Chapitre 8 : Les archives

Résumé :

Severus se rend à la bibliothèque de Poudlard pour discuter avec Madame Pince à propos des résultats de ses recherches.

Note de la traductrice :

Ce chapitre a été relu par Lamourloi, merci ! Toute faute restante est de mon fait.


La plupart des élèves ne voyaient jamais l'intérieur des archives de Poudlard. Ils n'en avaient pas besoin, et ne seraient pas capables de se montrer à la hauteur des exigences de Madame Pince si c'était le cas. Les seuls concernés étaient les rares élèves qui poursuivaient un ASPIC en Histoire de la Magie (et il étaient rares, seulement un tous les cinq ou six ans), qu'elle prenait sous son aile et à qui elle présentait les merveilles et les défis de la recherche en archives. Et même encore, ils étaient fortement encouragés à se concentrer sur les quelques dernières centaines d'années, et n'avaient que très rarement l'occasion de jeter un coup d'œil aux fonds remontant à avant le Code International du Secret Magique.

En tant que membre du personnel et Directeur de Maison, Severus, bien sûr, apportait régulièrement sa contribution aux archives. C'était à lui que revenait la tâche de maintenir les annales des élèves de Serpentard, des répartitions, des résultats d'examens, des questions de discipline, etc. En tant que professeur, il tenait également un registre financier. Mais tout ça n'était que les annales de fonctionnement - dans quelques décennies, elles seraient désherbées et classées dans les archives anciennes. La collection historique était une autre chose.

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Il semblait que Irma avait trouvé la question de Severus particulièrement intéressante, car quelques semaines seulement après qu'il l'ait contactée, elle l'invita dans la Salle de Lecture pour voir ce qu'elle avait découvert. Quand il arriva, la table de chêne avait été couverte d'une toile de lin blanc, et Irma l'attendait à côté d'une pile de grandes boîtes plates, arborant un sourire satisfait.

- Bonjour, » dit Severus. « Où devrais-je m'asseoir ? »

- Ah, Severus, » répondit-elle, désignant une chaise le long d'un des longs bords de la table. « Ici, s'il vous plaît. Vos mains sont propres ? »

- Elles le sont, » promit-il d'un ton grave, les tendant pour qu'elle vérifie. Il pouvait voir sur le coin des boites les marques de couleur qui indiquaient leur période temporelle approximative, et certaines remontaient au tout début de l'école. Beaucoup trop précieuses pour les abîmer avec des mains sales.

Irma hocha la tête d'un air approbateur. « Bien, » dit-elle. « Voici ce que j'ai trouvé. Je suis partie de l'idée que ce qui vous avait poussé à poser cette question pouvait remonter à l'époque même des Fondateurs, compte tenu de l'endroit où je vous soupçonne de l'avoir trouvé. »

Severus inclina la tête, reconnaissant les faits. « Je vais voir s'il y a un moyen pour vous d'observer et de tracer un plan détaillé de l'espace vous-même, » promit-il.

- Bien, » acquiesça Irma. « Comme je disais, j'ai commencé à l'époque des Fondateurs. Bien sûr l'école précède de plusieurs siècles l'existence des armoiries, mais il existait des sceaux, qui leur ressemblent un peu. »

Elle posa la première boîte sur la table et l'ouvrit avec précaution, soulevant le linge molletonné qui protégeait le précieux document contenu à l'intérieur : la Charte de Poudlard. Le tout premier accord entre Serdaigle, Poufsouffle, et le Monastère de Sainte Gwenddydd, garantissant une parcelle de terrain pour y construire l'école, la permission d'accepter des élèves, l'usage de la bibliothèque, et établissant les termes selon lesquels les relations entre l'école et le monastère allaient progresser. Il en avait déjà vu des reproductions, mais jamais l'original. Plusieurs cachets de cire formaient une rangée en bas du document, et quand Severus se pencha pour les voir de plus près, il en repéra un qui montrait un simple serpent – une copie exacte, en miroir, de l'émeraude au centre de l'anneau qui même maintenant était dans sa poche.

- Seulement trois documents portant le propre sceau de Salazar Serpentard ont survécu jusqu'à nous, » lui dit Irma à voix basse. « Comme vous voyez, ce n'est pas le symbole que vous m'avez décrit. Cependant, à la génération suivante j'ai eu plus de succès. »

Severus leva les yeux vers elle avec curiosité.

- Quand Salazar Serpentard a quitté l'école, sa place en tant que gardien pour les étudiants poussés par le talent a été repris par sa fille, Nyfain Magister, » expliqua Irma, tout en remballant la charte avec des gestes adroits et délicats. « Nous possédons deux documents portant son sceau, tous deux très importants pour notre Histoire : l'acte de dissolution du Monastère de Sainte Gwenddydd, et l'accord de préserver la Règle de la Forêt, comme établi par cet ordre. »

La deuxième boîte qu'elle ouvrit révéla un long rouleau de parchemin, délicatement mis à plat, orné de cinq cachets de cire. Les signatures de Godric et Helga apparaissaient au-dessus de deux d'entre eux, ainsi que deux autres que Severus ne reconnut pas, et celui de Nyfain. Le cachet sous la signature de Nyfain était une copie parfaite de l'anneau, et Severus leva brusquement la tête. « Oui, c'est ce que je recherchais, » dit-il. « Que savons-nous à propos de Nyfain ? »

Irma eut un léger sourire. « Excellent, » dit-elle. « C'est une écriture très inhabituelle – même dans le cachet, ce n'est visiblement pas l'alphabet latin. Nyfain était, comme je l'ai dit, la fille de Salazar. Nous possédons peu d'informations à son propos, mais il semble qu'il y ait eu une certaine controverse à propos du fait qu'elle ait pris sa place. Elle était sa fille aînée, et nous pensons qu'elle enseignait la prophétie et la métamorphose, comme le faisait Salazar. Elle a occupé ce poste jusque dans les années 1080, et son fils, Alan mac Sithig, lui a succédé. »

Voilà un nom que Severus reconnaissait. « Le premier directeur de Serpentard ? » vérifia-t-il.

- En effet. » Irma apporta une troisième boîte, l'ouvrit et en sortit un parchemin plus petit. « Un acte de confiage pour Ruadri mac Domnaill Mor, qui était élève de Poudlard de 1100 à 1104. En raison de la position de son père, un accord formel a été établi. »

Et là, en bas du parchemin, deux cachets et deux signatures – l'un deux correspondant à l'anneau. « A-t-il utilisé le même sceau quand il était Directeur ? » demanda Severus.

- Étrangement, non, » répondit Irma. « Il semble que la chevalière ait été remise à son successeur en tant que gardien de la maison Serpentard, comme elle commençait à être appelée. Geraldus de Shirburn. Après cela, ce sceau disparaît des archives dans les deux lignées des descendants de Serpentard, et de ses successeurs à l'école. »

- Perdu, peut-être, » murmura Severus. « Ou plus considéré comme adapté. Jusqu'à quand avez-vous vérifié ? »

Irma commença à remballer les documents du onzième siècle, empilant les boîtes pour les remettre à leur place dans les archives. « Je me suis demandé si l'héraldique de Serpentard comportait une quelconque référence à cette variante du sceau, » expliqua-t-elle, « donc j'ai vérifié les cachets que je pouvais trouver jusque dans les années 1330, quand l'habitude d'utiliser l'héraldique pour les quatre Maisons s'est mise en place. Quelques Directeurs de Maison n'ont pas de cachet attitré, et je n'ai que peu de documents pour les descendants de Serpentard, mais pour autant que je puisse dire, ce sceau n'a pas été utilisé. » Elle tira un livre relié de cuir de la boîte suivante et l'ouvrit avec précaution vers le milieu. « Vous pouvez voir l'héraldique utilisée ici – c'est pour un tournoi entre les maisons en 1341. »

Une liste de noms rangées par paires, chacun accompagné du dessin d'un petit bouclier, représentant un serpent, un aigle, un lion ou un blaireau. En bas de la page, deux personnages montés sur des balais se faisaient face, l'un portant un surcot vert orné d'un serpent argenté, l'autre un surcot jaune orné d'un blaireau. Tous les boucliers étaient simples : un animal sur un fond uni. Les lions se cabraient, les blaireaux se tenaient à quatre pattes, les aigles déployaient leurs deux ailes, et les serpents étaient arrangés en boucle lâche.

- Une forme différente du serpent du sceau, » commenta Severus. « Et de ce que nous utilisons maintenant. »

Irma hocha la tête. « Comme vous le voyez, l'aigle a changé aussi, » fit-elle remarquer. « Mais c'est normal pour cette période. Il y avait encore beaucoup de variation dans les représentations. »

Severus hocha la tête, songeur. Ainsi, à partir au plus tard du quatorzième siècle, le sceau n'était plus utilisé, et n'était plus associé à la Maison. « Merci d'avoir vérifié, » dit-il. « Ça a dû vous prendre beaucoup de temps de rechercher tous ces documents. »

- Je n'ai pas fini, » dit Irma d'une voix sévère, en lui lançant un regard à l'appui. « Vous n'irez pas loin dans les recherches historiques si vous ne vérifiez pas vos hypothèses. » Elle saisit une autre boîte et l'ouvrit sur la table. « En 1348, Poudlard a fermé ses portes pour se protéger de la Mort Noire, qui avait frappé plusieurs sorciers à Londres. Comme le directeur se trouvait à Londres à l'époque, la Directrice de Serpentard, Ysolda Black, a pris sa place pour gérer l'école. Voici la déclaration de quarantaine, et vous allez remarquer que son sceau est identique à celui utilisé par Alan mac Sithig deux siècle et demi plus tôt. »

- Pas l'emblème Serpentard tel qu'il était connu à l'époque, » dit Severus d'un ton pensif. « Et elle n'était pas une descendante Serpentard, si ? Pas si elle était une Black. »

- C'est exact, » confirma Irma. « La généalogie des Black est connue avec assez de détail pour que nous puissions être sûrs de ça. Quelle que soit la manière dont Ysolda Black a eu accès à l'anneau qu'elle a utilisé ici, ce n'était pas en tant que descendante de Serpentard. Qui plus est, j'ai vérifié les autres documents que nous avons d'elle pendant sa période en tant que Directrice de Maison : l'emblème ordinaire est utilisé dans tous les mediums autres que les cachets. C'était un anneau spécifique qui possédait un certain sens et une certaine autorité, autorité qu'il a conservée même après deux siècles sans utilisation. »

Donc, peut-être, Ysolda Black avait eu accès à la Chambre d'une façon ou d'une autre, comme Severus, et l'anneau l'avait choisie. Ou peut-être ne possédait-il pas encore cette magie et elle l'avait reçu d'une autre façon. Il était parfaitement possible que l'existence de l'anneau ait été connue pendant la période d'absence, et qu'il n'ait simplement pas été utilisé sur des documents de Poudlard. Ou bien il avait été utilisé sur des documents de Poudlard qui n'avaient pas été conservés. Ou des documents qui avaient été conservés ailleurs. Ils n'avaient aucun moyen de le savoir.

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- Je vais continuer à chercher dans des époques plus récentes, » lui indiqua Irma. « C'était agréable de m'occuper d'autre chose que de mon budget d'acquisitions pendant quelques jours. Mais pour le moment, je peux au moins vous assurer qu'un anneau a été créé avec l'emblème que vous m'avez décrit, qu'il était associé à la lignée Serpentard et, encore plus longtemps, aux Directeurs de la Maison Serpentard, qu'il est apparu pendant ou juste après l'époque des Fondateurs, et qu'il a continué d'être reconnu et utilisé, au moins de façon intermittente, jusqu'au milieu du quatorzième siècle. »

- Ce qui est, en soi une grande quantité d'informations, » reconnut Severus, inclinant légèrement la tête. « Et assez pour que je puisse commencer à enquêter de mon côté. Je vous suis redevable. »

Irma eut un léger sourire. « Si vous me dites ce que vous aurez trouvé à la fin de vos recherches, et ce qui vous a amené à poser cette question, je considérerai que la dette est payée, » dit-elle.

Severus se leva. « Pour autant que je puisse raisonnablement le faire, je le ferai, » promit-il. Il pouvait sentir le poids de l'anneau dans sa poche, mais ce n'était pas le moment de le révéler. Cependant, cela le poussa à poser une dernière question. « Est-ce que vous avez examiné la signature magique des sceaux ? » C'était le but des sceaux, après tout : ils pouvaient être copiés physiquement, mais la magie qu'ils contenaient était unique.

- Je ne suis pas une spécialiste, » reconnut Irma. « Et bien sûr, j'ai dû être très prudente, compte tenu de l'âge des documents. Mais j'ai vérifié, autant que possible, et d'après ce que je peux dire, la signature du seau de Nyfain Magister est exactement la même que celle d'Ysolda Black. » Elle fronça légèrement les sourcils. « Et il y a… quelque chose d'étrange à son sujet. »


Note de l'autrice :

Bon, ce chapitre comprend un bon paquet d'informations – ça se voit que je travaille dans le domaine de l'Histoire ?

Quelques notes plus précises :

- Poudlard se trouve pile dans la bonne région pour un bouillon de langues, à l'époque des Fondateurs. On y trouvait une base de cambrique (en gros, du gallois du nord), du picte, avec un supplément de gallois du nord-est, du vieux nordique du nord-ouest, et du vieil anglais depuis le sud, ainsi que le latin utilisé pour à peu près tout ce qui est écrit. Les noms que j'ai choisis sont plus ou moins adaptés à la région et à la période, mais ils reflètent aussi ce bouillon de langues.

- J'ai beaucoup d'idées à propos du Monastère de Sainte Gwenddydd, qui vont peut-être finir par donner leur propre histoire. Ce qui nous intéresse ici est que le lieu qui est devenu Poudlard a commencé par être un monastère.

- Les blasons sont apparus en Europe depuis le XIIe-XIVe siècle, se répandant depuis la France, approximativement. Les Fondateurs n'avaient pas de blasons. Ça n'existait pas à leur époque.

- 'Document créé' ne signifie pas 'document conservé' qui lui-même ne signifie pas 'document survivant jusqu'à nous'. Notre connaissance de l'Histoire médiévale est pleine de trous.

N'hésitez pas à poser des questions !