Bonne lecture !
Comme une Madeleine Bleue
Joie avait décidé de prendre les choses en main. Elle avait rallié Peur, Colère et Dégoût à sa cause. Ils arboraient un casque rond kaki duquel dépassait quelques feuilles et brindilles. Ils avaient dessiné des peintures de guerre sur leurs joues et avaient troqués leurs vêtements habituels contre des tenues militaires.
- « Il faut essayer de prendre le tableau de bord par surprise, explicita Joie avec gravité.
- Et comment on va faire ?, demanda Colère.
- J'espère que ce ne sera pas trop dangereux..., chuchota Peur, la boule au ventre.
- Ça va bien se passer, assura Joie. Vous guetterez son arrivée et je m'occupe de reprendre le tableau de bord. On a perdu les îles de la personnalité, il est temps de réparer les choses.
- Vaut mieux, sinon on va se transformer en limace ou pire... en brocolis et avec un état végétatif avancé qui plus est. », lança Dégoût pour faire bonne mesure.
Peur acquiesça et Colère leva son pouce en signe d'approbation. Ils se cachèrent donc dans un recoin de sa tête.
« Sœur Sourire est partie, je répète, Sœur Sourire est partie » les informa Dégoût dans un talkie-walkie.
De l'autre côté, Peur, Colère et Joie avaient bien reçu le message. Ils échangèrent un regard et acquiescèrent d'un même mouvement, se comprenant sans avoir besoin de mots.
Joie sortit de leur cachette. Elle roula sur le sol et se cacha derrière la bibliothèque. Elle fit un salto habile, bondissant de sa cachette. Elle marcha à pas de loup, le dos voûté jusqu'au tableau de bord. Ses pieds glissaient silencieusement sur le sol. Elle marcha soudain sur la pointe des pieds, à la manière d'une danseuse de ballet.
Dégoût regarda la mascarade de Joie, incrédule puis s'indigna dans le talkie-walkie :
« Elle nous fait quoi là ? C'est de le musique contemporaine ou elle convulse ? »
Colère étouffa un ricanement. Il ne fallait pas être de mauvaise foi : Dégoût avait raison.
Tout à coup, Peur secoua Colère comme un prunier et hurla :
« ATTENTION ! »
Joie se mit ventre à terre et enfonça son casque sur sa tête..
Colère regarda autour d'eux et ne voyant rien, grogna à son intention :
- « Attention à quoi ?
- Je ne sais pas... Au danger potentiel... ? »
Colère sauta et asséna un énorme coup de poing sur la tête de Peur qui s'enfonça dans le sol. Le casque cabossé se balança doucement sur la tête de Peur. Ce dernier marmonna, tout sonné qu'il était, qu'il avait eu raison de mettre un casque.
Joie roula de yeux et continua sa mission. Elle atteignit le tableau de bord. Elle songea à tout ses souvenirs bleus dans lesquels elle n'avait pu insuffler de la joie... ou tout autre émotion d'ailleurs... Elle prit une profonde inspiration... puis laissa son corps couler sur le tableau de bord qui avait viré au bleu depuis quelques temps. Elle apposa le dos de sa main devant ses yeux, dans une posture digne d'une tragédie grecque.
« Oh... Quelle triiiistesse, je m'abandonne à mon désespoir... »
Elle laissa sa tête tomber et dégouliner sur le tableau de bord et d'un geste apparemment innocent, elle enfonça un bouton. N'entendant pas de réaction, elle appuya de nouveau. Rien. Elle releva la tête et appuya à plusieurs reprises. Toujours rien. Elle appuya du poing sur tous les boutons qui passaient à sa portée mais aucun ne lui répondait.
- « Pourquoi ça ne marche pas ?, s'agaça Colère.
- J'espère que ça va s'arranger un jour... » chuchota Peur recroquevillé sur lui-même.
Colère broya le talkie-walkie dans sa main et jeta les morceaux au sol. Dégoût accourut quelques instants plus tard et en voyant que ce Colère avait fait de leur moyen de communication, elle lui fit remarquer que c'était encore une fois, une preuve de son intelligence. Ce dernier se vexa et les braises prirent feu sur sa tête mais ceci était loin d'impressionner Dégoût qui le gratifia d'un sourire narquois. Colère partit se déchaîner sur le mobilier, lançant chaise et canapé à travers le cortex cérébral.
Tristesse traîna des pieds jusque devant le tableau de bord, devant une Joie éreintée.
« Il n'y a que moi qui arrive à le faire fonctionner... » dit-elle inutilement d'une voix traînante.
Dans ce cortex cérébral, où le tableau de bord était bleu, où les souvenirs étaient tous empreints d'une infinie tristesse, la dépression régnait en maître. Le cortex n'était plus que l'ombre de ce qu'il avait pu être... Et toute cette tristesse était dans sa tête.
Dépression : Humeur dépressive présente la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, comme signalée par la personne (se sent triste, vide, désespérée), sur une période de deux semaines consécutives minimum. Les symptômes entraînent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants. Les symptômes observés ne peuvent être imputables à une substance. Le diagnostic de dépression est posée lorsque 5 des symptômes de la liste suivante sont observés :
- Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir pour toutes, ou presque toutes, les activités, la plus grande partie de la journée, presque tous les jours.
- Perte de poids significative en l'absence de régime ou gain de poids.
- Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
- Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours.
- Fatigue ou perte d'énergie presque tous les jours.
- Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée (qui peut être délirante) presque tous les jours (pas seulement se faire grief ou se sentir coupable d'être malade).
- Diminution de l'aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours
- Pensées de mort récurrentes rumination,, idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.
Notes :
La définition de la dépression provient du DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).
L'expression « pleurer comme une madeleine » vient de Marie-Madeleine, personnage de la Bible, qui a lavé les pieds du Christ avec ses pleurs. La couleur bleu fait évidemment référence à Tristesse.
La dépression est une maladie mentale cependant, certains facteurs sont physiques. En effet, une personne dépressive a une baisse du taux de sérotonine et d'ocytocine qui sont des hormones qui aident à la régulation de l'humeur et du bien être. C'est pourquoi, malgré sa motivation, Joie n'arrive plus à accéder au tableau de bord du cortex cérébral.
Je pense aussi que dans Vise-Versa, lorsque le tableau de bord commence à devenir bleu, il s'agit d'un début de dépression.
