Salutations !

Alors, j'ai beaucoup de choses à dire mais surtout en réponses aux reviews du chapitre précédent, donc je vais pas paraphraser mes propres réponses et je vous laisse simplement avec ces dernières !

(Pour ceux qui ont la flemme de lire (ce que je comprends o_o) l'idée est la suivante : le chapitre dernier a tendance à conclure l'arc de Steve, Tony et Gamora pour qui les conflits semblent résolus. Évidemment, ça n'est pas là la fin de l'histoire.)

Itsme : c'est vrai que la pause s'imposait ! À force de vouloir faire avancer l'histoire, donner des réponses et soulever d'autres questions, on en oublie de respirer. N'oublions pas que c'est une histoire de personnages avant tout, il faut savoir les retrouver de temps en temps. Et cette scène sur la terrasse c'est exactement ça, un moment pour les retrouver tous les trois, pour apprécier un peu tout le chemin qu'ils ont parcouru jusque-là. C'était mon idée principale à l'origine de cette histoire, "et comment finiraient-ils par coopérer ? À quoi ressemblerait leur réconciliation ?" et bien elle ressemblerait à ça. Après 40 chapitres on l'observe enfin : ils ne sont plus dans la défiance, les reproches, la rancune, ils sont juste eux, ouverts, honnêtes. C'est comme ça qu'on les attendait, c'est comme ça qu'on les aime, et il était grand temps ! Depuis 3 mois déjà ?! Tu n'as pas loupé une seule semaine depuis 3 mois, voilà qui force l'admiration. Je ne peux que m'incliner devant une telle régularité, et voilà un nouveau chapitre pour te remercier :3

amegonys : moi aussi, imaginer Steve et Tony qui se chamaillent, ça me fait toujours sourire x) comme un réflexe face à deux gamins, je les trouve beaucoup trop attachants pour ça. Et c'est quand même plus plaisant quand ils sont comme ça que quand ils se tirent dessus à balle réelle ! Mais sans ça, ce moment aurait été un peu moins magique alors c'était nécessaire. Maintenant, c'est sûr que ça fait du bien :) merci de ton message et sache que je me porte au mieux, j'espère que toi aussi !

Calli : I warned you about it, didn't I ? Je peux pas m'en empêcher, j'y peux rien s'il y a une telle osmose entre eux, c'est magnétique ! Quand tes persos décident un peu tout seul d'où ils ont envie d'aller... que peut-on y faire ? *haussement d'épaules* je suis donc ravie que leur petite séance d'entraînement t'ait plu. Et cette scène sur la terrasse en découle naturellement. Oui, des marches. Pas trop, trois ou quatre, max. Ils sont au même niveau, dans une espèce d'intimité improvisée, face à une nature accueillante et reposante, sanctuaire de leurs émotions torturées... (damn, je suis plus dans mon histoire). J'ai adoré ta phrase "malheureusement pour Steve, il n'est pas trop tard" xD omg mais c'est exactement ça ! Mwahahah il n'y échappera pas, il va devoir se le coltiner, le petit frère. Je dirais même que c'est trop tard, la greffe a été acceptée. Je les déclare maintenant complices ! Ça y est, ENFIN. Ils s'appréhendent. That was the whole point, right ? Cette scène est une peu la réponse aux conflits exposés durant ces 40 premiers chapitres. Ça y est, on y est, ils s'apprécient, ils s'estiment, même. Problem solved. Or... is it ? Évidemment pas, il en manque un. Tu trouves Peter à l'origine de cette cohésion nouvelle entre les trois premiers ? Attends de voir les merveilles qu'il va produire sur le dernier ! D'ailleurs, ça reprend maintenant :3 (et je suis plutôt fière du titre de ce chapitre, je me rends compte qu'il répond à merveille à ton commentaire). Merci à toi d'être toujours là.


Chapitre 41 - Loup solitaire

Peter et Loki avaient changé de lieu d'entraînement. Il n'était plus question d'une petite clairière au sol régulier et préhensible, mais d'un terrain agrémenté de centaines de pilotis en bois. Les poteaux s'élevaient si hauts que le sol en bas disparaissait sous une couche de brume insondable. Depuis le rebord, Peter appréhendait ce trou sans fond.

D'un saut maîtrisé, Loki se percha sur l'un des piliers. Agile et souple, à le regarder faire l'exercice paraissait enfantin. Peter lui lança un regard réservé, il ne pouvait décemment pas attendre de lui qu'il l'imite.

Le maître lui confirma sa crainte.

« Tes appuis sont trop lourds, je me tue à te le dire. L'exercice est simple : franchis le terrain jusqu'à l'autre côté, soit léger et agile. Utilise ton bâton pour trouver l'équilibre. »

Peter prit une profonde inspiration et saisit son bâton à deux mains. Si encore les poteaux avaient été faits de mortier...

Il sauta sur le plus proche, vacilla un instant. Le pilotis était à peine assez large pour accueillir ses deux pieds, pas vraiment suffisant pour lui garantir l'équilibre. Il s'inspira du conseil de son maître et transforma son bout de bois en bâton de funambule. Une fois une précaire stabilité acquise, il envisagea le piquet suivant. Sans marge pour prendre ses appuis, il lui sembla bien loin.

Et ça n'était que le deuxième d'une série que Peter ne tenta même pas de dénombrer.

« Ne réfléchis pas trop, fie-toi à ton instinct, » lui souffla son maître à un piquet de lui.

L'Avatar sauta au pilotis suivant, mais visa trop court. Il se sentit partir en arrière, un léger coup de vent le redressa bien droit.

Il adressa un regard étonné à son sauveur.

« Continue, » l'encouragea ce dernier.

Un sentiment de sécurité l'enveloppa soudain, l'exercice lui parut un peu moins inaccessible. Il sauta au pilier suivant, et la confiance qu'il avait acquise lui permit de passer directement au poteau d'après.

Un piquet après l'autre, il avança.

Loki ne le quittait pas d'une semelle, présence silencieuse prête à avertir la moindre perte d'équilibre. Quelques coups de vent bien placés le remirent en place à plusieurs reprises, Peter commença à se faire au confort de cette sécurité rapprochée.

« Fais attention à ce que tu fais, » gronda Loki qui sentait l'enfant s'emballer, tout en persistant à parer les chutes que Peter prévenait de moins en moins. Il progressait si bien qu'il ne cherchait plus à joindre les deux pieds avant de sauter au suivant. Il bondissait, un pied après l'autre, d'un poteau à l'autre.

« Doucement Parker, ça n'est pas un concours de vitesse. »

Mais l'assurance acquise de Peter lui interdit de ralentir, il profitait même de l'élan pour sauter les piquets les plus proches et progresser en ligne droite, choisissant le chemin le plus court à défaut du plus sûr.

Il voyait l'autre rive se rapprocher, anticipait déjà le sol ferme de l'autre côté.

Jusqu'à ce qu'il loupe le poteau d'après.

Son pied glissa sur la tranche du pilier, et cette fois-ci le vent ne pouvait pas le redresser. Il avait les pieds dans le vide, objectif loupé, il se sentit tomber.

La gravité l'appela à la rejoindre et il ne savait pas combien de temps il chuterait. Il n'eut pas le temps d'étudier cette considération, pas le temps de se préparer à maîtriser la Terre, pas le temps d'appeler à l'aide car déjà il se sentit happé. Une énergie invisible l'appela plus fort encore que la gravité, et sa chute fut ralentie jusqu'à ce qu'il touche le plancher, tout en douceur.

Le brouillard s'écarta brutalement lorsque Loki atterrit.

« Je t'ai dit de faire attention ! » blâma le maître.

Toujours au sol, Peter leva les yeux pour apprécier la cime des piquets. La chute avait été haute, il en prenait conscience.

« Désolé...

– Il va falloir trouver mieux que ça Parker. »

Il se releva, épousseta sa tenue par réflexe.

« J'ai juste... J'ai vraiment envie d'y arriver. »

Loki ne parvint pas à se mettre en colère. Il aurait bien aimé, pourtant, sermonner son élève pour manque de discipline. Il aurait pu lui reprocher de constamment défier ses conseils, et l'avertir que ce comportement ne l'aiderait pas à progresser. Il l'avait déjà fait, il aurait pu réitérer.

Mais face à la mine circonspecte de l'enfant et son souhait si explicite de bien faire, Loki n'eut d'autre option que de soupirer.

« On y retourne. »

L'exercice reprit, et Peter se montra plus assidu. Il parvint une première fois sur l'autre rive ; Loki exigea aussitôt le chemin inverse. Sans broncher, l'enfant s'exécuta, jusqu'à ce qu'il parvienne à compléter un trajet entier sans le support de son tuteur.

Le garçon progressait. Quelque soit l'exercice, quelqu'en soit la difficulté, il finissait toujours par y arriver. Cet exercice, comme tous ceux d'avant, avait aisément été relevé, ça n'était qu'une question de jours avant que l'Avatar ne maîtrise l'Air.

Étrangement, Loki n'en était pas ravi.

Brusquement, il décida qu'il devait gagner du temps.

« Allons méditer, annonça-t-il. Il est temps. »

Décision qui surprit Peter. Méditer, maintenant ? Lui aussi voyait bien qu'il s'améliorait, pourquoi changer si subitement ? Il restait demandeur d'enseignements de spiritualité, il préféra donc feinter un enthousiasme de circonstance de peur que Loki ne change encore d'avis.

Il ne dupa pas son maître qui était de toute façon résolu. Le prince savait mieux qu'agir sans réfléchir, mais cette conviction soudaine, inattendue, ne lui laissa pas le choix.

Sur le chemin il marcha droit et vite, plus vite que d'habitude. Peter devait forcer le pas pour tenir la cadence, incapable de percevoir le trouble qui agitait son maître, ce dernier ne le comprenant lui-même pas bien. Ne sachant expliquer ce brusque sentiment d'urgence, il se contenterait de le masquer.

Ils se retrouvèrent sur le sol rocailleux de la clairière, se mirent en place face à face en position du lotus. Loki fit appel à ses années de méditation pour efficacement écarter ses angoisses au loin. Il entama la leçon – bien différente de la précédente.

Il indiqua à Peter une manière de faire appel à ses ressources les plus profondes pour exploiter son potentiel spirituel. Il lui prodigua des leçons de respiration, invoqua l'image d'une rivière d'énergie qui s'écoulait le long de sa colonne vertébrale, du sommet de sa tête jusqu'au bas de son dos, l'image de chakras comme autant de barrages qu'il fallait apprendre à ouvrir pour laisser l'énergie se déverser librement.

La leçon s'étendit en longueur. Peter se concentrait sur ses sensations tactiles, visualisait presque au creux de son cou, de son cœur, de son dos, les chemins empruntés par cette énergie invisible que Loki invitait à laisser s'écouler. Il s'accrochait aux paroles de son maître avec hâte d'entendre les suivantes, fasciné par un monde de spiritualité qu'il n'avait pas envisagé.

Lorsque la leçon arriva à sa fin cependant, il ne put retenir un commentaire.

« Est-ce que c'est ça que tu utilises pour calmer les esprits ? »

Loki lui adressa un regard circonspect. Voilà des heures qu'il lui enseignait des techniques de spiritualité avancée, et il douterait encore du fait qu'il y ait bel et bien recours ?

Cette question ne tenait pas au hasard. Peter était trop futé pour faire preuve d'une curiosité en apparence si naïve – et Loki trop futé pour se laisser berner.

Sans se trahir, le maître questionna :

« Qu'en penses-tu ? »

Les lèvres de Peter se pincèrent. Ça serait donc à lui de jouer franc-jeu.

« Je pense que non, ça n'est pas ça. »

Loki se redressa imperceptiblement. Oui, le garçon était futé.

« Qu'est-ce que ça serait, alors ?

– Tu ne calmes pas les esprits. Tu ne fais pas comme Docteur Strange ou Tony, tu ne maîtrises pas ton énergie spirituelle comme tu viens de m'apprendre à le faire. Tu fais appel à autre chose.

– Quoi, à ton avis ? »

Peter hésita. Loki gardait un ton léger – trop léger. Il ne donnait aucun signe de colère, de peur ou d'agacement, il ne permettait pas à Peter de savoir sur quel pied il dansait. Le garçon ne savait dire si Loki allait rester de marbre ou le fustiger pour ce qu'il s'apprêtait à dire. Il l'encourageait juste à continuer, sur le ton de la conversation, comme s'il ne s'apprêtait pas révéler ce qui faillit coûter la vie à Odin, ce qui coûta l'exil à Loki, et coûta bien plus au monde encore.

Peter parla tout bas.

« Tu fais appel à une énergie différente. Tu reproduis les rituels du peuple dont tu es originaire. Tu ne calmes pas les esprits, tu les manipules. »

L'enfant se tint prêt à recevoir une colère noire, un désaveu ou un rire macabre, il n'obtient rien de tout cela. Loki l'observait. Il l'étudiait avec tant attention que rapidement Peter se trouva mal à l'aise, à tel point qu'il espérait à présent juste une réaction, quelle qu'elle soit.

À sa surprise, Loki conserva une attitude sans remous.

« Qui te l'a dit ? »

L'enfant osa retrouver sa respiration

« Vision.

– Vision ? »

Dans cette question, un nom, deux syllabes, la colère pointa. Peter retourna aussitôt en apnée.

« Quand ? questionna Loki, un ton plus fort.

– Il m'a juste raconté une histoire ou deux sur le peuple de l'Air, se justifia le garçon. Le soir après les entraînements, le temps de dîner...

– Vision ne cherche pas ton bien, coupa le maître. Il ne vient pas vers toi par sympathie ou générosité, il ne t'accorde de l'intérêt que par fierté.

– Qu... par fierté ?

– Il aurait dû être ton mentor. Il était le premier choix de Fury, d'Odin, du moindre Seigneur auxquels tu peux penser. Même tes Mentors ne veulent pas de moi. C'est Thor qui m'a fait revenir, c'est lui qui a exigé que je sois ton maître, c'est la seule raison pour laquelle je suis ici. Vision et Odin se sont sentis insultés. Ils cherchent à rétablir leur honneur, ils veulent se prouver plus méritants que le pauvre prince envoyé en exil, le dernier représentant d'un peuple rejeté. C'est la seule raison pour laquelle Vision cherche à t'approcher et à se faire apprécier, il veut me doubler. Prends en bonne conscience, Avatar, il n'est pas ton ami. »

Peter se souvint soudain d'expirer, il en profita pour souffler son incrédulité.

« T- tu n'es pas un monstre, Loki. »

Loki tiqua. À quel moment l'avait-il insinué ? Il força un rire moqueur.

« Tu es bien ignorant.

– Non, je t'assure. Personne ne te rejette.

– Quoi que Vision t'ait raconté, méfie-toi.

– De quoi ? Des histoires qui me permettent de mieux te connaître ? De t'apprécier ?

– Tu n'as aucune envie de m'apprécier.

– Tu ne me fais pas peur. »

Loki ne sut dire s'il devait y voir un défaut ou un compliment.

« Tu as peut-être tort, menaça-t-il vaguement.

– Qu'est-ce qui me le prouve ? insista Peter. Tu te montres indifférent, détaché, mais tu ne l'es pas tant que ça. Je pense que tu te sens concerné et que tu veux bien faire.

–Tu n'en sais rien.

– Si ça n'avait pas été le cas, tu ne serais pas revenu de ton exil pour m'entraîner. »

Loki se leva, déconcertant Peter qui ne l'avait pas vu venir. Le prince fit quelques pas chargés d'agacement.

Il détestait cette conversation.

À quel moment s'était-il retrouvé dans cette impasse, à devoir prouver qu'il n'était pas digne de compassion ? Ce n'était pas le fait que Peter ait eu vent de ses origines qui l'irritait, ni même de savoir que Vision était – disons, fidèle à lui-même.

Non, c'était cette empathie contagieuse, cette innocence agaçante. Il détestait ce fils de la Terre et cette curiosité déplacée, cette détermination sans fondement, cette envie de voir du bien partout, chez tout le monde, tout le temps.

Il était persuadé de le connaître – lui ! Loki ! Le renégat, rejeté par toutes les nations, renié par son père, son trône ; le traître qui dans son exil, avait…

À un moment, il avait appréhendé la clairvoyance de l'Avatar, de ce qu'il aurait pu comprendre avec cette simple constatation : « tu les manipules ». Mais malgré cette vérité, malgré sa perspicacité, la seule chose que l'enfant avait eu en tête avait été de prouver à Loki qu'il était meilleur qu'il ne le pensait. Il n'avait aucune méfiance envers son mentor.

Ce gamin… ce gamin était bon.

Loki détestait qu'il ait tort.

Il détestait être incapable de lui expliquer pourquoi.

Il détestait cette journée, ce lieu, cette vie.

Il décida de changer de sujet.

« À partir de maintenant, tu souperas avec moi, » déclara-t-il.

Il se prépara à quitter la clairière, et Peter se précipita une nouvelle fois pour lui emboiter le pas.


Le dîner ne fut pas désagréable. Peter eut le bon sens de ne pas aborder d'autres sujets fâcheux, le ragoût de légumes ne fut pas si mauvais, et ils ne croisèrent même pas Vision.

Lorsqu'il retrouva ses appartements, Loki n'eût aucun mal à retrouver ses réflexes de loup solitaire. Assis en tailleur sur son lit, il se perdait dans sa lecture depuis des heures déjà lorsqu'un bruit à sa fenêtre attira son attention.

Il pleuvait. Suffisamment fort pour décourager les promenades nocturnes, pas assez pour convaincre le prince de fermer ses vitres. Il le regretta à moitié lorsqu'il vit la silhouette de Valkyrie s'infiltrer dans sa chambre.

Sans en demander la permission, elle ouvrit grands les deux battants et pénétra dans la pièce. Sa peau était trempée, elle passa une main dans ses mèches folles pour les égoutter, ce qui aggrava leur désordre. Elle joignit ses deux poings et généra un fort vent qui eu pour effet d'instantanément la sécher. Ainsi que de disperser de la paperasse, renverser les bibelots les plus légers et décrocher un cadre du mur.

Loki passa une main lasse sur son visage mouillé.

« Tu as fini ? »

Elle sourit, commença à ôter sa cape et ses bottes en sautillant. De quelques habiles mouvements de main, Loki releva les bibelots, referma la fenêtre et regroupa la paperasse.

La guerrière rejoignit le prince sur son lit. Elle s'était attendue à se faire chasser, surprise d'être arrivée jusqu'ici elle profita de l'absence de contestation pour pousser sa chance. Elle se pencha à son épaule.

« Qu'est-ce que tu lis ?

– "Vie intime : quels remparts face aux proches invasifs ?". Ils sont de bon conseils. »

Elle émit un murmure railleur et se désintéressa aussitôt de sa lecture, Loki conservait le livre ouvert entre les mains, comme s'il espérait encore pouvoir s'y replonger.

« Tu dois avoir beaucoup de lecture en retard, nota-t-elle sur un ton faussement léger.

– Tu t'en inquiètes ?

– Tu vas devoir revenir si tu veux te mettre à jour. »

Une lueur traversa le regard espiègle de la guerrière, Loki l'étudia avec attention.

« Tu veux que je revienne.

– Évidemment.

– Ça ne dépend pas de moi.

– Mais est-ce que tu en as envie ? »

Il se replongea, sans les voir, dans les lignes de son ouvrage.

« Peu importe ce dont j'ai envie. »

Valkyrie secoua la tête.

« Bien sûr que si ça compte, Odin ne rajeunit pas, on a besoin d'un nouveau Seigneur. On a besoin de toi.

– Je ne suis pas fait pour être Seigneur. »

Elle pouffa.

« Toute ton éducation a été dédiée à ça, je pense que tu disposes de quelques fondamentaux. »

Il ne réagit pas. Elle ajusta sa position, s'allongea sur le dos avec les pieds levés contre le mur, au-dessus de la tête de lit.

Elle étudiait l'impression sur bois décorant le mur. C'était une représentation épurée des montagnes entourant la Cité de l'Air, quelques traits d'encre pour en dessiner les contours, des taches rouges suggérant en premier plan les fleurs des cerisiers au printemps. Le Temple se fondait dans le paysage, seule sa nature droite et rigide permettait de le distinguer du reste de la pictographie.

Il y eut le bruit d'une page qu'on tourne.

« Le Temple est vide sans vous, confia-t-elle.

– Mmh, fit Loki, évasif.

– Vous nous manquez.

– Il n'a jamais été question pour Thor de rester. Tu peux très bien aller le rejoindre si tu veux, il sera ravi de t'accueillir. »

Elle fit claquer sa langue sur son palais.

« Thor était peut-être dédié à partir, moi pas. J'ai prêté serment auprès du peuple de l'Air, je ne partirais que si c'est ce qu'on attend de moi.

– C'est un gros sacrifice, commenta Loki sans jugement.

– Je suis prête à le faire pour une cause en laquelle je crois. »

Elle fit une pause.

Dehors, il continuait de pleuvoir.

Une seconde page se tourna.

« Je crois en toi, mon prince.

– Ne perds pas ton énergie.

– J'en perdrais autant qu'il faudra pour te convaincre de revenir. »

Le livre se ferma. Loki abandonna sa position courbée, il s'allongea à son tour – dans le bon sens, en l'occurrence. Sa tête côtoyait celle de la guerrière.

« Ce n'est pas une option, Val. »

Elle fut émue d'entendre son nom.

« Qui a dit ça ? Odin ?

– Peu importe. »

La lassitude qu'elle percevait dans le timbre de son ami ne lui était pas familière.

« Que s'est-il passé, Kinou ? »

Il soupira.

« Peu importe. »