Bichons, bichonnes, les temps sont graves.

Selon mes calculs très savants, on va avoir un poquito problème de publication. Déjà, l'histoire devrait comporter 56 chapitres + épilogue (j'annonce !), mais 1- je n'ai pas fini de l'écrire (c'est compliquééé), 2- je prends du retard sur ma relecture/correction, et 3- je pars en vacances dans le pays de l'absence de connexion internet. Donc ma solution risque d'être la suivante : moins publier cet été et rattraper mon retard dès que l'histoire est finie, relue, corrigée, avec (si je le peux !) plusieurs chapitres par semaine. Point de promesse camarade, mais beaucoup de bonne volonté pour vous offrir une fin digne de ce nom !

Déjà je me résous à vous proposer le chapitre de cette semaine même je n'en suis pas 100% satisfaite (je l'adore ce chapitre, mais il ne rend pas aussi bien que j'aurais aimé... mais je ne voulais pas vous faire attendre trop longtemps). J'espère pouvoir vous poster quelques autres chapitres dans les semaines à venir, mais la conclusion de cette histoire aura lieu à mon retour de vacances, fin août.

Itsme : aaah diantre pas assez de combats ?! Je ne pensais pas recevoir cette remarque un jour, moi qui croyais que ma fic en comportait beaucoup trop ! Je suis presque soulagée de ne pas t'avoir écœurée xD du coup je t'entends bien, ma chère Itsme, mais il va falloir patienter encore un mini-peu ^^' ça reprend dans deux chapitres après celui-ci. Donc dans l'hypothèse que je parvienne à poster les deux prochains chapitres avec la rapidité de quicksilver, tu auras des combats dans deux semaines ! Et zut, je te déçois aussi avec l'absence de Loki et Valkyrie dans la même pièce. Mais ça aurait sans aucun doute été comme tu l'as imaginé : explosif !


Chapitre 51 – Bienvenue à bord

Le bateau du SHIELD et celui de la Terre ralentirent jusqu'à progresser à très faible allure, côte à côte. Une passerelle s'ouvrit depuis le navire du Roi T'Challa pour établir un pont entre les deux embarcations de guerre. Tony embarqua avec le SHIELD.

« Monsieur Stark, l'accueillit l'agent Coulson.

– Coulson, ça me fait plaisir de te voir ! répondit Tony en saisissant la main tendue. Toujours pas de femme ? »

L'agent secoua la tête avec un sourire navré, Tony lui offrit une tape sur l'épaule avant de s'en aller saluer Gamora. La Gardienne conservait son habituelle posture droite et rigide, il avait fallut à Tony plusieurs mois de cohabitation – forcée – pour apprendre à y voir plus qu'un vague air mécontent.

Il leva deux doigts en signe de victoire pour la saluer, le regard souriant sous ses verres fumés.

« Bonjour Tony. »

Elle aurait aimé lui prendre la main pour correctement le saluer, Peter Quill ne lui en laissa pas la possibilité. Le Gardien s'avança ostensiblement, deux mains à la ceinture, bombant le torse et forçant la voix.

« Monsieur Stark ! »

Tony leva un sourcil.

« Un problème ? »

Gamora n'osa pas lever les yeux au ciel, elle tenta – bien en vain – de repousser son ami qui n'en démordit pas.

« Alors comme ça, on fricote avec la Terre ?

– J... fricote ?

– Ça suffit Peter, » sermonna Gamora, affligée.

Elle se demandait parfois d'où lui venait son inexplicable attraction pour le phénomène. Elle invita Tony à l'ignorer et Quill finit par abdiquer, non sans quelques menaces abstraites à l'encontre du milliardaire. Gamora marmonna quelques excuses, amenant Tony à rire assez ouvertement et à effacer l'incident d'un revers de la main.

« Fury est là ? questionna-t-il pour changer de sujet.

– À l'intérieur. »

Gamora désigna le dernier étage de la tour de commandement du navire du SHIELD. À travers les fenêtres opaques du dernier étage, Tony pouvait identifier la silhouette d'un homme à la carrure large et au crâne chauve. Le Directeur observait le pont en contrebas, parfaitement étranger à son agitation. Tony le soupçonna d'attendre le moment opportun pour faire une arrivée théâtrale.

Rapidement, un bruit d'eau se fit entendre. Tony et Gamora se penchèrent à la rambarde, de forts remous agitaient les flots. Ces vagues soudaines ne pouvaient pas provenir des moteurs à l'arrêt. Ils hésitèrent à s'inquiéter, avant que le haut d'un sous-marin n'émerge sous une épaisse écume. Une fois stabilisé en surface, la trappe s'ouvrit et une tête blonde se révéla.

Tony et Gamora ne purent retenir un sourire.

Steve sortit progressivement du submersible, une main pour protéger ses yeux qui n'avaient pas vu le soleil depuis trop longtemps, il leva la tête. Il y avait beaucoup de monde à la balustrade du navire du SHIELD. Il s'autorisa un instant de soulagement lorsqu'il reconnut la tête brune et les pointes pourpres. Il entama alors une série de mouvements réfléchis, souleva les flots entre son sous-marin et le navire. Une vague se dressa avec paresse jusqu'à la rambarde du SHIELD. Il ferma les poings et elle se solidifia, le pont de glace se stabilisa.

Il emprunta son ponton, les mentors du Feu et de la Terre se décalèrent pour lui permettre d'embarquer.

« Cap, salua Tony. Juste à l'heure. »

Steve hocha la tête et parcourut les passagers des yeux, satisfait de constater que la Terre était présente – et nombreuse.

« Tout va bien ? » s'enquit soudain Gamora

Steve ne s'était pas douté que la fatigue se lisait si nettement sur ses traits.

« Tout va bien, » assura-t-il en retour – avec, pour la première fois depuis des jours, la sensation d'être sincère. « Fury est là ?

– À l'intérieur, » répondirent Tony et Gamora à l'unisson.

Comme Tony avant lui, Steve leva les yeux vers la tour de commandement. Ce ne fut pas tant la silhouette de Fury à la fenêtre de sa tour qui attira son attention, mais des ombres, comme un groupement d'oiseaux qui se rapprochait par l'arrière. Il se concentra sur cette étrange formation, amenant Tony et Gamora à l'imiter. Il ne s'agissait pas d'oiseaux, mais bien d'une dizaine de dirigeables qui serait bientôt là. En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, les ballons dirigeables planèrent aux côtés de celui de Tony, similaires à celui de l'ingénieur en tout point, le rouge et l'or en moins.

Un vaisseau en particulier se positionna au dessus du pont du SHIELD et ajusta lentement son orientation. La porte s'ouvrit, deux cordes en métal se déroulèrent, Romanoff et Barton apparurent, fermement accrochés à leurs lianes respectives. Ils atterrirent avec grâce, Natasha eut un coup d'œil furtif pour Steve qui répondit d'un hochement de tête. Clint adressa un clin d'œil à Gamora – à ses côtés, les sourcils de Peter Quill se rencontrèrent avec fureur.

Les espions furent rapidement suivis par James Rhodes qui se propulsait à l'aide d'un jet-pack dans le dos. Tony l'accueillit d'une franche poignée de main. Un hennissement obligea les passagers à lever les yeux, un cheval ailé décrivait des arcs dans le ciel. Après deux battements d'ailes maîtrisés, la pégase vint se poser à son tour, fit quelques pas et s'arrêta. Valkyrie et Sif descendirent de la monture, le cheval s'ébroua.

Thor arriva dans un panache de flammes rouges, forçant les passagers à se protéger le visage. Il fut suivi de Loki qui arriva avec bien moins de fracas, mais certainement plus d'élégance, il se posa en douceur à côté des Mentors. Steve, Tony et Gamora lui accordèrent un regard, Loki y répondit à moitié. Il se racla la gorge, mal à l'aise.

« Fury est là ?

– À l'intérieur, » répondirent les trois autres.

L'arrivée de l'Air et du Feu décidèrent les deux derniers Seigneurs à se montrer.

Tout comme Tony auparavant, T'Challa emprunta la passerelle qui liait son bateau à celui du SHIELD. Il arriva quelques pas devant sa Générale, Okoye. Lance à la main et regard sévère, cette dernière arborait fièrement les bijoux de son statut autour de son cou et de ses poignets. Le roi, lui, se démarquait par la sobriété de son costume et de sa démarche.

À l'autre flanc du navire, le ponton de glace accueillit de nouveaux visiteurs. Peggy Carter se dévoila, veste en cuir et treillis militaire. Elle se tint droite, mains dans le dos et menton levé pour recevoir son souverain. Docteur Strange se révéla à son tour, vêtu de sa tenue bleue et de sa remarquable cape rouge ; une fois sur le pont, il considéra l'audience avec gravité – et un brin d'antipathie.

Tous les Seigneurs, les Généraux, les quatre Mentors se retrouvèrent ainsi sur le pont du navire du SHIELD.

Le moment que Nick Fury avait attendu.

« Eh bien... » tonna sa voix depuis les escaliers menant à la tour de commandement.

Tous se retournèrent pour observer le Directeur descendre, une marche après l'autre, observateur de ce spectacle unique en son genre. Une fois la dernière marche descendue, il s'avança de quelques pas et ouvrit grand les bras.

« Bienvenus à bord. »


Fury invita les Seigneurs et leurs bras droits à se réunir autour de la large table ronde disposée sur le pont du navire pour l'occasion – pour spacieuse que la salle de commandement fusse, il avait anticipé que tout ce beau monde ne puisse y rentrer dignement.

« Je demanderais à tous ceux qui n'ont rien à faire ici d'évacuer le pont, » clama-t-il à l'intention des curieux du SHIELD et des Gardiens, ces derniers protestèrent aussitôt. Gamora les encouragea silencieusement à ne pas insister et ils furent raccompagnés jusqu'à leurs cabines. Quatre agents restaient sur le pont, Fury s'adressa à eux :

« Barton, Romanoff, vous restez pour établir votre rapport. Coulson, également. Agent Hill, si vous voulez bien accompagner les Mentors hors du pont... »

Une douzaine de paires d'yeux dévisagea le Directeur.

« Pardon ? laissa échapper Steve.

– Je vous demande de partir pour que l'on puisse réfléchir à un moyen de réparer vos erreurs, » confirma Fury.

Les mots manquèrent à Steve, Gamora n'hésita pas à s'offusquer à sa place :

« Vous n'y pensez pas.

– Ne m'obligez pas à insister, menaça le Directeur d'une voix terriblement posée.

– Vous ne seriez pas ici sans nous.

– En effet ! Merci de le souligner Gamora, si nous sommes ici c'est à cause de vous. Parce que vous avez échoué à la seule mission qui vous a été confiée. Parce que sans vous, cette guerre aurait pu être évitée ! »

– Avec ou sans nous, Thanos aurait déclaré cette guerre.

– Et on aurait pu s'y préparer si vous avez daigné nous en informer dès le début ! Depuis combien de temps le saviez-vous ? Depuis combien de temps étiez-vous dans la capacité d'informer les quatre Nation de l'identité de leur ennemi commun, hm ? Cinq, dix ans ? Treize ans ? Vous le saviez Gamora. Vous saviez pertinemment que papa était derrière tout ça. Nous en avertir une semaine avant le solstice ne suffit pas à faire de vous un héro.

– J- Je n'ai pas...

– Non, vous n'avez pas, coupa Fury. Je vous demande de partir. »

Sorti de sa confusion Steve s'avança à son tour, il se positionna aux côtés de sa partenaire.

« Vous blâmez les mauvaises personnes, Directeur.

– Je ne crois pas, non. En tant que capitaine de cette équipe, pesez-vous seulement les enjeux de la mission qui vous a été confiée ?

– Oui.

– Vous les pesez ?

– Nous les pesons, pleinement.

– Vous pesez donc la décision d'être parti courir après un fantôme plutôt que de protéger l'objet de votre mission ? »

Steve déglutit de travers. Il persista à soutenir le regard du Directeur, notamment pour éviter celui de Peggy Carter juste à sa gauche. Il concentra tous ses efforts à conserver une voix droite et ferme, bien moins ferme qu'il aurait aimé.

« Bucky Barnes n'est pas un fantôme. Il est en vie.

– Oh, je vous crois. N'en doutez pas, j'accepte qu'il faille au moins ressusciter James Buchanan Barnes pour vous détourner de votre objectif, Captain. Et les rapports de mes espions ont été assez éloquents, vous n'êtes pas le seul à l'avoir vu – bien que vous restiez le seul à l'avoir combattu. Je regrette simplement qu'il ait été possible de vous distraire. Ça n'aurait jamais dû arriver. »

Le cœur de Steve accéléra ; il baissa les yeux, incapable de se résoudre à répliquer. Quel serait le regard de Peggy ? Quel serait l'opinion qu'elle aurait de lui ? Devait-il la confronter pour constater sa plus grande désapprobation ? Il lui avait menti. Il avait failli à sa mission. Peggy l'avait prévenu, elle l'avait averti, il y a des mois de cela, de ne pas se perdre à la poursuite d'un fantôme, il n'avait pas su l'écouter. Par sa faute, par son égoïsme, Peter courait désormais un grave danger.

Il se concentra sur sa respiration, impuissant face aux accusations du Directeur. Il sentit à peine Tony s'avancer à ses côtés.

« Nick, sérieusement... condamna l'ingénieur à mi-mot.

– Ne me lancez pas, Stark, rétorqua Fury. Vous qui préférez picoler, laisser votre disciple sans surveillance, sans aucune protection. Vous l'avez forcé à quémander un mentor du Feu de substitution ! Vous ne valez pas mieux que vos coéquipiers. »

Tony fit des gros yeux, hébété.

« Ça n'a même pas duré deux jours !

– Oh, tout va bien alors ? Pas besoin de s'énerver ? »

L'ingénieur se mordit la lèvre, soudain conscient qu'il n'avait pas adopté la meilleure ligne de défense.

« Vous savez combien de temps il a fallut à Thanos pour choper le gamin ? » insista pourtant le Directeur.

Tony s'abstint de répondre. Il regarda ailleurs, agacé. Fury s'obstina, provocation assumée.

« Non, vous ne savez pas ? Allez, vous devez bien en avoir une petite idée, vous y étiez ! Vous étiez là Stark, vous avez été témoin de l'enlèvement de l'Avatar. Vous savez très bien en combien de temps Thanos l'a saisi. Vous savez très bien qu'en moins d'une heure, c'était plié ! frappa-t-il du poing sur la table.

– Ça suffit. »

Tony imita Steve, Gamora, Fury, tous les observateurs qui se tournèrent vers Loki. Le prince de l'Air s'était avancé à son tour. Il restait droit et silencieux, sa stature aussi discrète que la voix avec laquelle il avait parlé. Il était, paradoxalement, l'un des maîtres les plus calmes à ce moment.

Fury le toisa avec fascination. Il quitta sa large table, contourna quelques uns de ses invités et vint se placer devant lui. Il courba l'échine pour mieux l'observer. Loki le suivit du regard sans broncher.

« Quelque chose à ajouter, Odinson ? » siffla Fury d'un ton mortifère.

L'audience retint son souffle, parée à recevoir la plus violente diatribe de l'histoire récente de l'humanité.

« Non. »

C'était un non modeste. Calme, réservé. Ça n'était pas un non provocateur, Loki ne cherchait pas à intimider. Il était le paria, le moins légitime à émettre la moindre objection. C'est pourquoi son non était un non résigné, un non confondu. Un non qui suffit à Fury, le Directeur se redressa sans quitter Loki de son œil valide.

Le prince s'adressa à ses coéquipiers et les invita simplement à suivre l'Agent Hill. Les Mentors tournèrent les talons.

Ils n'accordèrent pas un regard aux Seigneurs qui les observaient partir, refusant de davantage subir leurs jugements. Steve ne voulait pas regarder Peggy, Tony ne chercha pas de réconfort auprès de Rhodes, Gamora s'abstint de solliciter Barton, Loki ne demandait rien à Valkyrie. Ils disparurent en silence dans la cale du SHIELD, résignés.


Une fois les Mentors hors de vue, Nick se tourna vers son auditoire. T'Challa brisa le silence de son accent coloré, évoquant tout haut un sentiment collectif étouffé.

« Vous êtes durs avec eux, Directeur. »

Fury expira sa colère, il retrouva un ton calme et mesuré.

« Ces quatre-là sont notre meilleure chance de gagner cette guerre. Ils n'en ont pas conscience. Pas assez à mon goût.

– Et vous pensez que les insulter pourra y remédier ? dénonça Peggy, un imperceptible tremblement dans la voix.

– Ils ont besoin d'être secoués, voilà ce que je pense. Croyez-le ou non, je n'y ai pris aucun plaisir.

– Vraiment ? » railla Valkyrie.

Fury accusa la guerrière de son bon œil, il revint se placer au centre de la tablée, président naturel.

« Il nous faut leur donner les moyens d'agir. Ils ont besoin d'agir.

– Les provoquer ne suffira pas, souligna Rhodes. C'est un objectif qu'il leur faut.

– Leur affection pour le garçon, soutint Thor. Il s'agit de leur moteur. Un moteur bien plus puissant que n'importe quel désir de vengeance. »

À ses côtés, Romanoff acquiesça. Elle fut rejoint par Rhodes et Barton, par Valkyrie également, tous ayant pu observer, de prêt ou de loin, l'interaction des Mentors avec l'Avatar.

« Une mission de sauvetage alors ? accorda Fury. Parfait. Ils s'occupent du gosse, on se charge de l'armée.

– Savez-vous seulement à quoi ressemble cette armée ? intervint Strange. La Tribu du Nord est sujette aux attaques d'esprits depuis maintenant treize ans. Nous avons perdus plus d'hommes que nous ne saurions compter. Mais ces attaques ont presque toujours été des faits isolés, jamais l'objet de plus de quelques individus à chaque fois. Il nous sera impossible de contenir une armée de plusieurs milliers d'esprits.

– Surtout si cette armée est dirigée par Thanos, compléta Peggy, comprend un dragon et... et l'un de nos meilleurs soldats.

– Il ne s'agit pas de vaincre l'armée, réfuta Fury. Il s'agit de gagner suffisamment de temps pour permettre aux Mentors de remplir leur mission.

– Sauver Peter Parker ? devina T'Challa.

– Sauver Peter Parker. »


Maria Hill invita les Mentors à entrer dans une cabine à peine plus grande que celle dont avait héritée Gamora. Ils entendirent avec consternation la porte se verrouiller derrière eux.

Tony mit un coup de pied dans le premier objet qu'il trouva – un petit tabouret à trois pieds. Steve prit une chaise, la pivota pour s'y asseoir à contre-sens, les coudes sur le dossier. Il se passa deux mains sur le visage. Gamora s'assit à même le sol, dos au mur, Loki prit un lit pour s'y installer en tailleur, effleurant sans les voir les deux bâtons posés sur ses genoux.

Ayant fini de s'énerver contre son tabouret, Tony s'affala sur le dernier le lit de libre, se cacha le visage du bras et souffla longuement.

« C'était dur, accusa Gamora.

– Injuste, corrigea Loki. Vous n'avez rien fait de mal. »

La mercenaire pencha la tête sur le côté pour mieux observer le maître de l'Air. Il ne le remarqua pas car il conservait les yeux baissés, songeur.

S'il leur était reproché d'être à ce point incompétents, eux, que Loki avaient toujours jugés trop indulgents et naïfs, qu'est-ce que cela lui faisait de lui ? Ça n'était pas comme s'il ne l'avait pas anticipé, il aurait juste préféré ne pas se sentir concerné.

Il finit par lever le menton lorsqu'il comprit que le silence qui se prolongeait était dirigé vers lui. Il s'anima lorsqu'il rencontra l'expression pleine d'empathie de Gamora.

« N'attendez surtout pas de moi que je vous console, » avertit-il.

La mercenaire adopta une moue faussement déçue.

« C'était si bien parti.

– Il a raison. »

Tony avait parlé, sa voix teintée d'une telle amertume, ses coéquipiers ne se surprirent pas qu'il conserve son visage caché dans son bras.

« Fury a raison, précisa-t-il. On a laissé tomber Peter. C'était la seule mission qui comptait, et on n'a pas été foutus de la remplir. »

Il se redressa, s'assit en bord de lit et joua nerveusement avec ses doigts. Ses yeux étaient légèrement rouges, tant de colère que de culpabilité.

« Vous vous souvenez quand Peter s'est énervé, à Ba Sing Se ? Il nous demandait à quoi ça servait d'avoir tous les pouvoirs du monde si ça ne permettait pas de sauver les gens qu'on aime. »

Gamora baissa les yeux. Ça sert à sauver le monde ! s'était-elle énervée. Un arrière-goût amer la força à déglutir. Tony se leva et commença à tourner en rond, incapable de tenir en place plus de quelques secondes d'affilées.

« Je vous le donne dans le mille, les gens qu'il aime. C'est tout ce dont il s'est jamais soucié. Les quatre maîtrise, l'énergie, les esprits ? Qu'est-ce qu'on est allés lui foutre dans le crâne, lui qui n'a jamais cherché qu'à faire le bien autour de lui ! C'était une perte de temps, on aurait dû le protéger en attendant que le solstice passe. On n'aurait jamais dû prendre autant de risques !

– Tony, intervint Steve, même si on avait laissé passé le solstice, le danger ne serait pas passé.

– On aurait gagné du temps, on aurait pu mieux se préparer.

– Non, je ne pense pas. Il nous était impossible d'anticiper ce qui arrivait.

– Non, contra Loki. Nous aurions pu l'anticiper. »

Qui de mieux placé que lui pour le savoir.

Il se leva à son tour, posa soigneusement ses deux bâtons sur le bord du lit et fit quelques pas. Il aurait tué pour une fenêtre ou un hublot à travers lequel contempler l'étendue de sa lenteur d'esprit. Voilà qui lui était bien peu caractéristique.

« S'appesantir sur ce qui a été fait ne nous mènera à rien, assura le soldat. Ce sont les décisions que nous prenons aujourd'hui qui comptent. Vous faites les bons choix, Loki.

– Je ne cherche ni votre pitié ni votre approbation, Captain. Je dis juste qu'on aurait pu l'anticiper.

– Je ne sais pas si cela nous aurait conféré un grand avantage, contesta Gamora, Thanos est trop fort, trop déterminé.

– Il n'est pas infaillible, assura Loki. Son ego est grand, la chute n'en sera que plus douloureuse.

– Mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? s'énerva Tony. On est parqués dans une putain de cale moins grande que mes placard à balais, incapables de convaincre un foutu borgne qu'on peut encore y arriver !

– Tony, implora Gamora, ne perd pas confiance.

– Comment vous faites, éclairez-moi ? Ça fait dix jours qu'on n'a plus de nouvelles de lui. Dix jours qu'il est aux mains de ce fanatique. Comment pouvez-vous encore espérer qu'il reste quoi que ce soit à sauver ?

– Peter est en vie, soutint Loki.

– Comment peux-tu le savoir ?

– Le portail n'est pas ouvert. »

Tony tourna sur lui-même, lion en cage malade, il prit appui sur le mur le plus proche, cherchant tant bien que mal à contenir sa colère, sa frustration.

« Vous avez peur, nota Loki.

– Sans déconner. »

Les barrières étaient tombées, la pudeur avec. Tony n'avait plus rien à cacher, il regrettait seulement son incapacité à sortir de là, à se défaire de cette – très justifiée – impression de tourner en rond. Steve se leva enfin, il se rapprocha doucement de l'ingénieur et posa une main chargée d'empathie sur son épaule. Il parla d'une voix basse, mesurée, rassurante.

« On n'a pas encore échoué. »

Il avisa Loki et Gamora, sentant bien que leur détermination ne tenait plus à grand-chose. Il parla un peu plus fort.

« Nick Fury a tort. Le solstice n'a pas commencé, les quatre Nations sont réunies, les armées font front commun vers le Sud, c'était ça le plan. Ils sont là et ils nous font confiance, malgré ce que Fury tente de nous faire croire. On n'a pas encore échoué, les Seigneurs se sont réunis parce qu'ils y croient, eux aussi. Échouer, ça serait baisser les bras maintenant, si proches du but. Ça n'est pas une option, pas alors que Peter compte encore sur nous. Il nous reste du temps.

– Le solstice débute cette nuit, informa Gamora.

– Dans combien de temps la flotte parviendra-t-elle au Sud ?

– À ce rythme elle n'y sera jamais à temps.

– Et avec le dirigeable Stark ?

– On y serait avant la nuit, » affirma Tony.

Steve se redressa sensiblement.

« Nous devons donc nous y rendre en volant. »

L'ingénieur ôta son poing du mur.

« Qu'est-ce qu'on attend ? »

La décision fut prise.

Gamora se mit debout à son tour, fit rouler ses poignets restés trop longtemps non sollicités, posa une main sur la porte de métal, s'assura que personne ne se situe juste derrière, et d'un coup sec fit valser la plaque en acier dans le couloir. Ils investirent les lieux sans attendre, montèrent les marches quatre par quatre pour retourner sur le pont du navire.

Les Seigneurs en pleine délibération s'interrompirent, stupéfaits, lorsque les Mentors parvinrent à leur hauteur. Steve parla d'une voix à la fermeté retrouvée.

« Nous partons chercher Peter. Nous vous retrouverons au Sud pour arrêter Thanos et son armée. »

L'assemblée resta coite, certains se tournèrent vers Fury en attente d'une réaction, peu certains sur la manière de recevoir cette déclaration. Le Directeur leva le menton et plissa son œil valide pour mieux considérer ses interlocuteurs. Steve Rogers attendait de toute évidence une réponse, il ne s'agissait pas une mutinerie, d'une tentative de rébellion. C'était un appel à l'action.

L'homme au long manteau noir abandonna son air méfiant.

« Entendu. »

Steve hocha la tête à son attention et à celle des Seigneurs, les Mentors se mirent en mouvement. Tony pianota sur son poignet, son dirigeable répondit en pointant son nez dans leur direction. Aussitôt l'ingénieur s'envola de ses fidèles flammes rouges et or, suivi de prêt par Loki et son vent bien placé. Gamora dégaina une liane qui fusa dans les airs, s'enroula autour d'une poignée du ballon, elle se tracta dans les cieux et rejoignit la porte ouverte du dirigeable. Steve s'avança vers le flanc du bateau du SHIELD, prit quelques pas d'élan et plongea dans l'océan. Il en ressortit quelques secondes plus tard au sommet d'une trombe d'eau s'étirant en hauteur, il n'eut qu'à faire un pas pour embarquer à son tour.

Personne n'eut le temps d'esquisser un commentaire que le dirigeable Stark disparaissait déjà au loin, au Sud.

À la plus grande satisfaction de Nick Fury.