PROMPT : Ça fait des années
Lorsque Harry se réveilla, il se sentait légèrement engourdi et un fantôme de mal de tête le gênait encore. Il fronça les sourcils, se demandant par quel miracle il était arrivé à l'infirmerie, alors que son dernier souvenir se situait alors qu'il rejoignait son dortoir.
Il essaya de se redresser pour se lever mais une vague de vertige le fit gémir. Aussitôt, Madame Pomfresh arriva en grommelant. Elle le poussa sans douceur pour qu'il se recouche, continuant à maugréer entre ses dents. D'un coup de baguette, elle fit venir à elle un flacon de potion et le força à la boire.
- De toute ma carrière, je n'ai jamais vu un irresponsable tel que vous, Monsieur Potter. Je n'arrive pas à croire que vous puissiez être aussi stupide.
Harry préféra rester silencieux. Après l'avoir menacé des pires représailles s'il essayait à nouveau de se lever, elle rabattit le drap sur lui et le laissa seul, non sans un dernier regard furieux.
Le jeune homme soupira et ferma les yeux, essayant de se rappeler pourquoi l'infirmière - habituellement douce et presque maternelle avec lui - le rudoyait ainsi.
Il somnolait depuis un long moment quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit brutalement et que Severus Rogue entra, faisant tourbillonner ses robes autour de lui. Il darda son regard noir sur Harry et ce dernier déglutit sans pouvoir détourner les yeux. Il avait l'impression d'être une proie face à son prédateur et il se doutait qu'il allait apprendre pourquoi tout le monde semblait lui en vouloir d'être malade.
- Monsieur Potter… Apparemment vous n'avez pas perdu la délicieuse habitude de vous faire remarquer pour vos stupidités.
Harry s'empourpra, mais ne répondit pas, attendant la suite. Le professeur de potion attendit une réponse qui ne vint pas et grogna doucement. Il sortit de sa poche une fiole qu'il mit dans la main de son élève.
- Buvez Potter.
Harry marqua une brève hésitation avant d'avaler la fiole avec une grimace.
- C'était quoi, professeur ?
Rogue ricana.
- Et c'est maintenant que vous posez la question ? Avez-vous ne serait-ce qu'une parcelle d'instinct de survie ?
Comme Harry ne réagissait pas, il soupira avant de répondre.
- C'était une potion nutritive. Vous êtes bien trop maigre pour espérer rester en bonne santé.
Harry ne répondit pas et attendit la suite.
- Potter, puis-je savoir ce qui vous a pris de rester toute une nuit dehors, en plein hiver ?
Le jeune homme détourna la tête sans répondre et haussa légèrement les épaules. Il n'avait pas encore prononcé le moindre mot en réponse aux provocations de son professeur, se sentant encore la tête embrumée. Rogue renifla et s'assit sur la chaise près du lit, le dévisageant sans la moindre gêne.
- Faudra-t-il que je vous arrache les mots de la bouche, Potter ?
Harry se mordilla la lèvre avant de murmurer doucement.
- Comment suis-je arrivé ici ?
- Monsieur Malefoy s'est inquiété de ne pas avoir de nouvelles de votre part et il a envoyé un elfe vous voir. Il est venu m'annoncer que vous étiez au plus mal et je suis venu vous chercher pour vous conduire à l'infirmerie. Votre nuit à la belle étoile vous a rendu malade.
Harry détourna le regard.
- Je suis désolé.
Rogue soupira et observa le jeune homme encore faible qui semblait si vulnérable. Drago ne lui avait pas menti en lui disant qu'il se trompait à son sujet. Le professeur resta un instant silencieux avant de se décider à tenter de faire sortir le gamin face à lui de sa réserve.
- Comment se passent vos vacances d'été chez votre tante ? Agréables ?
Harry sursauta et blêmit violemment en se reculant un peu sur le lit. Severus ferma les yeux devant la réaction instinctive du jeune homme qui semblait effrayé à l'idée de parler de ses vacances. Rapidement, le Gryffondor se reprit.
- Très bien Monsieur. Comme toujours.
Severus Rogue laissa échapper un ricanement moqueur, qui pour une fois n'était pas destiné à se moquer de son élève.
- Ainsi, Pétunia Evans s'est trouvé un cœur ?
Harry détourna le regard.
- Vous connaissez Tante Pétunia ?
Severus retroussa les lèvres en un rictus mauvais, en repensant à son enfance, et à son amitié avec Lily avant Poudlard. Il se rappela ce jour où Pétunia était arrivée et les avait traité de monstres, parce qu'elle était jalouse que sa sœur soit plus jolie, plus gentille et surtout plus douée qu'elle…
- Je l'ai connu oui. J'étais ami avec votre mère avant notre arrivée à Poudlard, nous habitions le même quartier. Ça fait des années que je n'avais pas pensé à elle…
La bouche de Harry fit un "O" parfait alors qu'il essayait d'imaginer un Severus Rogue enfant. Il décida que c'était aussi étrange que d'imaginer sa tante enfant…
Severus profita de la surprise de Harry pour continuer.
- Elle était une vraie punaise jalouse et mesquine.
Harry sourit aussitôt spontanément et répondit avant d'avoir eu le temps de réfléchir.
- Elle n'a pas changé.
Se rendant compte de ses paroles, il plaqua les mains sur sa bouche mais il était trop tard.
Severus Rogue l'examinait attentivement, les sourcils froncés. Pourtant sa colère ne semblait pas dirigée contre Harry cette fois. Il secoua la tête d'un air agacé.
- Les marques qu'il y avait sur votre corps… Elles viennent de chez ces moldus, n'est-ce-pas ?
Harry détourna la tête, rougissant légèrement, se sentant honteux. Pourtant, sa réaction était une réponse en soi et Severus serra les poings sur ses genoux.
L'homme soupira, las, avant de dire d'une voix douce qui n'était pas habituelle chez lui.
- Monsieur Potter… Harry. Si vous ne parlez pas, personne ne pourra vous aider. Vous ne devez pas avoir peur de… d'expliquer ce qui se passe là-bas.
Harry ferma les yeux de toutes ses forces et une larme roula le long de sa joue. Puis il ouvrit les yeux et un éclair de souffrance mêlée à de la rage traversa son regard vert.
- Comment pourrais-je vaincre Voldemort si… Si je suis incapable de me défendre face à des moldus idiots ?
Severus se tendit brusquement en comprenant pourquoi le gamin endurait sans se plaindre. Il s'était persuadé qu'il était coupable de ne pas avoir réussi à se défendre. Il lui fallut toute la maîtrise acquise durant ses années d'espion pour pouvoir parler calmement.
- Harry. Je peux vous aider mais il faut que vous me parliez. Je vous jure que ça restera entre nous. Et personne n'ira vous reprocher d'avoir été la victime de ces… monstres. Sachez que quand vous serez prêt, ma porte vous sera ouverte.
