Salutations camarades !
Une question me turlupine. Lorsque l'ennemi est, admettons, un virus de grande ampleur, quelle est la réponse apportée par notre groupe de super-héros préféré ? C'est pas comme si les muscles et l'adrénaline pouvait y faire grand chose, pas vrai ? La réponse est venue de mon petit-frère (alias "ma muse", j'en profite pour préciser que beaucoup d'idées de cette histoire sont à son crédit, gloire à lui), et selon lui, deux trois boules en vibranium toutes droites extraites du Wakanda dans la bouche et pouf, retour sur pieds. Mais surtout, avec des génies comme M. Stark, Dr Banner ou même Peter, un antidote aux allures de diffuseur d'ambiance aurait été trouvé en quelques heures.
... et un méchant avec un masque en acier ou un bras en moins en aurait profité pour transformer la moitié de la population en alligator, mais ça c'est autre chose !
Tout ça pour dire, en attendant le febreze de la salvation, prenez soin de vous, de votre entourage, et profitez d'être à la maison pour saigner ce site jusqu'à la moelle !
Et bon, j'arrête de gagner du temps... mais je suis pas complètement satisfaite de ce chapitre ^^' ceci étant dit, je ne pouvais pas vous faire attendre une semaine de plus (surtout vu le passage avec lequel on s'est arrêté la dernière fois, une coupure pareille c'est presque criminel) alors sans plus de délai... la suite, je suppose !
Itsme : Je sais, désolée, cette attente était complètement injuste et je m'en veux un peu d'avoir pris si longtemps ! C'était la coupure du sadisme, je te l'accorde ^^' Et alors le dragon qui sort du volcan, j'avoue je me suis fais plaisir xD mais ma muse a validé, alors... Dans les semaines à venir je devrais avoir du temps pour écrire (sans déc x)), il faudra juste que je trouve aussi la motivation pour corriger pour espérer tenir le rythme..!
hanabatake : Et tu n'étais pas bien loin, je m'en doutais va :D ahah j'ai réussi à te surprendre avec mon dragon \o/ mais alors, quelles étaient ces spéculations, je veux savoir ! Et alors figure-toi que le coup de Loki qui part balader, c'est vrai que c'était le plus facile à gérer, mais sur le coup pas fait exprès xD l'histoire gère ça toute seule, que veux-tu... ^^ merci en tout cas de toujours répondre présente :)
Chapitre 35 - Éveil
Tony restait hébété.
Les larmes de Peter n'avaient rien d'un caprice d'enfant. Il se tenait le ventre de douleur, Gamora lui parlait à voix basse pour tenter de l'apaiser. Il ne l'entendait pas, dans sa tête raisonnait uniquement la plainte du dragon. Il aurait aimé être étanche à son mal-être, ignorer sa souffrance et continuer comme s'il ne s'était rien passé, mais il avait été en communication directe avec lui, lié sans détour à sa plus intime détresse.
Son ventre s'était serré, comme si cette énergie noire et corrompue s'était logée dans son estomac et le lui avait retourné. Il avait du mal à respirer.
Il ne sentit pas que le sol, sous ses pieds, continuait à trembler.
Au sommet du cratère, de la lave commençait à gicler.
Les trois mentors le constatèrent avec effroi.
« Pouvez-vous la maîtriser ? demanda Steve à Tony.
– C'est de la roche en fusion, pas du feu.
– Gamora ?
– Non, c'est trop liquide.
– Travaillez ensemble, trouvez un moyen. Je vais évacuer Peter. »
Mais lorsque le soldat voulut saisir le garçon, ce dernier se recula. Il constata alors le magma qui creusait son chemin hors du cratère.
« Il faut faire quelque chose.
– Tu n'es pas en état, déclara le capitaine, viens avec moi.
– Je peux me rendre utile ! »
Steve resta coi une seconde devant cette soudaine détermination. Peter insista :
« Je veux aider !
– Allez-y Steve, intervint Gamora, au moindre souci on l'évacue. »
Le soldat avisa Peter une dernière fois. L'enfant s'était redressé, larmes mal séchées, il semblait tenir debout. Malgré sa réticence, Steve acquiesça et demanda à Gamora la voie rapide pour rejoindre la ville. La maîtresse de la Terre accepta, et une fois le soldat paré, elle frappa du pied au sol. Une colonne de terre jaillit sous le soldat qui fut propulsé dans les airs. Après un vol de quelques secondes, il plongea directement dans la mer.
Les trois maîtres restés sur le volcan observèrent le magma progresser. Visqueux, il était relativement lent, mais avançait, fatidiquement, vers la ville en contrebas. Ils devaient en dévier la trajectoire.
Ils tentèrent de s'en rapprocher mais la chaleur fut vite intolérable. Tony tenta d'en évacuer le maximum ; il fut rapidement débordé. À cette distance les maîtres de la Terre ne parvenaient pas à manipuler le fluide pâteux, matière inaccessible. Ils creusèrent des fossés mais le magma ne s'y infiltra pas, érigèrent des murs mais il les avala, continuait en ligne droite, ignorant reliefs et tranchés, force indomptable appelé par la gravité, et la ville, en contrebas.
Soudain des flammes rouges se matérialisèrent, Wanda atterrit avec habileté. Elle se joignit au groupe pour tenter de dévier le flux destructeur qui persistait à gagner du terrain. Mais la petite équipe reculait, peu puissante à endiguer son écoulement...
Lorsque Steve remonta à la surface de l'eau, il entraîna avec lui une grande vague sans remous. Il se tint à son sommet, la transporta bien plus loin que le rivage, fit monter les eaux sur les rives de la cité du Feu. Le fluide s'infiltra dans les rues, les jardins et les habitations, il éteignit les braises au sol et quelques débuts d'incendies. Le soldat emporta l'eau aussi loin qu'il lui fut possible, mais beaucoup de bâtiments encore restaient en proie aux flammes.
Steve parla à voix haute :
« Loki, où êtes-vous ? J'ai besoin d'un appui aérien. »
Personne ne se manifesta. Le soldat ne s'en formalisa pas – le contraire l'aurait étonné. Il décida d'explorer la ville, la plupart des habitations s'étaient vidées, certains navires au port prenaient le large. L'évacuation, au moins, semblait être menée avec efficacité.
Steve éteignit quelques autres départs de feu, mais il se trouva bien impuissant à couvrir l'entièreté de la capitale que la pluie de braises ardentes n'avait pas épargnée. Et puis le maître de l'Air le rejoignit, sa tenue blanche noircie de cendres. Steve l'accueillit avec soulagement.
« J'ai besoin de votre aide.
– Je vous ai entendu, confirma le prince, la cavalerie arrive.
– Vous... la cavalerie ? »
Un bruit de moteur bourdonna derrière les habitations. Steve leva les yeux : un avion surgit des cieux. L'engin dépassa les deux maîtres pour survoler l'océan, à son bord, James Rhodes en tenue d'aviateur.
Reconnaissant, Steve remercia le prince de l'Air. Le volcan avait fini d'expulser son cratère, la pluie de rochers avait cessé et réservait, au pire, des débris gros comme le poing. Le capitaine demanda au prince de rejoindre les autres, sur le volcan. Loki accepta, et d'un bon, il s'envola.
L'avion à hélice opérait un demi-tour à l'horizon, Steve avait atteint le bord de mer et se préparait. Il s'avança dans l'eau, généra un mouvement circulaire régulier. Lorsque l'avion fut à portée il accéléra le tourbillon et s'éleva dans les airs, il attrapa la coque du bolide au passage et investit les ailes du cuirassé. Avec un peu de givre, il ancra son pied au métal des ailes superposées. Il indiqua à Rhodes de voler au plus bas vers l'océan, le Général s'exécuta.
L'avion vola en rase-mottes au-dessus de la mer d'huile, suffisamment bas pour que Steve puisse tendre la main et s'y tremper les doigts. L'eau défilait à toute vitesse sous les deux hommes, le maître de l'Eau fit signe au pilote de remonter. Progressivement, l'avion gagna en altitude.
Alors, la mer s'éleva avec eux. Aimantée par la main du soldat toujours tendue vers les flots, les vagues se soulevèrent jusqu'à ce qu'elles se détachent de leur berceau. Gigantesque flaque d'eau en équilibre.
James Rhodes ajusta leur trajectoire, il mit le cap vers la ville. Steve gardait sa concentration pleinement acquise à sa marre d'eau en lévitation. Au moins aussi large que l'avion et certainement aussi longue, la citerne survola la ville. Précautionneusement, il relâcha sa pression. La bulle en suspension se délita petit à petit, semant derrière elle une fine pluie d'eau salée.
Ils survolèrent des hameaux, des rues désertées et même un bout de la forêt ; l'eau s'écoula et rencontra du bois calciné, calma au moins un temps la furie incendiaire qui embrasait l'île dans son entièreté. Lorsque la dernière goutte fut versée, d'un commun accord les deux hommes recommencèrent.
Loki retrouva les maîtres sur le volcan, Thor était déjà là. Ils avaient reculé jusqu'au pied de la montagne, le magma poursuivait son inexorable avancée, la ville n'était qu'à quelques pas derrière eux. Le Seigneur s'adressa aux maîtres du Feu et de la Terre :
« Ce n'est pas de la roche, ce n'est pas du feu, c'est les deux en même temps. Si nous voulons maîtriser cette coulée nous devons maîtriser la même chose, ensemble. »
Joignant le geste à la parole, le Seigneur adopta une posture très terrienne. Jambes écartées, genoux pliés, il manipula le magma comme l'aurait fait un maître de la Terre.
La lave ne broncha pas, cinq centimètres de plus furent grignotés.
Gamora imita le Seigneur. Ensemble ils reproduisirent les mêmes mouvements.
La lave frémit, une petite partie, mollement, se détourna.
Tony et Wanda adoptèrent à leur tour cette posture si peu familière. Ils observèrent la danse répétée par la mercenaire et le Seigneur, et simultanément, ils la reproduisirent. Peter suivit le mouvement. Il ne savait pas trop s'il manipulait la Terre ou le Feu, sans doute un peu des deux.
Enfin, la lave dérailla. Elle quitta son lit, se détourna vers le côté. Immédiatement Gamora creusa une nouvelle tranchée qui s'ouvrit jusqu'à la mer.
Les maîtres opérèrent leur sortilège, sous l'air rafraîchissant du prince en blanc qui solidifiait quelques fuites de lave, petit à petit la coulée bifurqua. Elle s'engouffra dans le canal, de temps en temps souhaitait en sortir pour rejoindre le chemin le plus court vers le bas. Mais les maîtres lutèrent. Ils continrent la langue ardente dans son nouveau linceul, dévièrent sa trajectoire pour qu'elle finisse, doucement, sa course en mer.
Au contact avec l'eau une épaisse fumée blanche s'échappa, vapeur d'eau bouillante que Loki chassa immédiatement.
La chorégraphie dura.
La lave s'écoulait continuellement du cratère encore en éruption, le moindre relâchement amenait le fluide visqueux à s'échapper de sa déviation pour repartir à l'assaut. Les maîtres persistèrent. Toute la journée, un bout de la nuit, l'écoulement s'éternisa.
Le ballet aérien, en contrebas, avait cessé. Rhodes et Rogers avait éteint les incendies, la ville, vide, plongea doucement dans l'obscurité. Seul le magma ardent éclairait d'un orange infatigable les ouvriers à l'œuvre. Steve se joignit au chantier, ses jets d'eau glacée aidèrent à condenser la lave récalcitrante. Les maîtres du Feu imitèrent ceux de la Terre, les maîtres de la Terre apprirent à manipuler le Feu. Harmonie des deux nations dans une maîtrise commune : celle de la lave.
Petit à petit, la coulée perdit en chaleur. En surface elle commençait à se solidifier, elle perdait de son éclat orangé pour devenir noire. Le robinet au sommet faiblissait. Lorsque, dans la nuit sombre, la lune devint plus lumineuse que la roche en fusion, ils surent qu'ils avaient gagné.
Une fois convaincu que le danger était contenu, ils battirent en retraite.
Exténués.
Dans le palais du Seigneur, les maîtres s'étaient affalés dans des canapés rembourrés d'un beau salon.
« Un dragon... » songea alors Thor à haute voix.
Le Seigneur circula derrière le fauteuil où Steve était assis, légèrement avancé, les coudes sur les genoux. Il effleura d'une main la banquette de Loki et Gamora, cette dernière soutenant sa tête d'une main accoudée au dossier, le prince de l'Air avait le dos courbé, la tête baissée. Il s'arrêta au niveau du canapé où Peter s'était recroquevillé, genoux repliés, et Tony affaissé, la tête en arrière. Il fit face au fauteuil de Wanda, au côté duquel James Rhodes était appuyé.
« Vous devez partir, » annonça calmement le souverain.
Quelques paires d'yeux le questionnèrent.
« L'activité spirituelle est troublée plus que nous puissions l'imaginer. Il vous faut poursuivre l'entraînement de l'Avatar et résoudre cette crise au plus tôt. »
Steve osa un regard vers l'ingénieur, ce dernier détourna le sien avec fatigue. Il tenta sa chance auprès de Gamora qui hocha doucement la tête. À ses côtés, Loki ne répondit pas.
« Nous partons, affirma le capitaine.
– Demain, » coupa Tony, le regard toujours ailleurs.
Même sans vouloir en désigner la raison, ses camarades tout de suite comprirent.
À ses côtés, Peter s'était endormi.
Ils n'avaient pas laissé à Peter le luxe d'une nuit complète. Le soleil venait à peine de se lever lorsqu'ils le réveillèrent pour embarquer à bord du dirigeable Stark.
Avant le départ, Thor prit Loki à partie. Le prince, pour une fois, ne résista pas.
« Mon frère, j'aurais aimé me joindre à vous pour rendre visite à Père et Mère, mais je dois reconstruire ma cité et protéger mes sujets. S'il te plaît, salue-les de ma part. »
La lourde main du guerrier saisit la frêle épaule de son cadet, il la pressa avec un sourire affectueux.
« Sois bon avec l'Avatar, ajouta le guerrier. Je compte sur toi pour être un formidable mentor de l'Air. »
Loki ne répondit pas.
Sur le pas du ballon, Steve saluait Natasha. Elle lui souhaitait bonne chance pour la suite.
« Merci Natasha. J'espère que nous nous serons amenés à nous recroiser.
– Je n'en doute pas. »
Sur un dernier sourire elle hésita, avant d'ajouter :
« Veillez les uns sur les autres. »
Le capitaine eut un hochement de tête entendu.
À quelques pas de là, Gamora profitait de ses derniers moments avec Peter Quill. Pour lui, la grande vie s'achevait, il devait quitter la demeure Stark pour retrouver les Gardiens. Gamora lui souhaita bon voyage d'un baiser sur la joue.
À ses commandes, Tony attendait patiemment qu'ils se mettent en route. Les adieux terminés, il fit chauffer les moteurs et rapidement, l'île abîmée du Feu disparut derrière l'horizon.
Comme il en prit l'habitude, Steve réunit ses coéquipiers autours de la table de commandement.
« Où est Peter ? questionna-t-il immédiatement.
– Couché, » répondit Gamora.
Un silence s'étira.
Steve saisit l'occasion pour aborder tout haut ce qui préoccupait tout le monde tout bas. Les dragons n'étaient pas éteints. Ce fait là, au moins, avait été dûment établi.
« Peter disait que le dragon était malade... Que voulait-il dire par là ?
– Ça n'était pas un rhume, si c'est votre question, répondit Loki.
– Il était imprégné d'une énergie hostile, intervint Gamora, similaire à celle que l'on retrouve chez les esprits noirs. Comme si cette substance sombre pourchassait tout ce qui n'était pas humain. En plus des esprits, elle s'attaquerait maintenant aux créatures légendaires... allant jusqu'à les ramener à la vie.
– Pensez-vous que le Feu aurait pu le soigner ?
– Je n'en sais rien, soupira Tony.
– Considérez-le, s'il vous plait. Peter est de toute évidence très sensible à ces énergies, on aurait tort de ne pas l'écouter. »
Il interpréta l'absence de réponse comme une approbation.
Il se doutait que la fatigue du groupe étouffât un peu les revendications de chacun – à moins qu'ils ne soient réellement en accord, pour une fois. Tous avaient un peu le regard ailleurs, l'attention diffuse. Steve les aurait bien félicité pour la gestion du volcan en éruption... Mais il se ravisa, considérant qu'il aurait été un peu creux de revenir dessus. S'ils parvenaient enfin à faire preuve de cohésion, il était inutile de le souligner.
« Le solstice est dans moins d'un mois, rappela-t-il néanmoins. Nous avons trois jours de vol pour le Temple de l'Air. Reposez-vous. »
De mous hochement de tête lui répondirent.
Une fois n'étant pas coutume, Steve décida qu'il écouterait son propre conseil et profiterait de ces trois jours en vol pour récupérer. Il osa espérer que leur séjour à l'Air soit moins agité.
Parfois, son optimisme virait au déni.
La journée s'écoula d'une pénible lenteur. Tony avait le regard dans le vague, l'océan à perte de vue. Il détestait ces moments d'atonie. Il aurait désespérément voulu s'occuper les idées, mais il ne pouvait penser à aucune distraction, aucun gadget avec lequel passer le temps, condamné à ruminer, comme prisonnier de ses pensées sombres.
Il se sentait mal.
S'il y avait bien une chose de que Tony savait maîtriser au moins autant que son bouc soigné, c'était sa maîtrise du Feu. Et il n'hésitait pas à s'en vanter, comme si le Feu était une autre de ses inventions. Il en connaissait les moindres subtilités, ses prolongements et ses limites – qu'il adorait repousser. Oui, il était un maître du Feu talentueux, Nick Fury n'avait pas fait appel à lui pour rien.
Alors comment expliquer qu'il se soit si royalement planté ?
Le contrôle lui avait échappé. Il l'avait perdu, et pour le remplacer il ne trouvait que cette odieuse sensation de confusion.
Il avait dérapé.
Malheureusement, le reconnaître ne semblait pas suffire pour y remédier. Alors, démuni, il attendait que ça passe. Priant à moitié pour que quelque chose le sorte de sa déplaisante réflexion.
Ce quelque chose fut Gamora. Elle vint le rejoindre à la barre de commandement et chuchota :
« Peter est réveillé. »
Trois mots. Phrase élémentaire qui sortit Tony de son aphasie. Sujet-verbe-complément qui alluma une lumière dans le sombre cachot de ses ruminations. Il regarda Gamora comme s'il la voyait pour la première fois. Manifestement consciente de ce qui le tourmentait, elle n'eut rien besoin d'ajouter.
Il quitta son tableau de bord.
Il toqua à la porte de la chambre, sans entendre de réponse, il la poussa. Peter était assis sur le bord du lit, ses cernes ne laissaient pas deviner qu'il venait d'enchaîner l'équivalent de deux nuits de sommeil. Tony sentit une boule se loger dans son estomac. En voilà, une sensation désagréable.
« Je peux entrer ? »
Peter hocha la tête. Il semblait moins surpris que fatigué.
L'ingénieur s'assit sans assurance à côté de lui et l'observa un instant. Avec ces traits tirés, on aurait pu doubler son âge.
« Je suis désolé. »
L'enfant fronça les sourcils, comme s'il ne comprenait pas de quoi Tony cherchait à s'excuser.
« Tu… comprenais ce dragon ? » explicita l'ingénieur.
Peter acquiesça.
« Tu ressentais sa douleur ?
– Oui.
– Alors je suis désolé de t'avoir blessé. Toi, et lui. »
Peter secoua la tête de désapprobation. Il murmura :
« Je n'ai pas su vous aider. J'ai pas été à la hauteur.
– Tu… – l'ingénieur s'étouffa dans sa surprise. Peter, c'est moi qui n'ai pas été à la hauteur. »
Il ne s'étonnerait jamais assez de la dévotion du gamin.
« Je suis désolé de ne pas avoir pu le soigner, ajouta-t-il.
– Tu as essayé ? » demanda Peter à mi-voix, comme s'il craignait de poser la question.
Et pour cause, Tony ne savait pas s'il préférait admettre être sourd ou incompétent. Il souffla :
« Oui, mais je n'ai pas réussi. »
Il aurait juré sentir Peter se détendre.
« Ça n'était pas facile, devina l'enfant.
– Non.
– Mais tu penses que c'est possible ?
– Je ne sais pas. »
Le fils de la Terre observa Tony un instant, avant d'adopter un sourire narquois.
« Tu arrives mieux à maîtriser ton énergie vitale que ta colère ? »
L'ingénieur cligna des yeux sur un terrible constat : Peter se moquait maintenant de lui.
« Je n'ai jamais essayé de maîtriser ma colère. Je n'en ai jamais eu besoin.
– Tu essaieras ? »
Une simple demande, rudimentaire, quantifiable, en apparence accessible même aux bambins : apprendre à maîtriser ses excès de colère. Cette colère qui l'avait toujours accompagné, cette plus perfide alliée... Il se rendit compte qu'il ne savait pas faire sans elle.
Il comprit enfin l'appel de Peter. Et pour la première fois depuis longtemps, il douta de ses capacités à se surpasser. La maîtrise du Feu, des éclairs, de l'énergie, oui, sans problème. Mais la colère ? Pour la dompter il fallait qu'il se réinvente, qu'il apprenne à nouveau à marcher.
Pourtant, il n'hésita pas un instant lorsqu'il déclara que oui, il essaierait.
Un sourire naquît enfin sous ces affreuses cernes violettes.
« Viens manger maintenant, affirma l'ingénieur en se levant, si tu ne veux pas finir aussi maigre que ton maître de l'Air.
– J'ai entendu, » clama une voix vexée à l'autre bout du dirigeable.
Le milliardaire grimaça, et le rouge reprit pleinement possession des joues de Peter lorsqu'il se mit à glousser.
