Saaalutations !
Voilà, c'était le chapitre 49 qui va tout droit dans le top5 de mes scènes préférées (top5 qui contient donc au moins 38 scènes, à ce stade, on est d'accord) (c'est comme quand je regarde un Marvel, en moyenne deux ou trois fois par film je m'écrie "oooh ce passage c'est ma scène préférée !" ... je dois mal avoir compris le concept de "préféré", mais passons).
amegonys: ouiii une review \o/ il était important cet hommage, car règle numéro 1 pour une histoire cohérente : ne pas faire mourir ses personnages pour rien. S'il doit y avoir une mort, alors l'impact sur les personnages doit être fort ! Ici ça aura mis quelques chapitres à venir mais le voilà enfin, et je suis ravie qu'il t'ait plus :3
Itsme : oh mon dieu mais ce commentaire... une fois de plus Itsme, tu soulignes des éléments que je n'avais pas vu. Thor et Loki qui représentent cette union de l'Air et du Feu, oui, évidemment ! J'ai bien aimé cette idée que l'Air et le Feu soient si proches en parallèle des évènements de Aang, deux maîtrises très différentes en apparence, deux peuples très opposés... mais qui finalement se retrouvent et se complètent si bien. Bon et le fait que j'ai décris les deux peuples comme étant des asgardiens aide, aussi xD enfin, tout ça pour qu'enfin nos deux frères se retrouvent dignement ! Quant à Peter... patience, très chère. Il arrive.
Mutekiam : meeh je t'assure que j'ai un cœur, au fond. Même qu'il fait *poum poum* *poum poum* de manière régulière. C'est rigolo que tu penses que Thanos pourrait finalement songer à épargner Peter, j'avoue j'avais tout autre chose en tête ! Mais qu'est-ce que c'était donc, me demanderas-tu ? Je te dirais bien : réponse dans les chapitres à venir, sauf que je me rends compte que je n'ai pas du tout explicité ce que j'avais en tête encore ^^' je vais y travailler, merci pour ce rappel. Et alors 'ton arrière train c'est du fromage', je ne sais pas si c'est une expression mutekiamesque mais je ne connaissais pas xD c'est dur le fromage pour toi ? Un chèvre frais c'est tout mou tu sais. Donc voilà, tu ne t'étais pas assez endurcie, et le dernier paragraphe a eu l'effet escompté, et j'en suis ravie :D (diantre tu as raison, je suis peut-être un peu un monstre) (le suis-je assez pour tuer Tony ?) (réponse... à suivre).
Let's move forward !
Chapitre 50 - Réunion
Tony prenait l'air sur le pont du navire. Ses cheveux ébouriffés par le vent lui passaient devant les yeux, il n'avait de cesse d'y passer la main pour les rabattre en arrière. Il devenait urgent de les couper. Il se détourna de l'océan qui s'offrait devant lui et leva les yeux. Son dirigeable suivait diligemment le rythme, à quelques mètres au dessus des flots. Impossible de percevoir son ronronnement sourd sous raffut du vent, le bourdonnement des moteurs portés à pleine puissance et le tapage des vagues s'écrasant au flanc des monstres de métal.
Une demie douzaine de navires de la Terre était en mouvement.
Shuri vint à la rencontre de l'ingénieur, la sœur cadette du roi parla fort pour couvrir le vacarme ambiant.
« On a reçu un message de nos troupes de l'Est, le SHIELD les a rejoint. On devrait les retrouver d'ici la fin de journée.
– C'est une bonne nouvelle, » acquiesça Tony.
Après plusieurs jours de voyage jusqu'à Ba Sing Se, moins d'une minute pour convaincre T'Challa de les rejoindre et quelques heures pour organiser la mobilisation de l'armée de la Terre, cela faisait déjà trois jours que Tony était en mer.
Dans quelques heures, il retrouverait Gamora.
Tony ne masqua pas un léger soulagement : ils étaient dans les temps. Shuri s'avança à la rambarde du navire, elle profita du vent et du soleil pour fermer les yeux quelques secondes.
« Quelque chose à l'esprit ? » questionna-t-elle pas tout à fait innocemment.
Il inclina la tête sur le côté – oui, il avait beaucoup de choses à l'esprit. Il en sélectionna une pas tout à fait au hasard.
« Je me dis que le Hulk nous aurait bien été utile.
– Toujours pas de réponse du Docteur Banner, regretta Shuri. Je ne sais même pas s'il reçoit mes messages.
– J'espère qu'il s'en sort, » fit-il sans forcer sa voix, espérant à moitié que Shuri ne l'entende pas.
Elle était malheureusement trop proche pour ça.
« Gagner cette guerre lui fera sans doute une faveur.
– Pour Banner alors ? proposa Tony.
– Pour Banner, accepta Shuri. Et les quelques cent cinquante autres million habitants qui peuplent cette planète. »
Ils plaisantèrent, et Tony ne cachait pas apprécier la compagnie de la jeune femme, son esprit affûté et sa légèreté.
« De vous à moi, lança-t-elle, si Loki n'avait pas créé ce petit incident avec le Hulk, Bruce serait sûrement encore avec nous. »
Légèreté qui n'en restait pas moins clairvoyante. Tony haussa les épaules, il n'avait pas grand chose à ajouter pour la défense du prince de l'Air, il avait déjà épuisé ses meilleurs arguments.
« Je ne comprends pas Tony, insista la sœur cadette du roi. Qu'est-ce qu'il avait en tête ? »
L'ingénieur ne pouvait pas lui tenir rigueur de cette réserve à collaborer avec le maître de l'Air. Il ne s'évertua pas à répéter ce qu'il avait dit au roi : que Loki leur serait utile par la connaissance qu'il avait de Thanos, sa capacité à maîtriser l'énergie noire ou son simple et cru désir de vengeance. Il sentait bien que Shuri cherchait à entendre plus que ça.
« Tous ces mois depuis qu'on a trouvé l'Avatar, il cherchait juste à créer la discorde, considéra l'ingénieur. Il m'a affirmé qu'il voulait voir le monde brûler... »
Il prit un instant pour réfléchir, pour concilier ce qu'il avait vu avec ce qu'il avait entendu, ce qu'il avait compris de Loki. Ces derniers jours avaient été propices pour y songer, il était temps de formuler ses conclusions.
« Il s'est créé cette image distante et antipathique, cet espèce de... de monstre qui souhaiterait tous nous faire payer. Avec succès, je dois dire. Un véritable enfoiré. Mais très honnêtement, je pense juste qu'il s'ennuyait. »
Shuri pouffa.
« Il y a mieux comme distraction que d'attenter à nos vies, il a jamais essayé les puzzles ?
– C'était le monde son puzzle, railla Tony. Grandeur nature.
– Je sais que notre planète n'est pas la meilleure, mais de là à vouloir la détruire...
– Je crois qu'il s'en est rendu compte.
– Et donc il ne s'ennuie plus ? tenta-t-elle avec une note d'espoir.
– Il a trouvé une nouvelle occupation. »
Elle émit un murmure songeur.
« Et lorsqu'il s'en sera lassé, de cette nouvelle occupation ? »
À nouveau Tony haussa les épaules. Il avait le sentiment que Loki ne ferait pas machine arrière, pas maintenant. Pas alors qu'il avait renoncé à tous ses plans pour se consacrer à un seul et unique objectif, ce point qu'ils avaient en commun et pour lequel ils étaient prêts à tout, y compris se faire confiance.
Peter Parker.
Non, Tony présumait que Loki ne se donnerait pas toute cette peine pour ensuite replonger. Mais après tout, qu'en savait-il réellement ?
« Espérons qu'il découvre le plaisir des puzzles. »
Gamora n'avait eu aucun mal à convaincre Nick Fury de partir en guerre. S'il accepta, ce fut cependant – et Natasha l'avait prédit – avec mauvaise humeur. Elle s'en rendit pleinement compte face aux appartements qui leur avait été attribués sur le navire du SHIELD : deux cabines en cale, sans hublot, à deux pas de la salle des machines et de leur boucan infernal. Elle partageait la sienne avec Quill et Rocket ; Drax et Mantis leur étaient mitoyens.
Nick Fury devait sans doute l'ignorer, mais Gamora ne risquait pas de s'en plaindre. Elle détestait le luxe et tout ce qui s'en approchait – les personnes à son service, les protocoles ridicules et surtout, les coussins rembourrés. Après tant d'années passées sur la route avec ses partenaires, elle avait accepté n'avoir besoin que d'une chose : ses camarades près d'elle, en bonne santé, qu'ils dorment à cinq dans une voiture, dans une cellule de prison ou dans la soute d'un navire de guerre, elle avait appris à se passer du reste.
Ou du moins, à ne pas s'y habituer.
Après trois mois de cohabitation avec Tony Stark cependant, elle s'étonna de remarquer à quel point le lit de cette cabine était petit. Son léger moment de flottement n'échappa pas à son partenaire de chambre, Quill s'inquiéta. Est-ce que ça avait à voir avec l'autre milliardaire ? Elle le rassura immédiatement, affirmant qu'elle était heureuse d'être ici avec lui – avec eux tous.
Une fois pleinement en mer, elle prit Drax à partie. Ils s'essayèrent sur les marches séparant leurs cabines du pont du bateau. Malgré la fraîcheur de la cale du SHIELD, le grand homme ne revêtait toujours aucune chemise. Il étudiait son amie avec une expression circonspecte.
« J'ai besoin que tu me répètes ce dont on a parlé, demanda-t-elle.
– Je t'ai entendu Gamora.
– S'il te plaît. »
Simple prévoyance, Gamora avait bien senti son ami perplexe la première fois qu'ils avaient abordé ce sujet sensible, elle voulut s'assurer qu'ils partaient sur le bon pied. Drax fronça les sourcils, comme il le faisait dès qu'il réfléchissait.
« Loki était à Omashu il y a cinq ans, commença-t-il.
– Oui.
– Il a mené les esprits qui ont tué Ovette et Kamaria.
– Mais ?
– Il a agit sous les ordres de Thanos.
– Et ?
– Aujourd'hui, Loki cherche à faire tomber Thanos. On ne doit pas s'en prendre à Loki tant que Thanos n'est pas tombé.
– C'est ça... attends, reprit-elle, comment ça "tant que Thanos n'est pas tombé" ?
– Une fois Thanos anéanti, quelles raisons me reste-t-il pour épargner le prince de l'Air ?
– Non, Drax... » soupira Gamora.
Elle ne s'était pas fourvoyée, Drax n'avait pas saisi le message qu'elle avait tenté de lui communiquer. Elle prit le temps de reprendre depuis le début :
« Loki a commis des atrocités, en temps normal il mériterait de subir ta vengeance.
– Le temps n'est pas normal ?
– Non, car aujourd'hui, il cherche à se racheter.
– Nous mener vers Thanos ne compense en rien la vie de ma femme et ma fille, affirma le Destructeur. Après Thanos, Loki sera le suivant à payer. »
Gamora se pinça les lèvres, difficile de faire entendre raison à cent kilos de muscles rongés par le deuil et la rancœur. Elle devait tenter une autre approche.
« Lorsque tu m'as rencontré, tu savais que j'avais commis des méfaits. Tu voulais me le faire payer. Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?
– Parce que tu es ma famille Gamora, s'étonna Drax, comme si la question relevait de l'évidence.
– Je suis devenue ta famille, tu m'as laissé une seconde chance, tu as appris à me faire confiance. Je te demande de faire la même chose pour Loki.
– Loki n'est pas ma famille.
– Il est un peu la mienne. »
Drax fustigea Gamora d'un regard aussi surpris que décontenancé. La mercenaire sentit qu'elle était allée un peu vite, elle se mordit la lèvre et tenta de poser les choses différemment.
« Loki est comme nous, il est un peu perdu. Il a fait des mauvaises choses et il est loin d'être parfait. Mais il mérite une seconde chance, je te le demande... comme une faveur. Il est mon ami, je ne veux pas que tu lui fasses de mal. »
Le Gardien observa sa coéquipière avec stupeur. Un peu nerveuse, elle lui laissa le temps de formuler sa pensée.
« Il est ton ami ? répéta l'homme.
– Oui. »
Troublé, il considéra le vide devant lui, les sourcils froncés.
« Les amis de ma famille ne sont pas mes ennemis.
– Merci, Drax.
– Qu'a-t-il fait pour mériter ta clémence ? »
Gamora hésita, gênée. Elle lui devait une explication, Drax méritait de comprendre pourquoi il devrait épargner celui qu'il avait passé une vie à vouloir occire. Elle laissa parler les premiers mots qui lui vinrent à l'esprit.
« Il n'est pas une mauvaise personne. Rien ne l'y encourageait, et pourtant il a choisi le bon combat.
– Ton combat ?
– Notre combat, à tous. »
Le Gardien n'abandonna pas son air perplexe, Gamora tapota son épaule de manière un peu absente. Son but avait été de protéger Loki de la vengeance destructrice de Drax, elle était soulagée d'y être parvenue. Mais... Loki, son ami ? N'avait-elle pas parlé sans réfléchir ?
Pourtant, ça n'était pas tant cette impression-là qui la tourmentait. Elle se surprit plutôt d'avoir accepté l'idée que Loki ait des défauts – une montagne – et de ne pas y voir une fatalité. Pire, elle avait accepté de s'y identifier.
Un agent du SHIELD vint interrompre son cheminement interne avec une annonce :
« La flotte du Roi T'Challa est en vue. »
Aussitôt les deux Gardiens investirent le pont et rejoignirent Mantis, Quill, Rocket, et quelques autres agents du SHIELD qui observaient le spectacle. Une douzaine de navires de guerre venait à leur rencontre.
Mantis faisait de grands signes de bras pour saluer les nouveaux arrivants, toute excitée à l'idée de rencontrer de nouveaux visages. Gamora porta une main devant ses yeux pour mieux entrevoir les bateaux qui approchaient.
Elle sourit lorsqu'elle aperçut une tâche carmin sur le pont de l'un d'entre eux.
Steve saisit sa petite horloge et l'ouvrit pour regarder l'heure, elle sonnait déjà la fin de journée. Difficile à croire, il n'avait pas vu le temps passer.
Voilà bientôt quatre jours et autant de nuits qu'ils étaient partis du Nord, sans sa montre dorée Steve aurait été incapable de se situer. Il avait peu d'indices à sa disposition pour se repérer, aucune lumière du soleil, un rythme dicté par un roulement militaire, des repas programmés, des pauses réduites. Une rigueur millimétrée qui lui laissait peu de temps pour divaguer, ce qu'il considérait comme relativement salutaire.
Ces derniers temps il préférait ne pas avoir trop la liberté de penser, c'est pourquoi le rythme exigé par la vie en sous-marin lui convenait plutôt bien.
Il profita de sa courte pause pour observer une fois encore l'objet qu'il avait dans les mains. Son doigt effleura les initiales de son premier propriétaire, "H. S.". Son regard s'accrocha à la trotteuse qui cliquetait à un rythme régulier. Il se perdait tant dans sa contemplation qu'il ne sentit pas Peggy Carter s'asseoir à ses côtés.
Il referma le cadran un peu vite.
« C'est une belle montre, » nota Peggy.
Steve acquiesça avec une petite moue, navré d'avoir été démasqué.
« C'est... c'était celle d'Howard.
– Stark ? »
Il rangea l'objet à sa ceinture.
« Tony me l'a offerte.
– Oh. »
La surprise dans la voix de la générale resta en suspens, Steve n'ajouta rien. Il n'avait pas envie de développer sur le sujet, malgré les questions qu'il devinait chez sa voisine. Depuis qu'il était revenu il ne s'était pas montré très accessible, il en avait bien conscience. C'était sans doute la raison pour laquelle Peggy s'était assise à côté de lui, il attendit sagement qu'elle dévoile sa pensée.
« Steve, quelque chose te tracasse, soutint-elle. Je ne veux pas que tu te sentes forcé de nous en parler, mais si cela concerne cette guerre... quoi que ce soit, on doit se préparer. »
Le soldat considéra sa générale, elle semblait sincèrement soucieuse. Avait-elle lu dans son attitude, ses paroles et surtout, ses non-dits, qu'il n'avait pas tout révélé ? Que suspectait-elle ? Et pourquoi diantre se devait-elle d'être si perspicace ?
Il n'avait pas parlé de Bucky. Il ne leur avait rien dit car il ne disposait d'aucune preuve, d'aucun éléments autre que sa propre certitude pour les convaincre qu'il était bel et bien revenu. Cette conviction n'ayant pas suffit les fois d'avant, il se garda bien de retenter sa chance. Il les avait juste averti de ces mots sciemment pesés : "Thanos est capable de maîtriser l'énergie des esprits, des êtres vivants et même des humains pour les manipuler à son escient."
Pas une fois le nom de Barnes avait été évoqué, pas même insinué, et cela renforça la croyance de Steve que la Tribu du Nord n'était pas prête à accepter cette vérité.
« Je vous ai dit tout ce que vous avez besoin de savoir.
– À propos de Loki... » entama-t-elle.
Et Steve aurait dû se douter que ses réserves se dirigeaient contre lui.
« Si tu me fais confiance, tu lui feras confiance. »
La militaire ne masqua pas sa retenue et Steve reçut ce rappel en plein entre les côtes : Peggy Carter ne lui faisait plus confiance.
« Comment peux-tu, après tout ce qu'il a fait ?
– J'ai justement été témoin de ce qu'il a fait. »
Son opposition contre Thanos, sa volonté d'en appeler aux quatre nations, faible défense au regard d'une vie de malfaisance mais Steve n'était pas encore connu pour ses erreurs de jugement.
« Toutes ses ruses, ses tromperies ?
– Il y a plus que juste ça. »
Peggy n'était pas convaincue.
« Nous partageons le même objectif Peggy, insista le soldat. Stopper Thanos, sauver Peter. Loki est dans notre camp, vous n'avez pas à vous méfier. La Tribu de l'Eau est prête. »
La Générale se pencha en avant, la ride sur son front se creusa légèrement.
« L'es-tu ? »
Il baissa les yeux. Comment mentir sous le poids d'une telle sollicitude ? Il ressentait encore, malgré la distance, malgré les années, une affection dévorante pour la femme assise à quelques centimètres de lui à peine. Son parfum sucré, sa bouche pulpeuse. Incapable de combler ce gouffre qui les séparait, il s'astreint à sa façade de circonstances.
« Je le suis. »
Cette réponse n'était pas celle que Peggy attendait, il le sentit explicitement dans son attitude. Il ne la regarda pas se redresser, se lever puis s'éloigner. Il sentit un soupir s'échapper, au plus profond de lui, teinté d'une profonde tristesse. Il l'ignora du mieux qu'il put lorsqu'il se leva à son tour, refusant d'écouter les courbatures de son corps, de son cœur, pour entamer sa garde à la salle des machines.
Les maîtres de l'Eau n'étant plus aussi nombreux qu'avant, ils n'avaient d'autre choix que de se relayer fréquemment pour faire avancer leurs submersibles de guerre à un rythme effréné. Il ne s'en plaignait pas, accueillant plus que jamais cette distraction bienvenue.
Loki considérait Thor, à l'autre bout du dirigeable, avec ce très désagréable nœud à l'estomac. Il savait ce qu'il fallait faire pour dénouer cette crampe qui n'avait eu de cesse de grandir ces derniers jours, il sentait bien que le moment était propice et qu'il risquait de ne pas le rester longtemps.
Depuis qu'ils avaient quitté le Temple Mère, les armées du Feu et de l'Air avaient réquisitionné le temps du Seigneur du Feu plus que de raison. Thor avait été peu disponible, et Loki ne s'était pas résigné à lui courir après. Non seulement parce que sa fierté l'en empêchait, mais aussi et surtout parce que d'habitude, c'était l'inverse.
Thor jouait le difficile. Quel meilleur prétexte que de devoir s'affairer autour de ses armées pour sciemment ignorer le petit frère ? Soutenir être au four et au moulin pour se montrer parfaitement inaccessible et pouvoir bouder en toute impunité ! Loki aurait voulu dénoncer ce comportement enfantin mais là encore, Thor ne lui en laissait pas l'opportunité.
Et le prince était d'autant plus frustré d'être ainsi ignoré par le Seigneur du Feu que le Seigneur de l'Air, de son côté, trouvait tout le temps du monde pour se mettre dans ses pattes et l'importuner.
Le Seigneur de l'Air par intérim, tout du moins.
La Seigneure.
Seigneuresse ?
Bref, Valkyrie.
Odin avait accepté que l'Air parte en guerre. Loki fut surpris de la facilité avec laquelle il avait admit que ce combat était le leur et qu'ils devraient lutter au côté des autres nations. L'aveu qu'il n'avait plus la force pour mener son armée, en revanche, avait été bien plus difficile à formuler.
Le Père de Toute Chose était vieux, fatigué, la perte de sa femme avait fini de le vider. Ainsi légua-t-il les rennes à Valkyrie, qui accepta avec déférence le sceptre du Seigneur et la lourde responsabilité de mener l'armée de l'Air à la victoire. Dame Sif avait été désignée pour la seconder.
Et bien que prenant son rôle très au sérieux, Valkyrie n'avait jamais été aussi disponible pour tenir compagnie à Loki que Loki n'aurait pu le souhaiter. Alors que Thor n'aille pas prétendre passer son temps à s'occuper de ses armées quand son homologue de l'Air parvenait sans mal à concilier les deux !
Loki souffla doucement, il ne devait pas laisser ce comportement puéril l'atteindre autant. Il fit un pas en avant. Thor demeurait pensif face aux baies vitrées, les bras croisés, les yeux rivés sur le défilé de nuages. Loki parvint à sa hauteur et feignit de l'imiter, sans parvenir à trouver le moindre intérêt à ces formes cotonneuses qui se succédaient.
Thor ne cilla pas, confortant la sensation de Loki que le moment était opportun et il ne fallait pas le laisser passer. Il se racla la gorge, mal à l'aise.
« T'ai-je contrarié ? » fit le prince d'une voix faussement désinvolte.
Thor ne répondit pas, ce qui en dit long. Loki dû s'armer d'un certain courage pour éviter que sa voix ne flanche complètement.
« Me blâmes-tu pour sa mort ? »
Le Seigneur soupira.
« C'était sa décision. Je la respecte. »
Un nœud se desserra dans le ventre du cadet. Il ne l'admettrait jamais, mais il avait craint cette réponse plus que tout autre. Il n'aurait pas su réagir si Thor l'avait blâmé pour la seule chose qu'ils avaient en commun. Puisque la mauvaise humeur du Seigneur ne semblait pas y être liée, le prince n'envisageait qu'une seule autre possibilité.
« M'ignores-tu à cause de mon mensonge vis-à-vis de l'Avatar ? J'ai abusé de ta confiance et tu m'en veux pour ça. »
Thor resta impassible. Du coin de l'œil, Loki jura avoir vu sa mâchoire se contracter. Bien ! Cette hypothèse semblait donc la plus vraisemblable.
« Tu m'as appelé pour une mission que je n'ai jamais eu l'intention de remplir. Je t'ai dupé, j'ai profité de ta naïveté, et maintenant tu me le reproches. »
Thor ne semblait pas disposé à en parler, il faudrait donc qu'il lui tire les verts du nez.
« Tu penses que le traitement silencieux m'affecte, tu te trompes. Je ne regrette pas mes actes, tes bouderies n'y changeront rien. »
Le Seigneur soupira légèrement, mais n'ajouta rien. Loki sentit le sang lui monter aux joues.
« La seule chose que je regrette c'est de ne pas avoir anticipé cette mission correctement, c'est l'unique erreur que j'ai commise. C'est de ta faute, il ne fallait pas me l'assigner en premier lieu. Il ne fallait pas me faire confiance, n'apprends-tu donc jamais ! »
Thor décroisa ses bras et se tourna enfin vers son cadet.
« Cette mission, mon frère... »
Loki s'étrangla dans sa colère. Il tressaillit lorsque la main du Seigneur se posa sur son épaule.
« ... est la meilleure chose qui ait pu t'arriver. Je suis heureux que tu l'aies enfin acceptée. »
Et le Seigneur se détourna, laissant Loki seul avec son excès de colère.
S'il avait eu un mannequin d'entraînement sous la main, le prince l'aurait réduit en confettis. Toute cette frustration accumulée pendant de si longues journées, désamorcée par une simple main sur l'épaule ! Ça n'aurait jamais dû être si facile, il était celui qui tourmentait Thor, pas l'inverse ! Et il le suspectait d'y prendre un malin plaisir, perfide manipulateur qui mangeait tiède sa sournoise vengeance.
Loki comprit qu'il devrait défouler sa frustration sur quelqu'un d'autre, Thor étant moins accessible que jamais.
Il se mit donc en tête de trouver Valkyrie.
