Corps et Âme


Le cortex était immergé dans une fumée vaporeuse et trouble. Les sons y étaient discontinus, les images presque sans continuité, telle une mauvaise séquence de film.

Joie était penchée sur le crâne de Colère qui bouillonnait de rage. Les bras croisés et la mine renfrognée, son crâne crépitait doucement. Joie se redressa et porta un petit rouleau rempli d'une substance verdâtre à sa bouche. Elle aspira et l'autre extrémité qu'elle avait pris soin d'embraser sur la colère de son ami, rougit jusqu'à en devenir presque blanc.

Le teint de Joie vira du jaune franc au jaune soleil. Elle expira la fumée et son teint se fit d'un jaune pâle. Joie s'affala sur un canapé du cortex, le sourire béa et le regard lointain.

« Aaaaaah, soupira-t-elle d'extase, ça, c'est de la bonne. »

Dégoût munit d'un pschit désodorisant, bombardait chaque halo de fumée d'un jet salvateur quoique empreint de hargne. Une pince à linge proéminente pour son doux visage dédaigneux la protégeait des effluves nauséabondes.

Peur avait été plus loin dans la prévention. Il était assis dans un fauteuil, le visage dissimulé par un large masque à gaz. Les verres opaques rendaient ses yeux indiscernables. Son souffle, filtré par les membranes du masque, le faisait sembler au râle d'un mourant. Il était penché sur son ouvrage dont il tournait frénétiquement les pages. Le titre était équivoque : Poudre d'escampette : comment mettre Molly à la porte ? Car ce que Joie avait prétexté tester pour l'expérience se révélait à présent être un passe-temps chronophage et mortel. Les quantités augmentaient sans cesse. La pièce du cerveau s'embrumait toujours plus pour que Joie puisse bénéficier de la même euphorie.

Ils avaient tenté de cacher la drogue, d'asperger le crâne de Colère avec le contenu d'un extincteur pour empêcher Joie d'allumer sa substance. Rien n'y faisait. Le fait est que les émotions se sentaient démunies devant l'euphorie qu'arborait Joie. Ils avaient tenté de comprendre les raisons mais le fait est que le cœur seul n'expliquait pas tout.

D'un excès d'agacement, Dégoût profita de l'état nébuleux de Joie pour la saucissonner autour d'une chaise. Cette dernière se laissait porter tandis que la chaise tournoyait pour resserrer les liens.

« Gifle-la », ordonna Dégoût avec dédain.

Tristesse bien que surprise par cette étrange requête, s'exécuta. Sa main s'abattit mollement sur la joue de cette émotion d'ivresse. Ceci n'eut pour effet que de faire osciller doucement la chaise dans un grincement. Colère s'octroya le privilège de donner le change et donna une claque. Joie émergea doucement de son état comateux, le regard encore vitreux et flou.

- « C'est à but thérapeutique... ?, demanda Peur.

- Non, mais pour moi c'est cathartique », répondit Dégoût du tac au tac.

Dégoût fit face à Joie. Le regard hautain et sévère, elle la réprimanda :

- « Ça fait un temps déjà que tu nous dit que tu vas arrêter.

- Je vais arrêter demain ! , promit Joie d'un sourire presque convainquant.

- Tu nous a déjà fait ce coup-là, fit remarquer Colère en croisant les bras.

- Tu ne te rappelles pas quand tout s'est éteint dans le cortex et que rien ne voulait se rallumer... ?, souffla Peur dans une plainte. Tu avais les yeux clos et tu riais...

- C'était l'exorciste. Sans les vulgarités grivoises. », appuya Dégoût dans un rictus narquois.

Tristesse fit la moue et le nez à moitié plongé dans son épais col-roulé, elle marmonna mollement :

- « Tu dois être addict. J'ai lu dans l'encyclopédie du cerveau, dans le tome 3 qui parle du plaisir et de l'envie... de comment il se traduit au niveau neuronal. La drogue que tu prends déclenche le circuit de la récompense.

- Comme les oreos ?, demanda Colère.

- Comme tout..., reprit Peur toujours aussi paranoïaque.

- Et donc ?, demanda Joie d'une voix enjouée alors que cela ne s'y prêtait guère.

- Donc, nous allons t'aider à surpasser cette crise de manque, confia Dégoût. Et Colère en profitera pour se purger de son addiction pour les gâteaux.

- Mais c'est pas juste ! », s'offusqua ce dernier.

Dégoût croisa les bras et s'étira de tout son long pour se grandir.

« Je n'ai pas demandé l'avis du briquet qui aide à faire flamber les joints de Miss Joy Marley. Tu vas faire une pause dans les gâteaux avant que tu ne finisses par rouler par terre comme une braise fumante. »

Une gerbe de fumée s'échappa du crâne de Colère dans un râle bref, symptôme d'une crise avortée.


Dans les jours qui suivirent, la vie du cortex bourdonna de colère et de joie. Le cortex entier baignait dans une froideur à peine soutenable et était agité de séismes réguliers.

Joie commença à trembler et à pâlir tant et si bien que son teint vira au blanc. Colère devint tout bonnement exécrable et Dégoût prenait un malin plaisir à faire griller des marshmallows sur son crâne brûlant d'agacement.

Joie affichait une mine misérable. Dégoût ne s'en émut pas outre mesure. Elle tapota chaudement le dos de son amie qui était lové sous un plaid épais avec Tristesse.

- « Ça va finir par passer, assura-t-elle.

- C'est une crise de manque, confirma Tristesse.

- J-Je me sens si... si mal. » lâcha Joie, le cœur aux bords des lèvres.

- Un peu plus loin, le regard perdu, Colère tendait sa main vers des gâteaux imaginaires qu'il portait à sa bouche.

Dégoût murmura, sarcastique quoique théâtral :

« Je sais pas si on pourra tous les sauver. »


Addiction et trouble de l'utilisation

Mode problématique d'utilisation de l'alcool conduisant à une altération du fonctionnement ou une souffrance cliniquement significatives, comme en témoignent au moins 2 des éléments suivants, survenant dans une période de 12 mois :

L'alcool est souvent pris en quantité plus importante ou pendant une période plus longue que prévu.

Désir persistant de diminuer ou de contrôler l'usage de l'alcool ou efforts infructueux.

Beaucoup de temps est consacré à des activités nécessaires pour obtenir et utiliser l'alcool ou récupérer de ses effets.

Envie, fort désir ou besoin de consommer de l'alcool.

L'usage récurrent de l'alcool résulte en un manquement à des obligations majeures, au travail, à l'école ou à la maison.

Poursuite de l'utilisation de l'alcool malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels, persistants ou récurrents, causés ou exacerbés par les effets de l'alcool.

Des activités sociales, professionnelles ou de loisirs importantes sont abandonnées ou réduites à cause de l'usage de l'alcool.

Usage récurrent de l'alcool dans des situations où il est physiquement dangereux.

Usage de l'alcool poursuivi bien que la personne sache avoir un problème physique ou psychologique persistant ou récurrent qui est susceptible d'avoir été causé ou exacerbé par l'alcool.

Tolérance, telle que définie par l'un des éléments suivants :

Un besoin de quantités notablement plus grandes d'alcool pour atteindre l'effet désiré.

Un effet notablement diminué avec l'utilisation continue de la même quantité d'alcool.

Sevrage, tel que manifesté par l'un des éléments suivants :

Le syndrome de sevrage de l'alcool caractéristique.

L'alcool (ou une substance très proche, comme un médicament benzodiazépine tel que le Xanax est pris pour soulager ou éviter les symptômes de sevrage.

Sévérité

Trouble léger : Présence de 2 ou 3 de ces symptômes. Trouble modéré : 4 ou 5 symptômes. Trouble sévère : 6 symptômes ou plus.


Notes :

L'addiction ne figure plus en tant que telle dans le DSM-5 mais en tant que trouble de l'utilisation des substances .

Le DSM-5 cité ici présente l'alcool mais il en est de même pour n'importe quelle substance (opiacés, cocaïne, héroïne, etc).

L'addiction est psychologique mais aussi physique, le corps lui-même en devient dépendant, d'où les crises de manque.