PROMPT : Prix Nobel de la Paix
Lorsque Albus l'avait convoqué dans son bureau, Severus avait grogné d'agacement. Il savait parfaitement que son vieux fou de mentor voulait lui parler au sujet de Potter. Depuis son arrivée à Poudlard, c'était presque l'unique sujet de conversation.
Avec un soupir fatigué, il s'y rendit, se demandant si Albus allait finalement réussir à le rendre dingue avant que la guerre ne soit terminée. Tout grand sorcier qu'il fut, Dumbledore se comportait parfois comme un enfant.
Il fut accueilli par un sourire et une offre pour une tasse de thé, qu'il refusa comme à son habitude. Pas qu'il ne faisait pas confiance au directeur… Mais s'il avait été à sa place il en aurait profité pour glisser quelques gouttes de veritaserum dans le breuvage de ses interlocuteurs.
Dumbledore l'observa un instant avec un sourire, les yeux pétillants de satisfaction.
- Mon cher Severus…
Severus resta impassible. Albus semblait toujours s'amuser énormément de leurs conversations, essayant de faire réagir son irascible maître des potions.
- Venez en au fait, Albus. J'ai du travail qui m'attend.
- Bien sûr, bien sûr mon ami…
Severus se retint de lever les yeux au ciel. Dumbledore sembla un moment déçu de ne pas obtenir plus de réactions, comme à chaque fois.
- Je tenais à vous féliciter mon ami.
Le seul signe de surprise chez le professeur de potions fut un très léger haussement de sourcils.
- Vraiment ?
Le manque d'intérêt du professeur fit soupirer Dumbledore qui haussa les épaules.
- Je me dois vous féliciter d'avoir favorisé le rapprochement entre Drago Malefoy et notre Harry.
Severus retint une grimace d'exaspération, refusant de commenter. Il savait que la suite de l'entretien serait probablement déplaisant pour lui.
Après avoir siroté un peu de thé, Dumbledore reprit.
- Pensez-vous que le jeune Malefoy accepterait de… servir nos intérêts ?
Cette fois, Severus ne put retenir un geste d'exaspération.
- Il est hors de question que vous demandiez à un gamin inexpérimenté de devenir espion ! C'est bien trop dangereux !
Albus sourit doucement et eut un geste d'apaisement.
- Voyons, voyons mon ami. Vous n'étiez pas vraiment plus vieux lorsque vous avez commencé. Et regardez-vous, vous avez survécu.
- Êtes-vous sérieux, Albus ?
- Je ne minimise pas…
- Les tortures ? Les risques ? L'absence de vie normale ?
Dumbledore détourna le regard légèrement. Severus soupira, refrénant l'envie de se passer une main sur le visage.
- Severus…
- Non Albus. Trahir et devenir un espion était mon choix. Parce que je devais… expier mes erreurs. J'ai causé la mort de mon amie, et si je n'avais pas eu cette affreuse marque sur le bras… Mais Drago Malefoy n'est pas marqué. Il n'a rien fait de mal. Je refuse que l'on se serve de lui, parce que ce gamin n'aura jamais de vie normale une fois entré dans les ténèbres.
- C'est probablement la seule façon pour qu'il soit libre. Lui et tous les autres gamins qui passent ici.
- Je ne vous laisserai pas faire Albus. Ça ne serait pas juste de faire une victime de plus. Vous ne concourrez pas pour le prix Nobel de la Paix, n'en faites pas autant face à moi.
Dumbledore soupira en lissant sa barbe d'un geste absent.
- Nous verrons au sujet de Drago mon ami. Nous verrons quand le moment sera venu.
Severus grogna sans répondre. Dumbledore but une nouvelle gorgée de thé d'un air absent. Puis il reprit.
- Et ce cher Harry ? Comment va-t-il ?
Le maître des potions se tendit, tout en faisant en sorte de cacher au mieux sa réaction en la masquant par une grimace de dédain comme il l'avait toujours fait.
- Comme à son habitude je suppose. Je ne vais certainement pas commencer à le materner.
Dumbledore soupira et le regarda d'un air sévère.
- Severus vous savez bien qu'il…
- Ne gâchez pas votre éloquence Albus. Vous me répétez la même chose depuis que cet insupportable gosse est arrivé ici.
Severus réprima un rire sarcastique en voyant le vieux sorcier se retenir de protester.
Il n'allait certainement pas lui faire le plaisir de complimenter le gamin… De la même manière, il ne parlerait pas de ce qu'il avait découvert à son sujet.
La logique voudrait qu'il avertisse son mentor des mauvais traitement que subissait Potter. C'était son rôle en tant que professeur d'avertir le directeur de son établissement qu'un élève était potentiellement en danger.
C'était aussi son rôle en tant que protecteur du gamin.
Cependant un vague malaise persistait en lui. C'était le même malaise qu'il avait eu en parlant du cas de Potter avec son filleul, et c'était une peur qui avait tendance à le hanter de plus en plus depuis le début de l'année, plus précisément depuis qu'il avait vu les marques sur le corps de Harry.
Il pouvait accepter que Dumbledore oblige le gosse à aller chez son oncle et sa tante même s'il n'y était pas heureux pour sa protection. Il pouvait concevoir que le vieux sorcier n'avait pas eu le temps de trouver d'autre solution après la mort de James et Lily… Mais après ça, il avait eu onze longues années pour changer d'avis et intervenir.
Or, Albus ne l'avait pas fait.
Dumbledore pouvait prétendre qu'il n'avait pas voulu intervenir dans le monde moldu.
Mais Harry Potter était un sorcier à part entière maintenant. Un sorcier puissant, issu d'une famille noble. Plus encore, il était le Sauveur. Le Survivant. L'Élu. Celui qui devait vaincre et apporter la paix au monde sorcier.
Severus pourrait pardonner des négligences de la part de son mentor. Il pourrait accepter qu'Albus ait eut la faiblesse de croire qu'un couple de moldus prendrait soin correctement d'un enfant sorcier.
Il pourrait passer sur tout ce que le gamin ne connaissait pas - leurs coutumes, ses origines.
Mais il ne pourrait pas pardonner à Albus Dumbledore - tout grand sorcier qu'il fut - d'avoir laissé le gamin repartir chaque année chez sa famille moldue en sachant qu'il était battu.
Il préférait ne rien dire, garder sous silence ses découvertes et essayer de trouver une solution pour protéger le gosse, même s'il devait pour ça se rendre chez les moldus et rappeler à Pétunia qu'il se souvenait d'elle et qu'il avait maintenant le pouvoir de lui faire extrêmement mal pour l'empêcher de lever de nouveau la main sur son neveu.
Voyant le regard interrogateur d'Albus posé sur lui, il soupira et se leva.
- J'ai du travail.
Le Directeur lui fit un léger sourire en hochant la tête.
- Bien Severus. Nous reparlerons du cas du jeune Malefoy.
