PROMPT : sables mouvants


Après avoir passé une partie de la nuit dans le parc de Poudlard, devant le lac, Harry bénissait le jour férié qui lui permettait de faire une grasse matinée.

Il essayait de ne pas penser à la venue de Malefoy, à sa trêve et à sa demande d'amitié. Et il devait avouer qu'il était perdu.

Il avait accueilli sa demande pacifique avec un peu de soulagement, probablement. Avec le retour de Voldemort, il était fatigué de ses confrontations incessantes avec le Serpentard. De nombreuses batailles l'attendaient, et il n'aspirait qu'à un peu de paix.

Sa demande d'amitié l'avait choqué. C'était à des lieues de ce qu'il attendait, et il avait eu l'impression d'un coup de se retrouver au milieu de sables mouvants. Comme si le monde avait basculé sur son axe pour le plonger dans une étrange dimension.

Aussitôt après, il l'avait rejeté parce qu'il avait pensé à une manœuvre du Serpentard. Malefoy père était un Mangemort après tout…

Mais le jeune homme avait affiché une expression blessée l'espace d'un instant.

Et après être rentré pour se pelotonner dans son lit, Harry doutait maintenant. Il commençait à se demander pour quelle raison son amitié était si importante pour Malefoy. Pourquoi il avait semblé regretter que Harry ne réponde pas à son invitation.

Le Serpentard avait tout ce qu'il voulait. Il pouvait obtenir tout ce qu'il demanderait. Son père était puissant et respecté. Il avait ses entrées au Ministère et au conseil de l'école. Et Harry ne comprenait pas pourquoi d'un coup Drago Malefoy changeait d'avis à son sujet. Tout Sauveur qu'il fut, il n'avait aucun pouvoir politique. Il était le garçon qui avait Survécu, le garçon qui était destiné à affronter Voldemort. Rien de plus.

Après réflexion, sa première idée lui semblait stupide. Malefoy n'était pas idiot et il ne lui demanderait pas son amitié pour le poignarder dans le dos après. Ça serait la meilleure façon d'attirer l'attention sur lui. Et en bon Serpentard, Malefoy n'attirerait pas l'attention. Il agirait en douce, en préparant un coup bas.

Cependant, il y avait bien une possibilité et en y pensant Harry sentait son estomac se tordre. Il regrettait de s'être encore une fois montré trop impulsif, d'avoir rejeté le jeune homme avant d'avoir pris le temps de réfléchir calmement aux mots de Drago. Ils étaient rivaux, mais Malefoy savait que si un jour il demandait de l'aide, Harry n'aurait aucune hésitation à lui tendre la main. Il avait subi suffisamment de sarcasme de sa part pour son soit-disant "complexe du héros" après tout.

Et sa demande d'amitié avait peut être été que ça, une demande d'aide masquée. Un appel au secours.

Malefoy avait peut être jugé bon de lui offrir son amitié avant de lui demander quoi que ce soit. Parce que dans son univers, tout était une question de prix. Tout était payant, chaque service rendu était l'occasion d'une dette. Harry devait aller le voir, lui expliquer qu'il n'était pas comme ça. Que s'il lui tendait la main, il n'attendrait rien en retour.

Pour Harry, il était clair que la seule chose que Drago Malefoy pouvait lui demander serait de le protéger pour qu'il n'ait pas à prendre la marque des Ténèbres. Et quelque part, il sentait quelque chose se dénouer dans sa poitrine en imaginant que jamais Drago n'aurait la peau souillée par la magie noire de Voldemort.

Il ne pouvait pas accepter de partager son rival, il ne voulait pas que leurs disputes ne soient corrompues par l'appartenance aux idéaux de Voldemort. Il ne voulait pas se retrouver face à lui sur le champ de bataille, engagé dans un duel à mort. Il ne voulait pas voir le corps de Malefoy tomber sous un sortilège, qu'il vienne de sa baguette ou d'une baguette alliée.

Malefoy était son rival. Celui qui ne le vénérait pas, qui le malmenait parfois mais qui toujours lui faisait revenir les pieds sur terre en lui rappelant qu'il était simplement un adolescent maladroit ayant grandi dans le monde moldu, complètement ignorant des coutumes sorcières.

Quelque part, ses accrochages avec le Serpentard l'ancraient dans la réalité. Les encouragements de ses amis et professeurs avaient un peu trop tendance à lui faire croire qu'il était invulnérable et à se jeter sans états d'âmes au cœur du danger.

Malefoy équilibrait tout ça, en lui rappelant qu'il n'était pas un surhomme. Qu'il n'était même pas encore un homme.

Drago Malefoy pouvait se montrer un idiot prétentieux, ils s'étaient déjà battus, insultés. Ils tentaient de se faire mutuellement mal, le plus mal possible. Mais Harry n'avait jamais vu les Ténèbres au fond des yeux d'acier. Il n'avait pas vu le reflet de la haine et de la froideur des yeux carmins de Voldemort.

Quand le jeune homme levait sa baguette vers lui pour l'attaquer, sa main tremblait légèrement, montrant son hésitation à blesser "pour de vrai".

Lorsqu'il était furieux, il dévoilait un peu de son âme, et son humanité apparaissait sous le masque d'impassibilité propre à l'aristocratie Sang-pur.

Les pensées de Harry dérivèrent lentement, et il espéra que son rejet de la veille ne pousserait pas le Serpentard dans les bras de Voldemort. Il se jura que si c'était le cas, il irait lui-même le chercher, sans demander d'autorisation à qui que ce soit. D'un coup, le fait que Malefoy ne soit pas marqué prenait une importance capitale pour lui, même s'il n'arrivait pas à l'expliquer. Il avait la sensation que si Malefoy devait rejoindre les Mangemorts alors il n'y aurait plus d'espoir pour le camp de la Lumière.

Ils ne deviendraient probablement pas amis. Pas pour le moment en tous cas. Pas après le rejet brusque de Harry. Dans l'avenir, ils arriveraient peut être à une relation apaisée. Quand ils seraient adultes et parents. Ils se salueraient en souriant, et échangeraient des nouvelles de leurs familles.

Cependant, ce rêve d'avenir ne satisfaisait pas vraiment Harry. Il voulait plus.

L'évocation que Drago avait fait d'une éventuelle amitié avait ouvert une porte, et il brûlait de découvrir où allait les emmener ce chemin. C'était une éventualité qu'il n'avait jamais envisagé, que probablement personne n'avait osé prévoir. C'était impulsif et probablement stupide, mais rien que l'idée d'agir sur un coup de tête faisait battre son cœur à une vitesse folle, comme s'il allait jaillir de sa poitrine.

D'un coup, il se sentait vivant comme jamais.