PROMPT : Chien qui aboie ne mord pas


Noël était arrivé et pour la première fois depuis qu'il était à Poudlard, Harry ne se sentait pas pris dans l'euphorie de la fête. Les décors étaient magnifiques comme toujours à Poudlard. Féeriques.

Mais l'enchantement n'était plus le même. Harry avait fait en sorte de se retrouver seul, de repousser ses amis. Il était épuisé de faire sembla,t que tout allait bien alors qu'au fond de lui il avait envie de hurler contre ce nouveau rebondissement que lui avait caché Dumbledore.

Comme si l'idée de tuer Voldemort n'était pas suffisamment terrible pour lui, voilà qu'il apprenait qu'il allait devoir se sacrifier, donner sa vie pour le monde magique. Lui qui avait espéré du bonheur et une famille, il se retrouvait à nouveau dépossédé avant même d'avoir eu le temps d'approcher son rêve.

A chaque fois qu'il faisait une concession et acceptait son sort, il avait l'impression qu'on venait lui arracher encore plus.

Cette année, il était déterminé à passer Noël comme il l'entendait. Il n'écouterait pas l'invitation de Dumbledore, de peur de se trahir quand à la colère qu'il ressentait contre le vieil homme. Il savait qu'il n'était pas méchant, mais… Mais pour une fois il avait juste envie de passer avant le plus grand bien.

Il s'était donc éclipsé en milieu d'après-midi, alors que tout le monde était encore en plein des les préparatifs. Il avait fait un arrêt dans les cuisines pour y dérober de quoi s'offrir son propre festin, étouffant sa culpabilité de donner du travail supplémentaire aux elfes de maison. Puis, dissimulé sous sa cape d'invisibilité, il avait rejoint en catimini la salle sur demande.

Il n'avait pas remarqué que sa cape d'invisibilité laissait apparaître par intermittence un pied, ni qu'il était discrètement suivi. Quand il arriva devant la salle sur demande, il ferma les yeux en faisant les allers et retours, essayant de vider son esprit pour que la salle lui offre ce dont il avait besoin - et non pas ce dont il croyait avoir besoin.

Lorsqu'il ouvrit la porte, il cligna des yeux d'émerveillement face au décor enchanteur. La salle lui avait donné l'illusion d'être dans un petit salon bien chaud, avec un sapin et un grand feu de cheminée. Une fenêtre montrait un paysage enneigé et Harry reconnut sans peine l'endroit où vivaient ses parents autrefois, l'apparence qu'il avait vu sur une photo que Sirius lui avait montré. Il entra en se débarassant de la cape de son père, et posa la nourriture sur la petite table devant la flambée accueillante.

Il se tourna pour fermer la porte mais tomba nez-à-nez avec Malefoy. Il soupira, constatant que l'ancienne bouffée de haine à son encontre avait disparu. Il n'éprouvait pour l'instant que de l'agacement face à l'intrusion dans la soirée qu'il s'était préparé.

- Malefoy.

- C'est charmant ici, Potter…

Il grogna, agacé. Mais Malefoy était Malefoy, et il pouvait se montrer tellement pénible que ses nerfs en vibraient.

- Fiche le camp, s'il te plait. Je veux être seul.

Malefoy étira ses lèvres en un lent sourire, et ses yeux gris pétillèrent un instant d'amusement.

- On veut tous quelque chose, Potter.

Harry grogna à nouveau, excédé et se passa une main impatiente dans les cheveux.

- Malefoy, je ne veux pas briser notre trêve. Vraiment pas.

- Chien qui aboie ne mord pas.

Le Gryffondor cligna lentement des yeux, se sentant un peu stupide de ne pas comprendre ce que disait Malefoy. Celui-ci ricana et expliqua sa phrase étrange.

- Tu es un Gryffondor, Potter. Tu vas me hurler dessus et m'insulter mais tu ne briseras pas la trêve, parce que tu apprécies trop notre nouvel… accord.

Harry leva les yeux au ciel et décida d'ignorer le blond. Il se détourna et se laissa tomber devant la cheminée, plongeant son regard dans les flammes. Lorsqu'il entendit la porte se fermer doucement dans son dos, il réprima un sourire, se demandant ce qui avait décidé Malefoy à se montrer aussi fair-play en le laissant.

Mais bien entendu, il oublia immédiatement les compliments qu'il venait de penser en le sentant s'asseoir à ses côtés.

Sa colère disparut lorsqu'une choppe chaude fut glissée entre ses mains de force et que l'odeur sucrée de la Bièraubeurre lui parvint aux narines. Il leva les yeux vers lui et il récolta un clin d'oeil amusé. Il ne put s'empêcher de glousser et secoua doucement la tête avant de prendre une gorgée et de soupirer de bonheur.

- Merci.

Malefoy prit un sandwich sur la table et lui fit passer le plat qu'il avait apporté. Il se servit sans un mot, alors que la tension qui l'habitait depuis quelques jours se défaisait doucement. Petit à petit.

Trente minutes plus tard, Harry avait oublié à quel point il avait voulu être seul. Et il découvrait avec un peu de surprise que Drago Malefoy n'était pas le fils à papa prétentieux et arrogant qu'il avait cru. Enfin, pas toujours.

Contrairement à ses amis, il ne l'avait pas pressé de questions pour savoir pourquoi il avait eu besoin de s'isoler. Il avait juste… pris place à ses côtés, et ils avaient parlé de Quiddich, et d'autres sujets aussi peu importants.

A aucun moment il ne l'avait regardé avec pitié ou inquiétude, et la bonne humeur avait rapidement gagné Harry. Malefoy pouvait se montrer délicieusement drôle, moqueur et sarcastique. Ils avaient évité avec adresse les sujets qui pouvaient être source de conflits. Ils s'entendaient bien au final, lorsqu'ils le voulaient. Et Malefoy était définitivement en train de devenir un ami plus qu'un allié.

Aussi, Harry n'eut aucune hésitation à se redresser d'un coup pour prendre un air sérieux.

- Je ne voulais pas passer Noël avec Dumbledore parce que… je n'aurais pas pu cacher la rage qu'il m'inspire lorsque je pense à tous ses mensonges.

Drago le contempla un long moment en silence, et Harry se tendit, s'attendant presque à une remarque narquoise. Harry se dit soudain que leur trêve allait exploser là, parce qu'il s'était senti si bien qu'il avait baissé sa garde et que Drago allait tout piétiner avec quelques mots blessants.

Au lieu de quoi Drago lui offrit un léger hochement de tête comme pour le remercier de ses confidences avant de lui sourire.

- Une autre Bièraubeurre ?