PROMPT : Tomber d'un précipice
Après le désastre du petit déjeuner, Harry avait filé ventre à terre en direction de la salle sur demande, espérant ne rencontrer personne. Il sentait encore ses joues chauffer à l'idée de la honte qu'il avait ressenti alors que la Grande Salle était à l'écoute.
Lui qui n'aspirait qu'à se fondre dans la masse avait été une fois de plus mis sur le devant de la scène à cause de Ginny Weasley et il lui en voulait terriblement.
Si Ginny avait été aussi amoureuse de lui qu'elle ne le prétendait, elle ne lui aurait jamais fait ce genre de chose. Elle aurait attendu qu'ils soient seuls pour se déclarer au lieu de vouloir clamer au monde entier qu'elle voulait devenir Madame Potter. C'est pourquoi il n'avait pas le moindre remord d'avoir écarté un peu brutalement la jeune fille. Il savait d'expérience que s'il ne l'avait pas repoussé, elle aurait pris sa faiblesse pour un encouragement.
Avec un rire désabusé et triste, Harry pensa soudain que ce qui venait de se passer n'aiderait en rien la réconciliation avec Ron… Même si après tout ce que ce dernier avait pu dire, il n'était pas vraiment certain de vouloir pardonner.
Étrangement, en cet instant, il avait envie de voir Drago, avec la sensation qu'il serait la seule personne à pouvoir le comprendre et l'aider. Il était celui avec lequel il se sentait vivant, il était celui qui le connaissait le mieux.
Il aurait probablement dû être choqué de se retrouver si proche et si dépendant de celui qui était encore son ennemi au début de l'année. Mais quelque part, la situation lui semblait logique. Ils n'avaient jamais pu s'ignorer tous les deux. Dès le départ, ils avaient violemment réagi l'un à l'autre.
Le porte de la salle sur demande s'ouvrit et Harry se leva brusquement baguette en main. Une vague de soulagement l'envahit lorsqu'il vit Drago entrer et sourire. Avec la sensation de tomber d'un précipice, il se rendit compte que Drago Malefoy était tout ce qui lui fallait pour se sentir mieux. Il ne voulait pas s'attarder sur ce sentiment étrange, ni même chercher à creuser. Pour l'instant, il avait juste besoin d'oublier tout ça, et de voir ce qu'il adviendrait.
Drago Malefoy avait vu avec satisfaction la belette femelle se faire renvoyer sèchement, comme ça aurait du être le cas depuis bien longtemps. Il y avait plus que la rivalité familiale entre les Weasley et les Malefoy : il détestait les deux derniers de la fratrie.
Cependant, il remarqua la pâleur de Potter, et son expression tendue. Il devina sans peine que le Survivant n'était pas vraiment à l'aise avec le fait de se défendre face à eux…
Les vociférations de la belette qui semblait décidé à réduire Potter à néant choquèrent beaucoup de monde chez les serpents : même s'ils ne vivaient pas comme une grande famille heureuse, ils avaient suffisamment de respect envers leurs camarades pour gérer leurs désaccords en privé.
Pansy Parkinson se pencha vers Drago.
- Merlin, tu as vu comment ils le traitent ?
Drago haussa les épaules d'un air indifférent, même si au fond de lui il bouillait littéralement de rage. Pansy, inconsciente des réactions de son ami, continua.
- Est-ce que au moins ces idiots de Gryffondor se rendent compte de la chance qu'ils ont de l'avoir parmi eux ? Jamais leur maison ne sera insultée parce qu'ils ont le fichu Sauveur !
Drago renifla d'un air méprisant.
- Et puis quoi Pansy ? Tu préférerais que l'espoir des sorciers ne soit assimilé à un futur mage noir ?
La jeune fille tordit les lèvres en une moue de dégoût.
- Il suffit de le regarder pour voir qu'il n'a rien de dangereux…
Drago ricana, amusé de voir combien tout le monde se trompait au sujet de Potter. Il avait beau être un gentil Gryffondor naïf, il était dangereux. Bien plus que n'importe qui d'autre.
Le jeune homme se leva pour quitter la table, avant que Pansy n'ait eu le temps d'ajouter quoi que ce soit.
Il vit Potter passer à toute vitesse dans le couloir, et s'engouffrer dans les escaliers. Sur une impulsion subite, il décida de le rejoindre. Il devinait parfaitement où il se rendait.
Quand il ouvrit la porte de la salle sur demande, il reconnut immédiatement le décor. C'était le même salon qu'ils avaient eu pour Noël, celui qui faisait penser à la maison des parents de Potter à Godric's Hollow, avant leur mort.
Il lui sourit, soulagé de voir que Potter semblait aller mieux. Et il fut définitivement satisfait de voir que son nouvel ami était ravi de le voir arriver.
- Malefoy ! Comment… ?
- Comment j'ai su que tu serais ici ? Facile… Toute la Grande Salle a assisté au naufrage de la famille belette et je me suis dit que tu aurais besoin de… calme.
Harry sembla triste d'un coup.
- Ouais… Naufrage… ça y ressemble. Elle m'avait poussé à bout…
- Mon cher, je ne vais certainement pas te reprocher d'avoir enfin virer cette… sangsue.
Le Gryffondor eut un léger sourire hésitant. Il haussa les épaules.
- Je vais probablement devenir un paria dans les jours à venir.
- Parce que tu as refusé que la belette ne devienne la future Madame Potter ?
- Pitié… Malefoy, sérieusement…
Drago reprit son sérieux.
- Écoute Potter. Je suis un Sang-pur et j'ai reçu une certaine éducation. Comme par exemple le fait de devoir accepter un mariage arrangé pour ma famille. Je ne me considère pas comme un grand romantique, loin de là. Mais cette fille… Elle n'a ni l'éducation des Sang-purs ni le romantisme écœurant de certains… nés-moldus.
Harry le dévisageait, l'air stupéfait. Drago continua.
- Elle aurait dû savoir que tu détesterais être mis dans cette situation face à tout le monde.
Harry le fixa d'un air étrange, avant d'acquiescer d'un air absent.
- Oui. Elle aurait dû le savoir.
Mais Drago n'avait pas remarqué l'air soudain pensif du jeune homme face à lui. Il se laissa tomber dans le sofa face à la cheminée, aux côtés de Harry.
- Je suppose que tu ne vas pas remettre le nez dehors ?
Le ricanement de Harry à cet instant sembla parfaitement Serpentard au blondinet.
- Pour risquer de me retrouver face à une horde de rouquins en colère ?
Leur éclat de rire permit à la boule de colère qui menaçait d'exploser en Harry de reculer au plus profond de lui.
