Bonjour à toi Lecteur,

Comme promis me voici t'offrant ce chapitre dès mon retour de vacances (qui, ils faut le dire, ont été divines !)

La relation entre les deux femme se développent un peu plus et elles se rendent compte qu'elles ont plus de points communs qu'elles ne le croyaient !

Bonne lecture


La première séance devait avoir lieu aujourd'hui et Narcissa ne savait comment l'appréhender. Il est vrai que la jeune Gryffondor n'était pas aussi horripilante qu'elle l'avait imaginée, mais elle n'avait pas envie de répondre à ses questions idiotes. On voulait lui imposer un psychomage soit, mais elle n'allait certainement pas jouer les patientes modèles. Elle était une Black, elle était une Malfoy et elle ne les laisserait pas lui dicter sa conduite.
C'est dans cet état d'esprit qu'elle reçut Miss Granger, plus sèchement qu'elle ne le faisait depuis quelque temps, mais la jeune femme ne sembla pas s'en offusquer. Après quelques minutes d'un silence pesant, la rouge et or se racla la gorge :

- Je ne sais pas exactement comment aborder ces séances, je n'ai jamais fait cela auparavant et je n'imagine même pas à quel point cette situation doit être difficile pour vous.

Voyant que son aînée ne répondait pas, elle poursuivit :

- J'ai passé la plupart de mon temps entourée d'hommes ou de garçons, et de toute façon je n'étais pas du genre à m'épancher. Toutefois, je dois dire je ça m'a fait du bien de vous parler de mes parents et… et même de Ronald. Avoir une oreille attentive qui ne juge pas est quelques fois bénéfique.
- Me croyez-vous aussi faible que vous Miss ? Sachez que je n'ai nul besoin d'oreille attentive, j'accepte votre babillage simplement pour respecter ma part du marché et continuer à voir Draco.
- Ce marché stipulait que vous deviez coopérer et…
- Ne trouvez-vous pas que je coopère assez en m'imposant votre présence ? Par ailleurs, parlez-moi plus avant de ce qui est arrivé à vos parents.

La Serpentard vit la jeune femme pâlir, elle savait qu'elle frappait là un coup bas, mais c'était le meilleur moyen de faire en sorte que la conversation prenne une direction différente. La rouge et or tentait de se composer une expression neutre, mais son masque se craquelait de toute part, elle était sur point de pleurer.

- Vous ne devriez pas montrer vos émotions Miss, elles pourraient aisément être retournées contre vous.
- Plus facile à dire qu'à faire... marmonna la jeune femme.

- Il s'agit simplement d'un peu de discipline, votre visage ne devrait pas refléter de manière aussi crue ce que vous ressentez.
- J'ai effacé définitivement la mémoire de mes parents, ils ont oublié jusqu'à mon existence… Je voulais juste les protéger et leur éviter la douleur de me perdre, si je n'avais pas survécu. Mais j'ai survécu et maintenant je n'arrive plus à les retrouver.

Malgré ce qu'elle venait de lui dire, Narcissa sentit bien que la surprise se peignait sur son visage. Ainsi donc la grande héroïne de guerre avait sacrifié jusqu'à ses propres sentiments pour une bataille dont l'issue était incertaine. Et elle se tenait en face d'elle, la mettant fièrement au défi de la critiquer.

- C'est très noble ce que vous avez fait, Miss.
- Pour ce que ça m'apporte aujourd'hui…

- Je n'étais pas au courant de tous les plans du Seigneur des Ténèbres, mais il est certain que vos parents étaient sur la liste des personnes à abattre, de même que les Weasley. À vous de savoir si vous auriez préféré être orpheline.

La jeune femme resta un moment silencieuse, avant de reprendre hésitante :

- Vous… vous voulez dire qu'il les aurait assassinés ?
- Je ne pense pas qu'Il aurait pris le temps de s'en occuper en personne… mais des ordres ont été donnés quant aux familles des traîtres qui aidaient le Survivant. De plus, vos parents sont des Moldus, ce qui en faisait une cible de choix.

Une fois encore la Gryffondor ne dit rien. Narcissa voyait bien, à la ride qui se formait sur son front, qu'elle réfléchissait.

- Ces dernières années ont été les plus noires que j'ai connues. La présence constante du Lord m'empêchait de respirer librement, tant la menace qui pesait sur les miens me tenaillait la poitrine, et ce fut pire après l'échec de Lucius. Je comprends ce que vous avez fait et pourquoi vous l'avez fait. La famille, Miss Granger, est ce que nous avons de plus précieux.

La jeune femme lui sourit de toutes ses dents à travers ses larmes et la Serpentard la trouva immédiatement agaçante.

- Cessez donc d'agir comme si vous aviez 5 ans ! Maîtrisez-vous un peu par Morgane !
- Mais pourquoi ?
- Vous donnez un coup d'avance à vos interlocuteurs. Il faut apprendre à vous composer un visage neutre en toute circonstance.

Elle vit Hermione Granger tenter de lisser ses traits, mais une fois encore des émotions brutes paraissaient clairement sous le masque.

- Je n'y arrive pas. Je ne sais même pas ce que je suis censée faire.
- Cloisonnez votre esprit, Miss. Placez vos sentiments derrière une vitre de laquelle vous pouvez voir le monde sans qu'il ne vous voit.
- Comme l'occlumancie ?
- Le principe de fonctionnement est le même, mais ce n'est pas aussi précis, cela ne résiste pas à un legilimens.

La jeune femme acquiesça avant de lancer un regard à son bracelet :

- Oh par Merlin je suis en retard. Je suis désolée, mais je dois vous quitter.

Elle sortit précipitamment de la chambre sans laisser à son aînée la possibilité de l'interroger sur ce curieux bijou qui semblait mesurer le temps.

Plus les jours passaient plus Narcissa savait qu'elle ne pourrait éternellement repousser l'explication qu'elle devait à son époux. Elle s'étonnait d'ailleurs qu'il ait pu s'empêcher de la questionner plus avant. Mais pour le moment, elle attendait avec impatience son rendez-vous avec la jeune femme.

- Miss Granger ! l'accueillit-elle affablement aussitôt qu'elle eût franchi la porte.

Si la Gryffondor fut surprise, elle ne laissa rien paraître sur son visage et la Sang-Pur se félicita que son enseignement porte ses fruits. Même si elle dut admettre une demi-seconde plus tard qu'elle n'avait jamais eu l'intention d'enseigner quoi que ce soit à la Née-Moldue.

- Vous devriez faire quelque chose pour vos cheveux. Il n'est réellement pas décent pour une jeune femme d'avoir une telle, excusez-moi du terme, paillasse. Une femme convenable porte les cheveux longs.
- Vous êtes si rétrograde, Mrs. Malfoy. lui répondit-elle en guise de bonjour. Les mœurs évoluent et vous seriez surprise de voir le nombre de femmes qui ont les cheveux courts.
- Je n'en crois pas un mot…
- Eh bien vous verrez ! rétorqua effrontément la brune.

Un silence pesant s'installa entre les deux femmes, mais la plus jeune ne semblait pas avoir en avoir terminé :

- Avez-vous vu Draco récemment ?
- Avez-vous vu vos parents récemment ? cingla sèchement Narcissa.

La douleur flasha dans les yeux de sa soignante, mais elle tenta de la cacher derrière le même sourire aimable qu'elle avait en entrant. Ainsi donc plutôt que de se construire un masque de glace, la Gryffondor avait préféré celui de la bienveillance, une parade excellente lorsqu'elle serait mieux maîtrisée.

- Je vois que mes conseils sont appliqués, mais il vous reste encore d'importants progrès à faire.
- Tout comme vous en matière d'amabilité… rétorqua la jeune femme en gardant son sourire collé aux lèvres. Pour répondre à votre question, je n'ai toujours pas de nouvelles de mes parents, mais le détective que nous avons engagé a déterré plusieurs pistes que je n'avais jamais découvertes. Je n'ai plus qu'à croiser les doigts.
- Ne craignez-vous pas leur réaction quand ils recouvreront la mémoire ?

Cette fois-ci, le masque se fissura et la peur, crue, s'afficha sur ses traits. Elle tenta de la ravaler, mais l'angoisse était bien plus forte que les efforts qu'elle fournissait, et ce combat se lisait dans ses expressions.

- Je… j'espère que… j'espère qu'ils comprendront pourquoi je l'ai fait.

Une fois encore le silence se fit lourd, presque palpable entre les deux femmes.

- J'avais une question à vous poser Miss. reprit prudemment Narcissa. Ce n'est rien d'essentiel, mais le bijou que vous portez au poignet semble indiquer le temps qui passe. Comment cela fonctionne-t-il ?

Prise de court, la brune n'eut pas la possibilité de cacher son étonnement.

- Euh… eh bien… euh… c'est une montre… et… euh… ça donne l'heure…
- Je sais ce qu'est une montre, Miss. Mais jamais encore je n'en avais vu portée au poignet. D'ordinaire, elles sont plutôt enchaînées au gousset et ne sont pas portées par les femmes.
- C'est le même fonctionnement qu'une montre gousset, simplement elles sont plus petites pour être portées sur le poignet.

Elle détacha son bijou et le tendit à Narcissa qui s'en empara nonchalamment.

- Je n'avais jamais fait attention, mais maintenant que vous me le faites remarquer, je ne crois pas en avoir jamais vu aux poignets d'un sorcier.
- Vous voulez dire que c'est moldu ?
- Il semblerait… en effet.

La Serpentard s'efforça d'afficher une moue dégoûtée, mais elle ne lâcha pas le bijou pour autant. Elle l'examinait sous tous les angles et était réellement étonnée de son ingéniosité. Certes, jeter un Tempus n'était pas bien compliqué, mais il n'était pas toujours aisé d'attraper sa baguette lorsque l'on avait les mains occupées.

- C'est un bien bel objet. dit-elle en lui rendant la montre. En existe-t-il beaucoup de la sorte ?
- Eh bien, celle-ci est un cadeau donc elle est un peu plus luxueuse que d'autres. Mais il y en a de toutes sortes, féminines, masculines, pour les enfants... Je dois avoir des publicités quelque part, je vous rapporterai ça.

La noble hocha la tête et la conversation continua sur le même ton badin, sans qu'aucune des deux femmes n'évoque sa vie privée.

Les jours passaient et quoiqu'il en coûtait à Narcissa, elle devait avouer que la présence de la Née-Moldue était un véritable plaisir. De plus, les progrès qu'elle faisait pour masquer ses émotions étaient remarquables. Même la coiffure de la jeune femme semblait différente, moins rebelle, plus travaillée. Évidemment, la noble ne laissait rien paraître, mais cela lui plaisait d'observer la Gryffondor suivre ses conseils.

Draco était passé la voir, mais sa visite s'était terminée en dispute, Lucius s'impatientait et faisait pression sur leur fils pour en savoir plus sur l'état de son épouse.

- Je n'ai rien dit, car ce n'est pas à moi de le faire, lui avait dit le jeune homme, mais il est cruel de le punir ainsi.

Elle ne cherchait pas à le punir, du moins ce n'était pas son intention. Mais que pouvait-elle bien lui dire ? Malgré tout ce qu'elle avait pu dire, elle sentait que son état de santé n'était pas au plus haut, d'autant que sa magie était toujours aussi faible. Comment allait-elle lui dire qu'elle ne supportait plus de vivre sa lui, sans Draco, sans leur famille… et que cela la transformait en Cracmol. Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle les ravala, elle n'était pas seule. Un soignant s'occupait de sa chambre en lui adressant fréquemment des regards mauvais. Jusqu'ici, elle s'était laissée traiter de la sorte, mais il était hors de question que cela continue.

- Dois-je vous rappeler que lorsque vous avez choisi d'enfiler cette horrible tenue, vous avez prêté un serment ?

Sa voix était froide et sèche, sa posture des plus rigides, son port, altier. Sa grande taille lui permettait de dominer son interlocuteur. Celui-ci la regardait d'ailleurs d'un air choqué.

- Avez-vous perdu votre langue ? Ou est-ce que votre stupidité n'a d'égal que votre impolitesse ?
- Je… Vous… Vous n'avez pas à me parler sur ce ton ! bégaya vaillamment l'homme.
- Et vous n'avez pas à me traiter comme vous le faites tous ! asséna-t-elle. J'en ai plus qu'assez de vos regards mauvais et de vos marmonnements incessants, êtes-vous donc incapables de faire de manière correcte le travail pour lequel vous êtes rémunéré ? Vous vous êtes engagé à respecter chacun de vos patients, sans discrimination… or c'est exactement ce que je vis jour après jour !

Le jeune soigneur quitta la chambre, tremblant, sans même finir ce pour quoi il était venu. Narcissa sourit pour elle-même, fière de son effet, avant d'être rattrapée par une vague de mélancolie. Avant la guerre, personne n'aurait osé la traiter en paria, elle était respectée et admirée par tous. Mais être du côté des vaincus était une faute que personne ne lui pardonnerait jamais, peu importe ce qu'elle avait pu faire ou ce qu'elle ferait encore. Souvent elle s'était dit qu'elle aurait dû s'opposer aux choix de son époux, notamment pendant la Seconde Guerre. Sa soumission au Seigneur des Ténèbres leur avait coûté énormément, et une part d'elle lui en voudrait toujours d'avoir été aussi imprévoyant.

Un peu plus tard dans l'après-midi, alors que la Lady continuait de s'abîmer dans de sombres pensées, la jeune Miss Granger fit irruption dans sa chambre, son sourire aimable vissé à ses lèvres.

- On peut dire que vous avez fait forte impression aujourd'hui. La salle de repos est en ébullition et les couloirs bruissent de chuchotis.

Pour la première fois, la Serpentard ne put déchiffrer clairement les sentiments de sa soignante. Etait-elle en colère ou au contraire ravie de la situation ?

- Je vois que mes conseils ont porté leurs fruits, Miss. Votre masque est parfait.

La jeune femme hocha la tête, sans pour autant se départir de son sourire.

- Il semblerait que vous ayez effrayé mon collègue, plus personne ne veut désormais travailler dans cette chambre.
- Grand bien leur fasse ! Ce serait plutôt à moi de refuser leur présence ici.

- Je conviens que leur attitude à votre égard n'est pas plus professionnelle, mais essayez de les comprendre.
- Miss, si vous arrivez à faire abstraction de notre passé, des personnes que je n'ai jamais rencontrées devraient parvenir à oublier que mon époux a choisi le mauvais camp.
- Les erreurs des autres sont toujours plus faciles à blâmer que les nôtres.

Un silence s'installa entre elles, interrompu rapidement par la rouge et or.

- Je voulais simplement être sûre que vous alliez bien après cette confrontation. Vous allez certainement recevoir la visite du Professeur à ce propos. Par ailleurs, je vous ai ramené quelques magazines pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même que les femmes peuvent porter les cheveux courts, et il doit sûrement y avoir l'une ou l'autre pub pour des montres.

Narcissa regarda la pile que la jeune femme déposait sur son chevet et la remercia d'un hochement de tête.