PROMPT : Flocons de neige


Lorsque l'éclair vert l'avait touché, tout s'était arrêté pour Harry. Lui qui avait pensé la mort douloureuse, il se retrouvait comme suspendu dans le vide, et n'avait plus mal nulle part. Il se sentait étrangement bien, libéré.

Il avait l'impression de voir le parc de Poudlard à travers un léger Poudlard. Le réconfort du lieu était gâché par la présence de tout ces Mangemorts, immobiles et silencieux. Tout semblait figé.

Harry soupira et regarda autour de lui, se demandant stupidement s'il était devenu un fantôme.

Ses pensées s'éparpillèrent lorsqu'il entendit un long hurlement d'agonie. Au premier abord, il ne comprit pas ce qu'il entendit. Puis, la réalité le frappa comme un cognard. Il reconnaissait la voix.

Drago hurlait comme s'il était torturé en ce moment même.

La panique le fit haleter et il tourna en rond pour essayer de comprendre. Il s'agita, désespéré.

Il avait tout oublié, ce pour quoi il était dans cette situation, ce qui l'avait amené à cet endroit. Tout son esprit se tendait vers Drago, pour l'aider. Il avait besoin de le savoir sain et sauf.

Il avait accepté son sacrifice, mais il voulait juste que Drago s'en sorte. Qu'il puisse continuer à vivre et qu'il soit heureux.

Harry prit soudain conscience que les hurlements de Drago s'étaient mués en sanglots déchirants, et que les douleurs avaient repris position de son corps.

Le jeune homme aurait eu besoin de bouger, mais un reste d'instinct le paralysé et l'empêcha de se trahir. Ses sens lui revenaient. Après la douleur, il entendait les pleurs de Drago qui semblait souffrir, et Harry se crispa, espérant qu'il n'était pas blessé.

Il y avait une étrange odeur de brûlé dans l'air.

Prudemment, il entrouvrit les yeux, et il retint à grand peine un mouvement de surprise en voyant des flocons de neige tourbillonner autour de lui. Il observa les particules voleter, perplexe. Il ne comprenait pas comment il pouvait neiger en plein mois de mai. Il ne comprenait pas pourquoi il sentait la douleur mais pas le froid…

Une particule se posa sur sa main et Harry comprit. Ce n'était pas de la neige. Il s'agissait de cendre, qui volait dans l'air et recouvrait tout autour de lui. Quelque chose était en train de brûler, et Harry pria pour que rien de définitif n'arrive à Poudlard.

Un coup de vent soudain souleva ses cheveux, dévoilant sa si célèbre cicatrice et le faisant frissonner alors que la sueur se glaçait sur son corps. L'odeur de brûlé se fit plus présente.

Doucement, Harry ouvrit les yeux. Il s'obligeait à respirer lentement, calmement. Il ne devait pas se trahir. Il s'obligeait à penser à Drago, à l'imaginer près de lui pour ne pas se précipiter. Il se jura que dès que Voldemort serait mort, il se jetterai sur l'arrogant blondinet qui était devenu son ami et il l'embrasserait à en perdre haleine.

Il n'avait jamais songé à l'amour, hormis une malheureuse expérience avec Cho. Un bref moment, il avait caressé l'espoir d'épouser Ginny, où il aurait ainsi eu une famille nombreuse. La guerre avait été trop présente pour qu'il réfléchisse davantage à son avenir sentimental.

Pourtant, alors qu'il était laissé pour mort sur le sol du parc de Pouldard, entouré de Mangemorts, en pleine bataille, il avait la tranquille certitude que ce qu'il ressentait pour Drago n'était pas une passade ou une illusion.

Ils s'étaient toujours cherchés tous les deux. Et puis, ils étaient devenus amis comme si c'était une évidence. Malgré son caractère parfois emporté et ses accès de prétention, ils s'entendaient étonnement bien. Leur passé commun n'était jamais devenu un obstacle entre eux. Ils avaient accepté leurs disputes, de la même façon qu'ils avaient accepté leur nouvelle amitié. Tout comme Harry acceptait ressentir des sentiments bien plus forts maintenant.

Il entendit Voldemort s'exclamer :

- Mangemorts. Je vous ai promis Poudlard. Voici Poudlard. Il est temps de nous installer !

Lentement, doucement, il bougea la tête pour essayer de déterminer où était Voldemort. Il ne devait pas hésiter, il ne devait pas faire erreur sr le moment où il passerait à l'attaque.

Il souffla doucement pour déloger un flocon de cendre posé sur ses lunettes, dégageant sa vue. Il remua lentement les doigts, puis les poignets.

Il replia ses jambes, ravi de se rendre compte qu'à part son corps douloureux, il n'était pas blessé outre mesure. Il venait de prendre un Avada mais il se sentait en pleine forme.

Harry fit pivoter son corps. Les Mangemorts avaient laissé son corps, et avançaient maintenant vers la porte de Poudlard, le laissant dans leur dos. Leur plus grosse erreur, bien que pour l'instant, les minables esclaves de Voldemort ne l'intéressaient pas vraiment.

Le Gryffondor roula sur le ventre et prit appui sur les genoux et les paumes de ses mains. Il se mordit jusqu'au sang pour ne pas gémir alors qu'il forçait sur ses muscles douloureux pour se relever, avec précautions.

Après un dernier effort, le jeune homme réussit à se relever sur ses jambes flageolantes. Il assura sa prise sur sa baguette, s'obligeant à rester concentré et à attendre le bon moment. L'instant parfait.

Il croisa le regard de Rogue et il réprima une envie de rire en voyant les yeux du stoïque Maître des potions s'écarquiller légèrement. Il pourrait se vanter de l'avoir surpris et il se délectait déjà de l'agacement de l'homme qu'il avait appris à apprécier.

Harry se décala lentement sur le côté, sans que personne ne fasse attention à lui, mis à part Rogue qui ne le quittait pas du regard. Tout le monde était fixé sur Voldemort et ses tentatives pour ouvrir la Grande Porte de Poudlard.

Il semblait que même vide, le château était encore en mesure de se défendre contre l'envahisseur. Alors, Voldemort avait lancé un incendio sur les battants de bois clos.

Harry se décala de nouveau. Puis il inspira profondément, cherchant au fond de lui le courage d'aller jusqu'au bout. Il allait devoir le tuer, lui qui ne pensait pas pouvoir blesser quelqu'un.

Il leva son bras, prolongé par sa baguette et observa avec fascination le morceau de bois trembler.

Il entendit la voix pleine de colère de Drago sans qu'il ne puisse comprendre ses paroles, et comme par magie, il cessa de trembler.

Puis d'une voix claire et forte, il cria.

- Tom !