PROMPT : reconstituer
Severus Rogue avait bien évidemment vu ce qui s'était passé le jour de la Saint Valentin. Sur le moment, il avait ricané moqueusement, puis il avait croisé le regard furieux de Drago.
Pensif, il avait observé Potter se faire insulter par son soit-disant meilleur ami, avant de partir en toute hâte.
Albus avait soupiré, et Minerva avait claqué des lèvres, pestant contre les deux derniers Weasley qui faisaient bien peu honneur à leur nom.
Pour la suite de la journée, Severus avait noté la disparition de Potter mais aussi celle de son filleul, et il avait soupiré, perplexe de voir à quel point ces deux là semblaient d'un coup bien s'entendre. Personne n'avait semblé s'inquiéter de la disparition du Survivant, et à sa table, les deux Weasley semblaient être en plein conciliabule…
Comme la Saint Valentin était tombée le samedi, il avait dû attendre le lundi et particulièrement le cours de potion avec les Gryffondor pour savoir comment allait le Survivant. Il s'attendait à trouver un sosie de James Potter fanfaronnant arriver et non pas un jeune homme cerné et mal à l'aise.
Ce fut probablement le moment où Severus Rogue comprit qu'il se trompait de cible pour déverser sa colère et qu'il se rendit compte que Harry Potter était terriblement vulnérable.
Il vit Ron Weasley faire en sorte de bousculer celui qu'il appelait autrefois son ami. Il serra les poings d'agacement. Lorsque Harry fit tomber une fiole en verre sur le sol, il lui donna une retenue, essayant de rester impassible face au regard colérique de son filleul.
Le ricanement de Weasley lui fit bouillir le sang et il se tourna vivement en lui ôtant cinquante points et en lui donnant une semaine de retenues avec Rusard. Le teint verdâtre du roux lui fit un bien fou…
Le soir même, au moment de la retenue, Harry arriva pile à l'heure pour la première fois de sa scolarité. Severus soupira en le voyant se préparer à frotter les chaudrons.
- Monsieur Potter… Pas ce soir. Venez vous asseoir.
L'air perdu de Harry le fit sourire et il expliqua aussitôt.
- J'ai parfaitement noté la situation avec vos camarades, ainsi que vos cernes. J'ai pensé qu'une retenue avec moi serait l'excuse idéale si vous aviez besoin de parler.
Harry cligna des yeux doucement.
- Je ne suis pas en retenue ?
- Non.
- Mais… j'ai brisé…
- Vous avez bousculé une fiole parce que Monsieur Weasley vous a bousculé. Je sais que je ne me suis pas souvent montré impartial, mais ça ne m'empêche pas de reconnaître la réalité.
Harry hocha la tête doucement.
- Dormez-vous bien, Monsieur Potter ?
Le Gryffondor détourna le regard et le maître des potions estima qu'il venait d'avoir une réponse satisfaisante. Il reprit aussitôt la parole, décidé à aider ce drôle de gamin qu'il avait détesté pour les mauvaises raisons.
- Saviez-vous que votre mère fut ma première amie ?
Le jeune homme face à lui ne répondit pas mais leva ses grands yeux verts vers lui, avide de savoir.
- Lily… Elle était une fée pour moi. Nous vivions dans le même quartier et un jour… elle m'a surpris alors que j'essayais de changer la couleur d'une marguerite. En cachette bien entendu. Elle… Après cela, elle m'a suivi. Dès que je sortais de chez moi, Lily Evans ne mettait pas longtemps à apparaître et à s'intéresser à qui j'étais. Elle était comme ça… insouciante et amicale.
Il nota les yeux verts noyés de larmes et il continua, d'une voix douce.
- Quand elle a reçu sa lettre de Poudlard… Elle est venue m'en parler immédiatement. Je l'ai su avant sa famille. Elle était heureuse parce que nous y serions en même temps.
Harry souriait et Severus soupira doucement.
- Harry, j'ai pu reconstituer ce qui s'est passé le jour de la Saint Valentin, la dispute qu'il y a eu. Cependant… j'ai l'impression que c'est plus grave n'est-ce-pas ?
Harry détourna les yeux.
- Ce n'était rien qu'un truc stupide… Je n'aurais pas dû me montrer aussi… blessant.
Depuis qu'il était professeur, Severus Rogue avait entendu bien des choses, mais certainement rien d'aussi révoltant. Il grinça presque des dents avant de se reprendre.
- Si je m'étais trouvé à votre place, je me serais montré bien plus blessant. Cette jeune fille s'est montrée bien présomptueuse de s'auto-proclamer fiancée si vous n'étiez pas au courant.
Le Gryffondor grimaça.
- Je l'aime bien. Enfin… Je l'aimais bien. Mais plus comme une sœur.
- Miss Weasley semble légèrement obsédée par votre personne depuis son arrivée ici.
La grimace de Harry s'intensifia.
- Juste parce que je suis… connu. Tout le monde ne voit que… Ma cicatrice et ce que je dois être.
Le maître des potions se sentit d'un coup mal à l'aise en se rendant compte qu'il avait fait la même chose. Il n'avait vu en Potter que son nom de famille et la cicatrice qui le rendait célèbre.
- Je suis désolé.
- Pourquoi ? Vous êtes bien le seul à me traiter normalement.
Severus ne sut pas s'il devait se sentir horrifié ou se mettre à rire devant les mots du gosse. Il était probablement celui qui l'avait le plus mal traité en se fiant à des préjugés…
Il émit un gargouillis étouffé avant de pouvoir s'exprimer à peu près normalement.
- Pardon ?
- Vous ne m'avez jamais… fait de faveurs parce que j'étais célèbre. Vous…
- Harry… Je suis probablement celui qui est le plus indigne ici. J'ai vu en vous votre père sans chercher à le vérifier. Je pensais que vous étiez un gosse gâté parce qu'il était le parfait héritier Sang-pur.
Mais Harry se contenta de hausser les épaules. Aussi Severus profita de l'instant.
- Votre oncle et votre tante… Ce sont eux qui vous ont battu, n'est-ce-pas ?
Harry blêmit immédiatement mais Severus ne lui laissa pas le temps de se relever et de fuir. Il lui saisit le poignet.
- Répondez-moi, s'il vous plaît. Je veux réellement vous aider.
Le Gryffondor sembla se rebeller un instant, avant de lâcher prise.
- Ne vous donnez pas cette peine, Monsieur. C'est…
- Ne vous avisez pas de finir votre phrase, quoi quoi vous alliez dire. Il n'est pas question que je vous laisse retourner là-bas dans ces conditions.
Severus eut un coup au cœur en voyant les yeux de Lily lorsque Harry leva les yeux vers lui.
- Merci Professeur.
