PROMPT : Premier homme sur la Lune


Après la bataille, Harry s'était effondré, épuisé. Rogue n'avait pas laissé Madame Pomfresh s'approcher de lui au grand dam de l'infirmière, et il l'avait bourré de potions reconstituantes. Puis, il lui avait demandé où il voulait aller et devant l'hésitation du Sauveur, Lucius avait proposé qu'il vienne au Manoir.

Harry n'avait pas vraiment hésité. Il n'avait pas eu besoin des arguments de Lucius pour accepter d'ailleurs. Outre le fait qu'il n'y serait pas seul, que le manoir était grand et qu'il y aurait tout le confort nécessaire, Lucius avait appuyé sur le fait que personne ne pourrait y entrer pour le débusquer et que la presse l'y laisserait en paix.

Bien sûr les journaux pourraient spéculer à l'envi sur sa décision, mais les journalistes ne pourraient pas l'atteindre s'il ne le désirait pas.

Alors, oui, Harry avait besoin de paix. Il avait besoin de repos et de se détacher de toute cette agitation. Mais il ne voulait surtout pas être séparé de Drago maintenant. Surtout pas après s'être rendu compte qu'il tenait à ce fichu Serpentard, bien plus qu'il ne le pensait.

Lorsqu'ils étaient arrivés au Manoir, Harry n'avait rien vu de l'endroit. Rogue l'avait porté dans ses bras jusqu'à une chambre et l'avait déposé dans un lit. Il s'était débarrassé de ses chaussures et de ses vêtements. Quelques instants plus tard il avait senti un linge humide lui nettoyer le visage puis il avait sombré dans le sommeil.

Quand il avait émergé, le soleil était haut dans le ciel, il avait la bouche pâteuse et il était affamé. Il s'était redressé, et un elfe était arrivé presque immédiatement, avant de repartir avec un couinement affolé. L'œil rond, Harry contemplait l'endroit où ce fichu elfe s'était tenu quand la porte s'ouvrit à la volée, laissant passer un Drago ravi.

- Enfin ! Une vraie marmotte !

Face à l'air surpris de Harry, Drago gloussa, visiblement amusé. Puis, il consentit à expliquer.

- Ça fait trois jours que tu dors… Selon Severus c'est normal, tu avais besoin de recharger tes batteries. Viens je vais te montrer la salle de bains, tu dois avoir besoin d'une douche…

Un peu étourdi, Harry acquiesça et suivit Drago. Il se prélassa un long moment sous le jet d'eau brûlante, détendant ses muscles et profitant du premier moment où rien ne pesait sur ses épaules depuis… toujours.

En sortant, il trouva des vêtements propres bien qu'un peu grands - appartenant probablement à Drago.

Dans la chambre, une collation pantagruélique l'attendait et il dévora sous les yeux amusés de Drago. Puis, l'estomac plein, Harry soupira de soulagement.

- Fudge vous a laissé tranquille ?

- Le serment inviolable que tu l'as forcé à faire est efficace. Il ne prendrait pas le risque de se mettre le Sauveur à dos, surtout que les journaux n'ont pas oublié qu'il t'avait dénigré lors du retour de… Tu-Sais-Qui.

Harry hésita un instant.

- C'est bien terminé n'est-ce-pas ? La guerre, Voldemort… Tout ça est derrière nous ?

- Oui Potter. Tu l'as fait… Et si tu en doutes, viens avec moi. J'ai quelque chose à te montrer.

Sans un mot de plus, Harry suivit Drago dans les couloirs du Manoir, regardant avec curiosité autour de lui. L'endroit était magnifique, à la manière d'un château. Luxueux et intimidant. Presque impersonnel. Les portraits les regardaient passer, témoins d'un passé de richesse et de noblesse.

Avec un sourire carnassier, Drago ouvrit une porte avec un grand geste et Harry s'avança, méfiant, avant d'ouvrir les yeux, stupéfait.

La pièce était remplie de lettre et de colis de différentes tailles. Une fenêtre ouverte laissait passer une nuée de hiboux qui continuait à alimenter le tas gigantesque.

Harry regarda Drago qui souriait largement, clairement amusé de la situation.

- Malefoy… C'est quoi… ça ?

Ce dernier gloussa.

- Ton courrier mon cher. Tes fans et admirateurs.

Harry ouvrit et referma la bouche en secouant la tête. Puis il avança dans la pièce en regardant autour de lui.

- Mais…

Drago gloussa.

- Au début, père et moi nous ouvrions les lettres pour les trier pour toi mais… Mais à la dixième demande en mariage, j'ai suggéré à père de te laisser voir tout ça à ton réveil…

- Je reconnais bien là ta délicatesse…

- N'est-ce pas ? Donc… voici le résultat.

- Tout ça en… trois jours ?

- Presque. Les elfes récupèrent les denrées périssables et jettent tout ce qui est ensorcelé.

- Ensorcelé ?

- Filtre d'amour, Amormentia. Ce genre de choses. Rien de mortel.

Harry s'appuya contre le mur, sonné. Puis il se mit à rire, sans pouvoir s'en empêcher.

- Je me sens comme le premier homme sur la Lune… Comme si j'avais accompli l'impossible.

Drago s'approcha de lui et lui posa les mains sur les épaules.

- Potter. Tu as accompli l'impossible. Tu as défié et défait un mage noir d'une puissance incommensurable.

- Mais…

- Mais rien. Tu l'as fait.

Harry rougit violemment et détourna les yeux.

- Je n'étais pas seul.

- Si. Tu l'étais. Nous avons combattu contre les Mangemorts mais tu es le seul à t'être battu contre… lui.

Drago frissonna malgré lui, comme si même le souvenir de Voldemort le perturbait. Harry l'enlaça et le jeune homme se laissa faire. D'un murmure, il continua.

- Quand tu es tombé… tu étais mort, Potter.

- Je sais.

- Personne n'a bougé. Tu étais au sol, et… personne n'a cherché à se battre. Tu es le seul à avoir eu le courage tu sais.

Harry soupira en se serrant un peu plus contre Drago. Il se souvenait parfaitement de s'être écroulé. Il se souvenait aussi du cri de Drago, ce cri qu'il avait entendu lorsqu'il avait ouvert les yeux de nouveau…

Les deux garçons restèrent enlacés un moment, profitant du moment, alors que le ballet des hiboux continuait, inlassablement.

Le visage niché dans son cou, Drago inspira profondément. Puis, presque à regrets, il s'éloigna légèrement.

- Granger et Longdubas ont envoyé plusieurs hiboux. Je leur ai dit que tu les contacterais à ton réveil. Et Théo, Blaise et Pansy ont pris de tes nouvelles également.

- Je vais leur répondre. Plus tard. Ils voudront me voir mais…

- Ils comprendront que tu aies besoin de calme. Et puis… mère m'a chargé de te dire que tu pouvais inviter tes amis au Manoir. Ils seront bien reçus.

Harry se sentit soudain le cœur léger et les yeux pleins de larmes - de joie, de soulagement - il déposa un baiser sur les lèvres de Drago, reconnaissant d'avoir trouvé un ami précieux.