PROMPT : pied au plancher
Harry avait rejoint son lit, mais il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Beaucoup de choses tournaient dans sa tête et surtout, le baiser avec Drago.
Entre eux tout avait été si vite. "Pied au plancher" comme disait son oncle Vernon. Pourtant, il ne se sentait pas mal à l'aise.
Le début de leur amitié avait été étrange. Il avait fait taire sa méfiance, due à des années d'affrontements, et il ne le regrettait pas. Le reste avait semblé naturel.
Quand Drago l'avait emmené au Manoir Malefoy, il n'avait pas douté de lui un seul instant. Il avait eu totalement confiance, au point de lui confier sa vie. Il aurait pu le livrer à Voldemort lui même s'il avait eu de mauvaises intentions…
La rencontre avec les parents de Drago avait été surprenante. Il ne s'attendait pas à être aussi bien accepté, à ce que leur amitié soit respectée. Pourtant, ils l'avaient écouté. Lucius avait risqué sa vie pour sauver Severus Rogue. Et ils l'avaient suivi à Poudlard lorsqu'il l'avait proposé.
Ils lui faisaient confiance, parce qu'il pouvait les dénoncer à Dumbledore à tout moment.
Sous leurs dehors glaciaux, ils étaient chaleureux et amicaux. Lui l'orphelin avide d'affection s'était trouvé une nouvelle famille. Il avait les Weasley, il avait eu les Maraudeurs, et maintenant il avait les Malefoy.
Il n'avait rien dit, rien promis, et pourtant, il s'était juré de les protéger. De faire en sorte qu'ils n'aillent jamais à Azkaban. Qu'ils survivent à toute cette folie.
Il soupira, et se retourna dans son lit, une fois de plus. Avant de repenser au baiser. Encore. L'instant ne quittait plus ses pensées, et il lui fallut peu de temps pour s'avouer qu'il était attiré par Drago. Le jeune homme était magnifique, bien sûr. Mais il aimait surtout sa personnalité. Il était le feu sous la glace.
Harry sourit, mais fut coupé dans sa rêverie par Neville.
- Harry ? Tu es réveillé ? Le professeur Dumbledore aimerait te parler, il est dans la salle commune.
Harry se rembrunit et acquiesça avant de se lever.
Lorsqu'il arriva dans la salle commune, Dumbledore se tenait dos à lui, faisant face au feu dans la cheminée, les mains jointes dans le dos. Harry l'observa un bref moment, constatant à quel point Dumbledore lui semblait vieux en cet instant. Un vieux fou manipulateur, comme se plaisait à le décrire Rogue.
Sentant probablement sa présence, le directeur se tourna et lui sourit.
- Harry, mon garçon. Je suis désolé de venir si tard, mais je ne pouvais pas différer plus notre conversation.
Harry acquiesça en silence. Ils prirent place sur un sofa et Dumbledore jeta un sort de silence autour d'eux, les isolant du reste du monde.
- J'ai quelque chose à t'apprendre, Harry. T'expliquer comment Voldemort a pu survivre toutes ces années, et les raisons de son retour.
Le cœur battant, Harry leva les yeux vers le directeur. Il savait qu'il s'agissait des horcruxes, mais il n'était pas sensé le savoir. Alors il garda le silence, ce contentant d'attendre la suite.
Dumbledore soupira d'un air las, et reprit.
- Vois-tu, Voldemort… il s'est servi de Magie Noire pour s'assurer un semblant d'immortalité.
- Comme quand il… buvait le sang des licornes ?
- Pas tout à fait Harry. Il a… en quelques sortes divisé son âme pour la placer dans des objets. Ce sont des horcruxes. Tu en as déjà rencontré et détruit un, Harry.
Harry hocha doucement la tête.
- Le journal de Jédusor.
- C'est exact.
- C'est pour ça que j'ai vu… Voldemort ? Enfin Jédusor quand il était jeune ?
- Oui. L'apparence qu'il avait était celle de l'époque où il a créé cet horcruxe.
Harry hocha la tête, vaguement nauséeux, attendant le moment où Dumbledore lui annoncerait qu'il était un horcruxe.
- Harry, tu n'as pas à te préoccuper de ça pour l'instant. Je me suis chargé en compagnie de Severus de détruire ces objets. Il en reste juste un. Le serpent, Nagini.
Harry écarquilla les yeux, stupéfait. Non pas de savoir que Nagini était un horcruxe mais plutôt de se rendre compte que Dumbledore n'allait rien lui dire. Le vieil homme se méprit sur sa réaction et le rassura d'un ton paternaliste.
- Ne t'en fais pas. Le serpent n'est jamais loin de son maître et il sera possible de tuer cet animal lorsque tu te trouveras face à Voldemort.
Le jeune homme acquiesça, l'air sombre. Il ne put s'empêcher d'insister légèrement.
- Donc quand Nagini sera mort, rien ne pourra empêcher sa mort ? Il pourra être tué ?
Dumbledore eut une légère hésitation puis lui sourit d'un air rassurant.
- Bien sûr. Mais il est important que ce soit toi qui le tue Harry. D'après la prophétie tu es l'unique personne capable de le faire.
- A cause de ma cicatrice ?
Dumbledore marqua une nouvelle hésitation, dévisageant Harry attentivement.
- Oui. Parce qu'il t'a marqué après avoir tué tes parents.
L'air morne, Harry soupira et détourna le regard pour cacher sa rancœur, sa colère face aux mensonges de celui à qui il avait fait confiance.
- Je n'ai pas vraiment le choix…
La main sur son épaule fit sursauter le Gryffondor mais il ne tourna pas les yeux vers le vieux sorcier. Il avait trop souvent entendu dire qu'il était possible de lire en lui comme dans un livre qu'il ne voulait pas risquer de montrer qu'il en savait bien plus qu'il ne voulait le dire.
- Je suis désolé mon garçon. J'aurais préféré t'éviter une telle responsabilité.
Harry se dégagea et haussa brusquement les épaules.
- Vous aviez autre chose à me dire, Monsieur ?
Dumbledore soupira.
- Non Harry. Tu devrais aller te reposer. Il est tard. Et pourrais-tu reconsidérer mon conseil ? Celui de te réconcilier avec ton ami, le jeune Weasley ?
Les yeux brûlant de colère, mâchoires serrées, Harry leva la tête vers Dumbledore oubliant ses craintes qu'il puisse deviner qu'il cachait des choses.
- Non. Quoi que vous disiez je refuse. Vous ne pouvez pas m'obliger à me rapprocher de lui, vous ne pouvez pas choisir mes amis.
Un éclair de surprise traversa le regard bleu de Dumbledore, puis ce dernier haussa les épaules.
- C'était juste pour te permettre de passer moins de temps chez les Dursley l'été prochain.
Harry se raidit mais ne dit pas un mot. A la place, il tourna le dos à Dumbledore.
- Je suis fatigué, je vais me coucher. Bonsoir, Monsieur.
