Mes bichons !

Mille excuses pour la petite semaine à vide, j'ai dû appeler à l'aide. J'avais rudement besoin d'une bêta-lecture pour ce Livre de l'Air qui, je l'ai déjà mentionné mille fois, me donne du fil à retordre. Le pire c'est que je l'aime beaucoup ce Livre, il me tarde de vous en partager la suite ! Maintenant que j'ai les idées au clair et que je sais où mes personnages vont (je te regarde, Loki), nous pouvons reprendre ! Un grand merci à ma bêta-lectrice qui a accepté de m'avoir des heures au téléphone, lire une dizaine de chapitres et répondre à mes doutes et questionnements sur le pourquoi de la vie universelle. Ce fut un succès !

Petit aparté : je me suis emballée pour la fin de ce chapitre. Parfois j'ai une idée et puis elle m'échappe, elle prend vie toute seule. Là on a un cas d'école, j'espère que ça vous plaira ! Edit : si vous souhaitez vous mettre dans l'ambiance dans laquelle je l'ai écrite, je vous conseille Light of the Seven, la musique de Game of Thrones :)

Itsme : pourquoi est-ce que j'ai l'impression que ça fait mille ans que je t'a pas répondu ! (sans doute parce que ça fait une semaine que j'ai pas posté, certes). Tu ne te fais pas de film (ou alors on se fait le même !) l'Air, ça ne sera pas la difficulté de Peter dans ce livre-ci. Fun fact : j'ai décidé que Captain Marvel serait l'Avatar précédent avant que son film ne sorte, du coup je connaissais pas du tout le personnage x) mais après avoir vu le film, je me suis dit 1) qu'elle aurait été plutôt une maîtresse du Feu (c'est le costume bleu, ça m'a piégé, je l'ai mise dans l'Eau) et 2) que ça lui va quand même vachement bien, le rôle d'Avatar. Je suis pas mécontente de mon choix pour le coup ! Loki et Valkyrie : l'idée qu'ils aient formé un trio avec Thor où Loki était toujours un peu à l'écart et Valkyrie revenait toujours à la charge, ça m'a parlé. J'adore ce personnage en vrai, même s'il est un peu différente des films ^^ aucune idée pour l'origine de "Kinou" par contre, je trouvais juste que ça collait vachement bien xD

hanabatake: diantre, deux mois de confinement sans internet ? Ma pauvre, j'espère que tu survis ! Télé, jeux vidéos ? Livre, puzzles, vélo d'appartement ?! Bon, fan fiction au moins, puisque tu es toujours là :3 oui tu as complètement raison pour Valkyrie, sa pégase et son armure blanche correspondaient clairement à l'Air ! Elle a été pensée pour ça en fait, huhuhu. Pour Frigga, dans le chapitre de la démonstration, je ne l'imaginais pas avoir la place pour intervenir. Pas alors qu'Odin s'était lancé dans des réprimandes si virulentes ! Mais à la réflexion elle aurait pu avoir des choses à dire, c'est vrai. C'était juste pas son moment ^^ En ce qui concerne Vision et Peter, ils n'échangeaient rien de plus que le lecteur ne savait déjà (voir chap38 - temple abandonné ;)), mais puisque tu es restée sur ta fin, ce chapitre te donnera un peu de rab ! Et alors le côté spiritualité, mamamia... t'inquiète ça arrive xD

Calli : mon dieu mais tu es à jour ! Fichtre si je te réponds ici aussi, mes notes d'auteures vont réellement devenir plus longue que mes chapitres. Je vais tenter d'être succincte (je sais, mal barré), déjà: merci ! Tes reviews, ce sont des caresses entre les deux oreilles. Là où tu me rassures c'est en pointant des éléments dont j'étais peu sûre mais exactement de la manière dont j'espérais qu'ils soient perçu. Exemple : la plaidoirie de Loki contre Odin, est-ce qu'il s'énerve parce qu'il se sent Mentor, ou juste pour contrer son père ? C'est pas clair, ni chez nous, ni chez lui, ni chez moi. Il a de vrais bons arguments, mais sont-ce pour de bonnes raisons ? Autre exemple : la tradition de la démonstration est inappropriée, mais s'il la déteste autant c'est aussi parce que ça renvoie à sa propre expérience avec ce genre d'entraînement qu'il déteste. Derrière chaque argument, il y a plus que ce qu'il laisse percer. Ravie que Valkyrie te plaise aussi, elle est devenue mon comic relief à ses dépens x) allez hop, je te laisse avec la suite :3


Chapitre 39 - Énergie

Loki attendait Peter au centre de la clairière. Il était tôt, il faisait frais, il savait que Valkyrie se cachait pas loin et ne s'en souciait guère. Il jouait distraitement avec son sceptre pointu, le faisait lentement tournoyer devant, derrière, sur le côté, un peu perdu dans ses pensées.

Il jouissait de ne plus avoir à passer inaperçu, pouvoir profiter de sa maîtrise sans craindre de s'exposer. L'Air était le plus subtil, le plus discret des quatre éléments, il ne s'était jamais privé d'en user dès qu'il lui semblait opportun et sans jamais se faire prendre.

Mais Loki n'aimait pas se cacher.

S'il devait rabattre le caquet de brutes prétentieuses ayant eu la mauvaise idée de lui chercher des ennuis au fin fond d'une auberge perdue du Royaume de la Terre, il préférait le faire à visage découvert. Ôter la capuche noire qui masquait ses traits trop fin, sa peau trop pâle dans ce pays où le teint halé était le bleu de travail des travailleurs des champs. Abandonner sa posture voutée pour se tenir droit, stature royale, et dévisager sans ciller trois idiots qui, réunis, devaient avoir moins de dents que lui. Attendre qu'ils chargent, impassible, avant d'esquiver d'une simple passe sur le côté. Le premier s'était mangé une table qui l'avait allégé de quelques dents supplémentaires. Le second avait glissé lorsque Loki leva trois doigts, sa tête avait cogné le sol puis le mur contre lequel le prince l'avait soufflé. Le dernier avait vu le tonneau de bière qu'il avait lancé s'arrêter en plein air, violemment faire demi-tour, lui revenir dessus et éclater. Trempé, il avait déguerpi de l'auberge en dénonçant de la cruauté.

Alors Loki avait atterri d'un pas léger sur la plus longue des tables, s'était avancé, d'un pas lent et calculé, jusqu'au seul idiot encore conscient. Il s'était accroupi pour murmurer :

« Le "gringalet" vous envoie ses compliments. »

Et il était parti d'une démarche tout aussi théâtrale.

Une poignée de minutes pendant lesquelles Loki s'était sentit tout puissant, mais qui l'avait obligé à rayer de la carte ce comté de la Terre dans lequel il ne pourrait plus remettre les pieds. Finalement, s'il devait répondre à la question, il affirmerait que l'anonymat fut la partie la plus désagréable de son exil.

Ce qui en disait long : les rares fois où Loki avait dévoilé son capuchon, ç'avait été pour semer souffrance et destruction. Il pouvait donc soutenir sans ciller qu'il avait préféré les moments de profonds tourments aux épisodes plus calmes où il était resté dans l'ombre.

Ce qui lui valait la dénomination de monstre. Mais ça, Loki l'avait accepté depuis longtemps déjà. Ce que il avait du mal à comprendre en revanche, c'était la surprise des gens lorsqu'il agissait tel qu'on l'avait qualifié. À quoi diantre tenaient les réputations sinon ?

Peter arriva enfin à la clairière, l'interrompant dans ses réflexions.

Loki cessa les mouvements de son sceptre, il lui envoya son bâton de bois.

L'entraînement reprit.


« Plus souples, les appuis ! »

Peter soupira. Dos moins raide, bras plus toniques, genoux moins fermes, il n'y avait pas une faille que Loki laissait passer. Pourtant l'élève s'attachait à effectuer les exercices avec la même assiduité que la veille, pourquoi le prince ne semblait soudainement plus s'en contenter ?

Peter peinait à cerner son mentor. Dès qu'il pensait avoir percé un nouveau mystère, il lui donnait toutes les raisons de croire qu'il avait visé à côté – ce matin-là, en particulier. Membres endoloris, il s'arrêta, s'appuya sur son bout de bois, et déjà le prince semblait s'impatienter.

« Comment fais-tu pour calmer les esprits ? demanda l'enfant.

– Ce n'est pas le sujet, lève-toi.

– J'aimerais savoir, Steve m'a dit que tu y étais parvenu à plusieurs reprises à Gaoling.

– Ce n'est pas une maîtrise que je peux t'enseigner.

– Pourquoi ?

– Pour commencer, parce que tu ne maîtrises pas encore l'Air. Reprends ta garde.

– Est-ce que tu les calmes comme le faisait Docteur Strange ?

– Je suis un maître de l'Air, pas un maître de l'Eau.

– Non, mais la technique peut être la même. »

Loki fit quelques pas agacés. Il n'obtiendrait pas de l'Avatar qu'il se relève tant que le sujet ne serait pas traité, il le sentait bien.

« C'est aussi la même technique que Tony, ajouta le garçon.

– Stark ne calme pas les esprits.

– Il pourrait, il connait la maîtrise de l'énergie vitale.

– La quoi ?

– C'est le nom qu'il a donné à ce qui permet la maîtrise des éléments, c'est aussi ce qui permet la maîtrise du soin et ce qui calme les esprits. »

Le prince émit un drôle de murmure, Peter n'aurait su dire s'il était songeur ou mécontent.

« Une telle énergie n'existe pas, » affirma-t-il.

Peter le dévisagea avec un regard plein d'interrogations et Loki regretta aussitôt d'avoir choisi la confrontation, réflexe qui était loin d'être le meilleur pour mettre un terme à ce genre d'échanges. Il s'empêcha très fort de lever les yeux au ciel lorsqu'il s'expliqua :

« Ces pratiques ne sont que des stages plus ou moins avancés de spiritualité, rien de plus.

– Ce serait un nom différent pour décrire la même chose ?

– Admettons, si ça peut te faire plaisir.

– C'est ce que tu utilises pour calmer les esprits, de la spiritualité ?

– On va dire que c'est ça.

– Peux-tu me montrer ?

– Je te montrerai le jour où l'on croisera d'autres esprits. Pour ton propre bien Avatar, je ne te le souhaite pas. La pause est terminée, debout. »

Il lui tapa la jambe du bout de son sceptre doré, Peter rechigna.

« C'est peut-être la clé pour gagner cette guerre, j'ai besoin de comprendre.

– Nous n'entreprendrons aucun exercice de spiritualité tant que tu persistes à t'opposer à tes leçons de l'Air. »

Peter allait contester que Loki était le premier à défendre que l'un n'était pas possible sans l'autre, le prince ne le lui en laissa pas le temps :

« Contredis-moi encore une fois et tu auras épuisé tes chances d'avoir les moindres réponses. C'est moi qui décide de tes enseignements, tu écoutes ce que je dis ou tu vas trouver instruction ailleurs. »

Peter se releva en protestant silencieusement.

« J'espérais que tu sois mon maître spirituel.

– En son temps. »

Et qu'il ravale ses yeux de chiot battu, Loki ne fléchirait pas.

Peter en avait pourtant été persuadé : Loki avait défendu corps et âme qu'il était impossible d'être un avatar accompli sans spiritualité... Et voilà qu'il s'opposait à la lui enseigner. Le fils de la Terre ne se contenterait pas de cette réponse, Loki devait forcément s'en douter.

Il prit son mal en patience en décidant qu'il obtiendrait plus d'information auprès d'un autre maître de l'Air. Il s'efforça, pour le reste de la journée, à satisfaire l'exigence grandissante de son mentor attitré.


Le soir venu, Vision répondit présent. Il accompagna Peter à la salle du banquet où ils s'attablèrent, entourés d'une variété d'autres gens : personnels du palais, gardes, dames de compagnie, autant de convives qui venaient y dîner. L'ambiance était calme, confortable, les échanges à voix basse et la faible luminosité propageait une ambiance feutrée.

« Les maîtres de l'Air peuvent calmer les esprits noirs, pas vrai ? demandait Peter à Vision entre deux bouchées.

– Seulement les plus érudits, dans des conditions particulières.

– Toi, tu y arrives ?

– Avec du temps et de la pratique, c'est chose possible. Il ne s'agit pas tant de calmer les esprits que d'entrer en contact avec eux. À travers la méditation il est possible d'établir un lien, une connexion, à travers laquelle il est possible de communiquer, de comprendre leurs tourments et de tenter de les apaiser. En temps de guerre, c'est un exercice extrêmement difficile. Seul Odin, à l'apogée de son règne, maîtrisait réellement cette faculté.

– Est-ce que Loki peut le faire ?

– C'est ce qui est dit, mais je n'en ai jamais été témoin moi-même. »

Peter joua distraitement du bout de sa cuillère avec les quelques légumes qui restaient dans son assiette. Ses sourcils se rencontrèrent, il hésita.

« J'ai l'impression que moi, je peux les comprendre.

– Et que comprends-tu ?

– Ils ont peur. Ils sont énervés aussi, mais ils craignent surtout quelque chose... Je ne sais pas quoi. »

Vision observa Peter en silence, respectueux de sa réflexion. L'Avatar lâcha sa cuillère.

« Ils essaient de me parler, mais je ne comprends pas tout. Je n'arrive pas à démêler tout ce que ce qui se passe là-dedans, fit-il en désignant sa tête, son torse, son ventre, lui tout entier.

– Il revient à ton maître de t'aiguiller. »

Peter pouffa sans joie, il poussa son assiette, croisa les bras sur la table et enfouis ton menton dedans, défaitiste.

« Loki n'est pas du genre très accessible. »

Vision n'ajouta rien, il portait continuellement ce regard bienveillant sur l'enfant, comme s'il pouvait lire les moments où Peter avait besoin de temps pour réfléchir. Les doigts joints sur ses genoux croisés, il attendit.

À nouveau, les sourcils de Peter se froncèrent.

« Tu m'as raconté l'histoire de Loki, ses origines, son procès, son exil... Pourquoi est-ce qu'il est revenu, alors que j'ai l'impression qu'il ne désire pas être ici ? »

Vision ne répondit pas davantage, il observa Peter se redresser et soupirer.

« C'est à moi de lui demander, c'est ça ? »

Le maître hocha doucement la tête.

« Il est revenu car Thor le lui a demandé. La raison pour laquelle il a accepté, en revanche, m'est étrangère.

– Pour garder sa place d'héritier et devenir Seigneur ? tenta Peter.

– Je doute que Loki soit Seigneur un jour. »

Cette pensée contraria Peter. Impossible de justifier cette soudaine rancœur, après tout, Loki avait choisi de renoncer au trône le jour où il s'en prit à la vie de son père. Pourquoi alors est-ce que l'idée qu'il ait perdu le trône qu'on lui avait promis le renfrognerait-il ?

« Connais-tu l'histoire du Feu et de l'Air ? » questionna soudain Vision, tirant Peter hors de son train de pensée.

Le garçon fit non de la tête, et Vision ajusta sa position afin d'entamer son nouveau récit : l'histoire des deux nations sœurs qui n'en avaient pas toujours été ainsi. Certains parlaient même d'un génocide que le Feu aurait mené sur l'Air, à une autre époque, presque oubliée, et cette idée sembla surréelle à Peter.

« De mémoire d'homme, l'Air et le Feu n'ont cessé de se rapprocher, expliqua le maître. Le mariage de Frigga, Dame du Feu, avec Odin, renforça considérablement l'alliance entre les deux peuples. Et leurs fils, maîtres des éléments, deux Seigneurs frères... cela aurait fini de souder les deux nations à jamais. Même si aujourd'hui cela semble compromis, les deux peuples se sont déjà rapprochés plus qu'on ne le pense. As-tu rencontré Wanda Maximoff ?

– Oui, elle m'a entraîné quelques jours. »

Et aussi rare que cela puisse être, Vision sourit.

« Tu la connais ? demanda le garçon.

– C'est... une amie proche, acquiesça le grand blond. Son frère jumeau, Pietro Maximoff, était un maître de l'Air. »

Les yeux de Peter papillonnèrent. Comment avait-il pu côtoyer la maîtresse du Feu pendant près d'une semaine et ignorer cette information ?

« "Était" ?

– Il est décédé suite à une attaque d'esprits, il n'y a pas longtemps. Mais leur lien entre eux deux était fort, ces jumeaux étaient très fusionnels. Ils démontrent eux seuls la force de la liaison entre l'Air et le Feu.

– Pourquoi Wanda ne m'en a pas parlé ?

– La perte est douloureuse. »

Et malgré l'égalité dans le ton de sa voix, Peter crut y voir une poussée d'émotion.

« Tu le connaissais bien, Pietro ?

– C'était un maître exceptionnel, acquiesça Vision. Il était d'une rapidité légendaire, une technique que beaucoup ont tenté d'égaler mais que personne n'a su approcher. Malheureusement ses talents n'ont pas suffi, il participait à une mission de repérage dans des montagnes au nord d'ici. Il s'agissait de prévenir les attaques d'esprits en saisissant directement leur nid. Mais ni lui, ni aucun de ses coéquipiers n'est revenu.

– Il y a quoi, au nord ?

– Un temple abandonné. »


Tony parcourait les longs couloirs du Temple de l'Air. Plus que d'une distraction pour tromper l'ennui, il recherchait surtout de quoi détourner son esprit de cette inquiétude latente qui l'obsédait. Il se perdait donc au hasard des escaliers et des milles chemins possibles à emprunter, il avait contourné la montagne pour déboucher sur la vue arrière du temple. Il longeait une aile comme tant d'autres, contemplait sans se l'avouer les reliefs qui dessinaient le paysage automnal. Les montagnes se succédaient à perte de vue, variant en tailles et en couleurs sous un ciel bleu dégagé. Le vent déformait momentanément les pins et autres peupliers, touches de jaune, d'orange et de vert. Tony pouvait même discerner un lac, en contrebas, trahi par l'absence d'arbre à cet endroit.

Il poursuivit sa route machinalement, descendit quelques marches et découvrit une petite place aménagée, en retrait. Entourée d'une végétation basse, elle s'ouvrait sur le reste de la montagne, dégageait un véritable sentiment de liberté.

Tony s'arrêta sur le palier.

La place était occupée, Steve s'y exerçait.

Le soldat n'avait pas vu l'ingénieur arriver. Il pratiquait, dans un silence pieux, des mouvements de la maîtrise de l'Eau. Dos à Tony, face aux montagnes, il s'y adonnait pleinement.

Il ramenait ses deux poings à lui, décala sa main et son pied droit dans un geste réfléchi. Il parcourut le paysage de sa main gauche avant de rappeler ses deux paumes ouvertes à lui. Il tendit subitement les bras, puis les regroupa devant lui, alignées devant son cœur. Il tendit les bras frontalement tout en avançant d'un pas.

Tony l'observait, en silence. Il reconnaissait dans ces mouvements toute l'expertise de la maîtrise de l'Eau. La précision des gestes frôlait la perfection, l'assurance avec laquelle ils étaient effectués, aussi. Steve reproduisait, instinctivement, ce qu'on lui avait toujours appris. Tony ne contestait pas un instant la force de cette maîtrise, mais il ressentait également que Steve n'irait pas où il voulait en s'exerçant comme il l'avait toujours fait.

Il avança d'un pas.

Steve poursuivait son exercice, presque oublieux de son environnement.

Tony s'approcha, il n'avait pas encore atteint son niveau lorsque Steve s'immobilisa. Se redressa et se retourna. Il avisa Tony d'un œil surpris, l'observa s'arrêter à sa hauteur.

Tony n'osa pas ouvrir la bouche de peur de briser ce silence trop solennel. Il préféra adresser un simple regard, demande tacite dénuée de toute agressivité. Steve lui répondit en relâchant sensiblement sa garde, questionna en retour la présence de l'ingénieur.

Tony lui montrerait.

L'ingénieur soupira profondément et plaça une main face à sa poitrine, l'autre paume tournée au sol. Position initiale de la maîtrise de l'Eau.

Steve considéra le maître du Feu un instant.

Puis l'imita.

Conscient que Steve était en position, Tony décala alors sa main et son pied droit comme Steve l'avait fait avant lui. Il attendit, patiemment, qu'une longue seconde s'écoule. Alors il ouvrit sa main gauche et parcourut à son tour le paysage du bras.

Steve le suivit.

À nouveau, Tony patienta, une longue seconde. Les bras ouverts, il rappela, lentement, ses paumes ouvertes à lui, s'immobilisa en position. Il ouvrit alors les bras, se stoppa, avant de venir aligner les mains sur son cœur.

Steve calquait le pas de l'ingénieur, fin connaisseur de la mécanique, il accepta le rythme, plus lent, suggéré par son partenaire.

Tout en étendant leurs mains frontalement, ils firent un pas en avant. Patientèrent. Regroupèrent la jambe arrière, pliée comme un flamant rose, avant de la décaler sur le côté. Position stable, une main en avant, l'autre repliée à leur hanche. Coup droit, gauche, ils croisèrent en hauteur leur deux poings fermés. Pause. Ils abaissèrent leurs poings, joignirent les pieds.

La chorégraphie se poursuivit comme si elle avait été mille fois répétée.

Steve ne chercha pas à s'étonner de l'instruction de Tony. Il suivit, aveuglément, les pas de sa maîtrise natale que l'homme du Feu démontrait si bien connaître. Il s'adapta aux pauses, plus longues, plus fréquentes, qu'il insérait dans ces mouvements pourtant si familiers.

D'un mouvement de jambes ils pivotèrent à leur droite. Steve fit dos à Tony, mais Tony constata que le soldat n'accéléra pas. Il poursuivit l'exercice comme Tony l'avait proposé, sans le remettre en question, sans le contester. Gestuelle lente et fluide.

Tony apprécia cette confiance spontanée.

Il se doutait de ce dont Steve avait besoin, cet exercice était la meilleure chance qu'il avait de le lui donner.

Nouvelle passe, ils s'alignèrent à nouveau. Tony constata alors au creux des mains de Steve une goutte d'eau se former, de la taille d'une perle, tout au plus, scintillante des reflets du soleil.

La goutte lévitait, transportée par les mains expertes, elle flottait d'une position à l'autre sans jamais se brusquer, dansant au rythme proposé par son maître. Paresseuse, elle se laissait promener.

Alors que l'enchaînement se prolongeait, elle gagnait en volume. Grossissait, goulûment, à mesure que l'eau de l'air ambiant se joignait au ballet. De la perle elle passa à la bille, à la bulle, à la balle, bientôt plus grosse que le poing elle valsait sans discontinuité.

Steve la ressentait, petite sœur animée qui s'éveillait sous son toucher. Il la transporta dans ses moindres mouvements avec la douceur qu'il aurait eu pour un nouveau-né. Une passe en avant, elle s'étira comme si elle venait de s'éveiller. Une passe en arrière, elle vint se lover dans les bras de son créateur.

Et elle recommença.

Les pas des maîtres présentaient une telle simultanéité, Tony, s'il avait maîtrisé l'Eau, lui aurait sans aucun doute créé une jumelle parfaite. À la place, des petites étincelles commencèrent à percer.

Furtives, rares, elles apparaissaient au passage d'une main ou lorsqu'il tendait son poing. Leurs légers crépitements trahissaient leur présence à qui sut les entendre. Tony pouvait presque les anticiper tant il sentait dans ses veines l'énergie le parcourir.

Il la contenait, la condensait, l'empêchait de s'écouler librement comme elle aimait tant le faire. Il la retenait en lui, sans pouvoir empêcher ses sursauts de se manifester. Infimes éclairs jaune, étincelles de vie qui gagnaient en nombre et en puissance.

Elles furent bientôt si nombreuses, il était impossible de les ignorer. Certaines filaient dans les airs, d'autres remontaient le long des bras en mouvement. Mains proches du cœur, paumes ouvertes devant, poings serrés sur les côtés, où que soient les doigts les éclairs les suivaient. Serpents fidèles saturés de vitalité, réclamant plus de liberté.

L'électricité se gorgeait d'énergie d'autant que la bulle d'eau gagnait en poids.

Steve et Tony poursuivirent sans jamais briser le confort du silence qui s'était installé. D'une symétrie parfaitement ajustée, de gestes résolument identiques, ils se renvoyaient un écho familier.

Steve connaissait cette chorégraphie par cœur, et pourtant il la redécouvrait. Il maniait une sensation nouvelle au creux de ses mains, une énergie différente, plus délicate, plus vivante. Il sentait quelque chose de changé.

Tony en faisait partie.

Il n'avait jamais pris le temps d'envisager le milliardaire sous cet angle. Posé, calme. Il se demanda si Tony Stark avait encore beaucoup de faces cachées à dévoiler, et s'il ne douta pas que ce fût le cas, il se satisfit simplement d'avoir eu accès à celle-ci, comme un secret avec lequel il se sentait directement lié. Il paraissait si naturel de le retrouver, sans rivalité ni conflit, sans faux-semblant.

L'enchaînement dura aussi longtemps que la maîtrise de l'Eau l'avait pensé. La goutte d'eau dépassait maintenant en volume la taille d'un tonneau. Les étincelles se rencontraient, pelote inextricable, lignes ininterrompues d'électricité.

L'énergie des deux maîtres avait été pleinement sollicitée.

Il était temps de la relâcher.

Dans une dernière phase de mouvements plus rapides, les maîtres conclurent.

Pieds écartés, deux doigts tendus, ils effectuèrent un huit incliné, deux fois, passage d'une main, crépitante d'électricité, d'une autre, rythmant une vague animée. Et simultanément, instinctivement, ils brandirent leur bras en l'air.

Finalement libérée, l'énergie fusa.

La salve d'eau s'éleva à la verticale, jet d'eau propulsé vers les cieux, libérée de sa tutelle, elle s'étira tant qu'elle disparut.

L'éclair jaune transperça le ciel, des deux doigts de Tony jusqu'à une limite indéfinie, il s'étala de tout son soûl, conquit les cieux de ses tentacules de foudre.

Le tonnerre gronda. Sourd, long, profond. Clameur de joie dans la libération.

Une fine pluie commença à tomber. Des gouttelettes au toucher si fin, presque imperceptible, chutèrent d'un ciel sans nuage.

Steve observait en l'air, fasciné. Il ressentit sur sa peau sa précieuse alliée. Il ferma les yeux et sourit, ébahi. La fine averse qui recouvrait sa peau était composée de perles chargées d'énergie.

C'était une pluie d'or qui tombait.

Il sourit plus fort encore.

Il ouvrit les yeux à la recherche de ceux de Tony.

Soudain vidé, l'ingénieur soupira doucement. Son énergie à lui, si turbulente, l'avait quitté. Ses doigts ne crépitaient plus, sa peau, tiède et fumante, était retournée au silence. Il ferma un poing sur une sensation de vide un peu plus intense que les fois d'avant.

Il finit par lever les yeux pour répondre à ceux de Steve. Il ne sourit pas, mais hocha la tête une fois en signe de satisfaction, de félicitation tacite pour son partenaire éphémère.

Et sans rompre le silence coloré des échos sourds de son tonnerre, il partit. Laissant Steve savourer seul une victoire qu'ils avaient conquise à deux.

La maîtrise du soin.