PROMPT : J'aime...
La Saint-Valentin était arrivée et Harry n'avait pas pu mettre son plan à exécution. Alors qu'il tentait de se faufiler hors du dortoir pour se réfugier dans la salle sur demande et s'y terrer jusqu'au lendemain, Neville l'appela pour lui poser des questions sur le dernier devoir de Défense.
Refrénant son impatience, il lui répondit le plus calmement possible. Lorsqu'il arriva dans la salle commune, Hermione l'attendait et il masqua un gémissement de désespoir. Il n'échapperait pas au petit déjeuner finalement.
Dans la Grande Salle, il croisa le regard moqueur de Drago Malefoy et dut se retenir pour ne pas lui tirer la langue. Même sans ça, le Serpentard semblait sur le point de glousser, comme s'il avait à l'esprit leur conversation sur le sujet, et la certitude de Harry de pouvoir s'échapper.
Le Gryffondor se figea soudain avant avant de réprimer un rire nerveux en se sentant terriblement stupide.
Il aurait pu échapper à tout ça finalement. Il n'y avait juste pas pensé. Il lui aurait suffi d'utiliser la cape d'invisibilité et personne n'aurait pu l'importuner. Hermione leva un sourcil en le voyant, probablement parce que le reflet de sa stupidité pouvait se lire sur son visage. Il lui sourit - espérant qu'elle ne devinerait pas quel était son problème - mais les premiers hiboux commencèrent à arriver et le visage de la jeune fille s'éclaira alors qu'elle comprenait le comportement étrange de son ami.
Il grimaça alors que les premiers volatiles lâchaient sur lui une première cargaison de lettres qu'il repoussa d'un air dégoûté. Hermione réprima un rire, et ils entamèrent le petit déjeuner sans un mot de plus.
Lorsque Ginny arriva, Hermione se tendit brusquement et lança un regard désolé à Harry. La jeune fille était vêtue d'une manière qu'elle avait probablement jugé séduisante - jupe courte et décolleté vertigineux. Elle se planta près de Harry d'un air décidé, et lui sourit alors que son visage devenait peu à peu écarlate.
Gêné, Harry pria Merlin et toutes les divinités existantes qu'elle renonce à dire quoi que ce soit, mais il ne fut pas entendu.
- Harry ! Nous nous connaissons depuis quelques années maintenant et…
- Ginny…
La tentative pitoyable de Harry pour l'interrompre tomba à l'eau, et Ginny continua à parler alors qu'autour de la table leurs camarades de maison riaient franchement.
-… et je t'ai déjà parlé des sentiments que tu m'inspirais. Nous avons grandi… j'ai grandi. C'est pourquoi…
Harry tenta de se lever pour fuir, mais Ginny posa ses mains sur ses épaules, le bloquant efficacement. L'agitation à leur table commençait à attirer l'attention, et de plus en plus de monde tournait la tête dans leur direction, pour essayer de voir ce qui passionnait autant les Gryffondor.
Harry ferma douloureusement les yeux, avant de lancer un appel au secours à Hermione. Mais cette dernière était bouche bée, fascinée par la déclaration de Ginny… Et à ce moment, Harry jura qu'il la torturerait sans états d'âme, meilleure amie ou non, si elle avait été au courant de ce traquenard et qu'elle ne l'avait pas prévenu.
-… C'est pourquoi j'ai attendu l'occasion parfaite pour venir me déclarer de façon plus officielle. Ça ne sert plus à rien de cacher notre amour, et je sais qu'un jour je serais ta femme… Je voulais t'assurer que mes sentiments étaient réciproques aux tiens pour que tu n'hésites plus car je brûle de connaître enfin tes baisers et… J'aime Harry Potter…
- Ginny !
La petite rousse s'interrompit et lui sourit, les yeux pleins d'étoiles. Harry réprima un frisson en repensant aux mots de la jeune fille.
Il savait que Ginny avait toujours été plus ou moins été obsédée par lui, mais il avait pensé que ça lui était passé. Il n'avait jamais rien fait pour l'encourager et lui avait juste offert son amitié.
Au fil du temps, elle était devenue comme une sœur pour lui, et à aucun moment, il n'avait eu l'intention de faire d'elle la future Madame Potter.
La pensée de l'embrasser lui semblait aussi étrange que d'embrasser Hermione ou Luna. Elles étaient ses amies, rien de plus. Il venait d'en finir avec le stupide béguin qu'il avait envers Cho, et il ne comptait certainement pas se replonger dans les affres de la séduction pour l'instant…
Il se rendit compte qu'il s'était perdu légèrement dans ses pensées, et que désormais toute la table - au moins - était pendue à ses lèvres, attendant sa réponse. Ginny le contemplait en souriant, même si son sourire s'était légèrement fané en voyant le temps qu'il mettait à répondre.
Harry soupira et décida qu'il n'allait pas tenter d'être subtil. Ginny savait qu'il détestait être le point de mire de tout le monde et elle avait choisi de l'exposer dans la Grande Salle. Aussi, il n'allait pas prendre de gants pour épargner son ego…
- Ginny. Je t'apprécie en tant qu'amie, mais il n'y aura jamais de Madame Potter ou de baisers. Je ne t'aime pas ainsi. Et ça ne sera jamais le cas.
Il avait légèrement haussé le ton sur la fin de sa tirade, et le silence soudain avait fait résonner sa réponse si bien que toute la Grande Salle fut témoin de son rejet. Ginny pâlit, puis les larmes commencèrent à couler. Elle lui jeta un regard plein de colère et s'enfuit, alors que des ricanements éclataient ça et là.
Harry croisa le regard de Hermione et il laissa tomber sa tête entre ses bras croisés sur la table, espérant qu'il en avait fini pour les déclarations soudaines.
Il y eut des éclats de voix et il releva légèrement la tête pour tomber face au regard furieux de Ron.
- T'es un putain de salopard Potter ! Tu t'en tireras pas comme ça, pas après ce que tu as fait à Ginny !
Harry se sentit soudain épuisé.
- Lâche moi, Ron.
Il détourna les yeux, pas vraiment décidé à commencer une joute verbale dès le petit déjeuner. Il lui tardait de regagner la salle commune pour y prendre sa cape d'invisibilité et disparaître pour la journée comme il l'avait planifié. Au cas où…
Il croisa un regard gris, légèrement moqueur, mais surtout un peu inquiet. Il se sentit un peu mieux après l'avoir vu parce qu'il avait la sensation que son tout nouvel ami le soutenait et comprenait.
Il soupira lourdement et but son bol de lait, ignorant Ron qui prenait la tablée à parti. Il oublia tout, alors qu'il ne pensait qu'à une chose : dès qu'il se lèverait de cette table, il filerait ventre à terre dans la salle sur demande.
