Ça y est ! La partie 2 est prête ! Et pour info : si pour autant le chapitre dernier était difficile, celui-ci est passé comme une lettre à la poste. Je ne spoile rien, sachez juste que j'ai passé un très bon moment qui je suis sûre, était attendu depuis longtemps.

J'avais très peur de révéler Angie sous un jour que personne ne connaissait à part moi après tout cet investissement, surtout si tôt dans l'intrigue (dans la nouvelle version d'autant plus) parce que j'ai l'impression qu'on a pas vraiment eu le temps de s'attacher réellement à Angie. Elle est en quelque sorte en probation pour tout le monde. Mais j'ose espérer que les gens verront les chapitres suivants comme enfin un parti pris, une direction donnée et engagée dans ce personnage.

Et omg je réalise que je ne suis jamais allée au-delà du chapitre-22 toutes histoires confondues. C'est une pierre à marquer pour moi. Ce serait même encore mieux si je pouvais reprendre toutes mes fics XD. En relisant l'ancienne version, je m'étais arrêtée au milieu du chapitre-22, après Noël, rattrapée par la vie et ayant perdu le fil de l'histoire. Je me demandais si ce que je racontais avait encore un quelconque intérêt bien que j'avais toute la trame déjà bien en tête depuis sa création.

Pour vous spoiler (je pense que je ne gâche rien), le chapitre se concentrait sur le couple CloudxTifa, qui contrairement à AngiexVincent qui venait de prendre son envol (dans l'ancienne version je précise), et bien battait beaucoup de l'aile mais ne prenait jamais.

Cloud n'arrive pas à avoir de sentiments aussi forts pour quelqu'un d'autre qu'il en avait eu pour Aerith. Voir Angie, une Cetra aussi (c'était seulement suggéré dans la première version et la révélation venait beaucoup plus tard), lui faisait ressasser ses souvenirs.

On voyait Reeve donner son avis et Tifa observer avec peine les attentions que Shera et Angie recevaient. C'était reposant pour une fois de enfin écrire Angie et Vincent ensemble. J'espère y arriver à nouveau et profiter à nouveau de ce moment d'allégresse .

Aujourd'hui tous les évènements ont été largement repoussés mais hey ! Je pense que c'est pour le mieux. Voilà, c'était pour étancher votre curiosité si jamais (oui Full, je te regarde plus particulièrement.

Sur ce ! J'arrête de vous bassiner, RAR et je vous retrouve en fin de chapitre :

Missterre : Je ne sais pas ce que tu deviens, vu que cela fait plus de dix ans que j'aurais dû répondre à ta review, et que ce moment n'est jamais arrivé. Mais j'espère que tu vas bien (surtout avec tout ce qu'il se passe) et que tu as une belle vie :D. Si jamais tu es toujours dans les parages cachée quelque part, j'espère que ce chapitre te plaira, surtout vers la fin x). Je vois que tu es une personne de culture à aimer la présence de Chaos ! J'ai trouvé une personne formidable pour m'aider à corriger, mais si mes autres fics t'intéressent je suis toujours preneuse ! La pauvre a trop de boulot XD.

Blood : Désolééééée, ça fait bien des années à présent et j'en suis vraiment désolée. Si jamais tu suis la relecture j'espère que la nouvelle version te plaît !

Elonia : Heeeey : Oh mon dieu ça fait tellement longtemps que je ne t'ai pas écrit ! Tu me manques en vrai ! À chaque fois que je publie j'ai une pensée pour toi :') et je me demande où tu es et ce que tu deviens. J'espère que tout va bien :D.

Tu as raison sur le fait que Vincent n'est pas fleur bleue et la totale. J'espère que la nouvelle version aura beaucoup mieux donné justice à ton caractère, et ce même dans ce chapitre. De toute façon cela faisait je dirais un chapitre ou deux que mon histoire perdait en qualité et mes problèmes personnels n'ont pas aidé à me faire bien rentrer dans les problèmes de mes personnages.

Pour répondre à tes questions après tout ce temps, que ce soit la nouvelle ou l'ancienne version : qu'il y ait des problèmes avec Chaos ou non dépend entièrement de ton point de vue et oui, clairement il va toujours falloir l'apprivoiser. Mais peut-on jamais apprivoiser une telle entité x). Je me demande. Même après ce chapitre, garde donc une réserve .

J'espère avoir de tes nouvelles ou ton avis là-dessus un jour ^^. Par mp même, hésite pas ! Ce serait un plaisir de parler avec toi. Écrire toutes ces années m'a vraiment manqué. Ton email ne s'est jamais enregistré sur ff . net avec ta review d'ailleurs :'(. Envoie-moi un mp ! Je le ferais aussi :D. Et puis tu peux me trouver sur twitter ou autre facilement.

Anju-x : Hey, comment vas-tu ? Trop de compliments ! Tu lisais depuis ta PSP ? Oh mon dieu, ça devait prendre un temps fou. Quand je pense que maintenant je lis partout et tout le temps grâce à mon tel. J'écris beaucoup dessus aussi ! Tu étais en avance sur ton temps. Je me demande si tu as gardé l'habitude ^^. Mais c'était une sacrée bonne idée.

En effet je suis toujours sur la ligne entre le cliché et le subversif j'ai l'impression. Je me demande ce que tu penses de la nouvelle version. Lis-tu toujours aussi facilement ? Plein de bisous, j'espère que tu vas bien.

Laetiss : Ah mon dieu, je suis désolée pour l'attente. Tu avais déjà dû attendre beaucoup à l'époque. Comment vas-tu maintenant ? As-tu eu l'occasion de lire la nouvelle version ? Quels passages t'ont plu cette fois ?

Lys9191 : Lyyyys mon amie ! Comment tu vas ? Omg ça fait tellement longtemps. C'est qu'on prend de la bouteille toi et moi de plus en plus, non ? Je n'ai jamais eu l'occasion d'en parler avec tout ce qui m'est arrivée, mais ta review m'est restée en tête je dirais…pour toute la vie. Je n'ai donc jamais eu l'occasion de m'excuser XD. Je suis profondément désolée pour ce manque de tact total. Mais bonne nouvelle, je n'ai plus jamais réutilisé cette allégorie, qui, quand j'y pense maintenant ne me viendrait JAMAIS à l'esprit. Encore désolée donc. J'espère que tu vas bien et tout se passe bien dans ta vie .

Brochettes-de-poulpe (je ne t'avais encore jamais répondu jusqu'à maintenant mais omg j'adore ton pseudo mdrrr) : Hey ! J'espère que tu traînes encore dans le coin ! J'ai mis un lemon à part il y a un moment, et je vais sûrement continuer à l'étoffer au fil du temps donc hésite pas à jeter un coup d'œil ). Mais ce chapitre devrait déjà te plaire. J'écris aussi dans le fandom Dmc où ma fic est pour ainsi dire plutôt hot aussi si tu aimes bien. Je me suis mise à beaucoup écrire de citrons en anglais en vrai aussi ). Bref, au plaisir de te voir ! J'espère que la nouvelle version te plaît !

Supy : Heeey ! Comment vas-tu ? Omg ça fait tellement longteeeeemps 3. Est-ce que tu binges toujours ou tu suis peu à peu ? Hésite pas à me faire un coucou !

Lyly's Diari : Et bien…maintenant ! Et deux pour le prix d'un ! Désolée pour les retards, vraiment. Ça fait presque 20 ans je sais, c'est inexcusable. Mais promis je suis en train de la finir :3. Je publie tous les mois maintenant comme une horloge donc au plaisir de te voir !

Eclipse1995 : Non mais regardez-moi cette review ! *insert art meme here avec un bruit de bisou* Comment peut-on encore avoir autant de choses à se dire après tout ce temps XD. Dans la veine du kinktober, je te livre donc la version finale du chapitre ! Tadaaaa ! Notre dur labeur à Full et moi. J'espère que tu sauras toujours apprécier :3.

Mes mains me démangent toujours pour info. J'essaie d'écrire de façon compulsive mais preuve étant que ce n'est pas assez. Bordel comment je faisais pour jongler avec autant de fics avant ? C'est insane. Faut que j'en finisse une un jour juste histoire de dire que j'ai brisé la malédiction XD.

Oui le prends-moi va forcément arriver, c'était prévu avant que tu en parles (bon sang, arrête avec ta vision, les gens vont croire que c'est toi qui écris et qu'on s'est juste créé deux comptes pour faire genre. Ça expliquerait la review solo à chaque chapitre XDDDD *insert sad batman*) ? Oh ouiiiii ! Apprends-moi à invoquer Chaos stppp jpp de ma vie là ! :D.

Oui, Papa a tout oublié, surtout l'amour, comme on l'a bien vu par la suite :/. Méchant Vladou. (Ça me fait rire – et j'ai un doute – parce que je crois qu'à la première version il n'avait même pas de nom mdrrr). Et oui, à force de vouloir reset jusqu'à obtenir le poulain parfait, Vladou ne peut que s'en prendre à lui-même. Forcément elle allait oublier les bons moments qui auraient pu bien la construire. J'aime retranscrire à quel point son aversion de l'échec est destructeur . Personnage intéressant à écrire personnellement.

Vincent, aimer être sur le devant de la scène ? Non, je pense pas. (Vincent, visage très sérieux, commence à faire des poses de toréador avec sa cape carmine pour attirer l'attention des lectrices en arrière-plan et me contredire.) Arf, ce que Vincent ne ferait pas… mais je laisse un peu d'imagination pour le chapitre suivant. D'après toi, mordu ou pas ?

Mais ouiiiiiiiiiiii ! Tout à fait ! La règle n°1 ! Vincent a toujours raison ! Ah là là ! Comment ont-ils pu oublier !

Tu as compris tout ce que je voulais dire avec cette scène et du coup, je ne suis pas peu fière, je l'admets. J'ai trouvé aussi la leçon nécessaire, et en même temps la scène super intéressante. Parce qu'elle a montré le personnage tout comme il fallait. Genre le mec est implacable et froid, il sait se montrer dur si nécessaire, il n'avait juste jamais eu à le faire avec Angie. Mais au final elle est son point faible parce qu'il n'a pas été capable de la recadrer en sacrifiant l'amour qu'elle avait pour lui.

À sans cesse courir après la perfection et l'équilibre parfait, il a tout perdu. Et Ive qui était toujours là et dont il n'a pas effacé le souvenir, aussi sévère mais aimante que nécessaire, a finalement gagné la loyauté d'Angie. Les enfants grandissent et se souviennent eux-mêmes de leur erreur et si son père avait gardé courage il aurait pu voir ça arriver même si c'était dur. Parce que je voulais montrer qu'il n'y a pas que du négatif dans le négatif, et d'ailleurs c'est un peu la morale de cette histoire Vladou/Ive/Angie et de ces deux derniers chapitres.

Du coup on voit le résultat maintenant, et comme toi j'aurais aimé voir une Angie différente (tout le monde je pense, et c'est un peu ce que je voulais créer aussi, un regret, une impression de quelque chose de doux et sacré manqué à tellement pas grand-chose). Sûr qu'elle aurait été très différente en tout cas, et avec de meilleures fondations. Elle n'aurait fait qu'une bouchée de Vincent d'ailleurs, je me plais à penser. Je la vois toujours pleine d'audace.

Ouiii effectivement. Je me demande si les lecteurs verront Ivor sous ce nouvel œil ou s'il faudra plusieurs chapitres et sous-entendus ^^. C'est vrai que j'étais plus calée sur le physique. Mais avec la maturité et le fait que je sois pansexuelle, je trouve que cela se retransfère magistralement, tout comme il faut. Je suis flattée que tu apprécies. Le parallèle est en effet très fort entre les deux personnages, et on dénote même quel type attire Angie depuis son enfance (voir même qui sait, Ivor a peut-être même influencé ses goûts en matière d'homme :3. Je me plais à le penser.). Je suis contente que tu l'aimes bien donc ! Quelque part c'est que le personnage est bien fait et consistant avec nos goûts et la ressemblance avec Vincent x).

Aaaah, comme tu dis. C'est beau l'Amour. Si seulement ça pouvait m'arriver aussi. On en a bien besoin dans ce monde aussi. D'ailleurs Genesis - -Ah là ! qu'est-ce que c'est que ça ? Un spoiler ? Comme c'est malheureux, glisse Genesis en jonglant avec la tête de DG comme un ballon.

Mdr, la tête de Vincent est dans tous les sens entre ce chapitre et celui-là. Le pauvre craque son slip je pense. Angie et Alix c'est pas de tout repos XD. « Il pense "amour", elle lui jette "responsabilité" à la gueule ! ». J'aime beaucoup que tu penses ça parce que c'est exactement l'impression que je voulais donner. On en reparle dans les prochains chapitres :3. Hold onto that !

Mettez-la sous perf ommmmgg j'y pense encore XD. Je pleure de rire quand je repense à ton blooper !

Je suis tout à fait d'accord avec tout ce que tu dis. Avec la maturité, je voulais donner aux personnages vie, vraiment une vie propre, et souvent dans la vie tout est gris, personne n'a tout à fait tort ou raison. Tout le monde suit sa raison et ses intérêts finalement. On voit deux points de vue s'opposer, et je trouve que les deux se valent, exactement comme tu le dis. La situation est compliquée, mais heureusement, le signe astro de Vincent est Balance *soupire de soulagement*. C'est à la fois pratique et doucement ironique x). Toi-même tu sais.

Ah là là ! Pauvre Elfé et toi. Je pense qu'on effet on peut rejoindre ton club XD. J'ai une petite pensée pour toi à la fin du chapitre d'ailleurs. J'ai hâte d'avoir ton avis mdrrr.

Tu dis des choses qui méritent d'être répétées et des choses nouvelles qui me font vibrer ! Ne t'arrêtes jamais :) :D ! Plein de bisouuuuus ! À tout de suite ! Hail Chaos et sa tête de photo ID !

Encore un grand merci à Eclipse1995 et Full1, à qui je dédie donc comme le précédent ce chapitre, et ce moment tant attendu ! Ainsi qu'à tous ceux qui ont réussi à tenir jusqu'à aujourd'hui. C'était dur, je sais, pour moi aussi x). Surprise à vous aux bloopers mes amours !


Acte II

Chapitre-22

rencontre force irrésistible

(Music : Fragile de TRAIL feat. Ruuth)

Cette conversation me trotte dans la tête pendant des jours entiers. Je reste des heures sur le côté, à méditer ou essayer de dormir et de manger, dans une sorte d'état second, à peiner à interagir avec elle et encore plus avec Vincent. Je le regarde avec insistance, comme si son beau visage pouvait me crier la vérité, mais je n'arrive à avoir aucune réponse simple ou directe.


(Music : Picking Flowers de FFVII Remake)

Lorsque je pris un bouton de rose de la haie, mon père lâcha ma main pour tapoter ma joue très sévèrement. Je le regardai, surprise.

-N'arrache jamais les fleurs, Angelina. Ni aucune plante. Elles vivent. Elles sont faites pour être admirées et traitées avec soin. Mais elles sont sans défense. Ne te crois pas toute puissante.

Je la tins du bout des doigts, ne sachant plus quoi faire. Avait-elle souffert lorsque je l'avais arrachée ? D'un geste sec, il la plaça à mon oreille en soupirant. Il était clairement mécontent.

-Si tu prends à la nature, tu dois lui rendre. Si tu sacrifies une chose pour une autre, tu dois lui faire honneur et prendre soin de ta nouvelle acquisition.

Il reprit vivement ma main pour continuer la promenade.

-Ne prends pas pour toi les choses que tu désires ou trouves belles par cupidité et égoïsme. Nous valons mieux que cela. Ici, le mal est fait. Cette rose ne refleurira plus jamais. Tu ne l'as prise pour toi que pour un temps. Tu ne peux pas enfermer tes désirs. Toute chose est éphémère. Comme cette rose. Elle va faner, puis mourir. Comme ta mère.

Je baissai la tête.

-Chaque action que tu entreprends a des conséquences. Tu dois traiter avec soin, compassion, et prudence. Pour que tout ce qui t'entoure dure plus longtemps. Comprends-tu ?

Je hochai honteusement la tête, envahie par la tristesse.

-Respecte toujours toute vie.

Il me lança un regard insistant.

-Oui, Père. Je suis désolée, Père.

Quand il sembla satisfait de ma sincérité, il leva les yeux.

-Bien.


(Music : Mako Reactor 1 - Battle Edit de FFVII Remake)

Ma jambe sautille sur place, sur la pointe des pieds. Je regarde, impuissante, tout se dérouler, le cœur en suspens, les doigts croisés devant ma bouche. Je n'ai qu'une mince fenêtre pour regarder ce qu'il se passe dehors - une interstice que l'on m'a autorisée en bas de la fenêtre près de mon lit. Dehors, le combat sur le flanc direction Corel fait rage.

-Là, vers le centre ! j'entends Tifa depuis l'oreillette de Vincent posée sur la table de chevet sur laquelle sont appuyés mes coudes.

Le bruit est assourdissant. Le vaisseau fait pleuvoir des balles et des missiles qui font trembler toute les premières habitations de la ville.

-Sur la gauche ! lance Cloud.

Les grangalans, qui ressemblent à des œufs géants, et les baisers d'épingles à des oiseaux au long bec, passant entre les mailles de la ligne de tir se font intercepter par les sorts de Cloud et Tifa sur le rempart.

-Tenez-les à distance, on recharge ! informe Cid.

Je mords ma lèvre, frustrée au possible. Je cligne à peine des yeux. Elfé garde la villa devant la porte alors que Vincent est assis sur le lit en face de moi, à regarder aussi dans l'interstice, sa main droite retenant le vieux rideau blanc en dentelles distraitement.

Si je n'étais pas malade, j'aurais pu être dehors à les aider. Si Vincent n'était pas handicapé par moi, il serait aussi en train de faire un carnage dehors. Peut-être même qu'il les tiendrait à lui seul. À cause de moi…Gold Saucer ne peut compter que sur Reeve, ses automates, Yuffie et un système de défense expérimental.

Je regarde son Énergie. Stable mais faible depuis que je prétends en avoir moins besoin.

-Tu devrais y aller.

Nous échangeons un regard inquiet.

-…Nous en avons déjà discuté. Je ne te quitte plus des yeux. Que tu soignes Felicia et en tombes malade était peut-être dans ses plans. Elle n'attend qu'une occasion…, poursuit-il avec difficulté, et c'est sûrement celle-là.

-Mais ils ont –

-La discussion est close, m'interrompt-il fermement en haussant la voix. Rappelle-moi ce qui est arrivé les autres fois où je t'ai laissée ?

Je prends un air interdit.

-Ce n'est pas de ta faute ! C'est moi qui ai cru bien faire ! Tout a toujours été de ma faute et je n'ai jamais prétendu le contraire ! Si j'étais plus forte, irréprochable, tout serait différent !

Il fronce les sourcils, m'observant intensément.

-…Angie. Nous te l'avons déjà dit. Il est impossible de tout prévenir. Tu as de bonnes intentions, tu manques seulement cruellement de jugement.

Nos regards se confrontent, mais je ne peux en toute conscience réfuter cela.

-Je sais ce que tu ressens, mais tu n'es pas en état. La meilleure chose que tu puisses faire est de rester sauve jusqu'à ton rétablissement. C'est en restant en vie que tu fructifieras leurs efforts.

-…Tu te trompes. Qu'en est-il de toi ? À cause de qui n'es-tu pas en état ? En quoi tes efforts ont-ils été récompensés jusqu'à maintenant ? j'argumente sombrement.

Il reste calme et posé.

-Par mon choix. Angie, reprend-il plus doucement, ses yeux rouge sombre plantés dans les miens. Tu es encore en vie. C'est ce qui compte.

-Parce que tu ne comptes pas ? je m'écrie. Même si tu ne peux pas user de magie, tu peux au moins utiliser le Cerbère ! …Je pourrais même servir de diversion !

Ses cils tressaillent, ses traits se durcissent. Il laisse le rideau tomber et se lève, jambes contre mon lit à côté de moi, les yeux fixes.

-Allonge-toi.

-Comment ? je m'exclame, furibonde.

-Je descends, certains s'approchent du rempart, dit Cloud légèrement essoufflé.

-Rallonge-toi, ordonne-t-il.

-Je descends avec toi, s'exclame Tifa.

Je jette un œil à l'oreillette.

-Je ne peux déjà pas me battre à vos côtés qu'en plus je dois me dorloter les pieds en éventail dans mon lit ?! je tonne en vrillant mes yeux sur lui. C'est une blague j'espère !

-Angie, il faut que –

Il prend mon bras. Je le repousse immédiatement. Mais pour changer, je suis faible et sans conséquence.

-Tu agis toujours comme si j'étais la solution mais tu te trompes ! Pourquoi es-tu si biaisé ! Même si je ne peux plus me battre je pourrais au moins servir d'appât ! Avoir l'avantage de la préméditation pour une fois !

Si je devais attribuer un air choqué au visage toujours stoïque de Vincent, ce serait maintenant.

-Et te faire tuer ?

-Au moins je mourrais honorablement en faisant ce que je suis censée faire ! Je pourrais enfin être utile.

Il retient son souffle, les yeux agrandis d'étonnement. Il prend mes jambes sous mes genoux et me tire pour m'allonger sur le lit. Je m'empresse de replacer la chemise qui s'est retrouvée soulevée au passage. Je lui lance un regard interdit.

-Vincent ! je lance, énervée au possible.

Il pose un genou sur le rebord et prend mon bras pour me maintenir facilement au matelas, poignet sur la poitrine.

-Reste c –

En le voyant au-dessus de moi, la peur envahit tout mon être, me faisant relâcher une exclamation : je ferme les yeux un instant, lève un bras et me braque. Ma peau ressent déjà les prémices d'une douleur, d'une pression contre mon visage.

Son visage change, et se fige, m'observant fixement… Il relâche doucement mon bras. Et s'assoit lentement sur la chaise à mon chevet sous la fenêtre, le regard fixe et interdit.

-…Je suis désolé. Je ne voulais pas t'effrayer. Je n'allais pas te faire de mal, assure-t-il soudain très coupable, la voix serrée. Tu trembles depuis tout à l'heure. Tu étais très énervée. Tu ne devrais pas dans ton état.

Je remarque pour la première fois mon état fébrile, le froid insidieux dans tous mes membres. La peur, la panique pour eux dehors. Mon impuissance. Il détourne les yeux, l'air de vouloir être partout sauf ici. J'essaie de calmer ma respiration.

-…Je voulais juste te dire que si tu n'es pas capable d'observer le combat, la stratégie et les faiblesses de l'ennemi calmement, alors tu ne peux rien faire d'autre, lâche-t-il entre ses mâchoires serrées. Mais je m'y suis mal pris. J'étais contrarié. Pardonne-moi.

Les murs tremblent. Les coups pleuvent. Des ordres éloignés sont criés. Et nous sommes ici, comme dans une bulle seulement remplie de silence et d'incompréhension.

-C'est moi qui suis désolée. Je ne me suis pas imaginé que tu allais me faire du mal…

Je peine à lui expliquer, lui retirer sa culpabilité sans me trahir.

-Tu as raison. J'étais énervée. Tu voulais sûrement…éviter une téléportation.

Il retourne à l'observation du combat, l'air tendu et peu fier de lui.

-C'est moi. Prends le temps de te calmer. Je ne t'approcherai pas. Veux-tu voir Felicia ?

-Non ! Non…ça ira.

Je me relève fébrilement quand je me sens plus ou moins maître de mon corps. Je tente une main sur sa greffe. Il ne glisse qu'un regard discret et ne réciproque pas, restant immobile, mais je suis sûre qu'il m'observait du coin de l'œil tout ce temps. Je pince mes lèvres, soupirant par le nez. Je l'ai blessé.

Je me penche pour observer à nouveau depuis le bas de la fenêtre. Il me laisse faire pendant que nous plongeons dans le silence.

Soudain, un faisceau de lumière aveuglant traverse le champ de bataille, autrefois une grande plaine verdoyante, pareil à une étoile filante. Vincent se retrouve obligé de fermer les yeux, mais j'avale la scène yeux grands ouverts, comme on regarderait le soleil pour la première fois. L'attaque est aveuglément turquoise.

L'étoile éclate, comme des milliers de dards partant en tous sens, lorsqu'elle atterrit sur la zone ennemie dans un bruit de scission, la terre tremblant comme après l'impact d'une bombe. La puissance de l'attaque souffle jusqu'aux remparts, laissant comme une poussière d'étoile luminescente voleter dans les airs. L'Énergie me fait comme un bol d'air frais.

-C'était quoi ça ? s'exclame Cid.

Des volutes de Lifestream noir, empreints de Geostigma, s'évaporent dans les airs plus rapidement que la fumée après la bataille. Le silence est maître alors que les lignes ennemies sont complètement désertes. Anéanties. J'en ai les lèvres entrouvertes de choc et d'admiration.

-Dîtes-moi que ce n'était pas Angie ? s'empresse de questionner Tifa.

Les petits accrocs de lumière turquoises commencent tout juste à disparaître telles des cendres volatiles. Vincent s'empare de l'oreillette, séparant nos mains et répond diligemment :

-Non, elle est avec moi. RAS de notre côté. Il s'agit sans conteste de l'autre Cetra – dépêchez-vous de tracer la ligne de mire pour le retrouver, presse-t-il.

-Déjà sur le coup, réplique Cloud. Capuche et cape noires, côté nord de la ville. Cid !

Le bruit du vaisseau nous indique son déplacement.

-En douceur les gens, on ne veut pas avoir l'air agressif et lui faire croire qu'il est en danger, rappelle Tifa.

-Mince, il est vif – je l'ai perdu de vue ! Par-là Cid !

Je déglutis. La course-poursuite dure plusieurs minutes. Mon cœur bat la chamade, pendu aux évènements. Je n'ose pas retoucher Vincent, qui a l'air concentré et impatient, la main collée à son oreille, les sourcils froncés. Il ne m'accorde pas une seconde d'attention. Malgré le maigre demi-mètre entre nos visages, nos jambes presque croisées, jamais il ne m'a paru si loin.

Finalement, l'inconnu laisse derrière lui une cape vide après avoir échappé à Cloud à un carrefour. Vincent lâche un souffle bref et se lève prestement. « Felicia, » appelle-t-il à voix haute.

Il quitte la chambre à grandes enjambées sans même m'accorder un dernier regard, comme ayant besoin d'en avoir le cœur net par lui-même. Ils ont peut-être enfin trouvé leur sauveur, preuve à l'appui. Parce qu'entre Vincent et moi, une magie s'est définitivement envolée.


(Music : All the things she said de t.A.T.u version Seraphine)

Au bout du troisième jour après la dernière discussion avec Elfé, il y a très peu d'amélioration. Une fatigue et un dégoût profond à la nourriture allant croissant (même si je ne vomis presque plus et que je me maintiens avec ma manie de la propreté). Je me retrouve cruellement mise à pied par l'épuisement de Vincent.

Je décide que ne peux pas continuer à le faire souffrir plus longtemps. Je suis à bout. Comme son humeur. Et son Énergie aussi. Nous ne nous parlons plus. Nous ne risquons même plus un regard. J'ai tenu autant que je le pouvais. Les libérer de leur responsabilité est la meilleure chose que je puisse faire. Il est évident que Vincent se force à la tâche, pour quelqu'un qu'il ne peut même pas supporter.

J'écris alors des lettres, avec toujours l'intention de rester digne jusqu'à la dernière seconde. Pour eux. Mais dès que j'en ai le courage…de libérer Vincent, pour qu'il puisse user de ses forces pour une cause qui n'est pas perdue. Quelqu'un qui l'écoute, et qui ne s'est pas perdu de lui-même.

-Qu'est-ce que c'est ?

Je lève la liasse, avant de la ranger soigneusement dans la table de chevet à côté de moi.

-Des lettres. Promets-moi de les donner à tout le monde…s'il m'arrive quoi que ce soit.

Savoir que Vincent dort depuis bientôt plusieurs heures m'a donné une raison nécessaire d'enfin en parler à Elfé, et de prendre un pas de plus vers cette décision. Elle me regarde de façon interdite, ralentie dans tous ses mouvements après avoir posé le pichet d'eau.

Je reste allongée, plongée dans les oreillers, effritée par mes pensées. Je dois me faire une raison. Je n'ose même plus me regarder dans le miroir. Ma peau pâle, mes veines noires. Je ne me suis jamais autant détestée…pour ce que j'ai fait à Vincent, à tout le monde.

-Je n'ai pas parlé de mes sentiments pour lui, quels qu'ils soient, dans sa lettre… Je ne veux pas lui infliger cela en plus. Alors promets-moi de ne rien dire, s'il te plaît.

Je la regarde.

-Jamais, j'ordonne fermement.

Elle m'observe, l'air clairement prise de court et désemparée.

-Alors tout ça…la promesse que tu m'as faite d'essayer, tout ça n'était que de belles paroles ?

-Non ! Une promesse est une promesse ! Mais –

Qu'il me parle, qu'il m'en veuille, qu'il m'aime ou non, tout cela n'a plus aucune importance, je ne suis pas assez égoïste pour continuer inlassablement à son détriment. J'ai par ailleurs déjà prouvé plusieurs fois que je ne méritais pas d'être là. Je ne mérite pas ma chance, toutes ces personnes autour de moi. Je ne mérite pas son sacrifice.

-Tu as montré des progrès Angie –

-Je suis fatiguée !

-Attends les derniers résultats de Shera, je t'en prie ! Il faut que tu y croies ! Ne sois pas si défaitiste, il y a eu des signes positifs ! Tu ne peux pas abandonner si facilement !

-Bon sang mais qu'est-ce que tu t'imagines ! Que cela me fait plaisir ! Je ne veux pas abandonner ! Je vais essayer jusqu'au bout, mais Vincent est en train de mourir Elfé ! Vous avez trouvé quelqu'un d'autre alors s'il te plaît ne me force pas à regarder cela plus longtemps !

Vincent a toujours mis tous ses efforts à mettre des barrières entre nous. Combien de fois j'ai secrètement souhaité les franchir juste pour défaire son visage trop bien composé. Mais le temps des erreurs et des possibilités est fini. Je suis finie.

La dernière fois…j'ai eu ma réponse. De toute évidence je ne saurai même pas bien gérer les blessures de Vincent. Ma simple présence ne fait même que les rouvrir. Je me suis imaginée un fossé entre nous tout ce temps…mais de toute évidence, c'est moi le seul problème.

-Que se passe-t-il ?

La voix grave et rocailleuse de Vincent tranche l'air comme une lame de katana. Même s'il se tient moins droit, sa silhouette remplit toujours de façon impressionnante l'encadrement de la porte. Mon cœur se serre lorsque je remarque qu'il se tient distraitement à la poignée, nous fusillant tour à tour du regard.

Sa peau est aussi pâle que la mienne. Ses veines bleues et ses vaisseaux rouges presque apparents aussi alors que sa nébuleuse tourbillonne extrêmement lentement, cette étoile au centre de sa poitrine étant la seule chose tangible depuis le début de cette histoire. Pourfendant mon âme. Même son odeur a changé.

Paniquée, je me dépêche de fermer la table de chevet alors que nous l'observons, mises au silence par sa colère froide. Il remarque le mouvement, m'interroge du regard, et ne recevant aucune réponse, observe la pièce et nos expressions jusqu'à poser ses yeux dangereux sur Elfé.

-...Felicia, Angelina est convalescente. Je te prierai de ne pas l'agiter, ou tu n'es plus la bienvenue ici. Ce sera la dernière fois.

Son ton est cinglant et impérieux. Elle déglutit. Il incline la tête pour lui demander s'il s'était bien fait comprendre.

Mais pour la première fois, elle ne lui courbe pas l'échine. Et avec le respect qu'elle lui a toujours montré, comme à son père :

-Bien sûr. Si Angie se décide enfin à parler.

Je lui envoie un regard de panique, un sentiment de trahison montant dans ma poitrine. Vincent montre son interrogation.

-Je n'en peux plus de vous voir vous déchirer et vous sacrifier l'un pour l'autre. Ce n'est pas la solution – la seule solution serait que vous parliez enfin, et que nous soyons tous enfin du même côté, à se soutenir ensemble ! Retrouver l'autre Cetra ou non ne change rien à l'issue qu'on veut !

Puis elle secoue la tête pendant que mon cœur atteint des records en terme de panique.

-Si vous saviez combien j'aimerais revenir en arrière et…que tout ceci ne soit jamais arrivé. Avoir péri avant son arrivée. Parfois…moi aussi je me demande pour quelle raison nous continuons. Angie…n'était pas qu'un espoir fugace qu'on m'a agité sous le nez.

Des larmes coulent à flots sur ses joues.

-Vous n'avez pas envie d'abandonner, ni d'être séparés. Nous avons tous envie que ça fonctionne. Il y a encore de l'espoir, pour tout le monde. Alors…

Je hoche la tête négativement, soupirant. Elle me foudroie du regard, comme trahie. Puis elle lui lance un regard intransigeant, le sommant d'agir aussi bien et hargneusement qu'elle serait en plein combat, sa lame sous sa gorge. N'y tenant plus, elle quitte la pièce.

Vincent m'interroge du regard, le sommeil tiraillant encore visiblement ses paupières. Je détourne vivement les yeux, vers le bas, honteuse. Il me toise. Comme toujours, nous restons plongés dans ce silence devenu trop récurrent.


(Music : Time in a Bottle de Jim Croce)

Je sens une chaleur sur le coin de mon front, comme un rayon de soleil s'égarant doucement là. C'est doux, tel l'atterrissage d'un papillon. Je souris, empreinte de sommeil, apaisée. À mon chagrin, le rayon se déplace. Je me sens replonger.

Puis je suis complètement réveillée par le bruissement d'un papier, me faisant brusquement ouvrir les yeux après une seconde de réalisation. Je découvre Vincent assis sur l'autre lit en train de lire, la table de chevet grande ouverte.

-Vincent, qu'est-ce que tu fais !

Je panique vraiment. Mais je suis trop faible ne serait-ce que pour me lever. Mon bras s'étend mais en vain.

-Ah je vous jure, tu es toujours tellement – S'il te plaît, remets-le !

Je prie intérieurement, avec une rancune subite, le visage froissé, pour qu'il n'ait pas pu trop lire. Je constate que toutes les lettres sont sorties. Mais au moins seule la sienne, la plus épaisse, est entre ses mains, mon écriture italique apparaissant clairement à la lumière chaude du soleil entrant dans la pièce.

Son visage est froid, fermé, lisse comme une statue de cire, les traits toujours extrêmement tirés par son manque constant d'Énergie. Les rayons blancs chauds entourent sa silhouette telle la créature irréelle qu'il est sans pour autant le rendre plus chaleureux.

-…Pourquoi…, traîne sa voix grave devenue sourde.

Ses yeux ténus se lèvent de leur lecture.

-Ne m'est-elle pas destinée.

Un long silence nous enserre, mon cœur faible battant, jusqu'à ce que je parvienne enfin à plus ou moins m'asseoir, épuisée de cette simple action, la respiration rapide. Il a l'air plus impitoyable que jamais, son aura sombre suffisant à amener le manteau de nuit, si cela ne tenait qu'à lui.

-Ce n'était pas pour maintenant, j'explique posément mais fermement. C'était seulement…au cas où !

-Au cas où ? répète-t-il froidement.

Si glacial. Je sais pourtant à son contact, à l'apparence de cette nébuleuse, qu'il n'y a pas plus brûlant que Vincent : son masque, son attitude, sont aux antipodes de sa flamme. Une fois dans le feu du combat, une fois réellement énervé et poussé à bout, comme après Chaos, il ne reste que cendres et braises. Vincent est une fournaise punitive dont il est impossible de réchapper.

-Je croyais que tu n'abandonnais jamais, dit-il presque accusateur.

-Correction…un Anderson n'abandonne jamais. Et j'ai décidé que cette règle ne s'appliquait que jusqu'à ce que quelqu'un soit blessé.

Et j'ai décidé que c'était la chose que je devais retenir de mon passé. Je prends une inspiration, trouvant enfin le courage de lever les yeux.

-J'apprends de mes erreurs.

Ses doigts tressaillent sur les feuilles d'un blanc cassé, manquant de les froisser, les lèvres pincées…mais la seconde d'après, le regard fixe, ses doigts reprennent une position parfaitement immobile, et son visage se détend. Comme le reste de sa personne. Tout est contenu, savamment maîtrisé. Lisse à l'extérieur.

Comme un tableau, une œuvre d'art. Tout est magnifiquement arrangé, composé.

Même lorsqu'il ramasse la lettre et range le tout soigneusement dans la table de chevet, ne gardant que la sienne dans sa poche, son visage reste dur et fermé, ses mouvements fluides. Seule sa respiration a l'air étonnamment difficile.

Il se lève lentement.

-…Quand bien même, et ce serait tout à ton honneur, tu es trop jeune pour mourir, lâche-t-il comme si c'était l'évidence même.

Il prend la direction de la sortie.

-Je suis trop jeune pour beaucoup de choses. Selon toi.

Il se fige.

-Mais comme tu le sais, le destin s'en fiche royalement.

Je lève les yeux, me sentant retrouver de cette détermination que j'avais perdue au fil des jours. Il se retourne.

-Il n'y a pas d'âge pour mourir, Vincent. Voir cette petite fille entourée de sa famille sur la plaine menant à Junon me l'a bien rappelé. Tu te souviens ?

Il relâche une respiration fébrile, sa greffe tressaillant.

-Je refuse –

-Je refuse de te laisser mourir, je lui annonce la même chose.

-Tu n'as pas le droit de mourir, déclare-t-il avec autant de fermeté. As-tu réfléchi à comment nous allions sauver Gaïa sans toi, ou comme toujours tu ne réfléchis qu'à toi, ce que tu veux, ce que tu penses et au présent ?

Cela m'atteint plus profondément que je ne l'admettrai jamais, même si je le mérite.

-Tu m'as promis de ne pas te sacrifier –

-Et toi de ne pas te mettre en danger, mais nous y voici ! tonne-t-il.

Son torse se soulève avec sa respiration, prenant de l'amplitude. Je déglutis, intimidée mais me force à soutenir son regard tempétueux.

-L'heure n'est pas à tes caprices, Angelina. Il est trop tôt pour admettre la défaite.

-Au contraire, je crois qu'il est plus que temps. Ce n'était pas sujet à discussion, je lâche finalement, le cœur battant de stress. Jamais je ne sacrifierai ta vie. As-tu réfléchi à comment j'allais sauver Gaïa sans toi, ton Énergie, comment nous allions tous faire sans toi, ou comme toujours tu n'as réfléchi qu'aux impératifs en faisant fi de ta personne ?

Ses mâchoires se serrent, sa greffe accrochant une seconde la lumière alors qu'il ferme ses poings un doigt après l'autre avec force. Une colère noire semble prendre possession de tout son être.

-Tu condamnerais la planète entière pour –

-Être comme vous ? Prendre une décision et faire des erreurs ? Je ne sais pas, mais te sauver, oui ! Je sais que c'est la chose à faire ! Nous n'avons rien de différent ! Je ne suis qu'une Cetra de pacotille parmi tant d'autres ! Je ne maîtrise même pas mes pouvoirs !

Le cri désespéré du garçon vibre à mes oreilles. Les éclats de glace accrochent et renvoient la lumière comme des faisceaux rigides, autant de rais de lumière éclatés, tournoyant dans les airs. Blanc comme ma fausse innocence, rapidement teintée de rouge.

-Nous parlions de faire de notre mieux. C'était le mieux que je puisse faire et j'ai échoué. C'est un fait. Vous, êtes tout à fait capables. Plus indispensables qu'une incapable comme moi et un Cetra qui n'ose pas se montrer ! Vous vous en sortiez très bien sans moi –

Il lâche un souffle désabusé, vrillant les yeux ailleurs un instant, excédé.

-…Angelina. Nous aurions fini par perdre. Nous ne faisions que parer au plus pressé et parquer les survivants dans les villes les uns sur les autres comme du bétail. Il y a beaucoup de choses que tu ignores.

-Lesquelles ? je m'exclame.

-Cette solution de repli ne peut durer. Il nous faut reprendre du terrain. La nourriture qui était jusque-là conservée a rapidement été consommée sans régulation par la population. Comme un enfant, elle a besoin d'être encadrée. Bientôt, sans solution durable, la nourriture et l'énergie viendront à manquer. Quand le désespoir prendra le pas sur la peur, plus personne n'écoutera Avalanche.

Je cligne des yeux, réfléchissant à ce fait.

-Tu es la seule à ce jour, de notre côté, qui à défaut d'être immune à Geostigma, peut faire retrouver à la planète son état originel. S'entasser derrière des remparts sans pouvoir lancer l'offensive et renverser la situation n'a aucun sens. Étaler le territoire pour replanter et renouveler l'énergie durablement en font partie.

Je prends une inspiration pour continuer à me donner du courage alors qu'il fulmine silencieusement. Me foudroyant du regard comme s'il pouvait me sommer par sa seule force de changer d'avis.

-Je comprends la situation. Mais je ne peux plus rien pour vous. Mon état s'empire. Je ne suis en vie que grâce à toi. Par ma faute, ni toi ni moi ne vivons réellement à pleine capacité. Il est temps de regarder les choses en face.

Il affiche un air interdit.

-…Tu – …

Il a l'air incapable de continuer. Son poing tremble, retenant son souffle. Et je ne sais s'il tremble de rage ou d'incrédulité. Voir ce visage me fend plus en deux que toutes les paroles blessantes qu'il aurait pu me dire. Une larme glisse sur ma joue, serrant les draps sur mes genoux.

-Compétences mises à part…je ne permettrai pas que tu souffres plus longtemps par ma faute, en particulier au péril de ta vie.

-Angie, appelle-t-il à la raison en s'avançant d'un pas.

Il essaie de poser sa main sur mon épaule. Je l'évade.

-Retrouve l'autre Cetra. Reporte ton attention sur lui. Il est sûrement plus compétent que moi. Je ne peux plus rien pour toi, je souffle la gorge serrée et les yeux pleins de larmes.

Je finis par les baisser, trop embarrassée. D'ailleurs, il vaudrait mieux pour eux que je ne fasse plus rien.

-An –

Il lève la main en direction de mes cheveux. Je repousse brusquement son poignet.

-Non ! Ma décision est prise ! Et rien de ce que tu diras ne me fera changer d'avis !

Il y a quelques jours, j'aurais donné n'importe quoi pour ce geste.

Il reste figé, sa main humaine en suspens, ses pupilles regardant mes yeux tour à tour. J'essaie de les évader, la culpabilité me faisant m'effondrer comme un château de sable. Il a l'air véritablement désemparé pour la première fois devant moi.

Je prends une inspiration ardue, comme on avalerait un verre de poison frigorifiant cul sec pour poursuivre :

-Tu ne peux pas me forcer à prendre ton Énergie, et m'en laisser durant mon sommeil par un simple contact ne sera pas suffisant, nous le savons. J'ai déjà gagné, je déclare, comme on annonce un échec et mat irréversible.

Il rabaisse sa main. Je baisse les yeux quand je sens enfin la tempête passée. Je ne vois pas son expression, mais il reste figé un moment. Son torse bouge à peine avec sa respiration.

-…Dans ce cas nous verrons lequel de nous deux est plus immuable.

Avant de frapper la porte au point qu'elle se dévisse et tombe complètement démise, la partie en bois tenant la poignée disparue. Je reste un moment figée, décontenancée par sa réaction étant donné son extérieur composé toujours aussi trompeur. Et je ne sais si c'est sa réaction ou ma décision qui me choque plus… Ma trahison à voix haute.

…Encore du boulot supplémentaire pour Elfé en tout cas.


(Music : Carry you de Ruelle & Fleurie)

Elfé, avec ses magnifiques yeux verts, se décide enfin à me parler maintenant qu'elle a fini de tout réparer comme une chef. Elle est clairement débrouillarde, avec des notions en armes, de stratégie, de construction et de mécanisme çà et là. Des choses qu'on se voit apprendre un jour ou l'autre quand on est à la tête d'AVALANCHE j'imagine. Une vraie femme que j'aurais eu envie d'être.

-C'était une dispute assez virulente que vous avez eue là.

Merci, Captain Obvious. Je fais mine de n'en avoir rien à faire, haussant les sourcils pour appuyer ses dires. Elle soupire en m'observant.

-Tu n'as toujours pas touché à ton assiette.

J'évade ses yeux.

-Je n'ai rien renvoyé depuis que j'ai arrêté de manger. Je me sens propre et j'ai envie que cela continue.

Et mourir dignement. Se brosser les dents quinze fois par jour a ses limites.

-Vincent veut que je te fasse changer d'avis…mais je sais combien tu peux être butée. Honnêtement, je crois qu'il est le seul à pouvoir te tenir tête.

Je fronce les sourcils et me tourne de l'autre côté. Merci pour cela, je pense sarcastiquement.

-Et tu as raison. Ma décision est prise. Je sais que personne ne peut le voir, mais l'Énergie de Vincent est en train de disparaître au point où il n'a plus le temps de la renouveler. Il risque de bientôt mourir. Et sais-tu ce qu'il risque d'arriver à ce moment-là ?

Elle secoue la tête en posant les mains sur ses hanches.

-En plus de mourir ? Non, dis-moi, fait-elle un brin sarcastique.

-Les monstres qui l'habitent à cause de ses expériences seront libérés et personne n'a la moindre idée de ce qu'il risque d'arriver à ce moment-là…il se peut que les monstres prennent totalement le contrôle de son corps, et ravagent tout sans plus personne pour contrôler leur fureur. À jamais.

Parce que j'ai fini par comprendre ce qu'est ce goût violent de rage, de sang et vengeance dans son Énergie. Cette Énergie sombre capable d'apporter la mort et d'annihiler toute menace jusqu'à ce qu'elle soit totalement réduite en poussière.

Cette nébuleuse normalement en pleine furie et effervescence, toujours tenue d'une poigne sévère et indéfectible par Vincent, son calme et sa patience olympiens depuis cette lumière au centre de sa poitrine, est en train de faiblir. Il est clairement en train de perdre le contrôle.

Pause. Je ne vois pas son visage, mais j'imagine qu'elle réfléchit.

-Et c'est ce que tu crains le plus ? …Sûrement tu sais que nous ne sommes pas si démunis chez Avalanche.

-Non. Mais cela vous fera un ennemi, un problème de taille supplémentaire à régler, sans oublier que c'est sûrement la dernière chose que Vincent souhaiterait voir arriver à ses amis… Vous serez peut-être même forcé d'annihiler tout ce qu'il reste de lui sans même savoir si c'était la seule chose à faire. Vous perdrez votre meilleur combattant, immun à Geostigma de surcroît. Est-ce ce que vous souhaitez ?

J'ai eu le temps de réfléchir à tous ces arguments. J'imagine que je devrais remercier mon père de m'avoir appris qu'on ne vient jamais à une bataille, même une négociation, sans moyen valable. Elle souffle, l'air de réfléchir un moment, faisant quelques pas dans la pièce, avant de finalement déclarer.

-Si la personne qu'il aime est toujours à ses côtés, il ne risquerait jamais de laisser ça arriver, tu ne penses pas ?

-Sûrement. Mais elle n'est plus là. Nous sommes donc à court d'appât.

Merci de me rappeler cela aussi. Comme si je n'avais pas déjà assez mal. Cette idiote de première. Choisir Hojo ? Quelle idée. Celle-là aussi m'énerve.

-Dis-lui ce que tu ressens Angelina. Il t'aime. Vous vous aimez tous les deux. Votre amour crève les yeux.

-Arrête. Felicia.

Abandonner est plus difficile qu'on ne l'imagine, même quand on se retrouve seul.

-Je ne peux pas revenir en arrière.

Trop de mal a déjà été fait. À Vincent, après tous ses efforts. Ce que je lui ai dit…lui retirer sa mission, sa seule chance de se prouver qu'il pouvait faire le bien et arriver à protéger quelqu'un de toutes ses forces.

-Abandonner est la dernière des choses que tu as envie de faire. Je l'ai vu. Je le vois Angelina.

-Je sais déjà cela, merci, j'assène froidement.

-Alors concentre-toi là-dessus. Si tu voulais vraiment abandonner, ce serait déjà fait. Tu tiens à nous, n'est-ce pas ? Tu veux rester avec lui ?

Je serre les dents.

-Arrête. Je suis encore là parce que je suis lâche !

-Angie je t'interdis de dire ça ! Peu importe ce que tu penses en ce moment, une part de toi voudra toujours s'en sortir. C'est normal ! Autrement ça signifierait que tu n'as aucun instinct de survie. Mais pour une raison qu'on ignore, tu veux absolument te punir pour tes erreurs.

Je fronce les sourcils, serrant mon oreiller, sentant les larmes monter.

-Tu n'iras nulle part comme ça Angie. Il faut que tu restes avec nous, là où on peut faire quelque chose et t'aider. Tu as le droit à l'erreur.

L'espoir brûle autant ma poitrine que mon manque de choix. Comme les yeux de Vincent.

-Je n'ai pas le choix, j'avoue d'une voix plus assurée. Il ne s'agit pas de moi.

-Pourtant en abandonnant, c'est le choix que tu fais. Pas seulement pour la planète…mais pour nous aussi.

-Je fais cela pour vous ! je m'exclame. J'ai échoué bien trop de fois déjà ! Trop de personnes ont déjà assez payé pour mes erreurs !

-Tu nous rends tout sauf un service ! En te laissant à ton sort, nous échouons aussi. Pas seulement parce que tu es une Cetra, mais en tant qu'amis. Tu ne peux pas nous enlever ça.

-Vous êtes idiots ! je siffle entre mes dents, la poitrine serrée.

-Essaie Angie. Quelques jours. Essaie de lui parler. Une dernière fois. Pour moi.

Je l'entends se rapprocher.

-S'il te plaît, fais-moi confiance, comme tu me l'as demandé. Tout ira bien, je te le promets.

J'ai peine à retenir les soubresauts de mon torse à présent. Je déteste cela. Je déteste tout ce qui se passe. Tout ce que j'étais, tout ce que je suis, et ce que je ne serai jamais.

-Non.

Et mon verdict est sans appel.

…Je l'entends prendre une inspiration difficile.

-On t'aime, Angie.

J'entends ses pas. Je sursaute lorsque je sens sa main toucher mon épaule.

-Ne me touche pas !

Je me retourne comme je peux pour me coller au mur.

-Ce n'est rien, regarde, j'ai des gants.

J'ai peine à calmer ma respiration, les regardant intensément pour m'assurer que je ne rêve pas.

-Tout ira bien. Allonge-toi.

Elle s'assoit sur la chaise. Je l'évade à contrecœur lorsqu'elle rapproche sa main – elle finit par doucement encercler mon bras. De l'autre, elle passe doucement une main dans mon dos.

-Là, tu vois ? Tout va bien. Je brûlerai même les gants après.

Je maintiens mon humeur de longues minutes. Mais à chaque passage, ma résolution faiblit. Avant que je ne comprenne ce que je ressens, je fonds en larmes le plus silencieusement possible pour ne pas réveiller Vincent dans le salon. Elle me maintient assise, alors que je m'avachis presque contre le mur, maintenant une expression avenante. Elle n'a même pas l'air étonnée.

-Ça va aller, on est là. On va s'en sortir.

Elle répète des paroles rassurantes, jusqu'à ce que la fatigue m'emporte sur mon oreiller. Contrairement à ce qu'elle dit, une partie de moi espère ne pas avoir à m'en relever telle que je suis.


Les voix m'entourent complètement, m'accueillent même, dirait-on. Le noir est complet. Je suis enserrée, enterrée de tous parts. Il n'y a aucun jeu, aucune échappatoire, aucun leste. Chaque soubresaut pour me dégager est rencontré par des cerceaux toujours plus punitifs, comme les anneaux d'un boa.

Je connais la raison de ma présence ici. Mon cœur est noir. Mon âme est rouge. Ici est le seul endroit qui convienne à quelqu'un comme moi. Le seul endroit où je ne blesserai plus personne.

-Angie.

Laisse-moi.

Le Cetra à la capuche noire et son visage pâle perce ma vision, sa main s'empare de mon bras et me secoue, m'arrache -


(Music : Mirror Mirror Part II de RWBY)

-Angie !

Je sursaute. Je cligne des yeux pour les ouvrir et les habituer. La lumière de la lune si forte qu'elle est largement suffisante pour éclairer toute la pièce à mes yeux. Je reconnais la silhouette de Vincent assis sur sa chaise à mon chevet. Il a étendu sa cape sur moi par-dessus les couvertures, qui comme toujours émet une étrange chaleur addictive. Il éloigne sa main de mon visage.

-...Encore un cauchemar ?

Je soupire. Vincent. Je ne pensais vraiment pas qu'il accepterait de me reparler si vite après tout à l'heure. En voyant la porte fermée, Elfé me revient en tête. Je me suis endormie après l'épisode de tout à l'heure ? Je me sens lourde comme du plomb.

-Combien de temps ai-je dormi ?

-Une après-midi seulement, répond-il d'un ton neutre et informatif.

-Il faut que tu remercies Elfé pour la porte.

-...C'est fait, il assure sur le même ton maussade. Tu as l'air épuisée. Felicia m'a dit aussi que tu avais refusé de toucher à ton assiette. Tu dois manger.

Je refuse de répondre ni d'obtempérer, à bout, et me tourne de l'autre côté. Sachant que Vincent saura comprendre mon envie d'isolement mieux que personne. Mais à mon étonnement, il reprend la parole :

-...Je suis désolé.

Je prends une grande inspiration par le nez, pour me donner le courage de lui parler et dissiper tous ses doutes. Dire au revoir comme il se doit. Pour qu'enfin peut-être je puisse mener à bien ma décision.

-Pour quelle raison, je te prie ?

-…J'ai failli à le retrouver.

Je soupire, gardant les yeux fermés.

-Ce n'est pas grave. Le principal est de savoir que je n'ai pas rêvé et qu'il est bien conscient de la situation et prêt à aider lorsque nécessaire. C'est tout ce qu'il no - ...vous fallait.

Pause.

-S'il connaissait ton état, il pourrait sûrement y faire quelque chose, glisse-t-il clairement frustré. Il faudrait trouver un moyen de com -

-Il sait.

Je l'entends s'agiter derrière moi.

-C'est-à-dire ?

-J'ai rêvé de lui. Je crois.

-Quand ?

-Plusieurs fois.

Il lâche un souffle de frustration, désabusé.

-Pourquoi ne fait-il donc rien ?

-...Je l'ignore Vincent. Peut-être parce que je suis surveillée sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

-...Tu penses donc que nous devrions te laisser seule ? Était-ce ton plan depuis le début ?

Il ne cache même pas son aversion dans son ton accusateur.

-Est-ce la raison pour laquelle tu essaies de nous antagoniser ? Pourquoi ne pas simplement avoir partagé ton idée ?

-Je n'ai aucun plan de ce genre en tête. Il sait que je suis malade. Je le sens.

-Peut-être devrais-tu simplement déclarer ta présence ? S'il est à ta recherche -

-Non.

Je sens sa main agripper sa cape sur le matelas, dans mon dos. « Angie. » dit-il seulement. Et sa voix est tellement grave, tellement ténue…elle vibre, tombante et caverneuse et on ne distingue les syllabes les unes des autres que grâce à sa diction.

J'aime le fait qu'il m'appelle Angie. Je ne lui ai jamais dit ce que j'en pensais, ou combien c'était important pour moi, que je m'imaginais souvent des amis imaginaires, dans mes rêves éveillés ou non, m'entourant, un bras autour de mon épaule, me surnommer ainsi.

Et il le fait très naturellement. Il glisse de ses lèvres, comme s'il échappait à son attention. C'est ce qui me fait dire que c'est sincère, parce qu'alors après, en général, il revient à mon prénom entier, comme un rappel à l'ordre.

-Tu as une solution toute trouvée qui ne m'inclue pas, et tu refuses tout de même cette chance ? Je ne te comprends pas, s'impatiente-t-il. Je...ne te reconnais plus.

Ses mots percent ma poitrine. La pièce semble vibrer. Se refermer sur moi. Mais je sais que ce n'est que moi.

(Music : Zero Eclipse de Hiroyuki Sawano)

-La Angie que je connais -

-N'existe pas ! je m'écrie en me retournant.

Je le fixe des yeux. Il s'arrête.

-La Angie que tu as connue n'a peut-être même jamais existé ! Elle n'était qu'une illusion ! Quelqu'un que je me suis inventée pour donner un sens à ma vie et tout ce qui m'arrivait ! Je le sais maintenant ! Je le sais qu'il n'y a rien à aimer chez moi ! Je ne suis pas une héroïne, je ne suis pas capable, je ne suis pas forte, belle, ou intelligente - je ne suis même pas quelqu'un de bien, je ne suis rien ! Je suis juste pathétique !

Il m'observe, interdit. Je ravale mes larmes, me pointant du doigt.

-Tu es une personne si foncièrement bonne que les démons qui t'habitent ne peuvent rien contre toi, mais mes démons à moi...portent mon visage.

Il fronce les sourcils, penchant légèrement la tête pour montrer sa confusion la plus complète.

-Je ne suis bonne qu'à faire payer les autres pour mes fautes !

Il hoche la tête négativement.

-J'ai fait un rêve...

Je secoue la tête, la respiration difficile et sans rythme concret.

-Non... Plus qu'un rêve. Je sais que c'était un souvenir. Fanlan, le Cetra qui effaçait ma mémoire - quoi qu'il faisait...est en train de se défaire. Je me déteste plus que tout. J'ai...

Ses sourcils se froncent vers le haut. De la pitié. Tout ce qu'il me manquait !

-Je ne mérite pas tout ce que vous faites pour moi, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir, je souffle finalement en plaquant mes mains sur mes yeux humides.

Je voudrais pouvoir les rouvrir. Refaire ma sauvegarde. Réaliser que ce n'est qu'un cauchemar. Voir l'Énergie de Vincent bouillonner à nouveau de mille feux.

-Angie...

Il me touche doucement le poignet. Je le repousse, peinant à retenir mes larmes, ma poitrine secouée.

-Ne me touche pas ! Je suis un monstre, tu entends ? J'ai tué Tseng. J'ai failli tuer Elfé. Et maintenant c'est toi que je tue et je n'en peux plus ! Je veux juste te sauver ! Pour une fois je t'en prie comprends-moi ! Je veux juste disparaître !

Sa main agrippe sa cape, le drap et mon haut, tous en même temps et me soulève brusquement jusqu'à rapprocher nos visages à quelques centimètres à peine.

-Comment oses-tu me dire ça ? dit-il doucement, la voix presque blanche. Tu te fiches de ce que ta mort pourrait provoquer ?

Sombre et posée, aux antipodes de son visage empli de colère noire à peine contenue. Son Énergie écarlate enfle et s'enflamme dans son corps.

-Comment oses-tu me dire ça à moi ? Est-ce à dire que je devrais disparaître aussi ? J'ai failli à empêcher la femme que j'aimais de commettre une terrible erreur. Je les ai laissés tenter des expériences sur un bébé encore dans son ventre. Comment crois-tu que je me suis senti lorsque je t'ai entendu parler de lui ?


-Séphiroth, hm ?

Même s'il savait que je détenais beaucoup d'informations, jusqu'à maintenant il n'avait jamais émis la moindre interrogation. Je levai les yeux vers le haut, essayant de me remémorer tout ce que je savais de lui.

-Si je ne me trompe pas, il a eu une enfance plutôt solitaire. Il ne savait même pas qu'Hojo était son père, on lui a seulement dit que sa mère s'appelait Jénova... Il passait beaucoup de temps dans les laboratoires. On attendait beaucoup de lui et il était étroitement surveillé, mais on ne peut pas dire qu'il avait de vrais contacts humains.

Je penchai la tête d'un côté, soupirant.

-Malgré cela, en grandissant je pense que c'était évident qu'il recherchait la compagnie. Du temps d'Angeal, Genesis, Zack et Cloud, qu'il fréquentait de près ou de loin, il était déjà reconnu comme le meilleur soldat de la planète. Mais de façon générale, il avait plutôt bon fond. Il était calme, posé, réservé, mais serviable. Il avait même un brin d'humour. Il avait aussi l'esprit de compétition.

Je pinçai les lèvres. Vincent fronçait les sourcils, les bras serrés sur son torse, l'air juste très concentré sur les faits, bousculé par ses pensées...mais quelque chose me disait qu'il était extrêmement contrarié.

-Et impérieux. Il était placé sur une sorte de piédestal dont très peu de personnes faisaient fi. Je pense qu'il était surtout très seul. Personne pour le comprendre, ou comprendre ce qu'il avait vécu. Lui-même ne comprenait pas très bien qui, ou plutôt ce qu'il était. Qui le rendait si à part. Qui le rendait si fort. Outre ses responsabilités, il provoquait beaucoup l'admiration mais aussi la jalousie.

Je regardai sur le côté, gênée.

-On connaît bien sûr la version de Cloud et Tifa...mais ce qu'il est devenu et tout ce qu'il a fait mis à part...apprendre la vérité derrière le projet Jénova, sans jamais savoir que Lucrécia était sa mère, a été un véritable choc pour lui.

Je repose mes yeux sur Vincent, les siens se posant à plusieurs endroits, l'air de ne pas y croire.

-Je pense qu'il l'ignore encore aujourd'hui.


-Par ma faute Séphiroth a vu le jour. S'il avait eu quelqu'un…si quelqu'un avait été là pour lui dire, les choses seraient sûrement différentes.

Mes mains froides se posent sur celle de Vincent, les lèvres pincées, en plein tumulte.

-...J'étais là il y a trente ans. J'aurais pu tout empêcher… Mais j'ai été trop faible.

-Être conciliant n'est pas une faiblesse ! Qu'aurais-tu pu faire d'autre, la forcer à être avec toi ? C'est elle qui a fait ces choix !

Il plante son regard humide dans le mien. Je le regarde avec effarement. Ma respiration continue d'être rapide bien que je me force à respirer par le nez le plus silencieusement possible.

-Je l'ai laissée faire Angelina. J'étais un Turk entraîné, et je me suis stupidement laissé tuer. Tout ce que tu vois ici, Séphiroth, Gaïa, Geostigma – cette fillette et sa famille, lorsque je t'ai choisie plutôt que Tseng et Elfé – chaque vie perdue est le résultat de mes actions !

-Vincent…

Je hoche la tête, désemparée.

-Que suis-je Angelina ? Si tu es un monstre, alors moi qui te laisse porter et racheter mes fautes, que suis-je ? Si je me tuais, cela rachèterait-il toutes mes fautes ? Cela résoudrait-il enfin quoi que ce soit ? presse-t-il en me secouant légèrement, assénant ses questions. Est-ce à dire qu'il n'y a aucun espoir pour nous et que nous n'avons pas le droit de changer notre histoire ? Est-ce à dire que nous ne méritons pas la vie ?!

Silence. La lumière de la lune paraît froide. Nous sommes tous les deux tendus comme des arcs. Ses épaules sont basses, ses coudes sur ses genoux. Je mesure sans aucune difficulté toute l'ampleur de sa peine comme si elle était mienne.

-…Je l'ignore, Vincent. Je sais juste que…je ne sais pas qui je suis. Que j'ai peur de changer. De devenir celle que j'ai vue dans mes songes. Je ne me sens pas à la hauteur. Je sais juste que tout va mal, te sauver est la seule chose qui fait sens… Même si celle que je croyais être est parvenue à se faire haïr de la seule personne qui ne déteste personne.

Son regard tombe sur mes clavicules, révélées par ma position assise. Ni la cape, le drap, ou ma nuisette d'un satin argenté ne recouvrent désormais mes épaules. Il hésite un moment, l'air incertain, fébrile, comme suspendu par un fil au-dessus d'un vide sans fond.

-…Qui ?

Je le regarde fixement. Il relève les yeux, à cause de mon silence – ou sentant mon message, je l'ignore. Mais je le sais exactement au moment où il se fige, les yeux agrandis, l'air outré. Sa main se met à frémir.

-Tu penses que je te hais…? questionne-t-il d'une voix grave, un air sombre sur le visage.

Mes traits tremblent alors que je peine à retenir mes émotions. Je tremble toute entière, de froid et de douleur.

-Tu penses que je te hais ? répète-t-il avec encore plus de colère et d'incrédulité, me secouant une fois.

N'y tenant plus, je m'abandonne en fermant les yeux et fonds en larmes. Tombant vers l'avant, maintenue assise par sa main seulement. Mes mains encerclent son bras – il glisse sa main dans ma nuque pour me tirer et plaque soudainement ses lèvres contre les miennes.

Qu' – …Elles sont plus parfaites encore que je ne me les étais imaginées. Les voir et les sentir sont deux choses totalement différentes. Leur forme curviligne, sculptée, rebondie, est seulement un avant-goût de ce qu'elle promet.

Un frisson me traverse de la tête aux pieds. Mes cheveux se hérissent sur ma nuque, si ce n'était pour sa main, plus puissante alors qu'il presse ses lèvres de façon plus ferme que soudaine. Sa présence, son odeur assaillent mes sens en même temps que sa chaleur intense m'atteint depuis sa bouche. Puis vaguement autour de moi, comme si je me tenais près d'un feu.

Il éloigne son visage, séparant nos lèvres dans un bruit mouillé que je n'avais jamais entendu de si près. De si vrai. Plus obscène que tout ce que j'avais eu l'impression d'entendre dans un film. J'ouvre des yeux abasourdis sur lui. Sa respiration jusque-là calme s'accélère.

Il s'éloigne à une distance respectable, reprenant sa main, ses gestes incertains. Mes yeux sont écarquillés de stupéfaction, me demandant si je venais de perdre la raison. Mes pleurs s'en sont retrouvés complètement arrêtés. Je m'autorise seulement un dernier reniflement de souris.

Il se fige un instant, les yeux vagues, l'air de se fustiger. Puis il peine de plus en plus à me regarder, jusqu'à ce que son visage se froisse de tension.

-…Je suis désolé. Je…

Avant de détourner complètement le visage, de s'apprêter à se lever – je m'empare de ses mains pour qu'il reste sans sommation.

Il garde ses yeux vers le bas, clairement stressé et démuni. J'ai à nouveau la gorge serrée, les yeux emplis de larmes, la poitrine pleine d'émotions et de sentiments que je n'arrive pas à nommer, et de mots que je n'arrive pas à exprimer.

-Tu n'es pas un monstre. Tu ne l'as jamais été. Tu –

Je secoue un instant la tête, peinant à parler.

-Tu es ce qui compte le plus pour moi.

…Après une lourde pause il lève doucement les yeux, hésitant, me regardant entre ses cils sombres, le centre de ses iris enflammé, luisant presque à cause de la pénombre.

-…Si tu le penses, murmure sa voix grave et ténue. Prends mon Énergie.

Je hoche la tête.

-Tu risques bien de mourir, Vincent. Tu n'es pas invincible. Je peux le voir, tu es en train de dépérir. Même ta greffe n'arrive pas à suivre le rythme. À cette allure, les choses contenues en toi…

Je regarde la nébuleuse avec attention. On dirait l'intérieur d'un volcan en pleine fusion. Sa main relève mon visage pour capter mon regard.

-Si je perds toute mon Énergie, le pire qui puisse arriver serait une transformation, explique-t-il fermement. Transformation qui, sans défaut, sauve et restaure mon Énergie à chaque fois. Même si je le voulais, mourir n'est pas si simple pour moi.

Il m'interrompt alors que j'ouvre la bouche pour protester vivement :

-Je tiendrai ma promesse. Tu m'as clairement dit, que tu avais besoin de moi vivant, et si c'est ta condition non-négociable, tu l'as. Mais je ne vais pas t'abandonner. Ni maintenant, ni jamais. Où que tu sois, je viendrai te chercher. Et je te sauverai.

Je me revois, enfant, assise sur mes jambes, mes paumes ouvertes vers le ciel gris sur mes cuisses. Seule et désemparée. Secouée par des sanglots bruyants. Je revois Ivor, contraint de rester loin, les traits serrés.

-Celle qui est prête à tout pour sauver les autres parce qu'elle ne s'accorde pas assez de valeur, qui ne pense pas pouvoir représenter quoi que ce soit pour les autres. Qui recherche notre attention, notre validation, notre fierté. Celle qui n'a pas de parent, pas de famille pour l'aimer, qui n'a pas eu d'amis pour l'aider jusqu'à maintenant, lui montrer la voie à suivre – mais tout ça c'est fini.

Et soudain, les bras de Vincent, sa greffe accrochant la lumière, percent mon champ de vision, et m'enlacent, sa chaleur m'envahissant, une mèche de cheveux corbeau glissant sur mon épaule.

Son pouce caressant ma joue me ramène au présent, ses cils bougeant avec le mouvement de ses yeux sur mon visage. Malgré notre proximité, tous les deux assis, moi sur le bord du lit et lui sur le bord de sa chaise, je dois regarder franchement vers le haut. Je ne peux pas m'empêcher de prendre doucement son poignet en retour. Il ne m'a jamais regardée comme ça, et je suis sûre que je ressemble à un zombie plus qu'autre chose. Il est si intense que je me sens brûler sur un bûcher.

-Fais-moi confiance, glisse-t-il, sa voix forte et gutturale.

Je l'observe, subjuguée. Sa voix était comme double. Et maintenant, c'est peut-être moi qui ai des visions, ou peut-être que ses iris sont vraiment en train de gagner en luminosité, comme un soleil en fusion teinté de sang sur les contours. Mon cœur prend un rythme différent, mes yeux parcourant son corps pour observer son Énergie en ébullition. Plus elle brûle, plus…une envie innommable, une sorte de faim indescriptible me prend. Je déglutis, la respiration audible, prise d'une anxiété soudaine juste avant d'admirer son visage et ses lèvres attirantes.

Il cligne des yeux, comme interpellé. Contre toute attente, il approche soudainement son visage et m'embrasse passionnément. Je lâche un léger son de surprise, étouffé par ses lèvres. Mon cœur bat si vite que je n'entends presque rien d'autre.

Après un premier contact intimidé de mon côté qui ne sert qu'à se jeter à l'eau, me faisant vivre le même vertige effrayant, ses lèvres se décollent pour mieux se poser contre les miennes la seconde d'après. Soit une seconde avant qu'elles ne me manquent trop.

Remarquant sûrement les frissons sur ma peau. Il prend sa cape de la main gauche et la place sur mon épaule. Puis il enlève son gant, pour le poser sur la table de chevet. Enfin il m'enlace du bras droit, sa main nue touchant ma peau nue entre mes omoplates, me faisant fermer les yeux d'allégresse. Ses lèvres épousent ensuite les miennes comme on s'épouse à un mariage, avec toute la ferveur et l'adoration dont je rêvais de lui.

Sans réfléchir, j'en redemande. Encore, et encore. Il se plie à chacune de mes requêtes sans attendre. À chaque baiser qui se multiplie, parfois en changeant d'angle, nos souffles mélangés, ma tension crève un nouveau plafond. Ses lèvres… Une fois au contact, chaudes et fermes, douces et gentilles, c'est comme une consécration après tout cet aguichage.

Mon stress est à son paroxysme. Rien ne se passe comme prévu, comme je m'y attendais depuis mon arrivée sur Gaïa. Depuis le début, entre Vincent et moi, la dynamique était claire : prétendre. Danser sur la ligne. Sans jamais avouer quoi que ce soit. Au moindre signe de relâchement, Vincent abat la moindre ambiguïté sans attendre.

Dépasser cette ligne est un terrain complètement inconnu pour nous deux. Je ne me suis jamais demandé ce qu'il se passerait, ce qu'il adviendrait de nous s'il m'acceptait. Mais au premier contact, déjà, cela n'avait rien d'amical, rien de chirurgical, rien de solvable.

Je repasse ma main sur sa joue, mon pouce près de sa bouche. Je suis essoufflée, assoiffée. Impatiente. Je rassemble mes mains sur ses clavicules avant qu'elles ne glissent d'elles-mêmes avec une certaine pression sur son torse affublé de sa combinaison.

Malgré cela, sa chaleur perce facilement toutes les barrières jusqu'à moi, jusqu'à créer cette bulle de perfection où seuls lui et moi existons. Je remarque que son cœur bat lourdement, fort et tangible. J'agrippe son vêtement, retournant ses baisers avec plus de ferveur – je l'entends retenir son souffle.

Il nous sépare brusquement. Ses cils tressaillent un instant sur le rubis de ses yeux, comme un battement d'ailes de papillon avant que ses pupilles ne se focalisent sur moi, fixes et intenses.

Que fait-il ? Est-ce qu'il attend encore que j'initie ? Ses lèvres pleines s'entrouvrent légèrement, montrant ses dents blanches parfaitement alignées et ses canines prononcées. Ses narines tressaillent, comme si une odeur avait capté son attention. C'est alors que je comprends ce que je ressens. Ce n'est pas du stress…c'est de l'anticipation.

Il prend une grande inspiration, soulevant un instant ses épaules pour parler :

-Mon Énergie, Angie.

Je soupire, désemparée, les émotions sens dessus dessous, au bord du désespoir. Je hoche la tête négativement. Je déglutis à nouveau alors qu'il se penche subitement vers moi, affublant un air impérieux, la carrure imposante.

Nous nous figeons à nouveau, alors que le ton de la négociation change complètement. Et je ne peux m'empêcher de songer à combien il est beau. Juste pleinement, simplement, naturellement, douloureusement beau malgré son état. J'ose à peine respirer.

-Es-tu devenue la personne que tu souhaites être ? As-tu accompli ne serait-ce que le quart de ce que tu rêvais de faire en arrivant ici ? Que fais-tu de cet avenir que tu voulais créer pour nous ? Pour toi ?

Je réfléchis.

-Angie, dit-elle calmement mais fermement. Les héros sont ceux qui décident de l'être. Tu n'es pas une héroïne parce que tu as des capacités innées, mais parce que lorsque l'occasion s'est présentée, tu n'as pas hésité à mettre en jeu ta propre vie pour nous sauver.

-…Je n'en suis pas capable. De toute évidence. J'ai réalisé…que je n'étais pas une bonne personne.

Il hoche la tête négativement. Je reprends avant qu'il ne nie :

-Vincent. Tu ne penses pas être quelqu'un de bien, n'est-ce pas ?

Il m'interroge du regard, mais ne dément pas.

-Comment penses-tu être la bonne personne pour aider à sauver la planète dans ce cas, si ce n'était pour tes capacités ?

Il réfléchit un instant à la question quand il comprend qu'elle est extrêmement sérieuse.

-…Cela ne m'a jamais traversé l'esprit. J'ai simplement réalisé…qu'il m'était impossible de défaire le passé. Mais qu'en ne faisant rien…tu connais l'histoire.

Il cligne doucement des yeux, m'observant.

-Être héros n'est pas un titre mais une responsabilité.

-Tu estimes donc avoir une responsabilité envers la planète, fautes mises à part ?

-Fautes mises à part…?

Il réfléchit encore, baissant les yeux.

-…Angie, tu envies mes capacités, je crois ? questionne-t-il doucement.

J'acquiesce.

-Si je n'en faisais rien, ne serais-je pas lâche ?

Je cligne des yeux.

-Ne serais-tu pas énervée ?

Je me sonde, incertaine.

-Une fois, je me suis imaginé notre rencontre si tu avais fait partie d'Avalanche il y a deux ans. Je me suis dit…que tu m'aurais probablement disputé pour être resté endormi toutes ces années.

J'inspire avec défaitisme, avant de hocher la tête en signe d'admission.

-Je t'aurais secoué comme un prunier en t'expliquant les évènements. Je t'aurais convaincu de venir. Et ce dès la première fois.

-Et si j'avais refusé ?

-Je t'aurais traité de lopette drama queen en te voyant virevolter avec ta maudite cape. Que si tu ne t'occupais pas d'Hojo, j'allais le faire et ne pas t'en laisser un seul morceau. J'aurais commencé à t'expliquer par A + B pourquoi on avait besoin de toi dans l'équipe parce qu'il était hors de question que je devienne support et –

-En parlant de statistiques et autres termes dont je ne connais absolument pas la définition, poursuit-il plus léger. Tu m'aurais tiré de mon sommeil de gré ou de force, maugréant du désagrément. Tu m'aurais pleinement dit ce que je pouvais faire. Tu m'aurais donné une direction, un rôle.

Il penche légèrement la tête d'un côté.

-Tu ne m'aurais jamais épargné avec tes mots. Tu m'aurais poussé à vous aider, pleinement consciente de mes compétences. Tu m'aurais convaincu que je pouvais mettre mes capacités au service du bien malgré mes expériences.

Je confirme.

-Chaque fois que je me serais tenu à l'écart, tu serais venue me chercher. Tu ne te formaliserais jamais de mes silences, mais tu me bousculerais chaque fois que je resterais trop longtemps plongé dans mes pensées. Tu provoquerais toujours une conversation, un débat. Tu demanderais conseil pour devenir meilleure combattante. Tu me disputerais chaque fois que j'énoncerais mes fautes, comme tu l'as toujours fait.

Je hoche la tête distraitement, réalisant que ce serait plutôt vrai. Que je me reconnaissais étrangement, alors que je m'étais perdue de vue depuis Geostigma.

-…Tu penses toujours que je ne te connais pas ?

Pour une raison que j'ignore, ma poitrine déborde toujours d'émotion, mes yeux humides. Une joie intense me traverse. Je hoche la tête avec conviction, émue aux larmes, un sourire hésitant sur les lèvres. Ses lèvres s'étirent légèrement, l'air plus apaisé.

-Je ne fais rien de plus que ce que tu ne fais déjà. Angie…Il ne s'agit pas d'avoir les compétences requises, mais d'agir à bon escient. Quoi que tu penses être, ou les fautes que tu as pu commettre…que nous voulions arranger les choses est la seule certitude que nous pouvons avoir. Que nous fassions en sorte d'y arriver la seule chose que nous pouvons nous permettre.

Je hoche la tête, pensive.

-Nous ne saurons pas jusqu'à la fin si nous avons été les bonnes personnes.

Il présente sa greffe.

-Mais je te demande à toi, telle que tu es et ces démons dont tu parles…si je requerrais ton soutien pour y parvenir, me refuserais-tu ?

Je me fige. Au bout de la file formée par Avalanche dans mon esprit, m'attend Vincent. Il m'attend depuis un moment, et la tristesse et la fatigue se lisent sur son visage. Il me tend sa greffe en signe d'invitation, autant que de plaidoirie.

-Angie, les héros sont ceux qui décident de l'être.

Pour la première fois, tout fait sens. Les mots d'Elfé me percent avec une clarté stupéfiante. Je hoche la tête négativement, médusée.

-Non. Non, je sanglote en saisissant sa main. Tu as raison. Je suis désolée.

Je relâche un souffle frustré.

-Tu as vécu bien pire que moi et –

-Ce n'est pas ce que –

-Je sais, je murmure en caressant son visage de l'autre main, un sourire sur les lèvres. Je sais comment tu es.

Elfé aussi avait raison…j'aurais dû te parler bien plus tôt. Plus que ta force, tes capacités, tes démons…ta compassion est ta plus grande force, Vincent. Je regarde la galaxie à son cœur, ses rayons de lumière facilement visibles entre mes doigts. Son cœur…bat au même rythme que le mien.

-Tu es tout ce que je désire, je murmure doucement. Et parce que je veux être différente…je vais vous faire confiance, et essayer de faire de mon mieux.

(Music : Ignition. de Chromonicci)

Ses yeux, qui avaient pris la couleur de la lave en fusion en pleine nuit, deviennent ténus. Je renifle pour la bonne mesure, rapprochant mon visage.

-C'est promis, je souffle.

Intimidée, je ramène alors ses lèvres à moi pour sceller ma détermination et il ne résiste pas. Ma main quitte son torse pour soulever ses cheveux dans sa nuque dénudée.

Il ferme les yeux aussi, et je ne saurais dire ce qui envahit le plus mes sens pour culminer en overdose : ses lèvres, mes palpitations, nos respirations, sa chaleur, son odeur, sa peau, son Énergie. Je remarque distraitement que le bout de son long nez droit touche ma joue.

Je le serre comme je peux contre moi, contre mon buste, me demandant s'il va finir par sentir les battements de mon cœur affolé comme un oiseau en cage. Ses lèvres répondent à ma pression, ma demande silencieuse. Son souffle s'alourdit. Chacune de ses réactions positives me grise.

Son pouce se promène un instant sur ma mâchoire, légèrement tremblant, avant qu'il n'appuie sur mon menton pour m'intimer à entrouvrir mes lèvres, ce qu'il fait aussi. Puis il nous sépare, front contre front. Il nous fige ainsi quatre longues secondes, sans qu'il ne se passe rien d'autre, pendant lesquelles ma frustration atteint jusque-là un niveau encore inégalé.

Je le repousse pour le toiser, les traits serrés.

-Vincent, je fustige.

Il se pétrifie, l'air plus tendu que jamais.

-Qu'y a-t-il ? Embrasse-moi.

Il a l'air confus et contrit. Mais il reprend rapidement ses esprits, puisqu'après un moment passé à me jauger, il m'embrasse à nouveau. Assez vivement pour me surprendre par sa soudaineté, parce que je lâche un « mh » approbateur. Je sens son visage, son corps se détendre complètement.

Je bouge mes mains, soulevant ses cheveux, le serre à nouveau contre moi en me servant de ma prise sur lui pour me redresser, assise sur une jambe. La cape tombe dans notre agitation. Il m'enlace aussitôt, son torse contre mon buste. Contre sa chaleur. Je relâche un soupire d'aise. Cette fois il m'embrasse vraiment, doux et enveloppant, mais avec une pression assurée. Mon âme s'envole. J'étais inquiète un moment. Mais cela ne ressemble pas à quelqu'un qui se force, ni de timide ou d'hésitant, n'est-ce pas ? Il est aussi romantique que je l'imaginais. Je souris malgré moi, aux commissures.

Puis lorsque j'agrippe ses cheveux, ravie, il relâche un souffle ténu. Il presse plus fermement et entrouvre les lèvres avant que sa langue ne vienne caresser les miennes. Des papillons dans l'estomac, je propose sagement le passage, et le contact fluide et soudain me fait légèrement sursauter. Il est brûlant. Je gémis, n'y croyant pas lorsqu'il devient encore plus sensuel, plus langoureux à ma réaction.

Ma main glisse sur sa nuque, puis son épaule, pour enfin prendre son visage en coupe pour le maintenir. Mon visage le suit dans chaque mouvement pour l'intimer à ne jamais rompre le contact. Je le presse contre ma bouche, peinant à respirer alors que je cherche plus de surface à toucher. Mon cœur a l'air sur le point d'exploser.

Je peux sentir son Énergie sous sa peau, de ses lèvres aux miennes, comme un peau contre peau habituel. Mais de là à dire que cela équivaut à un drain direct de ma main sur sa greffe, ce n'est pas comparable. Ensuite, pour être honnête, je ne cherche pas vraiment à lui en soutirer.

-Angie, fustige sa voix grave, la respiration profonde.

Son regard est sévère et son ton est peu équivoque.

-Je t'arrêterai si je me sens trop épuisé.

-Que – comment ?

Je suis trop sonnée, envoûtée. Il incline la tête, autoritaire et gêné à la fois.

-…Nous ne sommes pas obligés de procéder ainsi bien sûr, mais –

Quoi ? Tu – Je lève les yeux au ciel. Très bien, je vois !

-D'accord ! je lâche, ma patience et ma volonté épuisées. Tu as gagné ! Maintenant continue s'il te plaît !

C'était un peu forcené. Je m'arrête. Il cligne des yeux, l'air clairement soufflé. Il regarde soudain vers la porte. Je grimace alors que nous nous immobilisons.

-Je veux dire…

Je relâche un toussotement embarrassé. Je suis si nerveuse que j'en sens presque mes membres trembler. J'ai déjà peine à croire que je sois vraiment en train de vivre cela. Est-ce vraiment Vincent ? Ne serais-je pas en train de rêver ? Bon sang, il n'y a aucun moyen de rattraper cela.

Mais il ignore tout de mon évident débat et place juste un doigt de sa greffe près de sa bouche pour m'intimer au silence. Puis il mime un passage d'Énergie entre nos bouches en faisant un voyage. Il me regarde avec attention, immobile. Je hoche la tête pour communiquer mon entendement. Il acquiesce doucement en retour, fermant un instant les yeux, comme pour se donner du courage.

Il pose doucement sa bouche sur la mienne alors que je m'interrogeais encore. Avec son bras, il m'amène contre lui. Mon cœur repart pour un manège, relâchant un souffle fébrile.

Les cils tremblants, je me risque à essayer. Ses lèvres pressent soudainement contre les miennes. Puis passionnément en retour, comme en approbation, après quelques instants où je suis sûre que comme moi, il peut sentir le vol d'énergie. Je l'enlace éperdument, priant de ne pas commettre une terrible erreur.

La différence me choque aussitôt. Il est différent de d'habitude. Sa signature est là, mais très effacée. Si je trouvais qu'avant je pouvais déjà discerner les subtilités des différentes Énergies par contact et distinguer la sienne très visuellement…maintenant c'est comme boire directement à la source. Une source écarlate.

Derrière son apparente humanité et son calme légendaire, il y a effectivement quelque chose de pur, bestial et puissant, pressant et imposant. Effrayant même. Je peux fermer les paupières, et sentir cette nébuleuse se déverser directement en moi, comme si son âme elle-même s'y écoulait. Sa langue appuie contre la mienne avec plus d'assertion, avant de s'enrouler autour et contre la mienne, nos respirations agitées.

Un frisson me parcourt de la tête aux pieds. Mon. Dieu. Je crois que ma voix s'est élevée. Rien n'est moins sûr. Ses doigts pressent sur ma peau, c'est tout ce dont je suis certaine.

Cette lumière, cette masse d'étoiles comme une galaxie nappée de ténèbres aux couleurs de Vincent, qu'est-ce que c'est bon sang… Dans mon esprit, je peux comme sentir le sien me toucher. Et alors que son Énergie me fait revivre comme si je buvais une fontaine de jouvence, je peux sentir cette énergie sombre aussi parfaitement que si elle était à moi. Elle est ancienne et terrifiante, avec ce mélange de couleur bleue, mauve et rouge que je connais bien. Des ailes rouges démoniaques déployées s'impriment à mon esprit, remplissant l'espace.

« Hm ! » je ne peux m'empêcher de lâcher. Ce mélange fantastique d'Energie et de sensations physiques rendent l'expérience surréaliste. Je m'accroche à lui avec plus d'entrain et de désespoir que je ne voulais lui montrer alors que nos lèvres communiquent tout bas ce que je n'oserai jamais dire tout haut. Cela avait définitivement un goût d'interdit…mais au lieu de me repousser, il a pour don de me rendre fébrile, malgré cette expérience étrange.

À son contact, à son rôle évident de destruction, je m'attends à ce que cette créature impétueuse se rebelle, voire me blesse profondément, alors que nos âmes elles-mêmes semblent entrer en contact. Sa main prend ma tête en coupe, son poignet dans ma nuque, me distrayant, ses doigts dans mes cheveux alors que le baiser se fait toujours plus passionné. J'agrippe ses cheveux et ses vêtements, cherchant toujours plus à nous rapprocher, à enlever cette distance qu'il y a toujours entre nous et que je n'arrive pas à franchir, que je n'arrive même pas à comprendre. Il accepte volontiers chacune de mes affections, mes approbations à ses attentions magistrales.

Dans mes mains cependant, ses cheveux changent de texture. Sa respiration de rythme, forte et profonde. Je sépare nos lèvres un instant. Ses yeux sont complètement envahis, dorés et brillants dans la pénombre. Des lignes commencent à marquer ses joues pâles comme la mort. Son regard est royal, direct et digne. Lentement, la commissure d'une de ses lèvres sombres se soulève, comme un sourire, révélant des dents perlescentes aiguisées.

Lorsqu'il rejoint nos lèvres, ma soudaine anxiété est vite étouffée par son baiser impérieux. Il presse nos bouches et avec sa langue règne sur moi d'une façon que je n'aurais jamais pu imaginer. Je m'arque par réflexe, électrisée de plaisir. Sa greffe attrape mon haut sans ménagement pour me plaquer contre lui. Sa chaleur chasse tout le froid que j'ai pu ressentir jusqu'à présent, et terrasse toute idée de résistance.

Prends. Plutôt que l'entendre, je le ressens. Mon rythme cardiaque à son paroxysme, après un moment de flottement vertigineux, j'aspire son Énergie irrésistible plus goulûment que de raison, avide et envoûtée. Dans mon radar il brille comme un soleil, attrayant et addictif.

Mon esprit s'envole momentanément ailleurs, comme vers un ciel de nuit sombre mais dégagé, frais comme à minuit, empli d'étoiles brillantes… Un ciel que je ne vois plus depuis si longtemps. L'embrasser a un goût de folie et de liberté.

Deux yeux jaunes luisants dans le noir me fixent, une vision assez inquiétante…mais les ailes étendues de façon menaçantes se replient…et la silhouette courbe l'échine, comme on prononce ses vœux. Le sourire qu'il avait se transforme pour devenir une belle ligne distincte et neutre. Autour des yeux devenant rouges, le visage, puis le corps de Vincent se forment plus ou moins. Il est plein de déférence.

Il éloigne sans prévenir nos lèvres humides, nos respirations lourdes et profondes. Et je mets un moment à pouvoir garder les yeux ouverts même après avoir cligné des paupières. Le mieux que je puisse faire est de comparer ce que je ressens à un shot de morphine.

(Music : I Hold You de The Clann)

Je reprends pied avec la réalité. Il a l'air troublé, encore en train d'essayer de contrôler sa respiration. Les flammes de son Énergie dansent encore autour de lui. Je prends sa greffe des deux mains :

-Comment te sens-tu ?

Je suis probablement la seule à avoir vécu cette expérience bizarre sur deux plans d'existence. Je ne saurais même pas comment la décrire à Vincent. Ni même s'il pourrait croire ce que j'ai vu.

-Je vais bien.

Il replace encore une fois la cape sur moi. Je la maintiens distraitement. J'aurais voulu qu'il n'arrête jamais. Je souhaiterais déjà que l'on reprenne. Mais je me sens refroidie lorsque son Énergie a l'air presque complètement épuisée et qu'à la place…une autre semble pomper dans ses veines. Rouge plus que bleue. Et intense.

Il regarde sa greffe, avant de regarder mes yeux agrandis.

-Ça a l'air d'avoir fonctionné. Tu as déjà l'air d'aller mieux.

Il me toise, moi assise bien droite sur ma jambe, lui faisant face. En effet, je me sens… Je ne sais pas ce que c'était, mais c'était très certainement différent.

Mue par la curiosité, je lève ma main et rassemble l'Énergie jusqu'à ce que des volutes turquoises aux couleurs bleues et rouges de Vincent s'élèvent. Je parviens à former une boule précise, nous éclairant d'une lueur singulière. Un mélange de Vincent et moi.

C'est une chose de la contempler, de la ressentir et même de la voir partir de moi. Je me sens aussi agitée qu'elle. Sa main enveloppe curieusement la boule d'Énergie sans la séparer de moi. Les volutes lèchent sans attendre sa peau.

-Tu peux le voir ? je questionne, étonnée.

-Bien sûr.

Il ne cache pas sa fascination alors que son pouce traverse la boule sans la perturber.

-Je peux même la sentir.

Il me lance brièvement un regard.

-Tu deviens de plus en plus à l'aise avec tes pouvoirs…et je dois dire les Cetras sont vraiment capables de choses fascinantes.

Je ressens un pic, comme une épine en pensant à l'autre Cetra. Je tique. Il me couve du regard, l'air presque taquin. Il me rappelle sans mal le visage qu'il a adopté tout à l'heure, presque transformé.

-…Entre autres choses.

Sa voix aussi est terriblement plus grave et feutrée. Un frisson parcourt mon échine. Mes doigts serrent la cape sur mon épaule, mon cœur palpitant alors qu'une chaleur s'abat sur moi. Il déglutit, son expiration audible un court instant.

-Regarde.

Je l'entoure des deux mains et me concentre pour rassembler le plus possible de son Énergie en moi. Fronçant un sourcil jusqu'à ce que les couleurs que j'ai envie de voir se forment, jusqu'à ce que le turquoise disparaisse presque complètement. À force de recevoir son Énergie, cela a fini par me venir naturellement.

-Lorsque je te regarde…c'est ce que je vois, je confie. Dans tout ton corps, excepté ton bras gauche. L'Énergie et le Lifestream de ton bras pulsent à ton cœur, où se trouve une sorte de transformateur, qui ressemble à un cristal de galaxie. Il se mélange au reste de ton corps, et prend ces allures de nébuleuse.

Je fais s'agiter les couleurs, comme chez lui, puis plonge mes yeux dans les siens.

-Bien sûr tout le monde est unique, mais ton Énergie est reconnaissable entre mille… Elle ne ressemble à celle de personne d'autre. Tu es différent, et c'est sûrement pour cela que tu ne peux pas tomber malade. Tu es irremplaçable.

Il contemple l'idée et l'Énergie un moment suspendu dans le temps, ses iris enflammés teints par sa lumière. Je caresse tendrement la ligne de sa mâchoire pour le ramener à moi et il ne me repousse pas. Mais il garde une certaine distance entre nous. Je peux le sentir rien qu'à sa façon crispée de se tenir. Mon mince sourire plein d'espoir tombe en même temps que ma main.

-…C'est que ce que j'essayais de préserver.

Il l'observe avec attention une dernière fois, puis cligne des yeux, l'air épuisé mais me toisant avec intrigue. Finalement, il prend mon poignet et rassemble mes mains sur la boule jusqu'à ce qu'elle soit absorbée, nous replongeant dans le noir entrecoupé par la clarté de la lune et ses rayons perçant par les fenêtres.

Je le dévisage avec une grande inquiétude.

-Je vais bien.

Je passe sous silence sa soudaine froideur.

-Non, ça ne va pas. Tu as de la chance de t'être reposé un tant soit peu avant. L'Énergie était plus pure que ce que je n'ai jamais ressenti jusqu'à maintenant. C'était peut-être dangereux pour toi. Cette Énergie était peut-être même nécessaire à ton bon fonctionnement.

-Nous verrons ce que diront les analyses.

Il n'a pas du tout l'air inquiet.

-Vincent, ce que je t'ai montré est en train de disparaître chez toi, est-ce que tu comprends ? C'est grave.

Il hoche la tête négativement.

-Je vais bien.

Je soupire de frustration à travers mon nez.

-Vincent –

-Il faut que tu te reposes, dit-il en forçant à m'allonger.

Je résiste.

-Attends. Je suis sérieuse. Vincent je –

Il prend mon visage en coupe et presse soudainement, passionnément ses lèvres aux miennes, me faisant faire une crise cardiaque. Il ne s'attarde pas cependant, ce qui m'indique qu'il ne cherchait pas à me donner de l'Énergie. Il détourne un instant le visage, l'air d'avoir besoin de se reprendre. Ses yeux perdent tout juste de leur lueur irréelle lorsqu'il les repose sur moi.

Il a l'air frustré, mais son expression est sans appel.

-Je t'ai fait une promesse, coupe-t-il avec fermeté, le regard dur.

Je le regarde avec de grands yeux, relâchant mon souffle, chamboulée.

-Je t'assure que je vais bien. Fais-moi confiance.

Il me toise, implacable. Puis cligne curieusement les yeux quand je ne trouve plus mes mots (si ce n'est pour déglutir de total étonnement). Son regard s'adoucit. Il caresse une fois mes cheveux pour les remettre en place. Mon cœur a explosé cette fois, c'est sûr. Je ne sais pas comment il bat encore. Mais je me retrouve à espérer à nouveau.

Ma main s'empare avec précaution de son poignet, le dévorant du regard. Je m'avance pour quémander silencieusement mais avidement un autre baiser, tout comme il vient de m'en accorder un – il s'éloigne en conséquence en levant sa main entre nous.

-Non, dit-il un peu précipitamment, mais fermement.

Je me fige, le cœur suspendu.

Son air se fait anxieux pendant qu'un froid insidieux s'empare de moi, mon désir et mes palpitations soufflés.

-…Promets-moi de respecter ta parole.

…Je hoche la tête distraitement.

-…Je te demanderai aussi…simplement de ne pas en parler aux autres.

J'acquiesce avec plus d'assurance.

-Bien sûr. Ne t'en fais pas, cela reste entre nous, je lui assure précipitamment. S'ils ont un doute, au moindre problème, c'est moi qui ai initié.

Oui, c'est sûrement la raison de son rejet. Vincent subit déjà assez comme cela. Il n'a pas besoin de cette pression supplémentaire. Peu importe que les autres l'acceptent ou non. Le monde…comme Vincent lui-même ne sont pas prêts à l'accepter.

Il hoche la tête, l'air maintenant très coupable et maussade. Après m'avoir toisé, il me pose doucement, me laissant arranger le drap sur mon corps. Je me sens me frigorifier. Le froid s'insère à nouveau dans mes veines. Une enclume s'abat sur moi. Aussi vite accordé…aussi vite repris.

Je me souviens. Je me souviens que j'ai seize ans. Et qu'il ne fait probablement cela que pour me sauver ou me faire changer d'avis. Je me souviens que seule la situation le pousse à faire…quoi qu'il pense faire. Je me souviens que tout cela n'est qu'une illusion.

Je ne pensais même pas Vincent capable d'embrasser. Je n'arrive même pas à l'imaginer, même avec quelqu'un d'autre, alors cela. Comment revenir en arrière ? Comment aller plus loin ?

…Il s'est armé de lui-même sous toutes les coutures pour me faire plier. Et bien que j'en aie retiré le meilleur, cela avait tout d'une transaction à présent. Je ne sais plus quoi penser.

-Je me souviens encore…combien je me sentais seule et impuissante quand j'étais de retour sur Terre…sans toi ni personne à mes côtés. C'était…insupportable.

Je serre sa greffe de toutes mes forces, me demandant combien il peut le sentir exactement.

-Je suis désolée. Je n'ai jamais voulu abandonner… Si j'ai tout fait pour revenir ici, ce n'est pas pour rien. Je veux vous aider, bien sûr, mais…je voulais aussi te revoir. Absolument.

Même si je sais que ce ne sera jamais réciproque.

-Mais il faut que tu saches que j'ai peur pour toi.

Je l'admire un instant, sentant un nouveau démon naître et me torturer déjà, bien que je ne connaisse pas encore son nom.

-Merci…pour tout. Je vais…essayer de prendre exemple sur toi.

Il m'observe figé, même la respiration arrêtée semble-t-il, les yeux d'un rouge sombre fixés sur moi. Avant de pincer les lèvres, les yeux humides. Finalement il prend ma main de ses deux mains, une humaine, une qui ne lui appartient pas…une qu'on lui a rajoutée sans rien lui dire, sans lui demander, et il la serre mains jointes contre son front, son visage caché alors qu'il pose ses coudes sur ses genoux, penché près de moi.

N'y tenant plus, je l'enlace à nouveau avec les forces qu'il m'a données, son visage dans le creux de mon épaule. Il me rend mon étreinte, bien qu'il soit tendu. Egal à lui-même, il garde tout à l'intérieur de lui.

-Je voulais aussi que tu reviennes, souffle-t-il. Alors bats-toi.

-Personne n'a dit que ce serait facile.

…M'avouant vaincue, je ravale ma peine et hoche la tête, sachant qu'il le sentira. Il m'observe me rallonger sagement dans le lit, sous sa cape et les couvertures. Puis nous nous contemplons. Un long moment. Une distance semblant se remettre en place à chaque seconde supplémentaire, comme si j'avais vraiment rêvé ce moment avec lui.

À mon grand étonnement, il sombre avant moi, plus avachi qu'assis, appuyé de côté sur la tête de lit, la tête contre le mur. Il pose distraitement une main sur mes clavicules, comme pour toujours s'assurer de ma présence et sentir le moindre changement. Son visage est exempt de tout défaut, comme toujours. Mais à ce moment, il est surtout exempt de tout souci. Je réalise alors que je ne lui ai jamais connu d'expression vraiment paisible avec moi.

Fin du Chapitre-22


Bloopers :

~-D'accord ! je lâche, ma patience et ma volonté épuisées. Tu as gagné ! Maintenant continue s'il te plaît !

Les yeux de Felicia s'agrandissent, pendant que Tifa échangent un sourire malicieux et complice avec elle. Elles gesticulent des signes de victoire aussi silencieusement que possible. Cloud secoue la tête en les toisant, plein de jugements.

-Je veux dire...

Angie relâche un toussotement embarrassé. Tifa se retient d'éclater de rire et mime vivement à Cloud de les rejoindre. Ce dernier roule des yeux avant de les imiter, en restant silencieux, debout au-dessus des jeunes filles.

Il ne sent pas fier mais la curiosité le ronge au sujet du tireur d'élite de l'équipe. Aurait-il vraiment des sentiments plus que platoniques pour la jeune fille ? Peut-il vraiment laisser son histoire avec Lucrécia derrière lui pour un nouvel avenir ? Il a peine à y croi -

Soudain, la jeune fille gémit. Et de façon non équivoque et très encourageante. Alors il regrette, les yeux écarquillés. Il regrette amèrement alors qu'il se décolle aussitôt et rougit jusqu'à la pointe de son épée.

Il s'écarte précipitamment – les jeunes femmes lui ordonnent aussitôt de rester silencieux avec des doigts très insistants devant leur bouche et un regard sévère. Tifa lui rappelle avec des gestes que Vincent entend très bien. Cloud hausse les épaules, ne sachant pas quoi faire, ni s'il devrait vraiment s'excuser.

Mais elle se remet très vite à son espionnage. Sa mâchoire se décroche à un quelconque évènement, de choc et d'incrédulité semble-t-il. Felicia ferme son poing en signe de douce victoire. Puis elle bouge les sourcils de façon suggestive, pleine d'humour l'air de complimenter l'audace et le talent des tourtereaux. Tifa se retient à grande peine de s'écrouler de rire.

Le blond soupire et préfère s'en aller, alourdi par ce souvenir, se demandant comment il allait regarder le tireur en face après ça. Définitivement à lui.

~DG regarde avec gravité l'assemblée composée d'Angie, Vincent, Reeve, Cloud, Tifa, Felicia, Ive, Eclipse et Full. Puis sort une main remplie de petites tiges de bois de derrière son dos en fermant le cercle à Ive.

-Piochez. Et que la chance soit en votre faveur.

-Pour quelle raison, je te prie ? demande Angie.

Ils piochent tous. Le cœur de DG bat littéralement la chamade.

-Celui ou celle qui annoncera à Ive tout ce qui arrive d'explicite à Angie, chuchote-t-elle.

Tous les visages pâlissent, à l'exception de Tifa, qui se retient déjà de rire. Car le malchanceux est…


…à décider par vous ! Oui, ça faisait longtemps que je ne vous avais pas demandé d'interagir et j'ai hâte d'avoir vos réponses ! Je vous laisse décider par le moyen que vous voulez, mp ou reviews, ce que vous voulez, désigner le nom de votre malheureuse victime ! Le grand perdant aura donc sa scène dans le prochain chapitre, dans la partie Blooper comme toujours.

Comment avez-vous trouvé ce chapitre ? Oh mon dieu j'ai adoré l'écrire ! La partie confrontation avec la lettre et le baiser, c'était *muah!*. Sur ce je vous fais de gros bisouuus ! Au mois prochain !