PROMPT : Inutile de crier


Hermione venait de la bibliothèque où elle s'était placée face à Drago une fois encore, en le voyant seul. Il avait levé un sourcil surpris.

- Granger. Potter n'est pas ici.

- Oui. J'ai vu.

- Et je ne sais pas où il est.

- D'accord.

Hermione lui avait souri innocemment et avait sorti ses affaires pour travailler, tranquillement.

Après une hésitation, Drago avait haussé les épaules et s'était replongé dans son travail sans un mot. Il n'avait pas envie de se battre avec elle, pas plus que d'essuyer des réprimandes de Harry. Et Hermione Granger était bien plus fréquentable que la belette…

Ils avaient travaillé un long moment en silence, s'ignorant mutuellement jusqu'à ce qu'Hermione ne lève les yeux. Elle se rendit compte que le jeune homme n'écrivait plus, mais fixait son parchemin avec colère, les sourcils froncés. Elle se mordit la lèvre pour ne pas lui demander quel crime avait commis son devoir, avant de se mettre à doucement glousser.

- Que t'as fait ce pauvre parchemin, Malefoy ?

Le Serpentard sursauta avant de grogner d'un air agacé. Il secoua la tête avec dépit puis il répondit sans animosité.

- Je bloque sur le devoir de métamorphose.

- Montre.

La jeune fille n'avait pas hésité, tendant une main autoritaire vers lui, bien décidée à l'aider. Drago haussa un sourcil surpris et Hermione gloussa.

- Toi et Harry êtes amis maintenant. Et Harry est mon meilleur ami. Donc… je peux t'aider.

La lionne le regarda hésiter brièvement puis faire glisser son parchemin vers elle. Elle lut ce qu'il avait écrit puis réfléchit quelques instants avant de lui expliquer le point qui lui posait problème.

Le sourire de remerciement du Serpentard fut sincère.

- Merci.

Lorsqu'elle avait finalement rangé ses affaires, ils s'étaient salués poliment, et la jeune fille avait regagné la tour Gryffondor le cœur un peu plus léger. Elle tenait à montrer à Harry son soutien, et elle avait compris à quel point il tenait à Malefoy. L'accepter était donc le mieux qu'elle puisse faire pour son ami. Et elle devait avouer que Drago Malefoy pouvait se montrer tout à fait agréable, quand il le voulait.

Lorsqu'elle entra dans sa salle commune, elle se rembrunit en notant que Ron était présent, avachi dans un fauteuil. La porte était à peine refermée derrière elle, que le rouquin l'agressait déjà.

- Alors Hermione ? Ton ami chéri n'est pas avec toi ?

La jeune fille grogna et choisit de ne pas répondre. Mais Ron n'était pas décidé à la laisser.

- Quoi ? Rien à répondre pour défendre Saint Potter ? Tu couches avec lui peut-être ?

Hermione s'empourpra sous la colère.

- Inutile de crier. Et je ne préfère pas répondre à un imbécile.

Ron eut un rire grinçant.

- Tu n'as pas toujours dit que j'étais un imbécile. Mais… tu as aussi toujours préféré Harry entre nous deux. Bien que je ne comprends pas comment tu peux accepter Malefoy. A moins que Potter ne te fasse coucher avec la fouine aussi, non ?

La jeune fille lui lança un regard glacial.

- Tu es pitoyable. Jaloux et pitoyable.

- Jaloux ? De la fouine ?

- Jaloux de Harry. Et tu as raison : il vaut tellement mieux que toi.

Ron devint écarlate et Hermione n'aurait pas été surprise de voir de la fumée sortir de ses oreilles. Elle avait une sorte de satisfaction malsaine à l'avoir rendu furieux à ce point, juste avec quelques mots.

- Et dire que sans nous, tu serais restée la Miss je-sais-tout ignorée de tous.

Avant qu'Hermione ne puisse répondre, elle entendit une exclamation étouffée. Elle se tourna brusquement. Neville venait d'entrer et il semblait choqué par la conversation qu'il avait surpris.

Ron montra les dents, et continua sur sa lancée, oubliant probablement où il se trouvait. Il semblait ne pas être en état de penser que n'importe qui de la maison Gryffondor pouvait entrer et surprendre leur dispute, et les paroles cruelles que Ron prononçait apparemment sans état d'âme.

- Tu es si pitoyable Hermione. Et je ne parle même pas de ce traître de Potter !

Neville poussa un cri de rage, face aux mots de son camarade.

- Sérieusement Ron ? Tu te prends pour qui ?

- Quoi Neville ? Tu veux un scoop ? Potter traîne avec Malefoy !

Neville le toisa d'un air méprisant. Hermione n'avait jamais vu Neville furieux à ce point et encore moins montrer du mépris pour qui que ce soit. Elle pensa avec surprise que Neville avait l'air redoutable d'un coup.

- A cet instant précis, Drago Malefoy m'a l'air bien plus fréquentable que toi.

Ron se leva, poings serrés. Hermione sortit sa baguette et la serra dans sa main, consciente que les choses étaient sur le point de dégénérer. Neville bien que furieux restait maître de lui même et ne bougea pas face à la menace implicite du roux. Au lieu de quoi, il sourit, d'un air presque amusé.

- Et bien, Ron ? Rien d'intelligent à répondre ?

- Parce que tu penses que les mots d'un presque cracmol ont de l'importance ?

Le silence tomba sur la salle commune, alors que des mots presque irrémédiables venaient d'être prononcés. Hermione bouillait intérieurement, et il lui fallait toute sa maîtrise pour ne pas jeter de sort à Ron. Elle aurait même pu lui infliger un impardonnable pour les paroles qu'il avait prononcées.

Neville à ses côtés semblait parfaitement maître de lui même. Il fixait Ron, l'observant comme s'il était une espèce étrange d'insecte.

La porte s'ouvrit derrière eux et Ron leva les yeux vers le nouvel arrivant. Il ricana.

- Parfait. Monsieur parfait en personne. Le grand et l'unique.

Harry qui venait d'entrer s'immobilisa, perdu. Puis, il vit le visage d'Hermione, crispé de fureur, et l'expression de Neville. Il soupira et ignora Ron en s'approchant de son amie.

- Hermione ? Tout va bien ?

- Rien de grave Harry. Vraiment.

Alors que Ron allait parler de nouveau, Neville lui lança un sortilège de mutisme. Harry leva un sourcil surpris.

- A ce point ?

Neville laissa échapper un gloussement moqueur.

- Tu n'imagines même pas.

Se trouvant désormais en infériorité certaine, Ron quitta la salle commune et rejoignit les dortoirs. Lorsqu'il eut disparu, Hermione laissa échapper un sanglot soulagé.

- Je crois que j'étais au bord de lui jeter un Doloris… Si tu n'étais pas arrivé…

Neville acquiesça sombrement.

- Et il l'aurait mérité.