Mes bichons,

Vous le redoutiez (ou pas), je vous l'annonce : le temps est venu. Je ne sais plus à qui j'avais fait la remarque que l'histoire entre Thor et Loki ne s'arrêtait pas au livre du Feu (Itsme ? Was it you ? Ton pseudo me le laisse à penser eheheheh... ok je sors), et vous avez déjà pu lire un peu la suite de leur arc dans les chapitres précédents. Et bien sachez que j'aime ces frères, profondément. Donc forcément, on y retourne (j'espère juste que vous avez le cœur bien accroché).

Mutekiam : xD tu m'as fait beaucoup trop rire, en effet tu étais là avant Itsme ! Quel duo mémorable ! La compétition est rude, les reviews sont nombreuses ! Qui de Itsme ou Mutekiam arrivera la première sur ce chapitre-ci ?! Réponse... dans les commentaires ! Mwahahah merci pour la banane que tu m'as donnée :3 Quant à la fidélité de mon adaptation, chère Mutekiam, je me garderais bien de la dévoiler. Penses-tu. C'est tellement mieux de voir nos héros préférés mourir quand on s'y attend pas. (Non. Je ne m'en suis toujours pas remise T-T)

Itsme: aaah Barton et Gamora, s'il y avait bien un duo que je n'avais pas prévu, c'était ces deux là ! Les persos ont décidé pour moi, l'alchimie à fait ses preuves, je me suis laissée porter. Les tendances paternelles de Tony, j'avoue j'ai pas cherché bien loin xD quant aux mystères en trame de fond... on y arrive, tu te doutes. Tout doucement, ça se met en place. (Une bataille digne de ce nom, ça se mérite !) En attendant, promesse tacite faite au lecteur mérite son du, voilà la suite !

Je laisse donc ça là, pour les réclamations le bureaux des plaintes est ouvert dans les reviews.


Chapitre 49 – Cloche de verre

Peter marchait à la suite de Thanos. Le paysage ne ressemblait à rien qu'il ait déjà vu auparavant, le ciel était orange – pas celui des couchers de soleil, en bordure d'horizon, mais pleinement orange, sans nuage, sans profondeur. Il lui sembla bien bas.

Sous cette voûte oppressante, une sorte de forêt aux arbres sans feuilles se dessinait. Les branches nues et anguleuses grattaient ce ciel si lourd, les pieds noyés dans une espèce de brume insondable. Une forêt que Peter n'irait certainement pas visiter de son plein gré.

Il accéléra le pas pour suivre celui du géant. Ils arrivèrent rapidement à destination, en bordure de falaise, Thanos s'arrêta. En parvenant à son niveau, Peter se prépara à baisser les yeux sur un trou sans fond, mais ce qu'il vit lui glaça le sang bien plus encore.

Le ravin n'était pas vide, loin de là.

Des centaines, des milliers d'esprits le peuplaient.

Ils étaient noirs, bleus, violets ; grands, gros, longs ou rachitiques ; ils erraient lentement, sans but, grognaient au passage d'un autre esprit sous leur nez, avant de reprendre leur marche amorphe et désincarnée.

Peter sentit une violente nausée le secouer, il se força à rester droit.

La voix du géant vibra :

« Sois témoin, Avatar, du renouveau.

– C'est de la torture. »

Il s'étrangla. Il avait parlé sans réfléchir, les mots s'étaient échappés avant qu'il ne se rende compte les avoir pensé. Peut-être que de provoquer Thanos, dans sa situation, n'était pas la chose la plus rusée à faire. Mais peut-être aussi n'avait-il plus grand-chose à perdre.

« C'est une libération, contra Thanos. Une force nécessaire avec laquelle ils se souleveront et s'affranchiront.

– Ils souffrent. »

Peter avait les yeux rivés dans la fosse. Son regard s'accrochait à un esprit avant de passer au suivant, il ressentait dans leurs grognements, leurs mouvements lents et chaotiques, une plainte profonde et fatiguée.

« Pourquoi... » entama le garçon en laissant sa phrase en suspens.

Il ne savait pas comment formuler sa question, comment demander de justifier un spectacle empli d'une telle désolation.

« Ton espèce a chassé les esprits et s'est approprié leur territoire, expliqua Thanos. La mémoire d'homme a préféré oublier, mais le "Royaume des Esprits" n'en a pas toujours été ainsi. Les esprits ne sont pas des animaux, ils ne peuvent être tués pour leur viande, ils ne peuvent être dressés, ils ne génèrent aucun profit. Ils sont... encombrants. C'est pourquoi ils sont confinés dans cet espace dont seul l'Avatar peut dégager la sortie. Une première voie a été ouverte, au Nord. Tu ouvriras la seconde, au Sud.

– Je ne peux pas vous laisser faire.

– Oh, mais tu n'as pas le choix. »

Thanos s'accroupit, demeurant même ainsi bien plus grand que l'enfant. Il le transperça de ses deux yeux dénués de colère. Peter aurait souhaité disparaître.

« Tu ouvriras le portail Sud, après quoi je te tuerai. »

Si Carol n'avait pas été là pour le soutenir, Peter aurait juré défaillir.

« Je te tuerai durant l'État d'Avatar, précisa-t-il. Je stopperai ainsi ta succession et scellerai à jamais les portails ouverts. Cela prendra encore un peu de temps, mais les esprits finiront par chasser les hommes des territoires qu'ils ont volé. L'équilibre sera alors rétabli. »

La détresse de Peter fit échos à celle des esprits plus bas. Il secoua la tête dans le vide.

« C'- c'est impossible.

– Tu verras.

– Je ne peux pas... ne sais pas...

– Ouvrir le portail ? Je t'y amènerai. »

Peter chancella un peu, il se concentra sur la présence si réconfortante de son alliée, tenta de faire abstraction de tout le reste pour ne ressentir plus que ça.

Thanos le scrutait encore. Ses yeux jaunes l'observaient comme s'il tentait de le lire, de le déchiffrer. Ses sourcils se froncèrent légèrement. Il émit un murmure songeur.

Et puis, il se redressa.

« Tu ouvriras le portail, Avatar. En temps et en heure. »

C'est la dernière chose que Peter perçut avant de sombrer à nouveau dans l'inconscience.


Thor et Loki arrivèrent dans une Nation de l'Air transformée.

Le Temple Mère n'irradiait plus de grandeur et de serennité, une aura triste et abîmée s'en échappait. Loki l'aurait juré, les murs avait perdu leur éclatante blancheur, l'énergie tranquille des citoyens de l'Air n'était plus qu'une fatigue résignée, même le ciel avait décidé de se parer d'une désagréable couche de nuages gris.

Les fils d'Odin traversèrent une place centrale défigurée. La roche avait été soulevée, fendue, râclée, à certains endroits se lisait nettement le passage du dragon : des trous larges comme ses griffes, quatre fentes creusées et parallèles, des arbres arrachés, des colonnes de marbres brisées. La scène demeurait en vestige du carnage qui s'y était joué.

Ils empruntèrent les larges escaliers qui menaient à la salle du trône. Les gardes de coutume en posture militaire manquaient, l'espace était grand, vide. La salle du trône se révéla enfin. Silencieuse, austère, à l'image du reste du Temple. Le fauteuil royal au fond de la pièce était occupé. Seul, l'homme attendit que ses deux fils parviennent à son niveau.

« Père... » murmura Thor tandis qu'ils s'approchaient.

Les fils d'Odin allèrent se prosterner lorsque le Seigneur se leva. Ils suspendirent leur mouvement et l'interrogèrent du regard. Le souverain descendit de son trône avec difficulté, comme si le moindre mouvement réclamait le plus grand effort. Odin était fatigué. Il était triste aussi, mais surtout, il était vieux.

Le cœur de Thor se contracta à cette vision.

« Venez avec moi, » commanda le Seigneur.

Les deux frères obtempérèrent. Ils firent quelques pas dans un silence pieu, ne croisèrent aucun garde ou presque. Lorsqu'Odin indiqua une petite salle, Thor prit les devants, Loki le suivit avec un temps de retard.

La pièce était petite, circulaire et lumineuse, elle ne contenait qu'un lit aux allures d'autel, surelevé et entouré par une fine paroi en verre.

En son sein, Frigga reposait.

Le cœur des deux frères se plombèrent. Lentement, ils la contournèrent.

Elle était vêtue d'une somptueuse robe rouge, insigne du Feu soigneusement accrochée au creux de son bustier. Ses cheveux détachés avaient conquis tout l'oreiller, ses deux mains retenaient avec délicatesse un bouquet de lys blancs.

Le temps, dans cette cloche de verre, semblait s'être arrêté. Une fine poussière lumineuse y flottait, il n'y avait plus de sang, plus de poignard, la reine de l'Air paraissait presque sereine. Ses traits étaient doux, ses paupières fermées, on aurait dit qu'elle se reposait.

Si proche, et pourtant si loin.

Ils l'observèrent longuement.

Loki tendit une main mais ne rencontra que la surface lisse et froide de la bulle de verre.

Il soupira, une partie de lui en profita pour s'échapper.

Il conserva sa main sur le verre dur, envisagea un instant de le faire éclater en mille morceaux. Il aurait voulu tendre la main et aider sa mère à se redresser. Elle aurait ouvert les yeux, tourné la tête et regardé son benjamin avec ces iris empli de douceur auquel il n'aurait pas su répondre. Elle aurait glissé ses jambes sur le côté pour se lever et prendre son fils dans ses bras. Loki lui aurait rendu son étreinte, ses longs cheveux roux auraient caché son émotion. Une ou deux larmes se seraient échappées, Frigga se serait alors doucement décalée, elle aurait soulevé le menton de Loki pour l'encourager à ne pas se cacher. Elle aurait essuyé les deux larmes du bout du doigt, et sous cette caresse Loki se serait senti invincible une fois de plus.

Les deux larmes coulèrent, mais aucune caresse ne vint les essuyer. Elles s'échouèrent au sol, Loki ferma le poing sur cette maudite cloche de verre. Rien ne pourrait jamais la briser.

De l'autre côté de la couche, le prince se surprit à remarquer la main de Thor sur le cerceuil, jumelle à la sienne. Il leva les yeux pour mieux le regarder, et lut sur le visage du guerrier une tristesse inédite. Une tristesse qu'il n'aurait jamais cru trouver un jour.

Lorsque Thor leva les yeux, Loki baissa les siens. L'oxygène devenait trop rare dans cette salle trop étroite, il se sentit étouffer.

Il quitta brusquement la pièce sans que ni le père ni le frère ne le retienne.


Clint Barton enfilait péniblement un haut propre, soucieux de ne pas se froisser les muscles du dos et de l'épaule qu'il avait contrariés quelques jours auparavant. Il fut presque surpris de ne rencontrer aucune résistance, pas une contracture, rien. Il tenta sa chance en faisant doucement rouler son épaule autour de l'articulation. Il était si concentré sur son apparente guérison qu'il sursauta lorsqu'une voix naquît sur le pas de sa porte.

« Salut beau gosse. »

Il se retourna et soupira de joie. Il n'y avait qu'une seule personne capable de le prendre par surprise, il s'avança vers elle pour l'enlacer.

« Nat'. »

Elle lui rendit son étreinte et prit un peu de recul pour l'observer. Elle ne loupa pas la commotion qui colorait encore généreusement la tempe de l'archer.

« Dure semaine ? »

Il acquiesça d'un air de "tu m'étonnes".

« On pensait que la Nation du Feu avait pris cher, tu te souviens ? Et ben je t'assure que t'as pas envie de croiser ce dragon en forme.

– Oui, je veux bien te croire. »

Ils s'assirent sur le bord du lit, Clint avisa sa collègue un instant. La dernière fois qu'il l'avait vu elle revêtait encore une de ces belles robes de "diplomate", chignon haut et maquillage à faire tomber ces messieurs. Là, elle avait noué ses cheveux roux en une natte sur le côté, peau sans artifice et regard au naturel, le déguisement était tombé. Vêtue de sa combinaison d'espionne, Natasha était elle-même, prête au combat.

Clint songea à quel point il était heureux de l'avoir à ses côtés et pas en face.

« C'est pas gagné cette histoire, hein ? »

Elle haussa les épaules.

« C'est compliqué... mais pas impossible.

– J'ai toujours été paumé, tu le sais. La maîtrise des éléments, spiritualité et compagnie, c'est pas mon truc. Mais je commence à me dire que ça n'est pas leur truc à eux non plus.

– Ils font ce qu'ils peuvent... Il n'a jamais été dit que les maîtres étaient tout puissants.

– Ça me rassurait de le croire. Je pensais que même si moi j'étais largué, plein de gens compétents s'occupaient avec succès de ces conneries. »

Natasha sourit, Clint avait cette manie de l'amuser sans qu'il ne s'en rende compte.

« Tu n'es pas moins compétents qu'eux, affirma-t-elle. Je sais, c'est inattendu, mais toi, Clint Barton, saurait aussi bien t'occuper d'esprits en colère qu'un quelconque maître des éléments. C'est pour ça qu'ils font appel à toi aujourd'hui, pour les aider.

– C'est bien ce qui me fout les jetons. »

Le sourire de Natasha faiblit un peu, elle baissa le regard pour observer ses mains. Clint tendit l'oreille, paré à recevoir la confession qui suivrait.

« C'est vrai, ça fait peur, chuchota-t-elle. Mais on n'est pas tous seuls, pas vrai ?

– Jamais. »

Ils se vivifièrent de la présence et de l'énergie de l'autre. S'ils n'arrivaient pas à résoudre cette crise ensemble, au moins finiraient-ils le chemin côte-à-côte. Cette promesse tacite inviolable, voilà une constante à laquelle Clint Barton savait pouvoir se raccrocher en toutes circonstances.

Ils n'eurent pas le loisir de partager leurs ressentis beaucoup plus longtemps, déjà le jour se couchait. Il allait être temps.


Le ciel, au moins, s'était dégagé.

Le jour tombait, la nuit serait froide. Le peuple de l'Air dans son intégralité s'était réuni sur les berges d'un lac sans remous. Tous les citoyens s'étaient apprêtés de leurs plus belles parures, les gardes avaient revêtu leurs armures de cérémonie, Odin, en plus de son cache-œil en or, arborait son couvre-chef doré comme les bois d'un cerf le proclamant roi de la forêt.

Loki se tenait silencieux à ses côtés. Droit et digne de ses propres apparats, son heaume semblable à celui de son père, son sceptre doré, cette cape blanche au liseré d'or, il s'accrochait à la seule certitude que c'était ce que sa mère méritait. Il se devait d'être droit et digne, pour elle.

Thor était à l'autre flanc de son père. Son casque à lui évoquait des ailes sur les côtés, d'un argenté répondant à celui du marteau qu'il gardait à la ceinture. Sa cape flamboyante ondulait au vent. Derrière lui, toute l'armée du Feu côtoyait celle de l'Air. Deux nations réunies pour honorer une dernière fois la Dame à l'origine de leur union.

Frigga.

Déposée dans une barque, la souveraine était désormais destinée à se perdre dans les montagnes de l'Air. À sa suite, des dizaines de barques avaient été disposées de la même manière, mémoire aux soldats et civils tombés avec elle.

Quelques guerriers leur donnèrent une légère impulsion et les barques entamèrent leur périple.

Elles migrèrent, lentement, de l'autre côté du lac.

Odin donna l'ordre à ses archers de se préparer. Parmi eux, Clint banda son arc. Autant de maîtres du Feu produisirent des petites flammes et embrasèrent la pointe des flèches. Les archers décochèrent. Chaque flèche trouva sa barque, les feux se nourrirent de leur bois pour gagner en taille et en chaleur.

Alors que les embarcations poursuivaient leur lente et inexorable combustion, les frères Odinson s'avancèrent sur la berge. Ils furent suivis par les maîtres des deux nations. Wanda prit la main de Vision dans la sienne, leurs doigts s'entrelacèrent.

Loki sentit le sang pomper dans sa poitrine, son souffle s'accélérer. Il se tint fermement à son sceptre, refoula l'amertume qui commençait à le gagner. Il savait qu'il lui fallait donner le signal, c'était à lui et Thor de le lancer. Ce dernier demeurait impassible à ses côtés, il l'attendait.

Thor était toujours là.

Imperturbable, inflexible, présent.

Loki avait toujours tout fait pour le chasser, et Thor ne bronchait pas.

Il avait planifié l'assassinat de leur père, régicide, parricide, il avait souhaité lui ôter la vie par pure rancœur personnelle.

Mais Thor était toujours là.

Il avait tourné le dos au monde, aux hommes, il avait prévu d'assister à la mise en feu et en sang de leurs nations sans lever le petit doigt.

Mais Thor était toujours là.

Il avait trahi l'Avatar, trahi sa promesse, il n'avait jamais eu l'intention d'être un formidable Mentor de l'Air. Il avait ouvertement abusé de la bonté de son frère, saboté sa chance, encore une fois.

Mais Thor était toujours là.

Il avait tué leur mère. Acte innommable de non-retour.

Et Thor était toujours là.

Les cercueils des défunts flamboyaient dans le crépuscule, la chaleur des barques parvenait presque jusqu'au rivage.

Elle ne serait plus jamais là pour leur prêter conseil. Plus jamais elle ne les guiderait, plus jamais elle ne les encouragerait. Elle avait quitté le monde dans un dernier espoir de le rendre meilleur, donné sa vie pour leur donner une chance, une dernière chance de faire quelque chose de bon, quelque chose de juste.

Les phalanges du prince blanchissaient tant son poing était serré.

Il ne pourrait pas la laisser s'éteindre en vain. Pas alors qu'après tout ça, elle l'avait appelé à agir. Pas alors qu'elle croyait encore en lui.

Pas alors que Thor était encore là.

Loki brandit une main en avant, paume en l'air, Thor le suivit. Ses oreilles sifflaient tant son sang battait fort, sa main tremblait. Il força ses poumons à une grande inspiration imprégnée de colère, il sentit Thor l'imiter.

Et conjointement, simultanément, les maîtrises s'éveillèrent.

Un jet d'Air et un de Feu naquirent des paumes de leurs créateurs, elles s'étirèrent en hauteur et se diffusèrent dans l'atmosphère.

Les maîtres des deux nations imitèrent leurs souverains.

Une rangée de Feu et sa jumelle d'Air conquirent les cieux, illuminant la berge, le lac, et les barques au loin ; le vent dispersait les braises qui retombaient, scintillantes, vers la surface lisse du lac dans laquelle elles se reflétaient.

Dernier hommage des nations sœurs pour leur souveraine disparue.

Les maîtrises de Thor et Loki se rencontraient, se mélangeaient, se combinaient, le feu se nourrissait de l'air ; le vent s'engouffrait dans le brasier. Indiscernables, une unique trombe flamboyante surpassait toutes les autres. Loki en ressentait les vibrations jusqu'aux creux de ses os, il maintenait sa main en l'air sans certitude de tenir tant sa rage, sa douleur se vidait.

Son Air s'abandonnait dans le Feu de son frère.

Derrière eux les maîtrises faiblirent petit à petit, bientôt, les maîtres du Feu et de l'Air cessèrent leur hommage.

Loki et Thor maintinrent leur maîtrise quelques secondes supplémentaires, Loki pouvait sentir le bras de Thor trembler. Le guerrier immuable laissait parler sa souffrance, sa colère. Ils finirent par abaisser leurs mains, progressivement, jusqu'à ce qu'ils y mettent un terme de concert.

Ils reprirent leur respiration, essoufflés.

Et constatèrent que les barques n'étaient plus.

Le lac était vide, tranquillité retrouvée. Le soleil était loin derrière les montagnes, il commençait à faire sombre.

En silence, les maîtres, soldats et citoyens se retirèrent.

Loki avait du mal à reprendre son souffle. La tête lui tournait, il avait la gorge et l'estomac noués, les bras vidés, la main engourdie. Il demeura, béat, sur la berge du lac en attendant que son trouble passe.

Thor était là.

D'un mouvement las, le prince porta la main à son casque. Il le retira, espérant que ça l'aide à respirer. Il se rendit compte à quel point l'air se faisait frais. Le rivage était maintenant vide, seuls les deux frères observaient sans la voir la dernière trace de leur mère sur cette terre.

Thor se retourna le premier.

Il fit signe à Valkyrie qui avait pudiquement attendu en retrait, elle s'avança et prit le Seigneur dans ses bras.

Thor la serra fort contre lui, ils osèrent un triste sourire.

Loki avait toujours un peu le regard ailleurs, c'est pourquoi il se raidit lorsqu'il sentit l'étreinte de Valkyrie se refermer sur lui. Il ne bougea pas, attendit qu'elle se dégage. Il comprit qu'elle ne bougerait pas tant qu'il ne lui aurait pas rendu.

Il monta les mains dans son dos pour lui donner ce qu'elle souhaitait, et attendit une fois de plus qu'elle s'éloigne.

Elle resserra sa prise, ajusta son étreinte pour mieux l'envelopper.

Loki ne trouva pas la force de la rejeter. Il l'embrassa un peu plus fort et laissa son visage s'échouer dans son cou. Il rencontra sa peau mate et chaude, son odeur boisée très différente du parfum fleuri qu'il aurait tant voulu retrouver.

Écartant pleinement l'idée de la repousser, il s'abandonna au creux de ses bras. Un sanglot lui échappa tandis que l'étreinte se prolongeait.

Et Thor était toujours là.