PROMPT : Quand les mots étaient des actes
Lorsque le hibou de ses parents se posa devant lui ce matin-là, Drago soupira. Il aurait du s'y attendre, étant donné qu'il avait ralenti le rythme de ses lettres.
Il reporta donc la lecture de son courrier à un moment où il serait seul, prévoyant qu'il serait probablement de mauvaise humeur après. Dans son précédent courrier, il avait évoqué à mi-mots son inquiétude pour Potter, et il se doutait qu'il y aurait des répercussions.
Il ne craignait pas vraiment pour la vie de Potter ou pour une trahison de ses parents. Les Malefoy savaient garder un secret, et il était certain que ses parents - quoi qu'ils puissent être par ailleurs - ne trahiraient jamais une de ses confidences.
Il avait toujours eu cette certitude, depuis sa naissance. Et ce sentiment avait été renforcée un jour où il avait échappé le nom de Potter et de leur guerre idiote au Manoir. Sa mère avait laissé échapper un léger rire et son père avait grogné de façon bien peu aristocratique.
Quand il avait appris le retour de Voldemort et qu'il avait vu en rentrant chez ses parents les cernes sous les yeux de son père et un pli soucieux au coin de la bouche de sa mère, il avait senti son estomac se tordre, persuadé que sa relation - même conflictuelle - avec Potter allait être utilisée.
Son père l'avait appelé dans son bureau. Il lui avait assuré que leurs échanges resteraient au sein de la famille, et qu'il pourrait toujours leur dire tout ce dont il avait envie, sans craindre que ses confidences ne soient utilisées. Et il avait ajouté que s'il savait se montrer discret au sujet de l'importance qu'avait le Gryffondor dans sa vie, lui n'en parlerait pas à son Maître.
Drago avait transformé sa rivalité avec Potter en une véritable guerre Gryffondor - Serpentard. Si parmi ses camarades, il y avait des fidèles de Voldemort, alors ils ne pourraient que parler de la rivalité inter-maison, menée par Drago. Rien de plus.
Il s'isola dans son dortoir pour lire son courrier, heureux que ses camarades soient partis profiter des derniers beaux-jours.
L'écriture fine et nerveuse de son père le surprit, là où il s'attendait aux boucles larges et élégantes de sa mère. Il fronça les sourcils un instant puis prit connaissance de la lettre.
Sans surprise, son père parlait de son étrange obsession d'une célébrité, d'après ses propres mots. Drago esquissa un rictus amusé, face à l'ironie mordante de Lucius Malefoy.
Bien entendu son père avait immédiatement vu l'intérêt des confidences de son fils. Un instant, Drago se demanda ce qui se serait passé si Potter avait serré sa main à leur rencontre. S'ils étaient devenus amis, plutôt que rivaux.
A quel point son père aurait-il interféré dans sa vie pour mettre le Sauveur de leur côté ? Qu'aurait-il été prêt à faire pour charmer Potter ?
Drago adorait ses parents, plus que tout au monde. Il n'hésiterait pas, il ferait tout pour ses parents. Y compris tuer si cela s'avérait nécessaire. Pour autant, il n'était pas stupide. Il savait exactement quels étaient les défauts de ses parents et il l'avait accepté il y avait bien longtemps.
Il savait que son père était fasciné par le pouvoir et qu'il avait littéralement vendu son âme au diable pour en acquérir plus. Il savait aussi que son père n'aimait pas le diable à qui il avait prêté allégeance, et qu'il se réjouirait sans aucun doute le jour où le mage noir tomberait définitivement.
Sa mère avait la faiblesse de placer sa famille avait tout le reste. D'abord sa sœur, puis son mari… Et elle se retrouvait entourée de Mangemorts alors que Voldemort la dégoûtait au plus haut point.
Ses deux parents avaient été élevé dans les traditions Sang-pur, et avaient grandi tous les deux dans la haine des moldus. Avec les années, ils avaient appris à considérer les moldus comme quantité négligeable et à ignorer jusqu'à leur existence. Ils avaient enseigné la même chose à Drago, bien évidemment. Toute sa vie, Drago avait entendu qu'il était meilleur que les autres. Plus pur. Supérieur. Cependant, il n'avait pas été poussé vers les Mangemorts comme eux-même l'avaient été. Il était conscient que le moment venu ce serait sa décision avant tout, et que ses parents ne la lui reprocheraient pas.
Drago savait que la folie de sa tante Bellatrix avait aidé sa mère à se rendre compte de ses erreurs. Quand à son père… Drago ne pouvait supposer qu'il n'avait jamais réellement cru en toutes ces conneries, et qu'il avait juste suivi le mouvement pour grappiller plus de puissance et de renommée. Lucius avait toujours été doué pour sentir le pouvoir et le suivre.
Il relut la lettre de son père et ricana en voyant l'expression favorite de Lucius. "Quand les mots étaient des actes…". Au fil des années, il l'avait tellement entendu cette expression, qu'il savait exactement ce que son père lui conseillait. Il appartenait à une famille puissante et ses parents avait de nombreux ennemis. Sans compter les relations de son père au Ministère qui n'attendaient qu'une chose : voir le puissant Lucius Malefoy chuter. Aussi il était habitué des expressions et maximes de Lucius pour transmettre ses messages. Il avait grandi avec toutes ces phrases qui pouvaient sembler banales au premier abord.
Quand les mots étaient des actes. Son père l'encourageait juste à aider Potter. De faire plus que s'inquiéter dans une lettre, et de faire en sorte que son rival aille mieux. Sans même savoir quel était le problème, son père le poussait à se placer du côté de la Lumière.
Le cœur battant, Drago replia soigneusement la lettre et la rangea avec tous les parchemins qu'il avait reçu de ses parents depuis qu'il était à Poudlard. Il espérait que ça voulait dire que sa mère avait enfin convaincu son père de changer de camp. Il espérait que son père qu'il admirait tant cesserait d'être l'esclave du fou qu'il appelait "Maître".
Par dessus tout, Drago espérait qu'il n'aurait jamais à suivre les pas de son père, à s'agenouiller devant l'ignoble serpent qui faisait peur au monde sorcier.
