Bonjour à toi Lecteur,

Tes petits mots, toujours plus nombreux sont vraiment agréables à lire (: J'espère donc que tu trouveras autant de plaisir à parcourir le chapitre qui suit ! Il est un peu plus léger que les précédents, mais les deux femmes vont enfin pouvoir commencer à s'affronter !

Tu auras également le plaisir de retrouver la petite Dipsy (:

Bonne Lecture !


Narcissa ne savait pas depuis combien de jours elle était là, prostrée dans cette chambre d'hôpital mais elle était certaine d'une chose, c'est que cela ne l'aiderait pas. Contrairement à ce que pouvait dire son infirmière, celle avec un nom russe que la Lady ne s'était pas donné la peine de le retenir. Elle était pourtant la seule qui lui adressait la parole, les autres se contentaient de l'ignorer, de faire comme si elle faisait partie du décor. Mais cela ne la touchait pas. Pas plus que les piètres tentatives du Professeur roux pour lui arracher une parole.

Après le départ de la Gryffondor, il était arrivé avec un grand sourire tentant de faire la conversation, parlant de tout et de rien, mais la Serpentard était retournée à son mutisme. Ne pouvant plus se laisser aller toute entière à son chagrin, elle s'était repliée dans les derniers retranchements de son esprit et était totalement indifférente à tout ce qui pouvait se passer autour d'elle, se contentant de regarder par sa fenêtre magique le spectacle des rues de Londres. Elle ne se nourrissait toujours pas, et quand bien même elle en aurait eu envie, elle n'aurait jamais touché la nourriture de cet hôpital. Son infirmière, la Russe, tentait de la faire manger mais elle gardait ses yeux résolument fixés sur la fenêtre. La soigneuse restait un long moment après quoi elle finissait par quitter la chambre en pestant Merlin seul savait quoi dans sa langue natale.

Narcissa ne voulait pas manger, pas plus qu'elle ne voulait guérir puisqu'elle n'était pas malade, elle voulait simplement rentrer chez elle et qu'on la laisse seule à sa peine.

Une succession de coups timides furent frappés à la porte avant que celle-ci ne s'ouvre lentement. La Lady n'entendit ni le piaillement incessant de l'infirmière russe ni la voix sévère du Professeur. Assurée de sa tranquillité, elle se replongea toute entière dans ses douloureux souvenirs, ceux dans lesquels elle vivait depuis un moment déjà.

Alors que l'agitation de la chambre avait cessé, Narcissa se sentit observée et elle détesta cette impression, ne pouvait-on donc jamais la laisser en paix. Elle tourna lentement la tête et aperçut deux yeux noisette qui la dévisageaient. Elle explosa :

- Encore vous ? Ne vous avais-je pas dit de ne plus jamais croiser mon chemin ? Ne pouvez-vous simplement pas me laisser ma solitude ? Ne pensez-vous pas avoir fait assez de mal comme cela ?

- Avec tout le respect que je vous dois, Mrs. Malfoy, puis-je savoir exactement ce que vous me reprochez ?

La jeune Gryffondor la regardait avec une lueur de défi, et le sang de Narcissa ne fit qu'un tour.

- Comment osez-vous ? Vous et vos amis m'avez arraché ce que j'avais de plus cher. Après ce que j'ai fait pour vous, vous m'avez tout pris et maintenant vous venez vous repaître du spectacle. Je ne le permettrais pas vous m'entendez !
Infirmière ! hurla-t-elle en direction de la porte. Que quelqu'un vienne me débarrasser de ce nuisible !

À peine eut-elle appelé que le Professeur roux fit son apparition, un grand sourire aux lèvres. Ainsi donc il était là depuis le début, à les espionner. Contrainte, elle s'adressa directement à lui :

- Faites la sortir, j'ai besoin de calme et de repos. Et non d'être harcelée par de prétendues héroïnes de guerre.

Avant que l'homme n'ait le temps de lui répondre, la jeune femme qui s'était un peu reculée devant l'assaut de la Sang-Pur, revint à la charge :

- Vous pensez vraiment que c'est de ma faute ou de celle d'Harry si votre mari est en prison et que votre fils a fui l'Angleterre ? Sans notre témoignage vous savez très bien que votre mari se serait fait embrasser par les Détraqueurs comme les autres Mangemorts… Et votre fils aurait pris sa place à Azkaban. Ces deux hommes ont fait leurs choix, de mauvais choix qui les ont conduits où ils sont aujourd'hui et c'est Harry qui leur a sauvé la mise. Mais si vous préférez nous blâmer pour la chute de Voldemort et la libération du monde magique, c'est simplement pour ne pas faire face à votre propre culpabilité. Vous n'avez pas pu empêcher votre mari de suivre le mage noir et vous n'avez pas su retenir votre fils… mais ça, vous refusez de le voir !

C'est le visage rouge de colère et le souffle court que la jeune Gryffondor quitta la chambre en claquant la porte, sous le regard outré de Narcissa.

- Pour qui se prend-elle pour se permettre de me parler de la sorte ? J'espère que vous ferez le nécessaire pour que cette fille ne travaille plus ici. J'exige son renvoi !

- À vrai dire, Miss Granger est bénévole à Sainte-Mangouste, je ne peux pas la renvoyer.

- Faites-le tout de même ! ordonna-t-elle.

Un court instant le Professeur eut sous les yeux la très noble Narcissa Malfoy, héritière de la maison des Black. Mais elle fit rapidement de nouveau place à la chétive et faible femme qu'elle était devenue :

- Elle m'est insupportable, dit-elle dans un murmure.

- Allons, Mrs. Malfoy. Vous savez que cette jeune fille est là pour votre bien comme nous tous. Ne voulez-vous pas nous raconter ce qui vous attriste ?

Mais déjà, la Lady s'était renfermée sur son chagrin et le Professeur, après d'autres essais infructueux pour la faire parler, finit par quitter la chambre avec un soupir.

La jeune rouge et or revenait presque tous les jours perturber la bulle que s'était créée la noble. Et chaque visite finissait immanquablement par des cris de part et d'autre. La Serpentard ne comprenait pas pourquoi on continuait à lui imposer cela.

- Vous devriez manger, lâcha la Née-Moldue sans préavis alors qu'elle était en train de changer la poche de sérum magique. Vous êtes affreuse comme cela. Les elfes de l'hôpital de donnent suffisamment de mal pour vous préparer vos repas.

- Parce que vous vous imaginez que je m'intéresse à ces créatures ? Elles ne sont là que pour nous servir… quand elles ne vous trahissent pas !

- Si vous parlez de l'elfe qui vous a amené ici, on peut plutôt dire qu'il vous a sauvé la vie.

- Et qui vous dit que j'avais besoin d'être secourue ?

La jeune femme ouvrit grand les yeux, surprise par cette déclaration.

- Voulez-vous dire, commença-t-elle d'une voix faible, voulez-vous dire que vous avez sciemment tenté de mettre fin à vos jours ?

- Bien sûr que non, petite sotte ! cingla froidement Narcissa. Je dis simplement que ces petites créatures n'avaient pas besoin de se mêler de ce qui ne les regarde absolument pas. J'allais parfaitement bien, et voilà que je me retrouve ici à devoir supporter votre présence. Sortez maintenant !

La jeune femme fronça les sourcils d'un air pensif et ne dit plus rien.

Ces énervements à répétition empêchaient la Sang-Pur de se plonger pleinement dans ses souvenirs. Cette petite effrontée était réellement insupportable, et incapable de savoir où était sa place. Et cette attitude, ce manque de manière, cette apparence négligée… c'était absolument contraire à tout ce que la Serpentard avait appris, tout ce qui faisait d'une femme, une véritable lady. Assurément, c'était la naissance de cette fille qui était problématique, les nés-moldus étaient toujours ainsi, ce n'est pas pour rien que les sorciers de sang pur leur étaient supérieurs. Il suffisait de les regarder se comporter en société pour faire la distinction, et les sorciers qui s'intéressaient de trop près à eux finissaient irrémédiablement par leur ressembler. Les Weasley en étaient la preuve vivante.

"Mais au moins les Weasley sont en famille" lui souffla une petite voix. "Et la Née-Moldue doit, elle aussi, rentrer retrouver sa famille tous les soirs".

La tristesse se rempara toute entière de Narcissa aussi rapidement qu'elle l'avait quittée, et elle se perdit une fois de plus dans ses douloureux souvenirs.

Un matin - le lendemain peut-être, mais la Lady ne savait depuis combien de temps elle avait été perdu dans ses pensées - la Gryffondor lui déposa son plateau déjeuner sur les genoux et la regarda d'un air sévère :

- J'ai ici une lettre d'Azkaban, et si vous souhaitez la lire, il va falloir que vous mangiez.

La noble lui lança un regard dédaigneux

- Pensez-vous réellement pouvoir me faire chanter ? Je suis certaine que ce que vous faites est parfaitement interdit et une fois que j'en aurais référé à votre supérieur, j'aurais cette lettre sans avoir eu à me plier à vos lubies dictatoriales.

- À vrai dire, c'est l'idée du Professeur lui-même. répondit la jeune femme avec un sourire sarcastique. Vous ne faites aucun effort depuis que vous êtes arrivée et il considère que vous devez y mettre du vôtre pour guérir.

- Je ne suis pas malade ! vociféra-t-elle.

- Eh bien… prouvez-le et mangez votre déjeuner. répliqua la Née-Moldue en quittant la pièce.

Narcissa fulminait, de quel droit osaient-ils tous se moquer d'elle. Ils abusaient de son état de faiblesse pour l'humilier encore plus qu'elle ne l'était déjà, mais elle ne se laisserait pas faire. Elle jeta un regard de haine au plateau, avant d'afficher un sourire mauvais. Elle était une Serpentard après tout, et les Serpentards parvenaient toujours à leurs fins.

- Dipsy ! Appela-t-elle doucement.

L'elfe apparut presque aussitôt et lança un regard émerveillé à sa maîtresse.

- Dipsy, j'aimerais que tu fasses quelque chose pour moi. Peux-tu manger ce repas à ma place, la nourriture de l'hôpital est vraiment affreuse.

Trop heureuse de voir sa maîtresse toujours bien en vie, et surtout de pouvoir l'aider, la petite elfe s'exécuta.

- Va maintenant ! lui ordonna la noble.

- Est-ce que Dipsy peut revenir voir la Maîtresse, Maîtresse Malfoy ?

- Uniquement toi dans ce cas !

Inclinant la tête, l'elfe disparut dans un craquement léger.

Satisfaite de son stratagème, Narcissa appuya sur la sonnette magique et moins d'une minute après, le Professeur apparut, la Gryffondor dans son sillage.

- Vous vous êtes finalement décidée à manger ? Hermione vérifiez les poubelles s'il-vous-plaît.

La jeune femme fit le tour de la chambre et secoua négativement la tête. La Lady, quant à elle, montrait un visage parfaitement lisse de toute émotion. Le Professeur lui tendit la lettre, elle la saisit sans paraître impatiente de lire son contenu, allant même jusqu'à la poser sur son chevet. Elle sentit au regard qu'avait la jeune femme en quittant la pièce, que cette dernière n'était pas dupe mais elle ne trouverait aucune preuve pour étayer ses soupçons.

Dès qu'elle fit seule, Narcissa décacheta fébrilement la lettre de Lucius :

"Ma très chère,

Une rumeur circule sur votre présence à Sainte-Mangouste et sur les causes de cette hospitalisation.

J'ose espérer que tout ceci n'est qu'une vaste machination pour déstabiliser un peu plus notre famille et que votre santé est des meilleures. Ne faites aucun cas de ces médisances, je sais que la maison Malfoy est parfaitement gérée par vos soins.

Votre dévoué,

Lucius Abraxas Malfoy"

Au travers de ses larmes, elle eut un faible sourire. Elle savait que tout le courrier qui entrait et sortait d'Azkaban été surveillé, c'est pourquoi le ton était si cordial. Mais elle connaissait suffisamment son époux pour lire entre les lignes, il s'inquiétait pour elle et tentait de lui apporter son soutien. Elle allait devoir lui répondre, et ne pourrait malheureusement pas dissiper totalement ses craintes mais comment la rumeur était-elle arrivée jusqu'à la prison ? Qui d'autre savait qu'elle était à Sainte-Mangouste ? Serait-il possible que la Gazette ait mentionné quelque chose ?

Après une nuit passée à réfléchir, Narcissa s'était fait une idée de la réponse à faire à son mari.

- Dipsy !

- Qu'est-ce que Dipsy peut faire pour Maîtresse Malfoy, Maîtresse ?

- Il me faudrait du parchemin à lettre, ma plus belle plume et de l'encre. Tu trouveras tout dans le secrétaire, dans le bureau de Lucius.

L'elfe disparut, et ne revint qu'une demi-heure plus tard avec ce que lui avait demandé la Lady, mais également une théière et des macarons qu'elle déposa sur le chevet. La malade soupira, cette elfe prenait trop de liberté pour la materner, il faudrait qu'elle remédie à cela une fois de retour au Manoir.

Elle se saisit de la plume et du parchemin :

"Mon cher Lucius,

Je ne sais de quelles rumeurs vous parlez dans votre lettre, mais il s'avère que je suis effectivement à Sainte-Mangouste. N'ayez crainte, il ne s'agit que d'un petit malaise. Les médecins, une pléthore d'incompétents si vous voulez mon avis, souhaitent me garder en observation pour je ne sais quelle raison.

Je devrais être rapidement de retour au Manoir. Rester ici me fait horreur !

Je vous écrirais plus longuement une fois chez nous.

Prenez soin de vous,

Mes pensées vous accompagnent,

Narcissa Malfoy"

En tendant la lettre à l'elfe, elle espérait qu'elle avait réussi à calmer les angoisses de Lucius, du moins pour le moment. Elle savait qu'elle allait aussi devoir écrire à son fils mais pour l'instant cela lui semblait au-dessus de ses forces. Plongée dans ses réflexions, elle piocha machinalement dans l'assiette à côté d'elle et mordit dans un macaron. La douceur inattendue de la pâtisserie la renvoya dans de lointains souvenirs, des souvenirs d'enfance qui la firent sourire amèrement. Les choses semblaient si simples à cette époque où les enfants Black étaient réunis qu'elle avait du mal à croire que ces jours aient réellement existés. Cette merveilleuse enfance s'était désagrégée, à cause du Seigneur des Ténèbres, et elle avait laissé la même chose à arriver à sa propre famille.

Plusieurs jours se passèrent avant que Narcissa n'émerge de ses réflexions, et se retrouve face à Dipsy en train de faire la poussière.

- Que fais-tu ici ? Je ne t'ai pas appelé !

- Dipsy s'est dit que la Maîtresse préférerait avoir une chambre propre, Maîtresse Malfoy. Et ces femmes qui s'occupent de la Maîtresse ne font pas bien leur travail, alors Dipsy a nettoyé la chambre comme elle le fait au Manoir, Maîtresse Malfoy.

- Bien ! Je te laisse continuer à le faire, mais essaie de cacher ta présence aux autres sorciers, je ne sais pas si tu as le droit d'être ici. Avant tout, apporte-moi encore du parchemin, en quantité !

Sa résolution était prise, il lui fallait écrire à son fils. Si Lucius avait eu vent de sa présence à Sainte-Mangouste, Draco finirait certainement par l'apprendre lui aussi, et elle ne voulait pas l'inquiéter pour rien. Cependant, une fois le parchemin entre ses mains, elle sentit son courage la quitter… qu'allait-elle pouvoir exactement lui dire ? Elle serra sa plume avec force et malgré sa main tremblante, elle se pencha sur le parchemin.