PROMPT : étourdi


Harry avait rejoint Hermione dans le parc de Poudlard à sa demande malgré la température glaciale. Elle lui sourit lorsqu'elle le vit.

- Hermione ! Ça avait l'air important…

La jeune fille hocha la tête en souriant avec une pointe d'inquiétude. Elle se mordilla les lèvres en pensant que son ami avait l'air ailleurs depuis quelques temps.

Cependant, en arrivant près d'elle, il s'apprêta à faire demi-tour, furieux, en voyant Ron à ses côtés.

Depuis leur dispute et son départ de l'équipe de Quidditch, les relations entre lui et Ron étaient glaciales et plus que tendues. Et il ne se sentait définitivement pas d'humeur pour une dispute de plus.

Ils ne se parlaient plus et s'ignoraient. Harry détournait le regard quand il croisait Ron, et Ron riait un peu trop fort avec les autres quand Harry entrait dans la salle commune.

Hermione avait bien tenté de les réconcilier mais elle s'était heurtée à deux fortes têtes, qui ne voulaient pas céder le premier.

Après des jours à tenter l'impossible, elle avait reçu le soutien inattendu des joueurs de leur équipe de Quidditch qui désespéraient d'avoir perdu leur meilleur attrapeur de mémoire de Gryffondor.

Aussi, Ron avait dû ravaler sa fierté quand l'équipe lui avait posé un ultimatum : où il ramenait Harry dans l'équipe, où il perdait sa place de gardien.

Décidé à ne pas perdre le Quidditch, il abdiqua face à la pression et accepta de laisser Hermione tenter de faire quelque chose.

La jeune fille, assurée de la collaboration de Ron avait décidé d'organiser une rencontre dans le parc, en terrain neutre. En attendant Harry, elle avait longuement sermonné Ron, en lui répétant qu'il ne devait pas se montrer agressif, moqueur ou accusateur face à Harry. Et qu'il pouvait toujours s'excuser d'avoir initié une dispute entre eux sans réel fondement.

De mauvaise humeur le rouquin avait tenté de protester, rappelant à Hermione que Harry s'était éloigné en premier, faisant passer le message qu'il n'appréciait pas leur compagnie. La lionne avait tenté d'arrondir les angles en lui rappelant que Harry avait probablement d'autres chats à fouetter que le Quidditch avec toutes les réunions de l'Ordre auxquelles il assistait.

Loin de calmer Ron, cette phrase anodine attisa la jalousie de Ron. Jalousie d'être tenu à l'écart de l'Ordre parce qu'il n'était pas Harry Potter. Jalousie de ne pas être celui qui était sur le devant de la scène. Jalousie envers Harry qui n'avait qu'à choisir ce qui augmenterait sa célébrité.

Aussi lorsque Harry arriva, les conditions étaient plutôt réunies pour une catastrophe que pour une réconciliation.

Le regard implorant de Hermione stoppa le mouvement de recul de Harry et il s'arrêta devant eux, évitant soigneusement le regard de celui qu'il avait considéré comme son frère. Hermione sourit vaillamment et tenta d'initier la conversation.

- Harry ! C'est bien que tu sois venu.

Loin de répondre, Harry grogna. Hermione donna un coup de coude à Ron, comme pour le réveiller. Ce dernier sursauta et jeta un regard noir à son amie. Puis, évitant les yeux verts de Harry il grogna de vagues excuses.

- Désolé pour … tu sais, l'entraînement. J'aurais… J'aurais pas du.

Hermione leva les yeux au ciel, et lui donna un nouveau de coude. Ron grommela d'un air buté, mais Hermione souffla le mot "gardien" et les yeux de Ron s'écarquillèrent.

Avec une mauvaise volonté évidente, il continua la litanie de ses excuses bancales - et pas vraiment sincères d'après ce que Harry pouvait en deviner en voyant sa tête des mauvais jours et son manque de motivation dans ses paroles.

Harry soupira brusquement et se calma légèrement face aux yeux suppliants de Hermione. Hermione qui en avait assez de jouer les intermédiaires, de devoir se partager sans fin entre ses deux amis. Hermione qui refusait de choisir entre eux.

Croyant que le silence de Harry était un début prometteur, Ron continua à parler, mêlant des reproches à ses excuses. Il s'était montré idiot, mais si Harry n'avait pas été si secret… Il y avait peut être été un peu fort, mais si Harry n'avait pas voulu tiré toute la couverture à lui…

Avec une sorte de fascination étrange, Harry observait celui qu'il pensait être son meilleur ami s'enflammer, prêt à de nouveau lui servir tous les reproches du monde. Harry aurait pu s'énerver. Lui hurler dessus. Le frapper.

Ça aurait eu le mérite de lui faire un bien fou, de punir Ron pour sa stupidité.

Mais il se rendit compte avec un certain détachement qu'il s'en moquait, parce que aussi loin que Ron ait été à ses côtés, ce dernier n'avait jamais pu comprendre que c'était mortellement sérieux.

Hermione stoppa Ron en le bousculant brusquement. Ils se regardèrent tous les trois, comprenant que leur amitié était à un tournant, et qu'ils n'en sortiraient probablement pas indemnes.

Ce fut Ron qui lança la salve suivante par une phrase anodine.

- Je me suis excusé. Tu reviens dans l'équipe, mec ?

Hermione produisit un gargouillis étouffé, probablement prête à hurler sur Ron à propos de son manque flagrant de subtilité.

Harry haussa les épaules.

- Je n'en ai pas envie.

Ron hurla de rage, et Harry eut un mouvement de recul face aux insultes qui fusaient. Hermione, avait les yeux écarquillés et une main plaquée sur la bouche, horrifiée. Elle attrapa la main de Harry et l'entraîna à sa suite, un peu étourdi.

- Laisse le se calmer, Harry. C'est rien. C'est…

Harry ne répondit rien, pas alors que les vociférations de Ron retentissaient encore.

Lorsqu'ils furent seuls, et au calme, Hermione renifla doucement.

- Dis-moi… Pourquoi as-tu refusé ? De reprendre ta place ? Tu… Tu aimes le Quidditch pourtant ?

Harry secoua la tête avant de se décider à répondre.

- Ce n'est plus ma priorité. Je ne suis même pas sûr que ça l'ait été. C'est juste…

- Harry. Es-tu sûr que ça va ?

Ils se dévisagèrent un long moment, puis Harry lui offrit un sourire doux.

- Oui. Je vais bien.

La lionne hésita quelques instants, comme si elle doutait de la réponse de son ami. Puis, elle abdiqua et ferma les yeux un instant.

- Bien. C'est tout ce que j'ai besoin. De savoir que tu ailles bien.

Harry enlaça son amie, le cœur apaisé.