse. Je peine à le serrer. Pourquoi fait-il cela alors qu'il m'en veut ?

- Je suis désolée, je répète.

Il hoche la tête négativement puis me serre et enserre, ses lèvres sur mes cheveux.

- …Tu vas t'en sortir, comme toujours. Quelque chose me dit que malgré les difficultés, tu es gardée par un Bon Œil. On ne va pas te laisser tomber. Je vais t'aider. Rien n'est terminé.

Ses mains m'agrippent.

- Je suis encore là. Et toi aussi. Il ne te reste qu'à t'accrocher, alors ne lâche pas, dit-il d'un ton catégorique en cherchant mon regard. Promet-moi.

Je relâche un souffle ténu, mes mains serrant ses ceintures à son torse.

Je ne veux pas partir. Je ne veux pas mourir, comme ça, sans avoir rien fait – je viens à peine d'arriver et de commencer et – ! Non… Je ne peux pas donner raison à mon père comme ça… Laisser Vincent perdre quelqu'un d'autre après qu'il se soit enfin ouvert de nouveau… Qu'il m'ait fait confiance.

- …Vincent !

Je ne peux pas être cette fille dans ce rêve n'est-ce pas ? Cette fille sans aucun état d'âme.

…Je sanglote un moment dans ses bras. Même lorsque les larmes finissent par me manquer et que ma poitrine continue de sursauter, il me retient. Je m'accroche, sans trop savoir pourquoi.


(Music : The Great Northen Cave de FFVII Advent Children)

Je suis plongée dans le noir, je hurle et hurle mais la solitude me fait rapidement baisser mon volume. Je me débats. Vers le haut. Je crois. Un rire féminin tinte à mes oreilles. Sa présence est écrasante. Je la sens grossir jour après jour. Dans mon esprit, le dénouement se forme clairement.

Quelque chose m'enserre la tête. M'ensevelit dans les ténèbres.

Ai-je seulement le droit d'espérer ? De continuer ? Après ce que j'ai fait, Vincent ? Serait-ce si terrible, d'être enfin débarrassé de moi ? À qui ai-je vraiment rendu service, sinon moi ?

Je sens mes pensées faiblir et se diluer dans un néant délirant. Le rire s'intensifie, en écho infini dans son domaine.

- Qu'est-ce qu'elle fait là ?

- Je ne sais pas. Mais ce n'est pas acceptable.

- Je ne pensais pas que ce serait si grave.

Une lumière perce les ténèbres, comme un ciel qui s'ouvre. Une main m'attrape le bras. Un sol m'accueille. Un champ de lys blanc s'étend à perte de vue, des plumes blanches et noires tombent comme une pluie battante. Le visage d'Aerith m'accueille, un air sévère sur le visage, sa main serrée sur mon poignet.

- Qu'est-ce que tu crois être en train de faire ? m'assène-t-elle.

Elle a l'air particulièrement émue autant que furibonde. Sa voix atténue celle de la Planète.

- Hé soldat. Ici l'abandon n'est pas une option.

Je m'assoie, stupéfaite. Zack me tape l'épaule sans retenue. Je ne ressens qu'une douleur atténuée. Un cerisier pousse à vue d'œil. Grince, tournoie et grandit, jusqu'à ce que son ombre nous couvre, ses pétales d'un rose éclatant se mélangeant aux plumes. De mon autre côté, des bruissements d'herbe m'atteignent. Tseng se penche à mon côté, traçant des cercles dans mon dos où Zack m'avait atteinte.

- Personne n'a dit que ce serait facile. Mais tu dois te battre. C'est trop tôt ici encore pour toi.

Des larmes coulent sur mes joues, interdite. Je touche son bras.

- Tseng… je suis…tellement désolée. Je –

Je suis trop envahie de sanglots pour poursuivre. Je serre son bras, la gorge serrée.

Une silhouette encapuchonnée se tient au loin, comme au rebord de cette bulle. Comme attendant son heure. Elle semble m'observer, avant de regarder intensément derrière moi. Je tourne la tête. Un côté du paysage est complètement dévasté. Comme sur la plaine entre Fort Condor et Junon, tout a été empoisonné par Geostigma.

J'écarquille les yeux pendant que tous, nous observons la forme aliène de Jénova, bleu et rosacée, entourée de ténèbres. Des filaments de Lifestream noir sortent du sol dans ma direction, si rapidement que je n'ai pas le temps de bouger avant que des liens n'enserrent ma gorge et mon torse.

Je peine à m'accrocher à eux et me débattre. Aerith me retient par les bras. Mais même elle semble faible face à la force qui me tiraille sans pitié. Je ne peux plus respirer.

Paniquée, elle se penche au-dessus de moi, me regardant droit dans les yeux :

- Il faut que tu tiennes bon !

Je crie, terrorisée quand les liens m'arrachent à eux.


(Music : All the things she said de t.A.t.u par FOOL PIANIST)

Les jours suivants sont un enfer, et je regrette presque les jours où j'étais trop inconsciente pour vivre quoi que ce soit. Je suis autorisée à résider dans la chambre à l'étage, où je peux au moins prendre un peu de lumière et de soleil, rigoureusement gardée et épaulée par Vincent et Felicia, qui se sent extrêmement coupable.

Elle est toujours aux alentours, quand elle ne nous laisse pas en privé, toujours prête à aider et aller récolter des objets, faire le repas et ainsi de suite. Même lorsque Vincent a dit sans détour ce qu'il pensait de mon action et de ses conséquences à elle et son père, elle n'a pas bronché. Elle ne bronche même pas à sa froideur évidente, même s'il reste cordial et accommodant avec elle, essayant de ne pas lui faire ressentir de reproche.


- Vincent, je t'en prie, réconciliez-vous. Veld est ton meilleur ami.

Je ne pensais vraiment pas devoir le raisonner ainsi un jour, mais il est vraiment remonté, assis les jambes croisées sur la chaise à côté de moi. Il laisse traîner une expiration éreintée et irritée, les bras croisés. Peut-être que la fatigue le rend pus susceptible qu'il ne le serait jamais, à force de toujours tout contenir jusqu'à l'implosion.

- Était. Il y a longtemps.

C'est extrême de sa part. Ils devaient avoir eu une dispute virulente qui ne s'était pas arrangée après la guérison d'Elfé…

- S'il te plaît, un ami est précieux. Je sais qu'il représente beaucoup pour toi. Cela se voit lorsque tu tiens à quelqu'un, autrement tu es très indifférent.

Il m'accorde enfin un regard.

- Vous avez été séparés longtemps. Et je ne souhaite pas être la raison pour laquelle vous vous séparez à nouveau. Je ne veux pas que tu te croies seul ou sans but si…

Je m'arrête. Il me lance un regard contrarié, même.

- Promets-moi d'essayer, je lui demande en lui prenant la main.

- Ce n'est pas fini.

Il se lève, repoussant ma main en m'observant les sourcils froncés. Comme si j'étais une inconnue.

- …À quoi penses-tu ?

Je l'interroge du regard.

Il se pose sur mon lit.

- Pourquoi parles-tu sans cesse comme s'il n'y avait aucun espoir ? Tu veux me faire croire que la Angie que je connais baisserait les bras ainsi ? Trahissant sa parole sans rien avoir accompli ? Après son sermon à Gold Saucer ?

Sa voix est à la fois sévère et ténue. Je ne parviens pas à répondre. Un hurlement. Toute cette eau. Le visage interloqué d'Ivor. Mes mains tressaillent.

- Où est passée ta détermination ? Tu ne penses sérieusement pas à laisser tomber ? Tu as promis, rappelle-t-il d'une voix grave.

Je l'ignore. Mes yeux s'emplissent de larmes. Cela faisait longtemps qu'il ne m'avait pas jugée ou été si dur avec moi.

- Quand bien même nous sommes là ?

Mon cœur se serre, me rappelant tout ce que je vais manquer. Tout Avalanche défile dans mon esprit. J'entends sa déception, autant que son incompréhension totale dans son ton.

- …Je suis là ?

Dans mon esprit, au bout de la file, il se retourne, l'air de m'avoir attendu. Ma vue se reconcentre sur lui. Son visage se calque au sien. Et je vois bien qu'il exige une réponse. …Cependant, en voyant le courant de sa Rivière lente et amenuisée, la réponse me parvient comme une évidence. Je hoche la tête distraitement. Il prend ma main.

- Angelina, je ne vais pas t'ab –

- Justement parce que tu es là, je coupe avec conviction.

Silence interdit.

Je fais un effort pour parler. Comme avant que je ne quitte Gaïa après la dernière attaque à Costa del Sol. Il est irrité, et frustré, mais je sais qu'il va écouter. N'est-ce pas ? Il est temps. Avant que je ne me décourage.

-S'il te plaît, cesse d'insister autant. Toi plus que quiconque devrais –

Il cligne des yeux, stupéfié. Je relâche un soupir.

- Tu ne le penses pas, il lâche.

-…Avant, je te jugeais. Mais encore une fois, je n'ai été qu' –

-Tu n'es qu'une ignorante !

J'écarquille les yeux, la voix de mon père vibrant à mes tympans. Il me faut un instant avant de retrouver le silence de la pièce.

-…Ignorante. Mais je comprends maintenant. Pourquoi tu veux tant me sauver, je rajoute. Même si, si tu veux mon avis… tu as vraiment jeté ton dévolu sur la mauvaise personne.

Son air se durcit autant qu'il a l'air confus.

- …De quoi parles-tu ?

- Après tout ce que tu as vécu, sauver quelqu'un d'autre, faire le bien… était la seule chose qui pouvait donner un sens à ta vie. Pas vrai ?

Vincent me fixe des yeux, l'air tendu, presque coléreux.

- Parce que tu as une vraie conscience. C'est ce que je ressentais depuis mon arrivée sur Gaïa. Mais par ma faute… Ce ne sera plus possible.

À son nez qui tressaille, je sais qu'il s'agit bien d'une colère montante.

- Je suis vraiment désolée. Mais… crois au moins ceci : tu n'as pas besoin de moi. Tu n'as vraiment besoin de personne pour prouver ta valeur. Tu as déjà sauvé la planète deux fois. Tu es déjà en route pour la troisième. Et tu es…

Je tapote sa main sur la mienne, souhaitant l'apaiser.

- Ce que j'ai réussi à faire, c'est au moins sauver Felicia. Avec vous, Avalanche, n'en déplaise à mon père, Gaïa est entre de bonnes mains. Je sais qui vous êtes. J'ai confiance en vous.

Humains ou pas, cela n'a aucune importance. Je le sais !

Ma tête s'abaisse, mes yeux fixant sa galaxie et son Énergie tarissante. En te sauvant toi, je sauve Gaïa par la même occasion, n'est-ce pas ? Je pense que c'est à mon tour, pas vrai ?

- Toi plus que quiconque, tu mérites d'être sauvé. Alors, rien que pour cela, je ne regrette pas.

Il lâche ma main et tel un orage sort de la pièce et tonne le nom de Felicia pour qu'elle prenne sa relève. Je reste stupéfaite, les mains figées, les yeux fixés sur la porte battant le mur.


(Music : Ilomilo de Billie Eilish)

…Je garde rarement un repas, même si j'ai plus de facilité avec le liquide, particulièrement le thé de Shera, apaisant et réconfortant. Elle m'expliqua en détail ce que Vincent m'avait déjà fait comprendre avec gravité. Je suis mourante, et seule l'Énergie de Vincent maintient mon corps un minimum en état de marche. Pour l'instant.

Cependant, une telle quantité, constamment et sans résultat est extrêmement exténuant pour lui, qui refuse – bien sûr comme tout le monde d'abandonner – mais surtout de se donner le temps de pause nécessaire pour récupérer. De crainte que mon corps ne se dégrade sans son attention.

Voir Vincent souffrir ainsi me ronge plus encore que ma culpabilité. Il m'en veut et me pardonne à la fois, m'aide et refuse de quitter mon chevet, même si parfois sa lumière vient presque à s'éteindre. Je sens ma poitrine se vider de tout et partir en morceaux. Sens ces morceaux retomber pathétiquement à mes pieds, où je vois Vincent.

Parce que quelqu'un comme moi a réussi à mettre genoux un tel guerrier – réduire à néant tous ses efforts pour me sauvegarder – une créature si fière et puissante, une machine de guerre, un mage sans pareil, seulement armée de ma bêtise.

Le peu d'heures où je suis éveillée, nous les passons à chercher une solution. Mais bien sûr, la seule à mon esprit reviendrait à envoyer l'équipe au suicide à un des endroits les plus infestés de la planète : la Cité des Anciens, où la matéria Blanche a chuté dans l'eau lors de la mort d'Aerith. Inenvisageable.

Je suis dans un état second. Perdue. Pensive. Passant des heures à triturer mes draps, à tenter d'accepter la réalité, me forcer à faire toutes ces choses qui me paraissaient banales avant :

Se réveiller, se laver, manger. Renvoyer ce mélange de nourriture et d'amas noir de Geostigma et de Lifestream corrompu.

Boire. Tomber de fatigue. Entendre le cri de la Planète et la voix des morts devenir plus forte chaque jour… comme pour m'y familiariser. Échanger de longs silences avec Vincent. Est-ce ce que je vais devenir ? Une voix perdue parmi tant d'autres. À chanter, hurler, pleurer. Pour n'être que silence aux oreilles de toutes ces lueurs turquoises dans la ville. Aux oreilles de Vincent.

J'ai dû mal à réaliser. Comme lorsque je venais d'arriver sur Gaïa, à sans cesse me questionner : tout ceci est-il bien réel ? Est-ce vraiment possible ?

Peut-être ne suis-je vraiment qu'une idiote. Plusieurs fois, j'ai frôlé la mort avec désinvolture, et seul Vincent et Avalanche ont fait office de filet de sécurité. Pas une seule fois j'ai considéré ma fin. Je dois mériter ce qui m'arrive n'est-ce pas ? Avec une telle ineptie, cela était voué à arriver.

Maintenant encore, tout ne tient plus qu'à un fil. Si ce n'était pour Vincent. Et lui retirer sa catharsis en me sauvant est le regret qui me terrasse. Mais à la fin, lorsque je réalise à quel point il est à bout de forces par ma faute, ma détermination revient. Par vagues humiliantes, alternant entre « tout faire pour aller mieux » et « trouver la force de laisser tomber ».

Je savais que se battre demandait du courage. J'apprends maintenant que laisser tomber, tout laisser derrière soi, se demander ce qu'on devient après la mort, ce qu'il va advenir de Vincent, des personnes que j'étais venue à apprécier et aimer, est encore plus difficile. Cette seule pensée m'effraie…

Finir comme Aerith, cantonnée au rôle de fantôme bienveillant, condamnée à assister aux évènements quasi-impuissante… Voir le monde sombrer dans les ténèbres, la terreur et la folie.

…Voir Vincent abandonner. Survivre tout le monde parce qu'il est immunisé, voir les villes tomber, la maladie, les flammes et la panique des gens les mener à leur perte, jusqu'à ce que cette sbire le rattrape… Porter ce regard de défaite et d'amertume, le visage froid et fermé, la lueur de ses yeux éteintes, arpenter la terre désolée sans conviction, telle une âme qui a trop vécu.

Jusqu'à ce qu'il décide que la mort soit un sort favorable après avoir perdu tout le monde. Tous ceux qu'il a eu le courage de laisser s'approcher. Avec ce regard que j'ai croisé quand j'ai quitté son côté avant d'être vaincue par la sbire.


- Merci, je dis après avoir fini de me brosser les dents pour la énième fois.

Peu importe le nombre de fois, je mets toujours un point d'honneur à rester aussi propre que possible quel que soit le problème. Même si je commence à sentir mes gencives devenir sérieusement douloureuses à force de laver ma bouche rigoureusement après chaque renvoi.

- De rien, souffle Felicia en rangeant le bol d'eau et ma brosse à dents.

Il y a un deuxième lit à côté de moi, mais c'est à peine si Vincent ou Felicia l'utilisent. Je sais que Felicia garde farouchement la maison. La maintient en état, s'occupe de tout ce qu'i faire en gardant ses distances avec moi pour ne pas retomber malade, et permettre à Vincent de rester à mon chevet sans avoir à s'inquiéter d'en partir.

Tifa, Cloud, Cid et même Reeve sont venus me visiter. Mais j'ai insisté pour qu'ils gardent leurs distances avec la chambre et la maison, de peur qu'ils ne soient contaminés. Tous ont pris le temps de me parler, et ce fut parmi les moments les plus difficiles de ma vie. Ils firent attention à leurs paroles, sous le regard pesant de Vincent, derrière des mots d'encouragement et des promesses de repos.

- Il va bien.

Je la regarde avec curiosité, ôtant mes yeux de la porte.

- Il fait juste une sieste. Il a failli s'écrouler en sortant de la douche, alors j'ai insisté pour qu'il prenne du repos, comme tu me l'as demandé.

- S'écrouler ? je répète d'une voix blanche.

C'est donc pour cela qu'il ne revient toujours pas.

J'ai envie de me lever, voir comment il va réellement. Mais je ne peux pas. Je ne peux plus rien faire. J'ai même besoin de lui pour aller à la salle de bain. Me porter à bout de bras, me ramener. Laisser Elfé me surveiller.

Bon sang, je suis si…

- Ne t'en fais pas, ça va. Il a juste besoin de dormir je pense.

…Cela ne peut durer.

- Il ne va jamais tenir, j'annonce avec gravité.

Je serre mes draps entre mes doigts. Felicia me regarde avec attention. Avant que cette culpabilité familière n'emplisse sa personne, les poings fermés.

- Je suis désolée. J'aurais dû t'empêcher –

- Felicia, je t'en prie…, je soupire. Pas encore.

Je suis éreintée par cette conversation, toute cette situation. Je me sens si seule malgré leur présence. Quand avant il m'arrivait d'étouffer. Je ne peux plus toucher personne. La seule personne que je peux toucher me hait. Je serre les dents, revoyant les cheveux bruns d'Ivor tirés par mon père.

- Je ne regrette pas. Je pense sincèrement que même sans moi, tout n'est pas perdu. Vous êtes forts. Vous vous en êtes sortis jusque-là. Vous vaincrez.

Tu as un père. Je déglutis, ravalant cette pensée.

- Je suis juste…

Je peine à continuer.

- Vincent avait raison. J'aurais dû réfléchir. Il y avait sûrement un autre moyen sans que je ne me mette en danger. Je pensais… que j'étais insensible. À Geostigma, du moins.

C'est la première fois que nous avons cette conversation. À son agitation je comprends qu'elle l'avait longtemps attendue.

- Comme nous tous, répond-elle précipitamment avec insistance.

- …Il s'agit tout de même de ma faute.

Je pince les lèvres.

- Il ne me pardonnera jamais, je murmure de réalisation et d'amertume d'une voix effacée.

Je vais mourir sans que nous ne nous soyons jamais reparlé et réconcilié. Je prends ma tête dans mes mains, peinant à retenir mon souffle prêt à se transformer en sanglot.

- Ce n'est pas vrai.

Elle se fige, les yeux fixes sur moi, attendant une réponse. J'essuie mes larmes rapidement. Elle aussi du revers du poignet.

- Pardonne-moi, souffle-t-elle d'une voix tremblante. Si j'avais su que… j'allais vous séparer, je n'aurai jamais –

- Pour la dernière fois, je ne t'en veux pas.

Je fais peser mon regard sur elle.

- Tu es une amie pour moi. Depuis le début, tu n'as fait que m'aider, m'entraîner, me donner des conseils… Tu m'as protégée au prix de ta vie. Tu te bats contre elle comme une déesse. Tu es la femme que je voudrais devenir… Personne ne savait ce qui allait se passer ou ce qu'il fallait faire. Si seulement mon père –

Elle prend un air alerte.

- Oui ? m'encourage-t-elle à poursuivre.

- Je me devais d'essayer, et il n'y a rien que vous n'auriez pu faire pour m'en empêcher, je dis finalement.

Elle relâche un souffle, désemparée.

- …Je ferai peut-être plus de mal que de bien en disant ça, mais je ne veux pas t'abandonner non plus. Je suis sûre qu'il y a une solution. Si cette matéria peut t'aider, tu n'as qu'à le dire, j'irai la chercher –

- Non.

Je me restreins à la retenir physiquement d'un bras, de panique. Je ne veux plus qu'il lui arrive quoi que ce soit.

J'ai envie de hurler. Hurler que je me sens seule et désemparée aussi. De sommer qu'on me laisse tranquille à la fois.

- Angie, tu n'as qu'un mot à dire, et tu n'as pas à t'en vouloir. On pourra peut-être –

- Non, j'assène. Cid, Cloud, Barret et Yuffie ont raison. Plus de risques. Vous avez besoin de tous les combattants disponibles.

Je renifle, tournant le visage. Faisant mon possible pour garder contenance, même s'il ne doit pas m'en rester beaucoup après tout ce qu'il s'est passé ces derniers jours.

- Maintenant… il faut penser à Vincent, je reprends d'une voix ferme. Il dépérit à grande vitesse.

Mon cœur se brise juste d'en parler. Mais j'ai le sentiment de retrouver enfin un peu de ma détermination à la pensée de son total rétablissement. Son visage se tord, se mettant un genou à terre à mon chevet près de mon lit, sans pouvoir venir plus près.

- Tu n'y penses pas. Je suis sûre qu'il y a encore un espoir – nous avons besoin de toi. Il… Il a besoin de toi. Il se bat pour toi. Il faut que tu tiennes bon ! Shera a dit que la maladie se stabilise avec l'Énergie de Vincent – elle n'empire pas !

- Et pour combien de temps –

Je lâche un soupire énervé.

- An –

- Elfé, je suis mourante !

Et c'est la première fois que je l'admets. Le choc m'envahit pleinement, comme si le dire l'avait rendu enfin réel.

Après une pause fébrile, elle bouge un doigt devant sa bouche pour m'intimer à parler plus bas, regardant un instant la porte fermée. C'est vrai. Vincent a une ouïe assez exceptionnelle. Même Elfé a fini par le constater. Moi plus encore, détail après détail. Même si j'avais un doute après le jeu et l'avoir rencontré.

Je réalise… Cela n'a plus d'importance. Je n'aurai jamais l'occasion de tester à quel point exactement, et le taquiner.

Après un moment sans aucune agitation ni porte qui s'ouvre, elle se retourne vers moi.

- Tu vois bien, je l'interromps avant qu'elle parle. Vincent est dans cet état à cause de moi.

Je lui ai pris la seule chose que je pouvais lui offrir. Je suis condamnée mais nous pouvons définitivement l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Il doit continuer.

Elle hoche la tête, désemparée.

- Il est à bout de forces, Felicia. Je ne vais pas m'en sortir et c'est une réalité… Il faut…vous concentrer sur l'avenir – sur la suite !

- Tu ne le penses pas, elle insiste.

Je ne veux pas. Bien sûr que je ne veux pas. Je ne veux pas être à la traîne, laissée derrière, pour morte. Mais rien ne change. Je suis comme un patient relié à une machine. Il n'y a aucun signe de rétablissement depuis plusieurs jours. C'est Vincent, et uniquement Vincent qui me relie encore à la vie.

Et cet avenir, je ne suis plus sûre d'en être digne…

- Angie, il croit en toi, il a toujours cru en ta bonté et tes capacités. À raison. Il est prêt à tout miser sur toi, à mourir pour toi, énonce-t-elle avec force. Il ne t'en veut pas à proprement parler, il est en colère parce qu'il se sent impuissant et qu'il… ne comprend pas que tu ne veuilles pas t'en sortir. Tu ne peux pas abandonner.

- Je ne veux pas "abandonner". Mais je suis malade, et je ne peux pas emmener Vincent avec moi ! Il n'y a pas d'autre solution ! Je dois… non, il doit aussi accepter la réalité ! Il ne fait que se causer du tort !

- Je refuse de te laisser penser comme ça. Nous sommes tous inquiets… et d'accord, désespérés, et épuisés – mais on ne peut pas tout laisser se finir comme ça. Est-ce que tu as déjà oublié Tseng ?

- Je pense à lui chaque jour ! Jamais je n'aurais pu imaginer ce qui est arrivé ! Chaque jour, je t'assure, je pense à tout ce que j'ai fait, toutes mes erreurs. Et c'est la raison pour laquelle je suis sûre de ce que j'avance.

Elle me lance un regard désolé.

- Mais il n'empêche, que je ne suis pas , pour que vous vous sentiez mieux par rap –

- Il ne s'agit pas de ça –

- De quoi d'autre s'agirait-il ? je m'exclame. Tiens, puisque tu parles de Tseng, peut-on mentionner le fait que je suis en train de tuer quelqu'un d'autre !

- Angelina, ce n'est pas de ta faute ! assène-t-elle.

Je peine à cacher une réaction.

- Ni Tseng, ni moi, et encore moins Vincent.

-Elfé. Ne me cajole pas. Je suis responsable, je le sais ! Je ne suis pas comme vous. Je suis loin d'être une héroïne. J'ai toujours imaginé en devenir une. Chaque jour sur Terre. Puis je suis arrivée sur Gaïa et force fut de constater que –

Je m'arrête, la gorge serrée. Je voulais réaliser mon rêve. Être normale. Vivre mon aventure. Faire ma propre histoire. Décider les propres règles de mon jeu. Mais je ne le mérite pas.

- Angie, dit-elle calmement mais fermement. Les héros sont ceux qui décident de l'être. Tu n'es pas une héroïne parce que tu as des capacités innées, mais parce que lorsque l'occasion s'est présentée, tu n'as pas hésité à mettre en jeu ta propre vie pour nous sauver.

Je fronce les sourcils.

- Non, ce n'est pas ce qu'il s'est passé. Sans Vincent –

- Tu as déjà oublié ? m'interrompt-elle. On m'a tout raconté. L'Oiseau. L'attaque avec les centaines de monstres sur deux fronts ici. La barrière de glace contre le Léviathan. On m'a dit que tu fonces tête baissée mais tu affrontes toujours le danger droit dans les yeux.

- Tout cela, je crache entre mes dents, n'était que de pathétiques tentatives pour –

- Angie, ça suffit, dit-elle sévèrement cette fois. Crois en toi. Quand tu es revenue tu avais l'air enfin confiante. De savoir ce que tu faisais. À savoir non pas devenir une héroïne, mais agir en tant que telle. Ne le perds pas. Tu es sur la bonne voie.

Je lâche un souffle désabusé.

- Cela ne fait pas de moi la clef de votre survie.

- Peut-être, peut-être pas. Mais être héros n'est pas un titre, c'est une responsabilité. Une responsabilité que tu prends de toute évidence à cœur. Ce n'est pas fini. On doit juste trouver une solution. Si on en croit tes visions, il y a sûrement un autre Cetra encore en vie. Et s'il en sait plus, il peut sûrement t'aider.

Les autres passent des jours et nuits à passer les villes au peigne fin quand ils ne les gardent ou défendent pas pour le trouver.

- C'est la raison pour laquelle vous devriez vous échiner à le trouver plutôt que –

Je désigne autour de moi avec des gestes frustrés.

- Angie.

- Felicia, j'imite son intonation avec sarcasme. Vous perdez votre temps avec moi, j'insiste entre mes dents en la foudroyant du regard. Lâche l'affaire.

Elle me regarde intensément, se relevant sur ses jambes pour être à mon niveau, être sûre d'avoir mon attention, yeux dans les yeux.

- Tu te trompes. Et peu importe ce que tu diras, je ne vais pas t'abandonner, comme Vincent, même pour un autre Cetra. Si nous le trouvons, tant mieux, mais j'ai promis de te protéger toi.

Je hoche la tête en soupirant, dépassée. Je l'avais toujours vu conciliante, sympathique et respectueuse. Je savais qu'elle était forte et déterminée. Mais jamais je ne l'avais vu aussi entêtée avant.

- Celle qui a déjà prouvé qu'elle pouvait vaincre Geostigma.

- Je ne –

- Celle qui veut tout faire pour aider, pour triompher, pour y arriver, qui a de l'ingéniosité et de l'altruisme derrière sa carapace, parce qu'elle a peur. Peur de mal faire, peur parce qu'elle est encore trop jeune pour tout ça même si on l'oublie très souvent et trop facilement.

Je me fige.

- Celle qui est prête à tout pour sauver les autres parce qu'elle ne s'accorde pas assez de valeur, qui ne pense pas pouvoir représenter quoi que ce soit pour les autres. Qui recherche notre attention, notre validation, notre fierté. Celle qui n'a pas de parent, pas de famille pour l'aimer, qui n'a pas eu d'amis pour l'aider jusqu'à maintenant, lui montrer la voie à suivre – mais tout ça, c'est fini.

Elle se redresse, posant les poings sur ses hanches.

- Tu as peur et c'est normal. Tu as fait une erreur. Moi aussi. Et… d'accord, le résultat est très regrettable, mais il est impossible d'avoir toujours juste. Tifa te l'a déjà dit il me semble.

Je hoche la tête, excédée.

- Tu l'as dit toi-même, nous naviguons dans l'inconnu.

- Inconnu ou pas, je n'avais pas le droit à l'erreur. J'avais un pouvoir qui vous était essentiel – j'ai demandé à pouvoir vous aider, et ce fut le cas ! Je me devais d'être –

Irréprochable.

- Irréprochable, dis-je facilement. Et maintenant Vincent paie pour mon erreur. Il paie toujours pour toutes mes erreurs ! Tu trouves cela juste ?

Elle réfléchit un instant pendant que je peine à calmer ma respiration, furibonde.

- Non, mais tu ne dois pas confondre sacrifice et soutien. Il essaie juste d'être là pour toi, en toutes circonstances. Et je suis là pour toi aussi. Tout le monde.

La chaleur d'Ivor me quitte. Je ressens ce vide et ce froid dans la poitrine, assise sur mes talons dans l'herbe, mes braillements irréguliers résonnant à mes oreilles, terrassée par le chagrin. Puis je me souviens que j'ai mérité ce qui m'est arrivé. Je cligne des yeux, sentant les battements accélérés de mon cœur faire monter une sueur froide sur toute la surface de mon corps.

- Pour moi aussi, tu es une amie. Avalanche est ta famille, comme elle l'a étée pour moi. Pour toujours. Que tu le croies ou non, pour moi aussi tous ces moments passés ensemble, ces conversations étaient importants. Même si je sais…

Elle prend un air mutin en désignant la porte de la tête.

- Que tu as une certaine préférence.

Je secoue la tête, exténuée.

- Je ne fais pas de préférence.

Je redresse ma tête vers elle.

- Je ne regrette pas. Pas un seul instant. Crois-moi enfin, je t'en prie.

Elle sourit doucement. Là, si belle. Puis à nouveau sérieuse :

- Je sais que ce que tu ressens. J'étais à ta place il y a encore quelques jours. Moi aussi je suis passée par toutes ces phases…

Je la fixe des yeux, intéressée.

- Que veux-tu dire ?

- J'étais prête à partir. J'étais frustrée de ne pas avoir été capable de plus vous aider et d'avoir été vaincue si facilement. J'en avais même honte. Mais en apprenant que tu allais bien, cela m'a au moins apaisée.

Et me revoilà mourante. Je retiens mes larmes à grande peine, éreintée.

- J'étais prête aussi à me sacrifier quand j'avais Zirconiade. Je suis passée entre les mains d'Hojo… J'avais de la peine aussi pour mon père, il y a quelques jours. Mais c'est justement pour ça que je voulais essayer jusqu'à la fin. Angie –

Elle appelle à mon attention, prenant un air appuyé, désireuse de se faire entendre.

- Tu n'as pas seulement nous, tu as aussi quelqu'un qui t'aime. Vraiment, vraiment, beaucoup. C'est pourquoi tu ne peux pas abandonner non plus.

Ma gorge se serre. Je déglutis le goût salé des larmes dans ma bouche. Mais je sais que je ne parviens pas à retenir deux larmes glissant sur chacune de mes joues.

- Je ne veux pas abandonner.

Et je crois que c'est aussi la vérité. J'ai peur aussi. C'est vrai. Je suis complètement tétanisée par tout ce qui arrive, toutes les pensées qui se bousculent dans ma tête. Ce rêve.

- Je ne veux pas mourir, j'admets la voix tremblante. Et vous abandonner, et le laisser. Ne pas rester sur le même plan d'existence que vous.

- Oh Angie –

Elle agite les mains mais doit se contenter de les garder près d'elle, l'air partagée. Je contiens avec peine les soubresauts de mon buste, comme un hoquet que je n'arrive pas à contrôler.

- Mais… il souffre, et –… cela me fait plus mal que tout, dis-je en agrippant ma poitrine. Je ne peux plus en supporter plus. Je me dis qu'être un fantôme sur Gaïa… il y a pire comme destin.

La compréhension atteint ses yeux, et elle se rapproche à nouveau de moi, accroupie, les sourcils froncés de peine vers le haut.

- Il souffre parce qu'il t'aime et que tu vas mal. Il souffre avec toi. Il ne veut pas qu'il t'arrive du mal – n'aime pas… quand il t'arrive du mal. C'est tout, Angie.

- Je sais… moi non plus, et c'est pourquoi…

Je serre les dents et mes mains, peinant à forcer les mots hors de ma poitrine douloureuse et à contrôler mes sanglots.

- Angie, nous sommes tous inquiets pour toi mais nous n'avons pas perdu espoir malgré… des faits accablants, je sais. Mais il faut que tu tiennes. Pour lui. Je t'y aiderai. Parce que si tu voulais vraiment abandonner, ce serait déjà fait.

Elle se lève, légèrement agitée alors qu'elle réfléchit. Comme si le fait que je sois inéluctablement mourante n'était qu'une simple étape à franchir.

- Il faut que tu manges. Tu n'as rien mangé depuis hier.

- Ugh, non, je t'en prie. Je ne peux plus –

- Il le faut.

Non. Je crois que j'ai envie de tout lâcher. Il le faut.

- Je n'en peux plus de vomir. Mon estomac ne peut plus rien supporter et nous gâchons de la nourriture.

- Tu n'as pas vomi depuis un moment, argumente-t-elle.

- Parce que je n'ai rien mangé ! je contre.

Elle se tourne vers moi, devenue impétueuse.

- Angie, tu ne peux pas laisser tomber. Moi vivante, je ne laisserai pas ça arriver. C'est comme ça que tu lui feras réellement de la peine. Il a déjà perdu quelqu'un qu'il aime une fois, qui sait ce qu'il peut encore supporter si ça arrive à nouveau. Tu as pensé à ça ? Si tu l'aimes vraiment, ne fais pas ça.

Je me fige, confuse.

- Qu – …Quoi ? Que racontes-tu ? Je… J'ai certainement de l'affection pour Vincent mais… cela n'a rien à avoir avec elle. Je reconnais les similitudes entre nos situations mais –

- Oh Angie je t'en prie, ne me dis pas que tu ne sais pas, dit-elle en joignant ses mains sur son nez. Pas à moi.

- Elfé, je t'assure.

- Tu peux m'en parler, assure-t-elle.

- Non. Non. Car il n'y a rien à dire. Tu te trompes, il… Nous…

Je soupire, à court de mots. Seigneur Dieu, que se passe-t-il ?

- Nous sommes amis. Rien d'autre, je lâche fermement.

Elle soupire aussi, l'air exaspérée, les mains sur les hanches.

- Ce n'est pas ce que tu crois. Il n'y a rien entre nous, je répète avec des gestes de la main. Vraiment. Au point où j'en suis, je n'ai aucune de raison de mentir.

…Elle me toise longuement. L'air de soupeser ma sincérité, pendant que je rencontre son regard sans ciller. Finalement, elle inspire, l'air de trouver ses mots à nouveau.

- Mais tu l'aimes, n'est-ce pas ?

Je baisse les yeux, cette douleur pulsant et envahissant ma poitrine, différente de celle d'avant. Le fait est… que je ne sais pas. Je ne saurai jamais. Je n'aurai jamais le temps de le découvrir. De vivre. Sûrement. Sûrement, me crie mon âme. Au moins autant qu'un ami, c'est certain.

J'inspire, prise qu'à moitié de réalisation, comme si une partie de moi l'avait toujours su. Mes épaules s'avachissent, cette voix dans ma tête revenant : il est de toute façon trop tard. Je n'ai pas le droit d'apporter ce fardeau supplémentaire à tous nos problèmes. Vincent… souffre déjà assez. Je relève les yeux.

Rester de marbre.

- Elfé… je n'ai jamais aimé personne avant, et certainement pas comme Vincent. Comment pourrais-je le savoir ?

Est-ce si évident pour les autres ?

- Ce n'est pas toi, qui es prête à se sacrifier pour le soulager ? Si ce n'est pas de l'amour, quoi que ce soit, je ne sais ce que c'est.

Après avoir cligné des yeux de consternation, je l'observe avec des yeux agrandis, figée au possible.

- Mais je suis prête à te parier que ce n'est absolument pas ce qu'il vous faut, ni ce que tu veux.

- Je sais parfaitement, Felicia, mais comme tu le vois, je suis à court de solutions. Il ne servirait à rien d'en parler. Vincent ne me voit pas comme ça… Le temps file et sa vie avec. Je dirais même qu'il ne me regardera jamais autrement qu'une gamine écervelée dont il s'est approprié la garde pour se racheter de ses péchés. D'accord ?

Cette fois c'est elle qui prend un air éberlué.

- Je t'en prie, ne l'embarrasse pas avec cette conversation. Cela le dérange particulièrement –

- Parce que c'est vrai !

Je lâche une expiration d'incrédulité, excédée, levant les mains au ciel - elles décollent à peine de mes jambes. Elle lâche un soupir tout aussi désabusé, jetant ses mains comme en miroir à mon agacement.

- Elfé. Vincent ne m'aime pas, et il ne m'aimera jamais. Je ne suis qu'une nuisance, une responsabilité qu'il s'est appropriée – il pense qu'il a besoin de réussir à me protéger là où il a échoué avant – pour se prouver qu'il vaut quelque chose. C'est exactement ce que j'essaie d'éradiquer ! Mais je ne suis rien de plus !

Je reprends mon souffle.

- Ce n'est pas grave ! Il n'est pas obligé d'être amoureux de moi et inversement pour…

Je fronce les sourcils, désignant la porte et moi, incertaine.

- Qu'on veuille passer du temps ensemble ou qu'on s'inquiète l'un pour l'autre. N'est-ce pas ?

Je crois.

- Je m'inquiétais aussi pour toi !

- Il faut que vous en parliez, ordonne-t-elle. Que vous vous disiez ce que vous ressentez.

Je tremble presque de rage. Arrête. Arrête ! J'ai enfin pris le courage de le laisser partir !

- Je t'en prie ! je siffle entre mes dents.

Mon cœur continue d'accélérer sans que je ne trouve mes mots, mes doigts tirant sur mes draps, assise contre mes oreillers.

- Mon père, et Vincent sont amis. Cloud et Vincent sont amis. Tifa et Vincent sont amis. Je crois fermement qu'il peut être ami avec une femme. Vincent et toi…

Elle secoue la tête en grimaçant.

Je reste silencieuse un moment. Peut-être que je l'ai toujours su… peut-être que j'ai toujours dansé sur cette ligne, essayé d'ignorer ces moments d'ambiguïté parce que je sais qu'ils ne mèneront nulle part. Essayant de profiter du peu de terrain glissant, d'imagination qu'il m'offre.

Parce que c'est plus confortable. Je n'ai pas envie de perdre ce que j'ai avec Vincent, même si… souvent, il me laisse un arrière-goût amer d'inachevé. Vincent lui-même est gêné par cette proximité – je n'ai pas envie qu'il soit gêné.

- Je vous ai vu danser, le soir de son anniversaire. Jusqu'à ce que je vous rencontre, je refusais de croire que vous n'étiez pas ensemble ou que tu sois si jeune.

- …C'est pourtant la vérité.

Quelque chose qu'il n'oublie jamais.

- Tu aurais dû nous voir à nos débuts. Tu serais effondrée de rire en t'entendant parler maintenant.

- Oh crois-moi ! La tension sexuelle qu'il y a entre vous suffit à me donner des crises d'estomac quand je vous vois vous tourner autour. Et maintenant voilà que toi aussi tu nies.

Je roule des yeux, excédée.

- Elfé, je dis fermement. Quoi que tu crois voir. Vincent. Ne m'aime pas. C'est même le contraire.

Je l'observe, essayant de garder un masque froid et fort, intérieurement étonnée par sa certitude et sa façon de penser. Elle lâche un souffle désabusé à travers son nez, croisant les bras.

- Angie, fait-elle de la même façon que moi. Vincent est sans aucun doute aussi noble qu'il le prétend – et c'est tout à son honneur de penser à toi – mais prétendre de telles inepties alors qu'il est fou amoureux de toi, ça me frustre vraiment.

Je secoue la tête.

- Ça suffit. Fou amoureux ? Je n'ai jamais rien entendu d'aussi absurde, et j'ai appris il y a peu que j'étais une Cetra et mon père raciste, figure-toi.

Mon père. Raciste. Et moi…? Je me fige, profondément blessée. Elle me lance un regard triste en m'observant.

- Angie, fais-moi confiance. Vincent –

- Je t'ai demandé de cesser.

Elle soupire.

- Angie –

- Il suffit ! Je te promets d'essayer, alors cesse et ne lui dis rien !

Nous entendons les pas métalliques de Vincent dans le salon. Mon cœur accélère. Elle baisse la tête, les dents serrées, les poings fermés.

- …Bien, elle souffle faiblement.

- Bien, je réponds avant de me tourner du côté du mur.

Elle quitte la pièce d'un pas énervé. Voir Vincent calme moi aussi mes ardeurs. Je reste seule pour la première fois depuis mon retour sur Gaïa.

Silence… Et quel silence. Et ce vide. Ce noir. Ce creux aussi dans ma poitrine quand il n'est pas là. Que moi.

Si elle savait… Si tout le monde savait… Non. Personne ne doit savoir. Laissez-moi au moins cela. Ma tête vacille déjà, laissez-moi partir la tête haute.

Fin du Chapitre-21

Fin de l'Acte I

(Music : If I Ever Feel Better de Phoenix)


Bloopers :

~Au bout de la troisième fois qu'il me frappa en plein visage et tirait ma tête sous l'eau à l'aide mes cheveux [...].

-Que crois-tu faire Angie ? s'écria mon père en sortant des fourrées. Ce ne sont pas tes cheveux qui vont te sauver ! Défonce-moi ce gueux d'humain - attends, je vais te montrer, termine-t-il en retroussant ses manches.

~DG : Bon ben à l'unanimité générale de Full et Eclipse, le père d'Angie répond désormais au doux nom de "Vladou". Voilà. Merci pour votre attention.

Applaudissement de la part de toute la distribution, dont celui très énergique de Cid, jetant un regard appuyé au Cetra. Reeve prend un air anxieux, l'air de ne plus savoir où se mettre. Sir Vladou se leva de sa chaise, furibond, et s'en alla sèchement. Du moins si une botte dorée ne s'était pas présentée sur son chemin.


La scène que vous verrez dans ce chapitre, où on apprend plus sur Angie, était prévue depuis mes onze ans. Mais je n'avais jamais réussi à atteindre ce point. Pour être honnête, il était prévu depuis bien plus tard, puis j'ai changé d'avis. Je me suis rendue compte que j'avais peur de dévoiler cette scène parce qu'on ne l'avait jamais vue sous ce jour.

J'avais peur de briser cette image d'héroïne pour beaucoup qui la suivaient depuis longtemps et définitivement l'en dégoûter. Mais j'ai décidé que c'était nécessaire, surtout à ce moment-là.

Il se passe beaucoup de choses bien sûr mais concrètement, je pense enfin commencer à dire tout ce que je voulais faire avec cette fic, alors que quand j'étais plus jeune, mes moyens n'étaient pas à la hauteur de mes ambitions. J'espère que vous saurez apprécier le changement, l'ajout plutôt, qui pour moi justifie un avenir et un développement de personne plus mérité. J'en éprouve une bien plus grande satisfaction, personnellement.

Hâte de vous voir au prochain,

DG.