PROMPT : solitaire


Une fois Harry Potter parti de son bureau, Severus Rogue resta un long moment perdu dans ses pensées. Puis, il rejoignit ses appartements.

En arrivant, il appela un elfe et demanda une bouteille de Whisky.

Se trouver face à Harry avait été une expérience étrange et déplaisante. Une plongée directe dans son enfance, alors qu'il était un petit garçon solitaire et malheureux.

Lily Evans avait été sa lumière dans les ténèbres. Et la jolie gamine à la chevelure de feu avait vite compris que son ami sorcier était victime de mauvais traitements.

Severus n'avait jamais avoué. Un peu comme Harry. Il cachait les marques de coups, il cachait la faim qu'il avait de chevillée au corps. Lily l'avait compris, puisqu'elle n'avait jamais attendu qu'il parle. Elle l'avait entouré de tendresse et de réconfort.

Cette gamine lui apportait toujours de quoi manger alors que son père le privait de nourriture. Parfois, elle lui donnait un pull pour qu'il ait un peu plus chaud. Elle lui parlait, de tout, de petits rien. Elle le noyait sous un flot de paroles pour lui faire oublier qu'il souffrait.

Elle le prenait dans ses bras et lui assurait qu'ils étaient amis. Lui le gamin sorcier au physique disgracieux, elle la jolie fée aux cheveux rouges.

Les lettres de Poudlard avaient été le début d'une nouvelle ère. Severus avait rêvé d'une vie plus douce, loin des coups de son père, loin de la misère de l'impasse du Tisseur. Lily avait été excitée de partager sa nouvelle vie avec son ami, et elle attendait la rentrée avec impatience…

Dans le Poudlard express, ils étaient montés ensemble dans le train rutilant, main dans la main, le cœur battant. Lily ouvrait de grands yeux ravis et s'émerveillait d'un rien. Severus la suivait, ne la quittant pas des yeux.

Une fois installés, ils s'étaient jurés de rester amis. Severus avait eu peur que les maisons ne les séparent, mais Lily avait assuré que peu importe quelle serait sa maison, elle resterait son amie.

Ils avaient fait la première rencontre avec James Potter et Sirius Black. Ils n'étaient pas encore les maraudeurs, juste deux sangs-purs imbus d'eux-mêmes. Ils y avait eu des échanges d'insultes et Lily, rouge de colère, les avait renvoyés des insultes plein la bouche.

Lors de la répartition, Severus avait été envoyé à Serpentard alors que Lily allait à Gryffondor. Deux maisons ennemies. Mais Lily lui avait souri, et il avait espéré que leur amitié résisterait…

Severus avait été un garçon introverti. Il ne savait pas si c'était sa pauvreté et sa réserve naturelle qui lui avait valu la haine des Maraudeurs. Ou son amitié avec la jolie Lily qui ignorait la star James Potter. Mais ils s'étaient affrontés, de plus en plus violemment.

Lily intervenait dès qu'elle s'en rendait compte. Elle insultait James et ses amis, et elle s'inquiétait de Severus.

Mais les choses avaient débordé, échappé à tout contrôle. Sirius avait eu l'idée d'une farce cruelle et il avait manqué d'être tué. James l'avait sauvé in extremis, blême. Severus n'avait pas pu pardonner. Et il s'en était pris à Lily à l'humiliation suivante.

Il avait détesté lui devoir une fois de plus d'être sauvé de ses tortionnaires et il l'avait insulté, elle, son ange de feu.

Il n'avait jamais oublié l'expression de ses yeux verts, sa colère et la fin de leur amitié. Par la suite, il avait passé de longues nuits sans sommeil à penser qu'il l'avait involontairement jetée dans les bras de James Potter.

Au fur et à mesure que Severus buvait, il plongeait dans le passé, mélangeant les yeux de Lily et les yeux de Harry. Il avait beau haïr de tout son être James Potter, il ne pouvait pas tenir Harry responsable des péchés de son père. Il avait ignoré les signes évidents que le gosse était malheureux.

Il avait juré en tenant Lily morte dans ses bras qu'il prendrait soin de son fils, qu'il le protégerait au péril de sa vie.

Oh bien sûr, il l'avait protégé à sa façon. Il avait fait en sorte de le maintenir en vie, il s'était assuré qu'il ne serait pas grièvement blessé.

Mais il avait oublié le garçon malheureux qu'il avait été, et il avait laissé Harry être maltraité sans même s'en soucier.

Pire encore. Il l'avait traité comme s'il était James, pourri gâté. Et il s'était comporté de la même façon que les Maraudeurs l'avaient fait. Il l'avait humilié, cours après cours. Il avait été injuste, volontairement. Il avait reporté sur lui toute sa haine et toute sa rancœur.

Pourtant, lorsque Dumbledore avait parlé de la tante de Harry, Severus s'était souvenu de Pétunia. Jalouse et mesquine, la fillette n'arrêtait pas de les traiter de monstres. Elle haïssait sa sœur d'être plus jolie, plus brillante, plus intéressante qu'elle.

La lettre de Poudlard avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase, et Pétunia n'avait eu de cesse de se détacher de sa sœur.

Alors que l'alcool coulait dans sa gorge, alors qu'il buvait pour essayer d'oublier tout ce qu'il avait à expier, Severus se souvint de Pétunia Evans, qui détestait la magie plus que tout. Et Harry, alors qu'il n'était qu'un bébé, avait été confié à une femme aigrie et mauvaise.

Severus pensa qu'il aurait du faire quelque chose. Il aurait dû convaincre Dumbledore de choisir un autre tuteur. Le convaincre que Pétunia et son idiot de mari ne pourraient pas être des gardiens corrects pour le Sauveur du monde sorcier. Qu'une enfance malheureuse n'avait jamais protégé qui que ce soit.

Il aurait dû à chaque fois qu'il pensait à Lily se rendre à Privet Drive pour vérifier que le garçon allait bien. Personne ne s'était soucié de vérifier que le sauveur allait bien. Personne ne s'était demandé comment il grandissait, s'il était en bonne santé.

Le monde Sorcier avait fêté Harry Potter, l'avait inscrit dans les livres d'Histoire, mais avait oublié le petit garçon derrière le nom. Ils avaient fait une légende, et ils avaient oublié le gamin qui avait tout perdu pour les sauver.

Avec un soupir, Severus laissa tomber la bouteille qu'il avait vidée avant de tomber dans une bienheureuse inconscience éthylique.